DES SEES DE PEOMB
Parmi les oxydes de plomb , il n’y a que le protoxyde qui puisse se combiner avec les acides et former des sels, qui sont pour la plupart insolubles. Ceux qui se dissolvent fournissent des liquides incolores, doués d’une saveur styptique plus ou moins douceâtre ; ils donnent , par l’acide sulfhydrique et par les sulfures solubles , un précipité noir de sulfure de plomb , un précipité jaune-serin de chromâte de plomb par l’acide chromique et par les chromâtes solubles , jaune orangé par l’acide iodhydrique ou par les iodures (le précipité est de l’iodure de plomb), un précipité blanc de protoxyde par la potasse, la soude ou l’ammoniaque ; ce précipité jaunit lorsqu’on le fait sécher, et se redissout à merveille dans un excès de potasse ou de soude ; si , avant de décomposer la dissolution de plomb par les alcalis , on l’étend d’une suffisante quantité de chlore liquide, le précipité , jaune d’abord, devient rouge , et finit par passer à l’état de bioxyde brun , phénomène qui dépend de ce que l’eau a été décomposée; son oxygène s’est porté sur le protoxyde de plomb, tandis que le chlore s’est uni à l’hydrogène. Les carbonates de potasse, de soude et d’ammoniaque, transforment les dissolutions de plomb en carbonate de plomb blanc insoluble ou peu soluble dans l’eau. Elles sont précipitées en blanc par l’acide sulfurique et par les sulfates solubles : dans ce cas, le précipité est du sulfate de plomb. Enfin le zinc, le fer et l’étain , ayant plus d’affinité pour l’oxygène et pour l’acide que le plomb, précipitent celui-ci à l’état métallique.
Tous les sels de plomb solubles sont vénéneux; il en est de mêmê de ceux qui sont insolubles et qui se. transforment dans l’estomac en sels
DES SELS DE PLOjîS. 573
solubles : aussi faut-il proscrire l’usage du plomb pour tout ce qui peut servir à la préparation des aliments.
Carbonate, PbO,C02. — On trouve ce sel en France, en Bretagne, au Hartz, en Bohême, en Écosse et en Daourie. Il est tantôt cristallisé en prismes rhomboldaux , ou en octaèdres réguliers, ou en petites paillettes brillantes, transparentes, d’une couleur blanche ou jaune brunâtre ; tantôt en petites masses. Celui que l’on prépare dans les laboratoires est pulvérulent, blanc et insipide; chauffé doucement, il se décompose en acide carbonique et en oxyde de plomb ; si la température est insuffisante pour fondre le protoxyde, et qu’il ait le contact de l’air, il donne la mine orange (voy. Minium). Soumis à l’action du chalumeau , il laisse du plomb métallique. Il est insoluble dans l’eau, à moins que celle-ci ne contienne du gaz acide carbonique. Barruel et Mérat ont retiré 64 grammes de carbonate de plomb très-bien cristallisé, en faisant évaporer six voies d’eau laissées pendant deux mois dans une cuve doùblée en plomb, qui avait été exposée à l’air, et par conséquent en contact avec le gaz acide carbonique (thèse de Mérat sur la colique de plomb). La céruse , préparée , comme il sera dit bientôt, par le procédé hollandais , est un composé de carbonate de plomb et de protoxyde de plomb hydraté, 2Pb0,C02, PbO,HO ; elle est employée pour étendre les couleurs; on s’en sert aussi pour dessécher les huiles et pour peindre les boiseries des appartements; mais j’ai déjà dit qu’on devait lui préférer l’oxyde de zinc pour cet usage (voy. p. 475); elle est toujours mélangée d’un peu de charbon ou d’indigo pour lui donner un reflet bleu ; celle de Hollande est colorée par du sulfure de plomb. Les céruses du commerce, telles que le blanc de Venise, le blanc, de Hambourg et le blanc de Hollande, contiennent parties égales au moins de sulfate de baryte, qui est nécessaire pour leur donner de l’opacité; ce dernier contient 3 parties de ce sulfate sur 4.
Préparation. On fait arriver un courant de gaz acide carbonique dans une dissolution ôl acétate de plomb tribasique solubh; il se précipite du carbonate de plomb, et. le sel se trouve ramené à l’état d’acétate monobasique.
3PbO H^C^QS 2C02 ^2Pb0,C02 PbO H3C403
Protox. de plomb. ’ A. acélique. ’ A. carbonîq. Carb. de plomb. ’ Protox, de plomb. ’ A. acétique.
