DES MÉTAUX DE LA QUATRIÈME CLASSE
Ces métaux absorbent de l’oxygène à la température laplus élevée. Leurs oxydes se comportent au feu comme ceux de la 3® classe. Ils ne décomposent pas l’eau à froid ni en présence des acides énergiques , mais ils la décomposent à la chaleur rouge; toutefois cette décomposition ne s’opère que -lentement et difficilement par le bismuth , le plomb et le cuivre, alors même qu’ils ont été fortement chauffés. Ils ont une grande tendance à former avec l’oxygène des oxydes qui jouent le rôle d’acides. Ces métaux sont l’étain, le molybdène, le tungstène, l’antimoine, le tantale , le bismuth , le plomb et le cuivre.
DE Xi’ÉTAlM. Sn. Équivalent = 735,3.
L’étain se trouve en Allemagne, en Angleterre, à Banca , à Malaca; on a découvert dans le département de la Haute -Vienne une mine d’étain assez riche pour être exploitée avec succès : du moins tels sont les résultats de l’analyse qui en a été faite par Descostils. L’étain existe toujours à l’état d’oxyde ou de sulfure ; celui du commerce contient ordinairement une petite quantité de plomb , de fer, de cuivre et d’arsenic.
Il est solide, d’une couleur semblable à celle de l’argent; il est plus dur et plus brillant que le plomb ; il est assez malléable pour qu’on puisse en obtenir des lames minces , mais il se tire mal en fil : il a peu de ténacité, puisqu’un fil de 2 millimètres se brise sous un poids d’environ 24 kilogrammes ; il a une odeur désagréable lorsqu’on le frotte entre les doigts ; son poids spécifique est de 7,285 ; il a la singulière propriété de craquer quand il est plié, phénomène que l’on désigne sous le nom de cri de V étain. Chauffé dans des vaisseaux fermés , il fond à 228°, et ne se volatilise pas ; si on le laisse refroidir lentement, il cristallise
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en prismes à huit faces. Chauffé au contact de Voir ou du gaz oxygène, il s’oxyde avec dégagement de calorique et de lumière, si la température est assez élevée, et donne d’abord du protoxyde, puis de l’acide stannique anhydre; à froid, ces gaz n’agissent pas sur ce métal, que je suppose parfaitement pur, car s’il contient du plomb, il ne tarde pas à être terni par leur contact.
Le gaz hydrogène, le bore et le carbone, n’exercent aucune action sur lui. Le phosphore se combine avec l’étain et donne un phosphure mou , de la couleur de l’argent, moins fusible que l’étain , susceptible de se transformer en acide phosphorique et en phosphate d’étain lorsqu’on le fait chauffer à l’air.
Le soufre s’unit avec l’étain et donne trois sulfures. Le protosuîfure anhydre, SnS, existe dans la nature, combiné avec du sulfure de cuivre. Il est d’un gris bleuâtre , brillant, cristallisable en lames, indécomposable parle feu ; il peut absorber de la vapeur de soufre et passer à l’état de bisulfure ; on l’obtient en chauffant au rouge, dans un creuset de terre, un mélange de limaille d’étain* et de soufre. S’il est hydraté, il est d’un brun-chocolat foncé, et soluble dans un excès d’acide chlorhydrique concentré, avec dégagement d’acide sulfhydrique ; on le prépare en précipitant par ce dernier gaz un solutum de protochlorure d’étain. Le sesquisulfure, Sn2S3, est jaune grisâtre foncé, décomposable , 4 une température très-élevée, en soufre et en protosulfure; on l’obtient en chauffant au rouge obscur le protosulfure avec le tiers de son poids, de soufre jusqu’à ce qu’il ne distille plus de soufre. Le bisulfure (or mussif) anhydre, SnS2, est en belles écailles jaunes, hexagones, volatiles, décomposables, à une chaleur rouge, en soufre et en protosulfure gris bleuâtre fixel Chauffé avec le contact de l’air, il se change en acide sulfureux et en bioxyde d’étain. Il est inattaquable par les acides, excepté par l’eau régale, qui le transforme en sulfate d’étain. Il sert à frotter les coussins des machines électriques , et à bronzer le bois. On le prépare 1“ directement ; 2° en chauffant parties égales d’étain et de sulfure de mercure (cinabre) : l’étain s’empai-e 'du soufre, ejt le mercure est mis à nu ; 3° en mélangeant 7 parties de soufre, 6 p. de chlorhydrate d’ammoniaque, et 18 p. d’un alliage composé de 12 p. d’étain et de 6 de mercure ; on réduit le mélange en poudre fine , on l’introduit dans un matras que l’on soumet pendant plusieurs heures- à l’action d’une douce chaleur, et l’on obtient l’or mussif sous forme d’une masse jaunâti’e , légère ; il se produit en outre du sulfure de mercure et du protochlorure d’étain, qui se volatilisent avec l’excès de soufre et de 5el ammoniac.
