LIV. III, CHAP. XXVII, FUSION DU PLATINE
Le four où se fait la combustion se compose de deux parties :
1° La voûte AA, formée d’un morceau de chaux rendue cylindrique au tour, et que l’on a légèrement cintrée à sa partie inférieure. Elle est, en outre, percée en son axe d’un trou légèrement conique, par où pénètre le chalumeau, et porte latéralement une rainure peu profonde.
2° D’une sole creusée dans un autre morceau de chaux également cylindrique; la cavité est une calotte sphérique, dont la hauteur est à peu près les deux tiers du rayon du cercle de base. Sur le bord de cette calotte, on pratique avec une râpe une rainure inclinée en dedans, qui correspondra à celle de la voûte. C’est par l’ouverture qu’elles forment par leur réunion que les produits de la combustion s’échapperont; c’est également par là que le métal sera introduit qu’il sera coulé. Enfin, et pour empêcher l’appart dant l’opération, la voûte et le four sont entouj ment serrés, qui maintiendront les diverses partq four vient à se fissurer.
Pour faire une fusion, on commence par ajuster1 de manière à faire correspondre les rainures ; puis, terî^t%£lfaM®^^ à la main, on ouvre le robinet H pour faire arriver un assez faible Cûîï^ rant de gaz combustible, que l’on enflamme; on ouvre le robinet O de manière à donner la quantité d’oxygène nécessaire pour le brûler. Om fait alors plonger la flamme dans le trou de la voûte et l’on y fixe le bout du chalumeau. On chauffe lentement les parois du four, en augmentant peu à peu la vitesse du gaz, jusqu’à ce que l’on ait atteint le maximum de température ; avec une lame de platine que l’on introduit par l’ouverture latérale et que l’on met dans le jet de gaz, en juge bientôt du point où la chaleur est la plus vive, c’est-à-dire du point où la fusion se fait le mieux. En abaissant ou élevant au besoin l’orifice du tube qui amène l’oxygène, on arrive à chauffer assez fortement le fond du four pour que le platine y reste fondu, tout en laissant le maximum de chaleur un peu au-dessus. On assujettit alors la vis et l’on introduit peu à peu le platine par l’ouverture latérale. Si le platine est en lames minces, on a à peine le temps de les introduire, elles disparaissent en entrant dans lé four. Il est bon que l’oxygène arrive sous une certaine pression, de 4 à 5 centimètres de mercure environ, de manière à imprimer au platine liquide un mouvement giratoire qui régularise la température dans toute sa masse.
On peut alors couler le platine dans une lingotière en fer recouvert de plombagine ou dans un moule en chaux. Ce procédé est susceptible
d’applications en grand ; on a pu ainsi, dans des fours façonnés avec des morceaux de chaux (ou de carbonate de chaux), assujettis par une ceinture en tôle, fondre et couler 500 kilogrammes de platine.
Ce môme appareil sert à la fusion des autres métaux du platine ; seulement, pour l’iridium ou pour le ruthénium, il faut substituer au gaz de l’éclairage le gaz hydrogène pur.
La chaux joue un rôle chimique important dans l’opération ; elle agit sur toutes les impuretés dont on a intérêt à débarrasser le platine ou les autres métaux analogues. Le fer, le cuivre, le silicium, etc., oxydés par l’oxygène de la flamme, forment avec la chaux des combinaisons fusibles qui pénètrent dans les pores du creuset. Ce n'est pas une simple fusion que l’on fait éprouver au platine dans ces appareils, c’est un affinage, et le plus complet de tous ceux qu’on peut lui faire éprouver. Aussi le platine qui èn sort est-il d’une ductilité remarquable.
La fusion de 1 kilogramme de platine et son affinage nécessitent la dépense de 50 à 60 litres d’oxygène et d’une quantité à peu près double de gaz d’éclairage.
1676. Propriétés chimiques. — Le platine ne s’oxyde ni dans l’air, ni dans l’oxygène, à aucune température. Il est facilement attaqué par te phosphore, l’arsenic et le silicium; le soufre, le chlore et le charbon n’agissent sur lui que dans des circonstances particulières ; les autres métalloïdes n’ont pas d’action sur le platine.
lie phosphore chauffé légèrement dans un vase de platine le perce instantanément, parce qu’il donne un phosphure trés-fusible. Une petite quantité de phosphore le rend aigre et cassant; c’est pour cela qu’on détériore très-souvent les creusets de platine en y chauffant des phosphates en présence du charbon; quand on calcine, par exemple, des filtres contenant un peu de ces sels.
Il n’est pas nécessaire de chauffer le platine au contact du silicium pour obtenir du siliciure de platine; ce métal, chauffé au contact d’un silicate et d’un réducteur tel que le charbon et l’hydrogène, donne un siliciure cassant et plus fusible que le métal. C’est pour cela que le platine mélangé de charbon fond dans un creuset de terre, lorsqu’on le chauffe pendant une heure à un bon feu de forge (Boussingaull).
Le bore attaque aussi le platine avec une grande facilité et donne un alliage fusible, qui par refroidissement donne des cavités remplies de cristaux cubiques.
Le platine en morceaux n’est pas attaqué par le soufre, mais lors-