A l’aide de la lithai'ge, on la transforme de nouveau en acétate de plomb tribasique soluble , que l’on décompose encore par l’acide carbonique ; on lave bien le carbonate précipité, et on le livre au commerce après
l’avoir fait sécher : tel est le procédé suivi dans l’asine de Clichy. En Hollande, on prépare le blanc deplomh en soumettant les lames de ce métal à l’action de la vapeur du vinaigre, de l’air et de l’acide carbonique ; ce dernier est obtenu par la décomposition du fumier ; le plomb s’oxyde , pass^à l’état d’acétate basique , qui est ensuite décomposé par l’acide carbonique, et donne :
2PbO, C02 PbO HO
Carbonate de plomb. ^ Protoxyde. ’ Eau.
Ce procédé est moins économique que le premier, mais il donne une céruse de meilleure qualité.
La céruse introduite dans l’estomac se dissout dans les liquides acides et salins contenus dans ce viscère, et est vénéneuse.
Oœalate.^ll est insoluble dans l’eau et décomposable à 300° en sousoxyde de plomb et en acide carbonique.
Azotate, PbO, AzO®. Il n’existe pas dans la nature; on peut l’obtenir cristallisé en octaèdres dont les sommets sont tronqués, d’une couleur blanche , opaques ou transparents, inaltérables à l’air, et solubles dans 7 ou 8 parties d’eau à 15°. Si, après aveir desséché ce sel, on le chauffe dans des vaisseaux fermés , il se décompose et se transforme en acide hypoazotique liquide (voy. p. 195), en gaz oxygène et en protoxyde de plomb. Si on fait bouillir la dissolution d’azotate de plomb avec du protoxyde , on obtient un azotate de plomb blanc , basique=2 PbO, AzQS, HO, moins soluble dans l’eau que le précédent. Si , au lieu de la faire bouillir avec du protoxyde , on se sert de lames de plomb très-minces , l’acide azotique est décomposé, cède une partie de son oxygène au plomb, et il se forme , suivant la proportion de plomb , la durée de l’ébullition, etc., un hypoazotate de plomb jaune == 2 PbO, AzO*, HO, un hypoazotate plus basique orange =7 PbO, AzO-*, 3 HO, ou un azotite quadr ibasi que rose = 4Pb0,Az03,H0.
On obtient l’azotate dé plomb avec de la litharge, et l’acide azotique étendu de trois ou quatre fois son poids d’eau. Il sert à la fabrication des verres pesants destinés aux opticiens , et à analyser les minéraux qui renferment une base alcaline à l’état de silicate.
Sulfate, Pb0,S03. — On le trouve dans la nature, cristallisé en octaèdres. Préparé dans les laboratoires , en versant un sulfaté soluble dans une dissolution d’un sel de plomb, il est blanc, pulvérulent, anhydre, insoluble dans l’eau, inaltérable à l’air et indécomposable par le feu. On pourrait l’employer à la fabrication du cristal. J’ai prouvé en 1843, bien avant M. Melsens, qu’il agit à la longue comme un poison, parce qu’il
se dissout lentement dans les acides et dans le clilonire de sodium contenus dans l’estomac.
Chromate (plomb rouge), PbO, CrO^. — On n’a trouvé ce sel que dans la Sibérie. Celui que l’on prépare dans les laboratoires est d’une belle couleur jaune-serin lorsqu’il est neutre, insoluble dans l’eau et peu soluble dans les acides. L’acide chlorhydrique bouillant le transforme en chlorure de chrome vert soluble, et en protochlorure de plomb blanc insoluble. Chauffé, il donne de l’oxyde de plomb, de l’oxyde de chrome, et du gaz oxygène : ce qui l’a fait employer dans l’analyse des substances organiques. On l’obtient en décomposant l’acétate de plomb par le chromate de potasse. On l’emploie pour peindre sur la toile et sur la porcelaine; il fait la base des couleurs jaunes que l’on applique sur les caisses des voitures {jaune de chrome). On a coloré quelquefois avec «lui les bonbons eu jaune, ce qui est fâcheux, car il est vénéneux.
Chromate bibasique, 2PbO,CrO^. — Il est d’un très-beau' rouge de cinabre, si on l’a obtenu en faisant fondre du chromate neutre jaune avec de l’azotate de potasse.
