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LIY. III, CHAP. XXXI, TREMPE DU VERRE

degré dans les autres verres ; aussi convient-il de ne pas les porter pendant longtemps près de leur point de fusion, car alors il se produit un partage entre les éléments, comme dans la liquation des alliages; il en résulte des silicates, dont les uns, moins fusibles que le verre primitif, cristallisent dans l’intérieur de la masse restante plus fusible, et la dévitrifient. Réaumur obtint ainsi, en chauffant du verre, un corps opaque très-dur, qui présente une certaine ressemblance avec la porcelaine; de là le nom de porcelaine de Réaumur donné à ce verre. La composition totale de la matière n’est généralement pas changée par la dévitrification, mais pour le verre à bouteilles, rendu fusible par un excès d’alcali, une portion de ces corps peut se volatiliser par l’action continue de la chaleur.

1819. Trempe du verre. — On croyait jusque dans ces derniers temps que le verre refroidi trop brusquement devenait nécessairement très-cassant. Cette opinion s’appuyait surtout sur le curieux phénomène présenté par les larmes bataviques , que l’on obtient en coulant un peu de verre liquide dans de l’eau froide. Le verre en se séparant de la tige de fer avec laquelle on le cueille dans le creuset, s’allonge en forme de larme que l’on sépare du fer en relevant brusquement la tige qui retient la queue de la larme. Si l’on vient à briser cette queue avec les doigts, de suite la larme se réduit en petits fragments avec une véritable explosion. Un refroidissement brusque du verre à l’air produit un effet analogue c’est ce que l’on constate sur les fioles philosophiques que les ouvriers soufflent au bout du tube de fer creux qui leur sert dans leur travail pour essayer la qualité du verre et qui sont jetées encore chaudes sur le sol où elles se refroidissent et se trempent irrégulièrement. On peut les frapper par la base sans les briser, mais si on laisse tomber dans leur intérieur un corps un peu lourd, elles se brisent en éclats

1820. Structure des larmes bataviques. — Oll admettait jusque dans ces derniers temps, que dans la solidification du verre brusquement refroidi, la surface ayant été solidifiée la première, le verre intérieur n’avait pu éprouver son retrait ordinaire, et ses molécules, en se solidifiant à leur tour, se trouvaient nécessairement écartées d’une manière anormale. Toute la masse du verre était donc dans un état d’équilibre forcé et une rupture en un point de la masse suffisait pour détruire l’arrangement moléculaire.

Des expériences très-ingénieuses de M. V. de Luynes, établissent au contraire que les effets produits par les larmes bataviques sont dus

principalement à l’état particulier des couches extérieures, et que, dans le cas d’une larme de dimension ordinaire, la masse intérieure du verre ne joue aucun rôle ou ne joue qu’un rôle tout à fait secondaire dans le phénomène.

En effet, on peut rongerles couches extérieures d’une larme batavique par l’acide fluorhydrique et arriver à un noyau de verre qui se raie et se brise comme le verre ordinaire. Mais si l’on ronge la queue de la larme de manière à attaquer le col, la larme se sépare en une multitude de fragments quelquefois avec une petite explosion. On peut aussi la faire éclater en usant à la meule ou en sciant le gros bout, ce qui s’explique tout naturellement si l’on admet que la larme a plusieurs de ses couches extérieures inégalement trempées ou dilatées qui se réunissent toutes vers le col de la larme.

En effet dans chacune de ces couches la partie extérieure refroidie brusquement par suite de la Irempe a peu changé de volume ; l’intérieure s’est contractée davantage et par conséquent l’état de chaque couche est com-

Fig. 1 (38.

parable à celui d’une lame de verre, ou d’une lame élastique, qu’on aurait infléchie de manière à amener ses deux extrémités à se toucher en un meme point, qui serait le col de la larme. Si l’on supprime l’attache des deux extrémités repliées de la lame, il y aura distension brus-

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que et elle tendra à se redresser ; le même effet se produira encore si on coupe la lame dans la partie renflée. C’est ce qui arrive pour les couches extérieures concentriques de la larme batavique, quand on vient à détruire le col où elles viennent toutes aboutir, ou lorsqu’on la coupe dans la partie renflée.

