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L1V. 111, CIIAP. XXVI, POURPRE DE CASSIUS

Le pourpre bien lavé est d’un brun foncé, il devient plus clair parla dessication. Par la calcination, il perd seulement de l’eau, traité alors par l’eau régale, il donne une dissolution de chlorure d’or et laisse un dépôt d’acide stannique blanc. Si on le traite à l’état humide par l’acide chlorhydrique, il se forme une solution de bichlorure d’étain et il reste de l’or métallique.

L’ammoniaque caustique dissout le pourpre humide, en une liqueur pourpre qui se décolore lentement, en donnant un dépôt gélatineux d’oxyde d'étain avec séparation d’or métallique. Une température de CO à 80° détermine la précipitation rapide du pourpre de Cassius sans qu’il puisse être redissous.

1657. Constitution du pourpre de Cassius. — Ce COl’pS a une composition variable, suivant son mode de préparation ; mais on peut toujours la représenter par un mélange à proportion variable, d’acide stannique hydraté et d’or métallique. Cette circonstance jointe à ce fait déjà signalé par Macquer que l’or réduit de ses dissolutions suffisamment étendues, peut, à l’état de pureté, affecter les mêmes nuances que les divers pourpres de Cassius, a conduit beaucoup de chimistes à considérer ce corps comme un véritable mélange. Proust fit remarquer le premier que le pourpre trituré avec du mercure, ne perdait pas d’or ; il admettait que ce métal se trouvait dans le pourpre à un état de combinaison particulier. Mais rien n’indiquant la possibilité d’une combinaison d’un oxyde et d’un métal, tandis qu’il est naturel de concevoir l’union de deux oxydes, Berzélius et M. Dumas l’envisagèrent comme un stannate double de protoxyde d’étain et d’un oxyde d’or inférieur :

Au20, SnO2 + SnO . SnO2-}- 4110.

Cette formule explique facilement tous les faits observés1 ; la variation dans la proportion d’acide stannique serait due à un mélange ; elle a été admise par divers chimistes qui se sont plus récemment occupés du pourpre de Cassius (Fuehs, Barrai).

D’un autre côté, Mercadieu et après lui Gay-Lussac, avaient appelé l’attention des chimistes sur un pourpre qui prend naissance quand on attaque par l’acide azotique des alliages d’argent (ou de zinc) contenant à la fois de l’étain et de l’or dans la proportion où ils existent dans le pourpre de Cassius. L’or étant inattaquable par l’acide azotique, Gay-

1 M. Figuier admet que le pourpre est un stannate de sous-oxyde d’or; mais alors il devrait perdre de l’oxygène par la calcination et donner du chlorure d’or par l’action

de l’acide chlorhydrique.

Lussac en concluait que ce métal existait à l’état de mélange dans le pourpre, mais rien 11e prouve que l’or conserve son inoxydabilité quand il est allié à l’étain, puisque l’acide azotique, ordinairement sans action sur le platine le dissout quand il est allié à l’argent, de plus son pourpre insoluble dans l’ammoniaque n’était pas nécessairement identique à celui de Cassius.

1658. Le pourpre de Cassius est une laque colorée par l’or. —

Cette opinion s’appuie sur les faits suivants :

Si l’on verse une solution d’or dans un liquide tenant en suspension de l’oxyde d’étain hydraté, et qu’on y ajoute ensuite un corps réducteur, l’or réduit se précipite en presque totalité sur l’oxyde d’étain qui prend la couleur et les caractères du pourpre de Cassius1. Aussi le mercure n’enlève par l’or au pourpre ainsi obtenu. L’alumine hydratée donne aussi dans les memes circonstances une laque colorée par l’or.

L’or peut donc donner des laques colorées, et son insolubilité dans le mercure, lorsqu’il est engagé dans ce genre particulier de combinaisons n’est pas plus étrange que celle de la plupart des matières colorantes, ordinairement solubles dans l’eau ou dans d’autres réactifs, et qui deviennent insolubles dans ces mêmes milieux par leur union avec les mordants, tels que l’oxyde d’étain ou l’alumine.

• La solubilité du pourpre de Cassius dans l’ammoniaque caustique avec dépôt lent d’or métallique et d’hydrate stannique, s’accorde trèsbien avec cette manière d’envisager la constitution de ce corps. Cette propriété n’est pas en effet un caractère spécifique du pourpre de Cassius, celui-ci est ou n’est pas soluble dans l’ammoniaque selon que l’oxyde d’étain qu’il contient est lui-même soluble ou insoluble dans cel agent. L’oxyde d’étain préparé à froid étant soluble dans l’ammoniaque, tout pourpre préparé à froid, même celui de Gay-Lussac (obtenu à une douce chaleur) est soluble dans l’ammoniaque ; tout pourpre préparé ou chauffé à 100° y est insoluble parce que l’oxyde d’étain qu’on obtiendrait dans ces conditions y est insoluble.

On voit aussi que toutes les autres réactions du pourpre de Cassius s’expliquent aisément dans cette hypothèse (11* Debray).

1 On peut faire l’expérience de la manière suivante. Un ajoute du sel marin à une dissolution de bichlorure d’étain étendue préalablement bouillie, pour en précipiter l’oxyde d’étain ; on ajoute du chlorure d’or à la dissolution puis de l’acide oxalique; en chauffant légèrement, l’oxyde d’étain se colore en pourpre et c’est à peine s’il se dépose de l’or sur les parois du vase.

L1Y. Il 1, CHAP. XYI, ESSAI DES ALLIAGES D’OR.

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