Empoisonnement par les sels de plomb. Les sels de plomb introduits dans l’estomac donnent lieu à un empoisonnement aigu caractérisé par des vomissements, des douleurs vives, de la fièvre, etc., ou bien à un empoisonnement d’une autre forme , semblable à celui que déterminent les émanations saturnines, c’est-à-dire aux maladies connues sous les noms de colique des peintres, d’ anesthésie, de paralysie ou d'encéphalopathie saturnines. Dans l’un comme dans l’autre cas , il y a absorption d’un composé plombique, et les accidents provoqués sont le résultat de l’action de la partie de ce composé qui a été absorbée. Lorsqu’on recherchera le plomb dans le foie, dans les tissus du canal digestif, etc., il ne faudra pas oublier qu’il existe naturellement du plomb dans nos organes; ceux-là seuls qui ont été assez inhabiles pour ne pas le déceler en ont nié l’existence. Il importe donc d’opérer de manière que l’on ne puisse pas confondre le plomb que j’appellerai d'empoisonnement, de celui qui est naturellement contenu dans le corps de l’homme. Pour cela on fera bouillir pendant ^ ou 25 minutes, dans de l’eau acidulée par l’acide acétique, l’organe que l’on supposera contenir du plomb d’empoisonnement; une partie de ce plomb sera dissoute , tandis que l’acide faible dont je pai'le n’attaquera aucunement le plomb qui est naturellement contenu dans le même organe : pour extraire celui-ci, il faudrait réduire cet organe en cendres. La dissolution acétique, évaporée àsîccitéet carbonisée à l’aide de l’acide azotique, laissera un charbon , lequel, si on le fait bouillir dans l’acide azotique , donnera de l’azotate de plomb so-
ôîô tREMlÊRË fAftTlÊ.
lubie, facilement reconnaissable (voy. p. 572 et ma Médecine légale, t. lil,
4*^ édition).
Les sulfates de potasse, de soude, de magnésie ou de chaux, peuvent être avantageusement employés comme contre-poisons des sels de plomb, parce qu’ils décomposent ces sels et les transforment en sulfate de plomb insoluble, qui n’agirait comme un léger toxique qu’à la longue, et qui sera sans action nuisible, parce qu’il aura été promptement expulsé par les vomissements ou par les selles. M. Melsens a été conduit à admettre que Viodure de potassium pouvait être employé avec succès dans les empoisonnements saturnins , parce qu’il transforme les composés de plomb insolubles en un composé soluble que la nature expulse avec l’urine. Sans me prononcer sur la valeur de cette médication , je dirai que , plusieurs années avant ce chimiste , j’avais formulé d’une manière générale qu’il fallait recourir à des diurétiques pour expulser du corps les poisons qui étaient retenus dans nos organes, après avoir été absorbés. M. Melsens n’aurait donc fait qu’appliquer le principe que j’avais posé.
L’iodure de potassium qu’il a proposé est-il préférable à un médicament diurétique composé d’eau de Seltz, d’azotate de potasse, et d’une petite quantité de vin blanc? Je ne le pense pas, quand je songe aux accidents que détermine l’iodure de potassium donné à forte dose , c’est-àdire à la dose à laquelle il doit être administré pour avoir l’efficacité que lui suppose M. Melsens.
im cmTRE. Cu. Équivalent = 395,6.
Le cuivre existe, 1® à l’état natif en France, mais principalement eil Sibérie, en Suède, en Angleterre, en Saxe, en Hongrie; 2° combiné avec l’oxygène; 3° avec certains corps simples, et notamment avec le soufre; 4“ enfin à l’état de sel. On a trouvé de très-petites quantités de cuivre dans certains végétaux , comme le quinquina gris, la garance, le café, le froment, etc.; le sangti tous nos tissus en contiennent (voy. Empoisonnement, p. 590).
Le cuivi’e est un métal solide, d’une belle couleur rouge, d’une odeur et d’une saveur sensibles et désagréables; quoique brillant , malléable et ductile, il ne possède ces propriétés qu’à un degré inférieur à celui des métaux les plus précieux; il occupe le troisième rang pour la malléabilité, et le cinquième pour la ductilité ; il est doué d’une grande force de ténacité, moindre cependant que celle du fer; un fil de cuivre de 2 millimètres de diamètre exige un poids de 140 kilogrammes pour se rompre ; il est plus sonore que le fer et que tous les auti'es métaux ; le
bü CUIVRÉ. S77
poids spécifique du cuivre fondu est de 8.780 , et celui du cuivre étiré en fils , de 8,96.
Soumis à l’action du calorique, il fond à 788“ c. environ , et se volatilise, à la chaleur blanche, en vapeurs qui donnent à la flamme une couleur verte; il n’est cependant pas très-volatil, puisque, d’après Berlhier, en le chauffant pendant longtemps à la température d’un four à porcelaine, il ne perd qu’un pour 100 de son poids; on peut l’obtenir cristallisé en octaèdres si on le refroidit lentement. Quand on le chauffe avec le contact de Vair ou du gaz oxygène, il passe à l’état de protoxyde rougeâtre, puis de bioxyde brun, sans qu’il se dégage de la lumière; des phénomènes analogues ont lieu à la température ordinaire , pourvu que les gaz soient humides : ainsi le gaz oxygène ternit sa surface et l’oxyde au bout d’un certain temps; l’air atmosphérique non-seulement le change en oxyde, mais le fait encore passer à l’état de carbonate verdâtre hydraté mêlé d’hydrate.
