LIY. III, CHAP. I, IODURE DE POTASSIUM
Il est facile avec les papiers réactifs de constater si l’iodure contient un peu d’alcali on de carbonate alcalin.
767. Biiodure et triiodure de potassium. — L’iodure de potassium en solution concentrée dissout facilement l’iode, et si l’on en ajoute une quantité égale à celle qui existe dans l’iodure employé, la liqueur peut être étendue d’eau autant qu’on le voudra sans qu’il y ait précipitation d’iode. Toutefois on n’a jamais obtenu de combinaison cristallisée de biiodure de potassium.
On peut facilement obtenir la dissolution de deux équivalents d’iode dans une liqueur formée en dissolvant un équivalent d’iodure dans son poids d’eau. On a ainsi un liquide rouge foncé quand on le regarde par transparence, et d’un bleu noirâtre avec un éclat presque métallique, quand on le regarde par réflexion. Par l’addition d’une quantité suffisante d’eau, on précipite la moitié de l’iode dissous, il reste seulement du biiodure.
768. Arsénite d'iodure de potassium. — Kl -+- 5As03. C’est un sel peu soluble que l’on obtient en faisant bouillir de l’iodure de potassium avec de l’acide arsénieux, ou en ajoutant de l’iode avec une solution concentrée d’arsénite neutre de potasse. Il se dépose par refroidissement.
Fluorures de potassium
769. On connaît un fluorure neutre de potassium KF1 et un fluorhydrate de fluorure KF1,HF1. On obtient le premier en saturant incomplètement l’acide fluorhydrique par le carbonate de potasse. On évapore la liqueur décantée1 * jusqu’à siccité dans un vase de platine, et l’on calcine pour chasser l’excès d’acide.
Le fluorure de potassium est extrêmement soluble dans l’eau, mais beaucoup moins dans l’alcool ; on peut l’obtenir en cristaux hydratés (KF1-+-4HO), en versant de l’alcool sur une solution concentrée de fluorure et abandonnant le mélange à lui-même ; l’alcool s’empare peu à peu de l’eau et laisse déposer le sel. Le sel anhydre ne peut s’obtenir que par l’évaporation à une température de 30 à 40° ; il cristallise en cubes difficiles à conserver, tant ils sont déliquescents. Leur combinaison avec l’eau dégage de la chaleur.
Le fluorhydrate de fluorure est aussi fort soluble dans l’eau, mais comme il l’est beaucoup moins dans l’acide fluorhydrique étendu, on le
1 L’acide fluorhydrique ordinaire contient toujours un peu d’acide hydrofluosilicique
qui donne un hydrofluosilicate insoluble.
m CHIMIE INORGANIQUE,
prépare en traitant le fluorure neutre par l’acide fluorhydrique en excès dans un vase de platine; on évapore et on laisse cristalliser par refroidissement. Il est clair qu’on pourrait l’obtenir plus directement en traitant le carbonate de potasse par un excès d’acide fluorhydrique. Sa forme est cubique comme celle du fluorure simple.
Il entre en fusion quand on le chauffe et se décompose, en donnant un dégagement d’acide fluorhydrique et un résidu de fluorure neutre. Cette réaction fournit le meilleur moyen de préparer l’acide fluorhydrique pur,
770, Fluorure double de potassium et de silicium. — KF1 -+- SiFl2. — On obtient ce'sel quand on' verse de l’acide hydrofluosilicique (HF1 SiFl2) dans un sel de potasse. Il se précipite sans produire de trouble dans la liqueur, si elle est étendue, mais peu à peu le précipité se rassemble au fond du vase où il forme une couche demi-transparente, qui décompose irrégulièrement la lumière du soleil et produit la coloration vive de l’arc-en-ciel.
Recueilli sur un filtre, lavé et desséché, il constitue une poudre blanche, fine et douce au toucher. Très-peu soluble à froid, un peu plus soluble dans l’eau bouillante qui le laisse déposer par un refroidissement lent en petits octaèdres réguliers ; d’après Stolba une partie de ce sel exige 855 parties d’eau froide pour se dissoudre et 104 parties d’eau bouillante.
Il fond au rouge naissant et se décompose en fluorure de silicium et fluorure de potassium, beaucoup moins fusible, et qui se solidifie à mesure que la décomposition s’avance; toutefois, il faut une température très-élevée et longtemps soutenue pour la compléter.
Cyanure de potassium KCy
771. Préparation. — Le cyanure de potassium se prépare : lü en saturant une dissolution de potasse par l’acide cyanhydrique étendu ; 2° en décomposant le ferrocyanure de potassium par la chaleur.
