LIV. III, CHAP. XXV, IODURE D’ARGENT
cristaux naturels. A l’ébullition il se produirait de l’argent fulminant.
La potasse et la soude décomposent le chlorure d’argent à l’ébullition et produisent de l’oxyde d’argent cristallin.
Il s’unit directement au gaz ammoniaque avec lequel il forme deux combinaisons AgC1.5Azll3 et 2AgCl,3AzH3, utilisées dans la liquéfaction de l’ammoniaque (154).
Bromure d’argent AgBr.
1601. On le prépare comme le chlorure d’argent; c’est un précipité blanc qui devient jaunâtre au contact du bromure de potassium, trèsdense (D = 6,35), fusible au rouge sans décomposition et altérable à la lumière comme le chlorure d’argent. Les bromures alcalins, l’acide bromliydrique, le nitrate de bioxyde de mercure le dissolvent facilement ; avec les premiers il peut donner des combinaisons doubles, il cristallise dans les deux derniers en octaèdres réguliers jaunâtres. Sa solubilité est beaucoup moindre dans l’ammoniaque que celle du chlorure.
11 est réduit à l’état métallique par les mêmes agents que le chlorure.
Iodure d’argent, Agi.
1602. L’iodure d’argent précipité a une teinte jaune pâle, mais il s’altère très-lentement à la lumière.1 *, et il est presque insoluble dans l’ammoniaque. D’après Martini, 2,500 parties d’ammoniaque à 0,96 ne dissolvent qu’une partie d’iodure. Il est peu soluble dans les chlorures alcalins, l’hyposulfîte de soude, et surtout dans le cyanure de potassium; il se dissout très-bien dans le nitrate mercurique où il cristallise par refroidissement et dans l’acide iodhydrique concentré, où il se dépose aussi par refroidissement en grandes lamelles incolores peu stables, qui sont peut être une combinaison d’iodure d’argent et d’acide iodhydrique Agi, HL La liqueur surnageante abandonnée au repos, laisse déposer des prismes hexagonaux d’iodure d’argent.
L’iodure d’argent est dimorphe, on le trouve aussi dans la nature en cristaux cubiques.
1 L’iodure d’argent, exempt de sels d’argent, ne s’altère pas à la lumière; celui
que l’on obtient par précipitation noircit parce qu’il entraîne du sel d’argent qu’on
ne lui enlève que par des lavages prolongés.
Fluorure d’argent, AgFl+Aq.
1005. — On l’obtient en dissolvant de l’oxvde ou du carbonate d’argent dans l’acide fluorhydrique. D’après M. Frémy, il cristallise en prismes volumineux contenant quatre équivalents d’eau. Ce sel est déliquescent et très-soluble dans l’eau ; il devient anhydre par la dessiccation dans le vide sec ; il produit alors une poudre jaune très- déliquescente que la chaleur ne décompose pas. Si l’on chauffe le fluorure d’argent hydraté, il se décompose en donnant un dégagement d’oxygène et d’acide fluorhydrique avec un dépôt d’argent.
M. Marignac n’a obtenu, en évaporant la dissolution de fluorure, qu’un hydrate à trois équivalents d’eau, en octaèdres à base carrée, éclatants et quelquefois assez gros, qui se colorent en brun à la moindre élévation de température.
1604. Fluorure double de silicium et d’argeut. — La dissolu tioil de l’oxyde d’argent dans l’acide fluosilicique évaporée jusqu’à consistance sirupeuse donne des cristaux blancs, grenus et déliquescents de fluorure double SiFP, AgFl h- 4HO. (Marignac). Le fluostannate et le fluotitannate ont la même composition.
Cyanure d’argent, AgCy.
1605. Préparation et propriétés. — On obtient le cyanure d’argent pur en précipitant l’azotate d’argent par l’acide cyanhydrique.
Précipité blanc, insoluble dans l’eau froide, légèrement soluble dans l’eau bouillante, très-soluble dans l’ammoniaque, dans l’hyposulfite de soude et dans les cyanures alcalins et terreux, avec lesquels il donne des combinaisons doubles cristallisables, qui ne'sont précipitées ni par les alcalis ni par les chlorures; l’argent ne peut être décelé, dans ces combinaisons, que par l’acide sulfhydrique et les sulfures alcalins, qui donnent un précipité noir de sulfure d’argent facile à reconnaître.
Ces cyanures doubles, et en particulier celui de potassium (AgCy, KCy), sont employés à peu près exclusivement dans l’argenture galvanique.
Sulfure d’argent, AgS.