Viode s’anit avec l’étain en deux proportions ; le protiodure, Snl, est peu soluble dans Teau, et peut être chauffé au rouge sans se sublimer. Le periodure, SnP, est aisément décomposé par l’eau, et se sublime à 18" cent.
Si , après avoir élevé la température de l’étain, on le met en contact avec du chlore gazeux sec, il rougit, s’empare du gaz, et passe à l’état de biehlorure (liqueur fumante de lAbavius). Il existe encore un autre composé de ce genre contenant moitié moins de chlore; je vais successivement étudier ces deux produits.
Protochlorure, SnGl {hydrochlorate d' étain , sel d’êtain , est
le produit de l’art; on peut l’obtenir cristallisé en octaèdres, mais le plus souvent il est sous forme d’aiguilles hydratées, SnCl, 2H0;. si on le chauffe, il perd la m^eure partie de son eau èt sè volatilise presque en entier au rouge naissant; cependant une portion d’eau se décompose et transforme Une très-petite partie du chlorure en gaz acide chlorhydrique et én Mo^de d’étain. Le protochlorure sublimé an%d!re offre une saveur styptique ; il est fusible et soluble dans l’eaû légèrement acidulée par l’acide chlorhydrique : en sorte ^e le solutum constitue alors un chlorhydrate de protochlorure d’étain ; si l’eau n’était pas acidulée, ce protochlorure ne serait pas entièrement dissous. En effet, Berthollet a prouvé qu’alors il se décomposerait e» partie en acide chlorhydrique et en protoxyde; celui-ci se précipiterait avec une portion de protochlorure (SnCl, SnO) , et l’autre portion de protochlorure resterait dissoute dans l’acide chlorhydrique; il est inutile d’ajouter que le dépôt blanc-jaunâtre se dissoudrait dans quelques gouttes d’acide chlorhydrique. Mis en contact avec l’air humide, le protochlorure en absorbe rapidement l’oxygène, et se transforme en biehlorure et en un composé de biehlorure et de bioxyde; l’eau aérée dans, laquelle on le mettrait agirait de même. Le chlore le fait passer à l’état de biehlorure. Il dés¬ 'oxyde complètement on incomplètement presque tous les corps saturfe d’oxygène, et passe à l’état de biehlorure ou de bioccyde: ainsi il change les sels de sesquioxyde de fer en sels de protoxyde , ceux de bioxyde de cuivre en protochlorure de cuivre, l’acide arsénique en acide arsénieux et même en arsenic, l’acide chromiquenn oxyde de chrome vert, l’acide permanganique en protoxyde; il sépare les métaux de la plupart des composés de mercure et d’or, de l’oxyde d’argent, des oxydes d’antimoine et de zinc. L’explication de ces phénomènes est toute simple : lorsque le protochlorure d’étain agit sur des corps très-oxydés qui ne contiennent point de chlore , fl. abandonne la moitié de son étain , et se change en biehlorure; tandis que l’étain abandonné absorbe l’oxygène
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dfâ corps oxydés et passe à i’état de iiioiyde ; si corps dont il s’agit coniiennenl du chlore, la portion d’étain abandonnée se transforme aussi en bi chlorure. Le protochlorure d’étain joue le rôle d’acide vis-àvis d’autres chlorures, avec lesquels il forme des composés cristal lisabies en prismes rhomboïdaux : tels sont les chlorures doubles d’étain et de potassium, d’étain et de baryum, d’étain et d’ammoniaque ; d’autres chlorures doubles cristallisent en aiguilles. Le protochlorure d’étain sert comme mordant pour les couleurs violacées, il est employé à la préparation du pourpre de Cassius, etc. ; traité par l’acide azotique, il constitue la composition d’étain des teînturiei's. M. Taüffier a proposé de l’employer pour conserver les substances animales, de préférence à toute autre matière. On n’en fait plus usage en médecine. Il agit comme 1^ poisons irritants , et détermine la mort au bout de quinze à dix-huit heures, lorsqu’il est administré à la dose de 4 à 6 grammes. Le lait le décompose complètement et avec la plus grande rapidité, et doit être considéré comme son antidote.
