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LIV. III, C1I AP. XXIX, RUTHÉNIUM

caustique et une fois son poids d’azotate de potasse, dans un creuset ou dans une capsule d’argent; on obtient ainsi du ruthéniate de potasse que l’on dissout dans l’eau et l’on précipite à froid la dissolution jaune foncé de ce sel par l’alcool. Il se forme un précipité noir de bioxyde de ruthénium hydraté et l’on précipite à chaud du ruthénium métallique très-divisé. Claus précipitait l’oxyde de ruthénium (0000) en saturant le ruthéniate par l’acide azotique étendu.

L’oxyde de ruthénium, lavé à l’eau pure d’abord et ensuite avec une solution de chlorhydrate d’ammoniaque, pour enlever la potasse qu’il retient, est réduit par l’hydrogène. On l’amène également à l’état métallique en le chauffant dans un creuset de charbon. Comme l’iridium est un peu soluble dans la grande quantité de nitre et de potasse, qu’on emploie pour attaquer l’iridium, il est nécessaire pour purifier le ruthénium de le redissoudre une seconde fois dans ce mélange, et de le transformer en acide hyperruthénique volatil, que l’on obtient en faisant bouillir sa solution alcaline avec de l’alcool.

1783. Propriétés. — Le ruthénium réduit par l’hydrogène est une poudre grise, ayant l’aspect de l’iridium obtenu dans les mêmes circonstances. Il est plus infusible que l’iridium et l’on ne peut en fondre que de petites quantités à la fois dans le creuset de chaux, même avec la flamme de l’hydrogène et de l’oxygène purs ; il se volatilise alors une quantité considérable d’oxyde de ruthénium (RuO2), qui donne naissance à une épaisse fumée; en même temps, il se répand une odeur extrêmement forte, d’acide hyperruthénique RuO4, qui est la même que celle de l’ozone. Il peut paraître singulier que l’ozone ou l’acide hyperruthénique prennent naissance dans une fusion qui s’opère à une température aussi élevée, lorsqu’ils se détruisent ordinairement à une température voisine de 100°, mais ce n’est pas le seul fait de ce genre; il faut remarquer en effet que de l’oxyde d’argent prend naissance quand on volatilise ce métal au chalumeau oxhydrique, quoique cet oxyde soit facilement réductible par la chaleur (H. Sainte Glaire Deville et Debray).

Le ruthénium fondu est toujours recouvert d’une couche d’oxyde noir, si on le laisse refroidir dans une atmosphère oxydante ; il roclie comme le platine et il est cassant comme l’iridium. Sa densité varie de H à 11.4, elle est donc à peu près la moitié de celle de l’iridium dont l’équivalent est aussi sensiblement double de celui du ruthénium .

Le ruthénium est inattaquable par l’eau régale ; il ne se dissout pas dans le bisulfate de potasse; mais il se dissout complètement dans le mélange de nitre et de potasse, en donnant du ruthéniate jaune de

potasse. Ces deux caractères le distinguent nettement du rhodium.

Le ruthénium très-divisé que l’on obtient en réduisant ses dissolutions par l’acide formique a les propriétés de l’iridium obtenu dans les mêmes circonstances.

Oxydes de ruthénium.

Il existe cinq oxydes du ruthénium, le protoxyde qui est peu connu, le sesquioxyde, le bioxyde, l’acide ruthénique, qui n’est connu qu’en combinaison avec les bases et l’acide hyperrnthénique RuO4.

178-4. Sesquioxyde de ruthénium. — Ru203,5I10. On l’obtient en précipitant le sesquichlorure par un alcali, mais il retient comme le sesquioxyde d’iridium, 2 à 3 p. 100 d’alcali. Il se forme également: 1° quand on sature exactement la dissolution de ruthôniate de potasse par l’acide azotique ; et 2° quand on cliauffe du sesquichlorure de ruthénium, en solution étendue.

C’est une poudre d’un beau noir, qui est peu soluble dans les alcalis et qui se dissout facilement dans les acides en donnant une liqueur orange. Il est réduit à froid par l’hydrogène.

1785. Bioxyde de ruthénium. — M. Fréiny l’a obtenu dans le grillage de l’osmiure d’iridium en aiguilles violacées à reflets métalliques, qui ont la même forme que le rutile et le bioxyde d’étain (Cassitérite). C’est une matière très-dure dont la densité est égale à 7.2 (Deville et Debray). On l’obtient toujours cristallisé dans le grillage du ruthénium ou de ses oxydes. Il est complètement insoluble dans tous les acides.

Le bichlorure de ruthénium et de potassium, traité par une solution de potasse donne un précipité gélatineux brun-jaune de bioxyde hydraté, qui retient toujours un peu d’alcali. Il est soluble dans les acides et dans les alcalis. Chauffé à 300°, il perd son eau, et si on le chauffe davantage, il déflagre vivement, comme l’oxyde d’iridium, en émettant une fumée noire de bioxyde anhydre, par suite d’un changement isomérique.

