OXYDES D’ARGENT
1597. Sous-oxyde A g20. — On connaît 5 oxydes d’argent. Le sousoxyde Ag20, a été obtenu en 1859 par Wôhler en réduisant à 100°, le mellitate, le citrate et l’oxalate d’argent. Dans cette réaction, les sels perdent de l’eau, deviennent acides et sont transformés en sels d’oxydation inférieure. La potasse en sépare l’oxyde Ag*0, corps noir, qui se dédouble lorsqu’il est liDre à 100°, en oxyde d’argent AgO et argent métallique. Les acides oxygénés opèrent le même dédoublement en agissant sur lui, ils dissolvent alors l’oxyde. Wôhler a cependant obtenu le chromate, le nrolybdate et le tungstate de sous-oxyde en faisant passer un courant d'hydrogène dans la solution ammoniacale d’un sel d’argent de ces trois acides, chauffée vers 90°.
L’acide chlorhydrique forme avec lui un sous-chlorure brun que l'ammoniaque décompose; les autres sous-sels se dissolvent dans ce réactif en donnant une liqueur colorée en rouge orange intense.
1598. Protoxyde d’argent AgO. — On l’obtient en précipitant l’azotate d’argent par la potasse ; c’est une poudre brune, pesante, légèrement soluble dans l’eau (^Vo environ), et douée d’une réaction faiblement alcaline. Sa dissolution précipite les chlorures et les phosphates.
La chaleur le décompose facilement ; la lumière le décompose égale" ment avec lenteur. L’ammoniaque concentrée transforme l’oxyde d’argent en un corps noir pulvérulent (argent fulminant), qui détone avec une force épouvantable sous les plus légères influences. Ce corps se produit également en versant une dissolution de potasse dans un sel d’argent dissous dans l’ammoniaque. Sa composition n’est pas encore déterminée, et nous n’indiquons ici les circonstances de sa production que pour qu’on les évite; car il faut bien considérer que l’on court le plus grand danger toutes les fois qu’on manie l’argent fulminant, quelque soin et quelque prudence qu’on apporte à cette opération.
1599. Peroxyde d’argent AgO2. — Le peroxyde d’argent prend naissance dans l’oxydation de l’argent par l’ozone humide ; il se dépose au pôle positif lorsqu’on décompose par la pile une solution concentrée d’azotate d’argent, tandis qu’il se rend de l’argent au pôle négatif. Cet oxyde cristallise en octaèdres dont la densité est de 5,47. Chauffé brusquement à 1 10°, il se décompose avec une faible détonation. L’acide chlorhydrique l’attaque avec dégagement de chlore ; si on le projette dans l’ammoniaque, il y produit un dégagement tumultueux d’azote. Les acides oxygénés le décomposent en oxyde AgO et oxygène. Il décompose l’eau oxygénée en se décomposant lui-même.
Chlorure d’argent, AgCI.
1000. Préparation ci propriétés. — Le chlorure d’argent s’obtient en versant de l’acide chlorhydrique ou un chlorure dans une dissolution d’azotate d’argent. Il se forme un précipité blanc, caillebotté et pesant (0=5,50), remarquable par son insolubilité absolue dans l’eau et les acides étendus.
Ce chlorure devient rapidement violet sous l’influence des rayons solaires, en perdant la moitié de son chlore ; il fond vers 400° en un liquide transparent, et prend l’apparence de la corne en se solidifiant (argent corné). L’hydrogène le réduit facilement à chaud, il en est de môme de la plupart des métaux en présence des acides; en mettant dans un vase du chlorure d’argent de l’acide chlorhydrique étendu et une lame de zinc, on régénère l’argent métallique ; pendant toute la durée de la réduction, on n’observe aucun dégagement de gaz sur les parties du zinc au contact du chlorure. Cette réaction est souvent employée pour retirer l’argent du chlorure, quand il n’est pas nécessaire d’obtenir ce métal dans un grand état de pureté.
Les acides azotique et sulfurique, même concentrés, sont sans action sur le chlorure d’argent, mais l’acide chlorhydrique concentré et bouillant en dissout et 1° laisse déposer sous forme cristalline par refroidissement. Les chlorures alcalins et alcalino-terreux concentrés le dissolvent et forment avec lui des chlorures doubles, décomposables par l'eau; mais ses véritables dissolvants sont l’ammoniaque, l’hyposulfite de soude, le bisulfite d’ammoniaque, le cyanure de potassium et les dissolutions mercuriques concentrées; sa dissolution ammoniacale exposée à l’air, dans l’obscurité, donne, en perdant son ammoniaque, des cristaux octaédriques volumineux de chlorure d’argent, semblables aux