Préparation. On l’obtient à l’état d’hydrate en faisant chauffer le métal, très-diviséf avec 4 parties d’acide chlorhydrique liquide et concentré; il est convenable d’agir dans une cornue à laquelle on adapte un récipient , pour ne pas perdre l’acide chlorhydrique qui se volatilisé, et d’ajouter de temps en temps une petite quantité d’acide azotique : il se dégage du gaz hydrogène, et le chlore de l’acide se porte sur le métal. Le chlorure formé cristallise par le refroidissement ; on doit le conserver à l’abri du contact de l’air. On l’obtient anhydre en chauffant celui qui est hydraté, SnCl, 2H0.
Bichlorure d’étain, SnCP {liqueur fumante de Libavius). — C’est Un composé liquide, anhydre, transparent, doué d’une odeur piquante trèsforte; il ne rougit pas le papier de tournesol parfaitement desséché. Chauffé dans des vaisseaux fermés, il se volatilise , et peut être distillé à 120" c. sans éprouver la moindre décomposition, pourvu qu’il ne renferme point d’eau; car s’il en contient , celle-ci se décompose; son hydrogène forme avec le chlore de l’acide chlorhydrique qui se volatilise, tandis que l’oxygène se combine avec l’étain et le transforme en bioxyde. Mis en contact avec l’air, ce liquide en absorbe rapidement la vapeur, et se précipite sous forme d’uhe fumée excessivement épaisse. Versé dans une grande quantité d’eau, il se dissout; s’il est mêlé avec très-peu d’eau, il s’y combine rapidement, donne un hydrate cristallin , SnCi2 , 5H0 , fait entendi'e un petit bruit , et il y a dégagement de beaucoup de caîoiûque. Si on le fait bouillir avec de l’acide azotique, celui-ci est décomposé; son oxygène «e porte sur i’étain et forme de
l’oxyde qui se précipite, tandis que le gaz bioxyde d’azote qui résulte de celte décomposition se dégage avec le chlore du chlorure également décomposé. Le spiritus Libavii ne décolore pas le sulfate rouge de manganèse ; le chlore ne perd point la propriété de décolorer l’indigo en se dissolvant dans ce liquide (Gay-Lussac). Il doit être conservé dans des flacons à l’émeri, dont le bouchon soit enduit d’une légère couche d’huile ; sans cela on éprouve la plus grande difficulté à les déboucher.
Préparation. On l’obtient en faisant passer du chlore gazeux desséché à travers de l’étain chauffé presque au rouge. Si on veut l’avoir liquide, on sature de chlore un solutum aqueux de protochlorure d’étain.
Le brome se combine avec l’étain , avec dégagement de calorique et de lumière, et forme un bibromure blanc.
L’azote est sans action sur l’étain.
Veau est décomposée par ce métal , dont la température a été élevée jusqu’au rouge : on obtient du gaz hydrogène et de l’acide stannique. Il n’altère point le gaz oxyde de carbone; il enlève l’oxygène zn protoxyde d’azote, et il agit probablement de même sur le gaz bioxyde d’azote.