1786. Acide hyperrnthénique. RuO4. — Il correspond à l’acide osmique par sa composition et sa volatilité, mais il n’est pas dangereux à respirer. Claus qui l’a découvert, l’a obtenu en faisant passer un courant de chlore dans une solution alcaline de ruthéniate de potasse. On introduit cette solution dans une cornue tubulée, dont le col s’engage dans un récipient muni d’un tube plongeant dans une dissolution de potasse. On fait passer un courant de chlore dans le liquide de la cornue,

LIY. III, Cil AP. XXIX, CHLORURES DE RUTHÉNIUM.

que l’on fait bouillir quand la liqueur est saturée de chlore. L’acide hyperruthénique est entraîné par la vapeur d’eau, et se concrète en une masse cristalline jaune d’or dans le col de la cornue et dans le récipient. On le purifie en le fondant dans l’eau chaude, où il est très-peu soluble et on le dessèche complètement en le fondant de nouveau au contact d’un morceau de chlorure de calcium. L’acide hyperruthenique fond à 52°, il bout un peu au-dessus de 100°, mais il émet des vapeurs sensibles aux températures ordinaires. Il est dangereux de le distiller quand il est anhydre, car sa vapeur chauffée à 108° détone avec une extrême violence en donnant une épaisse fumée d’oxyde de ruthénium et une odeur d’ozone très-prononcée (Deville et Debray).

La lumière le décompose rapidement en oxyde noir et oxygène. Cette décomposition s’effectue même en tubes fermés, quoique d’une manière plus lente. C’est un oxydant énergique ; il enflamme l’alcool avec explosion. 11 se dissout dans l’acide chlorhydrique sans perdre son odeur. En ajoutant de l’alcool à la liqueur, on la transforme en sesquichlorure de ruthénium. La potasse dissout l’acide hyperruthenique en donnant une solution peu colorée d’abord, qui se transforme lentement en ruthéniate dépotasse jaune-brun foncé. Une goutte d’alcool, ajoutée à la solution alcaline, produit instantanément la teinte jaune de rhuténiate en réduisant l’acide hvperruthénique et donne ensuite, s’il y a peu de ruthénium, le précipité noir d’oxyde.

Chlorures de ruthénium.

1787. Protochlorure. RuCl. — Le ruthénium chauffé au rouge sombre dans un courant de chlore sec, se transforme en une masse noire cristalline de protochlorure, insoluble dans l’eau et dans les acides. D’après Claus, l’attaque serait toujours lente et incomplète; cependant si l’on opère sur du ruthénium bien métallique (cristallisé dans le plomb), l’action est vive, il y a dégagement de lumière, et la matière augmente considérablement de volume (Deville et Debray).

Il se forme aussi un peu de sesquichlorure volatil.

Le protochlorure hydraté s’obtient en solution bleue lorsqu’on réduit le sesquichlorure par l’acide sulfhydrique; il se précipite en même temps un sulfure brun-noir RuS\et il se forme de l’acide chlorhydrique.

1788. Sesciuichiorure. Ru2Cl5. — On l’obtient en dissolvant dans l’acide chlorhydrique le précipité de sesquioxyde, obtenu en décomposant le ruthéniate de potasse par un acide. On obtient ainsi une solution

orange, qu’on ne peut évaporer à sec sans la décomposer partiellement; cette décomposition avec formation de sesquioxyde se'produit très-facilement avec des liqueurs étendues.

1789. Chlorures doubles. — Claus a étudié les sels doubles que le sesquichlorure forme avec les chlorures alcalins. Ils se rapprochent des sels de rhodium par leur composition.

Le chlorure double de potassium 2KC1 -+- Ru2Cl3, est une poudre cristalline brune teinte violacée, formée de cubes microscopiques, peu soluble dans l’eau froide beaucoup plus dans l’eau bouillante, et à peu près insoluble dans une solution concentrée de sel ammoniac.

La solution de ce sel, se décompose facilement à chaud en devenant noire ; la coloration est très-sensible avec un dix-millième de ruthénium. D’après Claus c’est du sesquioxyde qui se précipite dans cette circonstance. Un excès d’acide chlorhydrique empêche la décomposition du sesquichlorure.

Le chlorure double d'ammonium 2AzH4Cl -h Ru2Cls est plus soluble que le précédent, ceux de sodium et de barium sont déliquescents.

1790. Bichiorure. RuCl2. — Le bichlorure n’est connu qu’en dissosolution; on l’obtient en dissolvant le bioxyde hydraté dans l’acide chlorhydrique qui se colore en rouge-framboise ; il est difficile de l’obtenir exempt de potassium. Comme les bichlorures correspondants de platine et d’iridium, il est soluble dans l’alcool, et forme comme eux des sels doubles avec les chlorures alcalins.

Le chlorure double de potassium KC1 4- RuCl2 s’obtient en reprenant par un excès d’acide chlorhydrique, le ruthéniate de potasse, obtenu avec un grand excès d’azotate de potasse. On le purifie par cristallisation Il se forme également, quoique difficilement, quand on évapore le sesquichlorure double de potassium et de ruthénium dans l’eau régale fortement chargée d’acide azotique, comme le sel correspondant de palladium.

C’est le plus soluble des chlorures doubles des métaux du platine du type MC1,RC12; mais comme les autres composés de ce type il est peu soluble dans la solution concentrée de sel ammoniac. Sa dissolution est rose violacée. On l’obtient cristallisé en octaèdres réguliers.

Le chlorure double d'ammonium AzfUCl -f- RuCl2 s’obtient en mélangeant les solutions des deux chlorures.

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