Vhydrogène peut se combiner par des moyens indirects avec le cuivre, et former une poudre d’un brun foncé, Cu2H. Get hydrure est hydraté et se décompose subitement, vers 60° c., en cuivre et en gaz hydrogène; il s’enflamme dans le chlore et dans le brome. On l’obtient en décomposant à une douce chaleur une dissolution concentrée de sulfate de cuivre par de l’acide hypophosphoreux (Wurtz, Ann. déchira, et de phys.fimn 1844).
On ne connaît pas de composé de bore et de cuivi’e. On forme un carbure de cuivre en faisant passer du gaz oléfiant sur du cuivre à une chaleur blanche (Marchand, voy. Gaz oléfiant, p. 249).
Le phosphore en vapeur peut se combiner directement avec lui et donner un phosphure d’un blanc grisâtre, brillant, fragile, très-dur, contenant 20 pour 100 de phosphore.; si l’on fait passer de l’hydrogène à travers du phosphate neutre de cuivre à une température peu élevée, on obtient un phosphure, Cu2 Ph; enfin, en faisant arriver du phosphure d’hydrogène gazeux dans une dissolution de sulfate de cuivre, il se forme un phosphure noir, qui prend la couleur rouge du cuivre quand on le chauffe.
Loi-squ’on fond ensemble 3 parties de soufre et 8 de cuivre, il y a dégagement de calorique et de lumière, et formation d’une masse qui , étant chauffée une seconde fois avec un excès de soufre, constitue un protosulfure, Cu2 S, solide, d’un gris de plomb, ou jaunâü’e, plus fusible que le cuivre. On obtient encore un bisulfure noir de cuivre, Cu S, en décomposant un sel de bioxyde de cuivi'e par l’acide sulfhydrique. Il s’altère facilement et très-promptement à l’air, qui le transforme en sul- I. 37
fate de cuivre, en cédant de son oxygène au soufre et au métal ; l’acide azotique moyennement concentré le change promptement en sulfate de cuivre bleu à l’aide d’une légère chaleur. Il existe en France, en Cornouailles, en Suède, en Saxe, en Sibérie , en Bohême, au Rai% en Hongrie, des sulfures que l’on désigne sous le nom de pyrites de cuivre; celles-ci contiennent toujours une plus ou moins grande quantité de sulfure de fer; on peut considérer la pyrite ordinaire comme composée d’un équivalent de sesquisulfure de fer et d’un de protosulfure de cuivre, Fe2 S®, Cu2 S, avec une très-petite quantité d’acide silicique et de sesquioxyde de fer interposé ; on l’emploie à l’extraclion du cuivre du commerce et à la préparation du sulfate de cuivre (couperose bleue). On peut encore obtenir des sulfures de cuivre plus sulfurés en versant dans les sels de bioxyde de cuivre des polysulfures alcalins.
L’iode et le cuivre donnent un composé d’un blanc grisâtre insoluble dans l’eau , qui pourrait bien n’être qu’un mélange de protiodure et d’iode.
Chauffé avec du chlore gazeux , il l’absorbe, rougit et passe â l’état de chlorure; ce phénomène a même lieu à froid, et la combustion est des plus intenses si le cuivre est en feuilles minces. On connaît deux composés de ce genre. Lebiehlorure, GuGl, que l’on prépare en dissolvant le cuivre dans l’eau régale bouillante, et en évaporant la dissolution jusqu’à siccité, est solide, couleur d’écorce de cannelle, déliquescent, cristallisable en prismes verts allongés, GuCl,2H0, très-soluble dans l’eau et dans l’alcool, d’une saveur fortement styptique; le solutum aqueux est bleu s’il contient beaucoup d’eau , et vert s’il est concentré. Chauffé à 200° c. , il perd de l’eau et du chlore , et se trouve transformé en protochlorure. <
On obtient le proiochlorure, Gu2 Gl, en traitant par l’acide chlorhydrique un équivalent de cuivre en limaille, et un équivalent de bioxyde de cuivre pulvérisé; le solutum est liquide, brun et opaque; mais au bout d’un jour ou deux, il devient incolore et transparent; cette coloration et cette opacité dépendent de la présence d’une certaine quantité de bioxyde de cuivre qui ne tarde pas à se déposer. Le solutum ainsi décoloré constitue le protochlorure dissous dans l’acide chlorhydrique ; si on l’évapore à l’abri du contact de l’air, et qu’on le chauffe jusqu’à fusion, il est solide, fauve clair, tandis qu’il est blanc lorsqu’il est anhydre et très-divisé; quand il se produit lentement, on peut l’obtenir en petits tétraèdres incolores, parfaitement transparents; il est fusible à 400° c., volatil à la chaleur 'rouge, insoluble dans l’eau, altérable à l’air, qui le verdit et le change enbichlorure et en oxychlorure, GuO,CuCl; il se