Il n’exerce aucune action sur l’acide borique. A une température élevée, il s’empare d’une portion d’oxygène du gaz acide carbonique, qu’il ramène à l’état de gaz oxyde de carbone. Il enlève l’oxygène à l’acide phosphorique , pourvu que la température soit assez élevée. Il n’agit pas à froid sur l’acide sulfurique concentré ; mais si on chauffe le mélange , il y a décomposition d’une portion de l’acide , dégagement de gaz acide sulfureux, et production de sulfate d’étain. L’acide sulfurique trèsétendu n’a aucune action sur lui ; s’il n’est que moyennement affaibli et que l’on chauffe, il est décomposé , il se dégage du gaz sulfureux, il se dépose du soufre, et il se forme du sulfate de protoxyde d’étain ou d’acide stannique. On ne connaît pas l’action qu’exercent Sur lui lesacides iodique et chlorique. L’acide stil/Mrewa? liquide hydraté est décomposé par lui ; il se dépose du soufre, et il se produit de l’hyposulfite de protoxyde soluble. L’acide azotique monohydraté n’agit pas sur lui : s’il est étendu d’un peu d’eau, l’action est des plus vives et des plus subites, même à froid, et il y a formation d’acide métastannique hydraté, SnSQio, lOHO, insoluble dans l’acide azotique ( Fremy ) , et d’azotate d’ammoniaque (voy. p. 274). Si l’acide azotique est plus étendu d’eau , et qu’on le fasse agir sur ce métal , l’eau et l’acide sont décomposés en partie , et il se forme de l’azotate de protoxyde d’étain et de l’azotate d’ammoniaque; il ne se dégage aucun gaz si on lient le vase dans l’eau froide pour empêcher la temp&'alure de s’élever; le soluttim jaune transparent ne tarde pas à déposer du protoxyde d’étain hydraté ; d’où il suit que l’azotate de prot-
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ôxyde d’étain tet peu stable. L’acide azoteux est rapidement décomposé par l’étain. Chauffé avec du gaz acide chlorhydrique, il s’empare du chlore et met l’hydrogène à nu ; celui-ci a une odeur alliacée; si l’acide est liquide et concentré, la même action a lieu à froid, mais elle est légère, tandis qu’à chaud elle est sensiblement plus vive; il se produit du protochlorure d’étain susceptible de cristalliser. Il décompose également le gaz acide stUfhydrique , se combine avec le soufre, et met le gaz hydrogène à nu.
L’étain peut s’allier à plusieurs des métaux précédemment étudiés : tels sont le potassium, le sodium, le fer, etc. En faisant fondre 8 parties d’étain et 1 partie de fer, et en recouvrant le tout de verre pilé, on obtient un alliage cassant, fusible au-dessous de la chaleur rouge, que l’on peut employer pour étamer le cuivre et que l’on appelle étamage polychrome.
Le fer-blanc doit être considéré comme une lame de fer recouverte d’un alliage de fer et d’étain, sur lequel existe une couche d’étain non allié. Cet alliage offre une cristallisation manifeste, même à l’œil nu; mais on peut lui donner une apparence cristalline plus prononcée et un chatoiement fort agréable , lorsqu’on le traite convenablement par les acides. La découverte de cet art , qui constitue le moiré métallique, est due à M. Alard.
Procédé. On fait chauffer légèrement une feuille de fer-blanc (celui d’Angleterre doit être préféré) , on l’humecte partout avec une éponge trempée dans un mélange acide (Ij; le moiré se forme en moins d’une minute ; on 'trempe la feuille dans l’eau froide, et on la lave en la frottant légèrement avec un peu de colon ou la barbe d’une plume imprégnée d’eau de rivière , et mieux d’eau distillée contenant une cuillerée d’acide par litre ; il importe que ce lavage soit pratiqué au moment convenable, c’est-à-dire lorsqu’on aperçoit quelques taches grises et noires 5e former : après avoir lavé la feuille, on la laisse sécher. Dans le cas où on ne voudrait pas la vernir de suite, on la l'ecouvrirait d’une couche un peu épaisse de gomme arabique dissoute dans l’eau. Les nuances que l’on voit sur le moiré sont dues à des vernis colorés et transparents. ■ — Théorie. Le fer-blanc, dès le moment de sa formation, offre
(1) Voici les mélanges les plus convenables, d’aprfeM. Herpin, deMetz: to2pai> lies d’acide azotique, 2 d’acide chlorhydrique, 3 ou 4 d’eau disütlèe; 2“ parties égales d’eau et d’acides azotique, chlorhydrique et sulfüriqné ; 3“ 4 parties d’acide azotique, 1 de chlorhydrate d’ammoniaque ; 4“ 4 parties d’acide azotique, 1 de chlorure de sodium, 2 d’eau distillée.
une cristallisation visible même à l’œil nu, mais qui, étant recouverte d’une couche d’étain sans forme régulière , plus épaisse que celle que l’on met ordinairement sur le fer-blanc, ne s’aperçoit bien que lorsque cette couche a été enlevée parles acides.