L’existence de ces couches concentriques hétérogènes a été mise en évidence par divers moyens ; le plus simple, imaginé p ar M. Mascart, consiste à placer une larme batavique dans l’acide phénique où elle devient presqu’invisible, parce que le verre a la même réfrangibilité et la même dispersion que ce liquide. Si le verre est homogène, en faisant passer à travers un rayon de lumière polarisée il sera possible d’éteindre complètement toute lumière en interposant entre l’œil et le vase qui contient la larme un prisme de Nicol convenablement placé, mais si le verre est formé de couches hétérogènes, l’extinction sera incomplète et ces couches pourront être manifestées (fig. 168), le reste du verre étant invisible, par des bandes colorées, qui sont analogues à celles que donne une lame de verre homogène cintrée par un effort mécanique suffisant et qui de plus ont bien la forme générale que nous avons supposée

1821. Verre trempé dcM. de la Bastie. — Oll comprend donc que la trempe du verre ait toujours été considérée comme fâcheuse et que l’on ait cherché à en corriger les effets par un recuit convenable. Cette opération consiste à chauffer le verre jusqu’au point où il commence à se ramollir et à le refroidir ensuite très-lentement pour lui donner une homogénéité parfaite. 11 est certain qu’on améliore ainsi sa qualité et qu’il supporte bien mieux les variations de tempérât briser. Mais une trempe bien régulière peut aussi, dans durcissant le verre, en diminuer singulièrement l’extrjmie fragilité.

M. de la Bastie plonge du verre chauffé au point où m se rar^oUit; d^n| . la graisse fondue ou dans de l’huile, et il obtient uimmatière <frfé \eà variations de températures même brusques ne font pas ebkt^r. cofff^iôle verre ordinaire. 11 fait ainsi des plats de verre qui suppOT^^;^sii^0p|AAt briser un échauffement et un refroidissement rapides comme c( porcelaine. Le verre trempé résiste également aux chocs d’une manière remarquable, il a une élasticité beaucoup plus considérable qui lui permet de s’infléchir ou de se déformer d’une manière très-sensible sans se rompre, et il est tellement dur qu’on ne peut le couper avec le diamant. Le verre trempé a d’ailleurs la constitution intime des larmes bataviques, et si on essaye de le scier dans certaines directions ou de le percer, il se désagrégé en une multitude de fragments. C’est éga-

lement ce qui arrive lorsqu’on le rompt par un choc trop violent. 1822. Action des principales substances sur le verre. — L’air et

l’oxygène secs n’agissent pas sur le verre, mais les corps réducteurs penvent facilement réduire le plomb du cristal ; c’est ce que l’on observe quand on chauffe un tube de cristal à la lampe à émailleur un peu fumeuse : sa surface se recouvre d’une matière noire, qui est du plomb.

L’eau agit sur presque tous les verres, et surtout sur ceux qui contiennent beaucoup d’alcali ; Scheele a le premier fait la remarque que l’eau qui a bouilli pendant longtemps dans des vases de verre devient alcaline et laiteuse. Le précipité qu’elle tient en suspension est un silicate terreux qu’elle a enlevé aux parois du vase. Il suffit d’ailleurs de mettre du verre à vitre finement pulvérisé avec de l’eau pour lui communiquer une réaction alcaline. Comme le verre condense toujours une légère couche d’eau à sa surface, on comprend pourquoi beaucoup de verres se dépolissent à la longue superficiellement ; c’est ce qui fait qu’on est quelquefois obligé de repolir la surface des glaces. On explique également par cette cause l’altération profonde des vitres des anciennes écuries ou des vases de verre trouvés dans d’anciens tombeaux. Leur surface peut devenir opaque, et le plus petit frottement la fait tomber en pellicules tellement minces, qu’elles sont colorées des nuances que l’on observe sur les bulles de savon.

Les alcalis dissolvent lentement le verre des flacons où on les conserve; M. Chevreul a fait voir que la chaux et la baryte attaquent surtout les verres à bases de plomb et dissolvent une certaine quantité de l’oxyde de ce métal. Les acides attaquent lentement le verre en s’emparant des bases, et mctteriten liberté delà silice gélatineuse ; les verres à bouteilles très-alumineux peuvent même être facilement attaqués par le bitartrate de potasse contenu dans les vins. L’acide fluorhydrique attaque tous les verres, en s’emparant de leur silice, avec laquelle il forme du fluorure de silicium et de l’eau.

1825. Variétés principales de verres. — Oll connaît Sept variétés principales de verre qui sont, parmi les verres ordinaires, le verre de de Bohême, le verre â glaces et le verre ordinaire, et parmi les verres à base de plomb, le cristal, le flint-glass, le strasset l’émail.

1° Verre de Bohême. — Le verre de Bohême est remarquable par sa transparence, son éclat et sa dureté. Il est léger, infusible et peu altérable ; aussi est-il très-employé dans les laboratoires de chimie. C’est un silicate double de potasse et de chaux. Le crown-glass est un verre d’optique transparent, qui contient plus de chaux et de potasse que le verre

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