1606. Préparation . — On l’obtient en précipitant un sel d’argent par l’acide sulfhydrique ou par un sulfure soluble ; on peut aussi le préparer en chauffant de l’argent divisé avec du soufre; on chauffe en-
L1Y. III, Cil A P. XXV, SULFURE D’ARGENT.
-suite au rouge pour volatiliser l’excès de soufre, le sulfure d’argent fond et se prend en une masse cristalline par refroidissement. Il est beaucoup plus fusible que l’argent.
1607. Propriétés. — Le sulfure d’argent précipité est noir; lorsqu’il a été fondu, il constitue une masse d’un gris bleuâtre, assez molle pour qu’on puisse la rayer avec l’ongle, et assez malléable pour qu’on puisse en prendre des empreintes par compression. On a pu faire des médailles en sulfure d’argent.
Le sulfure d’argent grillé au rouge se transforme en sulfate d’argent; il se dissout dans l’acide chlorhydrique concentré et bouillant et surtout dans l’acide sulfurique chaud. L’acide azotique l’attaque moins facilement; cependant, quand il est très-concentré et bouillant, il est séparé du soufre avec production d’azotate. Les acides étendus , l’ammoniaque , le cyanure de potassium n’ont aucune action sur lui.
Les métaux communs et l’hydrogène le réduisent facilement à chaud, ïnais il n’est pas nécessaire de fondre le sulfure d’argent avec ces mé taux pour le réduire; on peut opérer cette réduction à froid avec du fer en présence d’un acide étendu.
Le chlore attaque le sulfure d’argent à chaud et le transforme en chlorure; on opère cette transformation à froid, dans la métallurgie de l’argent, au moyen du chlorure de cuivre (CuCl), qui cède la moitié de son chlore au sulfure, surtout en présence du sel marin.
1608. État natairci et usages. — Le sulfure d’argent constitue le principal minerai d’argent. Il cristallise en cubes ou en octaèdres réguliers doués d’un éclat métallique (D = 7, 2), ma:s il est rarement pur; le plus souvent, il est combiné au sulfure d’arsenic et d’antimoine (sulfoarséniures et sulfoantimoniures); la composition de ces corps est représentée par les formules
5AgS,SbS3 et, 3AgS,AsS3.
On trouve rarement le sulfure de plomb (galène) exempt de sulfure d’argent; aussi la plupart des plombs doivent-ils être traités par des procédés particuliers, pour en retirer l’argent qu’ils contiennent. (Métallurgie.)
Le sulfure artificiel d’argent fondu avec un peu de sulfure de cuivre et de plomb est employé, en orfèvrerie, pour produire les incrustations connues sous le nom de nielle s.
Séleniure et tellure d’argent.
1609. On obtient le séléniure d’argent comme le sulfure. Il fond eu une masse métallique blanche qui peut s’aplatir sous le marteau. 11 est beaucoup plus difficile à griller que le sulfure; ses autres propriétés sont les mêmes. Il est rare dans la nature.
Il existe aussi un tellurure d’argent AgTe et des tellures doubles d’argent et d’or, ou de plomb.
Phosphure d’argent.
1610. Pelletier a obtenu, par la fusion directe des deux éléments, un composé aigre, blanc, cristallin, qui se laisse entamer par le couteau. U contenait environ 20 pour 100 de phosphore (AgPh?), mais sa teneur eu phosphore dépend nécessairement de la température à laquelle il a été porté. Le phosphure d’argent semble dissoudre le phosphore à une température élevée ; par le refroidissement, ce métalloïde se sépare du phosphure et vient brûler à la surface du métal ; il est possible aussi qu’il existe, à une température élevée, un phosphure dont la tension de dissociation aille en croissant à mesure que la température s’élève. Ce fait, singulier en apparence, d’une tension de dissociation croissant en sens inverse de la température, a été observé pour le sous-chlorure de silicium (Troost et Hautefeuille), et l’hydrogène sélénié (Ditte).
L’hvdrogène phosphoré donne, avec les solutions d’argent, un précipité de phosphure d’argent mélangé à de l’argent métallique.
Il existe aussi un arséniure et un antimoniure d’argent naturels qui ont peu d’importance.
Carbures d’argent.
1611. On a obtenu deux carbures d’argent, Ag2C et AgC, le premier parla calcination du cuminate d’argent (Gerhardt et Cahours), le second avec le pyroracémate ou le maléate d’argent (Régnault).
Il n’est pas démontré qu’il existe de siliciure d’argent.
PRINCIPAUX SELS d’aRGENT.
Sulfate Ag0,S03.
1612. On le prépare directement par l’action de l’acide sulfurique sur l’argent, ou bien encore par double décomposition, en mélangeant des