Caractères distinctifs de l’étain. 1° Ses propriétés physiques ; 2" son action sur l’acide azotique, qui le transforme en acide métastannique hydraté blanc, insoluble dans l’acide azotique; 3® cet acide dissous dans l’acide chlorhydrique donne un sel de bioxyde (voy. Sels de bioxyde).
Usages de l’étain. L’étain est employé dans la préparation de l’alliage des cloches et des canons., de l’or mussif , de la potée et des divers sels d’étain ; on s’en sert pour étamer le cuivre , pour faire la soudure des plombiers, pout mettre les glaces au tain , etc. Il est regardé par plusieurs médecins comme vermifuge, et administré comme tel en limaille, à la dosé de 4 à 24 grammes, dans quelques cuillerées d’un liquide anthelminthiqh^on l’a préconisé dans la lèpre; enfin il entre dans la composition antihecti'que de Poterius , et dans le lilium de Paracelse. On a abandonné depuis longtemps les pilules antihystériques, joviales et autres, dont l’étain ou quelques-uns de ses sels faisaient la base.
Extraction. On n’exploite guère que les mines d’acide stannique : on commence par les bocarder pour les séparer de la gangue ou des terres avec lesquelles elles sont mêlées ; on y parvient facilement en faisant couler sur la mine, posée sur une planche légèrement inclinée', de l’eau qui n’entraîne que la gangue, beaucoup plus légère que le minerai ; puis on mélange celui-ci avec du charbon mouillé et un peu de chaux éteinte, et on l’introduit dans un four appelé four à manche, qui porte trois ouvertures ; l’une supérieure, par laquelle on charge le fourneau; l’autre, placée inférieurement, donne passage au tuyau d’un soufflet, et la troisième enfin, placée aussi à la partie inférieure, permet à l’étain réduit de couler et de se condenser dans un bassin placé à côté du four. Si la mine contient des sulfures de fer et de cuivre, on la grille pour transformer ces sulfures en sulfates de fer et de cuivre , et en oxydes de fer, de cuivre et d’étain ; on traite ces produits par l’eau, qui ne dissout que les sulfates ; on lave les oxydes sur des tables légèrement inclinées : ceux de fer et de cuivre, plus légers que celui d’étain, sont entraînés; celui-ci reste donc presque pur ; s’il contenait encore de l’oxyde de fer, on séparerait ce dernier au moyen du barreau aimanté. L’oxyde d’étain ainsi obtenu est traité par le charbon, comme je viens de le dire.
On prépare l’étain très-pur en recouvrant d’une couche d’eau une dissolution concentrée et refroidie de protochlorure d’étain du commerce, et en y plongeant une lame d’étain jusqu’à la partie inférieure du vase ;
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au* bout de quelques heures, l’élain se dépose sur eelte lame sous forme de beaux cristaux : ici le prolochlorure a été décomposé par le faible courant électrique déterminé par l’immersion de l’élain dans les deux couches superposées de protochlorure d’étain et d’eau.
BES OXYBES B^AXW.
On connaît trois oxydes d’éfain, le protoxyde, le bioxyde (acide stannique) , et l’acide métastmnique.
Protoa^yde, SnO. — Il est le produit de l’art. A l’état anhydre, il est brun, noir, rouge, ou couleur olive, suivant la manière dont il a été pré** paré ; il est insoluble dans l’eau et dans les dissolutions alcalines élen-? dues, et facilement soluble dans les acides ; l'oxygène de l’air à chaud le fait brûler comme de l’amadou, et le transforme en acide stannique. On l’obtient en déshydratant Vhydrate de protoxyde par une ébullition dans l’ammoniaque (il est olive) ou par l’évaporation dans le vide d’une dissolution de ce même hydrate dans la potasse (il est noir), ou bien en calcinant le protoxyde hydraté à l’abri du contact de l’air.
