LIV. II, C1IAP. VII , CARBONATES
mesure qu’il se produit par un courant de gaz inerte, la décomposition devra naturellement se continuer, quoique le carbonate de chaux soit porté à une température bien inférieure à celle à laquelle il se décom-. poserait dans un espace communiquant avec l’atmosphère, puisque dans cet espace il devrait être porté à une température telle que sa tension de dissociation dépassât la pression atmosphérique. Il arrive même que la vapeur d’eau décompose les carbonates qui résistent à la chaleur ; cela tient à ce que les oxydes de ces sels ont une tendance à's’unir à l’eau pour former des hydrates stables aux températures les plus élevées :
KO, CO"2 -f - HO = KO, HO + CO2.
L’eau joue alors le rôle d’un acide qui déplace peu à peu l’acide carbonique par suite du mécanisme déjà exposé au propos des phénomènes que Berthollet attribuait h V action de masse (1er vol., p. 24).
684. Action des métalloïdes. — Aucun métalloïde n’agit à froid sur un carbonate sec ; à chaud, les métalloïdes qui ont peu d’affinité pour l’oxygène, comme le chlore, se comportent comme ils feraient en présence de l’oxyde seul : mais l’action se complique quand le métalloïde est combustible, parce qu’il peut agir sur l’acide et sur l’oxyde; elle peut néanmoins se prévoir dans tous les cas.
685. Action de l’oxygène. — L’oxygène n’agit guère que sur les carbonates de protoxyde de fer et de chrome hydratés et sur le carbonate de sous-oxyde de cuivre ; il transforme les premiers en sesquioxydes de fer et de chrome, en dégageant de l’acide carbonique ; le carbonate de sous-oxyde de cuivre passe à l’état de carbonate bibasique de cuivre.
686. Action de l’hydrogène. — Si l’on fait passer un courant d’hydrogène sur les carbonates de potasse, de soude et de baryte, il se dégage de l’oxyde de carbone ; l’oxyde reste à l’état d’hydrate, parce que ce corps est indécomposable par la chaleur :
KO, CO2 -j- H = KO, HO -f- CO.
Les carbonates de strontiane et de chaux donnent de l’oxyde de carbone, de la vapeur d’eau et de la strontiane ou de la chaux. On sait en effet que les hydrates de ces oxydes sont facilement décomposés par la chaleur.
Avec les carbonates métalliques, il se produit de l’oxyde de carbone et de la vapeur d’eau ; le métal est mis en liberté. On ne trouve d’exception que dans le cas où le carbonate est décomposable à une température trop basse pour que l’hydrogène puisse réagir sur l’acide carbo-
nique (carbonate d’argent), ou dans le cas du carbonate de manganèse, parce que le protoxyde de manganèse n’est pas réductible par l’hydrogène.
687. Action du carbone. — Il décompose tous les carbonates à chaud. Avec le carbonate de baryte, il donne, au bon rouge, un dégagement d’oxyde de carbone, et la baryte, indécomposable par le charbon, reste dans la cornue où l’on a effectué l’opération :
Ba0,C02 -f- G = BaO -f- 2CO.
Les carbonates de strontiane, de chaux, de magnésie, donnent des réactions analogues.
Avec le carbonate de potasse ou de soude, la décomposition s’effectue à une température plus élevée ; il se dégage encore de l’oxyde de carbone, mais l’oxyde est lui-même réduit, et le métal en vapeur se dégage en môme temps que du gaz oxyde de carbone :
Na0,C02 + 2C = 3C0 + Na.
C’est ainsi que l’on prépare actuellement le sodium, en chauffant un mélange de carbonate de soude et de charbon dans des vases en fer.
Les carbonates de manganèse, de fer, etc., se comportent de la même manière, mais leur décomposition s’effectue à une température beaucoup moins élevée.
Enfin, si le carbonate est très-facile à décomposer par la chaleur (carbonate d’argent), le carbone est sans action sur l’acide carbonique; mais il réduit l’oxyde à une basse température, en produisant de l’acide carbonique qui s’ajoute à celui du sel :
2 (AgO, CO2) + C = 2Ag + 3C02.
688. Action (lu bore, (lu silicium et du phosphore. — Cette action est peu connue ; voici ce qu’on peut dire sur ce sujet.
Le bore, le silicium et le phosphore, en s’oxydant , tendent à produire des acides fixes (acide borique, acide silicique, acide phosphorique) ; on ne doit donc pas s’étonner de voir qu’ils produisent du borate, du phosphate et du silicate de potasse en agissant sur le carbonate de potasse et mettant en liberté le carbone de l’acide carbonique.
Les carbonates de soude et de baryte donneraient des réactions analogues. La formule suivante rend compte de la réaction produite par le silicium :
Si -f- M0,C02 = M0,Si02 4-C.