1° On décompose dans une cornue 2 parties de ferrocyanure pulvérisé avec 1 partie 1/2 d’acide sulfurique étendu de son poids d’eau, et on fait arriver le produit de la distillation dans une solution de 1 partie d’hydrate de potasse dans 5 à 4 parties d’alcool à 90° qu’on refroidit avec de la glace. Le cyanure de potassium se précipite peu à peu dans l’alcool qui devient pâteux. L’opération est terminée quand l’ébullition dans la cornue commence à produire des soubresauts, Tout l’acide cyan-
UV. III, CITA P, I, CYANURE DE POTASSIUM. m
hydrique a alors distillé. On fdtre le cyanure de potassium, on lave avec un peu d’alcool à 90° pour enlever l’excès de potasse, on le dessèche ensuite aussi rapidement que possible sur une plaque poreuse,
2° Le ferrocyanure de potassium FeK2Cy3 est un cyanure double de fer et de potassium ; ce dernier résiste à la chaleur rouge, le premier est décomposé en azote qui se dégage et en carbure de fer et charbon, On fond du ferrocyanure dans un creuset de fer, et quand le sel est bien liquide on décante avec précaution sur une pierre bien lisse, le cyanure fondu ; il reste un magma de carbure de fer qui retient du cyanure de potassium, qu’on peut retirer en traitant le magma par l’eau bouillante.
On s’assure que la décomposition est terminée, en constatant sur une petite quantité, que le sel fondu ne colore plus l’eau, comme le fait le ferrocyanure. La dissolution du magma doit être rapide, puisque le cyanure au contact prolongé du carbure reproduirait le ferrocyanure. Enfin, il ne faut pas opérer la décomposition du cyanure double à une température trop élevée, parce que 'le cyanure de potassium se décompose lui-même au rouge blanc, en donnant probablement un carbure de potassium et de l’azote. Lorsqu’on reprend alors la masse fondue par l’eau elle dégage de l’hydrogène.
Pour ne pas perdre de cyanogène les frères Rodgers avaient proposé de fondre 8 parties de cyanoferrure avec 5 parties de carbonate potassique, ce qui devrait donner du cyanure de potassium avec les produits de décomposition du carbonate de fer (682).
FeK2Cy3 -f K0,G02 = 3(KCy) + (Fe0,C02),
mais dans cette opération il se forme toujours une certaine quantité de cyanate de potasse mélangée au cyanure. En ajoutant du charbon on évite J a production du cyanate.
772. Propriétés et usages. — Le cyanure de potassium cristallise en cubes ou en octaèdres réguliers, comme le chlorure du même métal, il répand une légère odeur d’acide cyanhydrique, qui se manifeste sous l’action combinée de l’eau et de l’acide carbonique de l’atmosphère. Il a une réaction fortement alcaline, il est déliquescent à l’air. Aussi ne peut-on le conserver solide que dans des flacons bien bouchés.
En dissolution, l’acide carbonique de l’air l’altère peu à peu en produisant, comme on l’a vu tout à l’heure, du carbonate de potasse et de l’acide cyanhydrique. Si l’on fait bouillir cette dissolution elle se trans-
forme lentement en ammoniaque qui se dégage et en formiate alcalin.
KC2Az + 4H0 = K0,C2H03 + AzH3
Le cyanure de potassium est très-fusible et décomposable au rouge blanc seulement.
L’alcool ne le dissout sensiblement que s’il marque moins de 78° à l’aréomètre de Gay-Lussac, il en dissout alors d’autant plus qu’il est plus étendu.
Le cyanure de potassium réduit avec la plus grande facilité par voie de fusion , la plupart des oxydes métalliques , aussi facilement que le flux noir; il a de plus l’avantage de ne pas carburer les métaux, car il se transforme seulement en cyanate.
Le cyanure de potassium forme, avec beaucoup de cyanures métalliques (d’argent et d’or, par exemple), des composés solubles, qu’on utilise dans la dorure et l’argenture par la pile ; aussi, la dissolution de cyanure de potassium peut-elle, à raison de cette tendance, dissoudre le fer, le zinc, le cuivre, avec dégagement d’hydrogène, l’argent et l’or s’y dissolvent aussi en présence de l’oxygène de l’air. Il est sans action sur le platine.
On emploie le cyanure de potassium dans la photographie; il faut bien se rappeler quand on le manie avec les doigts, que c’est un des poisons les plus violents que l’on connaisse, et que, par son contact avec les moindres écorchures, il peut provoquer les plus graves accidents.
Sulfocyanure de Potassium KCyS2.
773. On peut l’envisager comme du cyanate de potasse sulfuré (KS,C2AzS). On le prépare en faisant fondre au rouge un mélange de 46 parties de cyanoferrure de potassium desséché, de 17 parties de carbonate de potasse bien sec et de 52 parties de soufre ; on opère dans un creuset spacieux, parce que la masse se boursoufle beaucoup d’abord, par suite du dégagement d’acide carbonique, elle fond ensuite au rouge sombre sans dégager de gaz. On traite la masse refroidie par l’alcool bouillant, le sel pur cristallise par refroidissement.
Ce sel constitue de longs prismes incolores anhydres, déliquescents, d’une saveur analogue à celle du nitre. Il est employé comme réactif pour reconnaître les sels de sesquioxyde de fer; des traces de sesquioxyde de fer donnent avec le sulfocyanure une coloration rouge sang foncé. Si le fer est en solution nitrique, il faut que cette solution ne contienne pas