A l’état ÿhydrate, Sn 0, HO, il est blanc, indécomposable par le feu ; il absorbe facilement le gaz oxygène pur ou celui qui est contenu dans l’air, et passe à l’état de bioxyde ; cette absorption a même lieu avec dégagement de calorique et de lumière lorsque la température est assez élevée. Il ne peut point se transformer en carbonate à l’air. Traité par la potasse liquide, il se dissout; et si la potasse est en excès , et qu’on évapore rapidement la liqueur, il se décompose en acide stannique, qui reste combiné avec l’alcali, et en étain métallique; si, au contraire, la proportion d’alcali est faible , et que l’on concentre la liqueur sous le récipient d’une machine pneumatique , la potasse déshydrate le protoxyde d’étain et celui-ci se précipite à l’état anhydre (Frémy), Il est formé de 88,03 d’étain et de lt,9T d’oxygène. On l’obtient en décomposant le protoclîlorure d’étain par l’ammoniaque, et en lavqnt le précipité.
Il existe une modification hmm du protoxyde d’étain. Pour l’obtenir on met l’hydrate de protoxyde blanc en digestion à une température de 56®, avec une dissolution de protoxyde d’étain dans l’acide acétique, contenant un léger excès d’acide , et d’une densité de 1,66 environ ; le protoxyde passe alors à l’état de grains durs et lourds , qui donnent une poudre d’un brun verdâtre; ces grains s’enflamment quand on les chauffe et noircissent aisément au soleil. Ils se comportent avec les réac* tifs comme le protoxyde ordinaire (Roth, Journ. depharm., août 1847).
Bioxyde {acide stannique), SnO^, HO. — On le trouve souvent dans la nature ; il existe en Angleterre , en Espagne , en. Bohême, en Saxe, à Banca, à Malaca, etc. Il est blanc, passe au jaune à une chaleur rouge, et il est déshydraté ; il est infusible, indécomposable au feu, et ne peut plus absorber d’oxygène. Il se combine avec les bases et donne des stannates; en s’unissant aux acides, il ne fournit point de sels, mais bien des combinaisons des deux acides ; toutefois il se dissout dans les «cides sulfurique et azotique étendus d’eau. On se sert de l’acide stannique naturel pour extraire le métal. Il entre dans la composition de la potée, préparation dont on fait usage pour polir les glaces, et qui est presque entièrement formée d’acide stannique et de protoxyde de plomb. On l’obtient en décomposant un stannate soluble par un acide.
Acide métastannique, Sn^ 0^0, 5H0. — Lorsqu’on décompose le perchlorure d’étain par un carbonate insoluble, ou que l’on traite l’étain par l’acide azotique, on obtient l’acide métastannique, que l’on a confondu à tort ,avec l’acide stannique :. en effet, il peut former avec l’eau trois hydrates. En présence d’un grand excès d’alcali, il donne des métaslannates neutres, en général incristallisables , qui ont pour formule Sn® Qio, MO, 4 HO, tandis que les stannates sont représentés par Sn02, MO. Les premiers sont toujours hydratés et se décomposent en acide et en base lorsqu’on les déshydrate; tandis que les stannates peuvent, comme tous les autres sels , être amenés à l’état anhydre, sans se décomposer. L’acide métastannique est blanc, cristallin, insoluble dans l’eau et dans les acides azotique et sulfurique étendus. Les métastannates de potasse et de soude peuvent être obtenus sous forme de beaux cristaux.
Oxyde d’étain intermédiaire = ou bien SnO, SnO^. — Lors¬
qu’on traite à froid l’acide stannique par du protochlorure d’étain, l’acide prend immédiatement une teinte jaune orangée : c’est l’oxyde intermédiaire ou le stannate de protoxyde d’étain; il reste en dissolution de i’acide chlorhydrique , d’où il suit que l’eau a été décomposée (Frémy, Journ. de pharm., année 1842, et mars 1847).
DES SEXS FORHÉS PAR X.E PROTOXYDE D’ÉTAKV.
Les dissolutions salines d’étain peu oxydé ont une saveur astrinr gente, métallique, désagréable; elles rougissent le tournesol; exposées àl’air, elles se troublent, absorbent de l’oxygène, etdonnent un précipité qui contient du bioxyde. Suivant M. Bouquet, qui a étudié le sulfate, le taiTrate et l’oxalale de protoxyde d’étain, ces sels ne se peroxyderaienl pas d’une manièj'e sensible au contact de l’air; le chlore les ti*ansfoi’me en
DES SELS DE BIOXYDE d’ÉTAIN.
sels de bioxyde (voy. Action du chlore sur les sels de protoxyde de fer). L’acide sulfureux est décomposé par elles ^ leur cède de l’oxygène, et il y a du soufre précipité. Les monosulfures de potassium et de sodium y font naître un précipité couleur de chocolat, et non pas blanc sale, comme on le dit; l’acide sulfhydrique les décompose, et en précipite un sulfure couleur de chocolat. La potasse, la soude et V ammoniaque, donnent un précipité blanc de protoxyde, soluble dans un excès de potasse et de soude ; par l’ébullition, ces dissolutions se décomposent en étain métallique et en slannates de potasse ou de soude. Le chlorure d’or les précipite en pourpre ; le bichlorure de mercure y fait naître un précipité blanc de protochlorure de mercure, qui devient gris aussitôt, parce qu’il est réduit à l’état métallique. Le cyanure de potassium et de fer les précipite en blanc. Le zinc et le plomb en séparent l’étain. L’eau, en gi’ande quantité, les décompose et en précipite un sous-sel blanc; la dissolution renferme un sel acide.
DES SEES DE B10XLEDE*D’É'ffAl]V.
Le bichlorure (1) ne se trouble pas par son exposition à l’air, ni par son mélange avec le chlore, l’acide sulfureux, les acides azotique , azoteux, etc. ; il a une saveur métallique très-désagréable. Les sulfures solubles et l’acide sulfhydrique concentré en précipitent du bisulfure d’étain hydraté /oune, soluble dans l’ammoniaque, mais beaucoup moins que le sulfure d’arsenic ; la dissolution ammoniacale perd sa couleur jaune et peut rester d’un blanc très-légèrement laiteux, ce qui tient à la présence d’un peu de bioxyde d’étain que l’acide sulfhydrique n’a point décomposé , et que l’ammoniaque ne dissout point. La potasse, la soude et l’ammoniaque, en séparent le bioxyde, qui se dissout très-facilement dans un excès de potasse ou de soude. Le cyanure jaune de potassium et de fer le précipite en blanc. Le zinc en sépare l’étain.
On vend dans le commerce un sel d’étain que l’on emploie beaucoup dans les manufactures, et qui est composé de protochlorure d’étain et d’un sel ferrugineux; il diffère du protochlorure par les propriétés suivantes: l’eau distillée ne le dissout jamais entièrement, ce qui dépend de l’insolubilité du sous-bi chlorure qu’il contient; les sulfures de potassium , de sodium et d’ammoniaque, en précipitent une poudre noirâtre.
(1) Les caractères dont je vais parler se rapportent tous au bichlorure d’étain, le seul sel au maximum que l’on connaisse.
tandis que le précipité qu’ils forment dans le protochlorure à la couleur du chocolat, etc. On se sert de ce sel d’étain dans les manufactures de porcelaine pour faire le pourpre de Gassius (voy. art. Or), et dans les fabriques de toiles peintes, comme je le dirai par la suite.
DU B101.TBBÈII1:. Mo. Équivalent = 598,5.
On n’a jamais trouvé ce métal à l’état de pureté : il existe dans la nature, à l’état de sulfure et de molybdate; mais ces produits sont excessivement rares.
Le molybdène fondu est blanc, semblable à de l’argent mat, et susceptible d’être poli ; son poids spécifique est de 8,615 à 8,636; il est cassant , quoiqu’il s’aplatisse un peu sous le marteau avant de se fondre.
Il a été regardé pendant longtemps comme infusible ; mais on est parvenu à le séparer du sulfure, et à le fondre soit à une température excessivement élevée dans pos fourneaux , soit à l’aide du chalumeau à gaz (Clarke). Chauffé jusqu’au rouge naissant avec le contact de l’air, il se transforme d’abord en oxyde brun, qui finit par devenir bleu. Si on élève davantage la température , il sè change eh acide molybdiqüe , qui se vaporise et cristallise en refroidissant II h’est pas altéré par l’air froid.
La plupart des corps simples non métalliques s’unissent avec le molybdène.
Le molybdène peut s’allier avec un très-grand nombre de métaux , mais aucun des alliages qu’il forme n’est employé.
Extraction. On décompose l’acide molybdiqüe dans un creuset brasqué, comme je l’ai dit en parlant du manganèse (voÿ. p. 463 ).