‹ Éléments de chimie (volume 2)Chapitre 143 sur 149 · DES SEES D'OB · texte numérisé non relu

DES SEES D'OB

On ne connaît réellement que les chlorures d’or, le chlorhydrate de sesquichlorure, et le séléniate. L’azotate et le sulfate préparés avec l’oxyde d’or et les acides azotique et sulfurique concentrés ne contiennent que très-peu d’oxyde en dissolution , et il suffit d’y ajouter de l’eau pour le précipiterenentieiv

Chlorhydrate de sesquichlorure d’or {muriate d’or, sel d’or, chlorure d’or). — Il cristallisg en prismes quadrangulaires aiguillés ou en octaèdres tronqués, d’un jaune foncé, qui se liqué^ut en été; il est doué d’une saveur slyplique très-astringente et désagréable , et se décompose parle calorique en acide chlorhydrique et en sesquichlorure d’or, à moins qu’on ne chauffe davantage, car alors il fournit en outre du chlore et du protochlorure d’or ; et si la température est encore plus élevée , pn finit par n’obtenir que du chlore et de l’or spongieux et mat. Il attire fortement l’humidité de l’air, et se dissout très-bien dans l’eau ; le solu~ tum, d’une couleur jaune plus ou moins foncée, suivant son degré de concentration, rougit l’infusum de tournésol et colore l’épiderme de presque toutes les substances végétales et animales en pourpre foncé : cette couleur est indélébile. Il peut être décomposé, ainsi que le sesquichlorure d’or, Au2C13, par un très-grand nombre de corps simples ou composés, avides d’oxygène, qui s’emparent de l’oxygène de l’eau, tandis que l’hydrogène s’unit au chlore , et il se précipite de l’or.

1° Si l’on met un cylindre de phosphore dans ce sotutum étendu , et qu’on renouvelle celui-ci. à mesure qu’il se décolore, on pourra, au bout de quelque temps , en mettant le cylindi'e dans l’eau bouillante, fondre le phosphore qui était en excès,. et obtenir un canon d’or pourpre susceptible d’être bruni. 2° Le sulfate de protoxyde de fer, versé dans cette dissolution , la précipite tout à coup en brun , et on voit paraître à la surface du liquide des pellicules d’ôr excessivement minces; le précipité formé par l’or métallique en prend tout l’éclat par le frottement, le sel de fer passe à l’état de sulfate de sesquioxyde. 3° L’éther et les huiles volatiles (substances avides d’oxygène) commencent par s’unir avec cette dissolution ; mais, au bout de quelque temps, l’or se précipite en lames, en écailles ou en feuillets brillants. 4° L’azotate de protoxyde de mercure précipite le chlorure d’or en bleu grjs ; le précipité est

t)ES SELS d’or. 641

formé de bioxyde de mercure et de protoxyde d’or. 5® Le gaz hydrogène et les acides phosphoreux et hypophosphoreux , tels qu’ils sont obtenus dans les laboratoires, le décomposent également. 6" L’étain fournit le réactif le plus sensible pour reconnaître les plus petites quantités d’or : une dissolution de ce métal , assez étendue pour que le sulfate de protoxyde de fer n’indique pas sa présence, donne, par une lame d’étain, avec l’addition de quelques gouttes d’acide chlorhydrique, une nuance rose, et détermine, au bout de quelques heures, un précipité de pourpre de Cassius (stannate de protoxyde d’or).

Les alcalis (potasse , soude , baryte , strontiane , et chaux) , versés en petite quantité dans le chlorhydrate de sesquichlorure d’or peu acide, en précipitent un sous-chlorure jaune, tandis qu’ils en séparent de l’oxyde brun si on les emploie en excès et que l'on chauffe la liqueur. Si le chlorhydrate est très-acide, il se forme des sels doubles solubles, et il n’y a point de précipité (1); cependant, suivant M. Figuier, la potasse précipite cette dissolution à froid au bout d’un certain temps, même lorsqu’elle est très-acide. L’acide sulfhydrique et les sulfui’es y font naître un dépôt chocolat foncé, qui est du sulfure d’or. Lq cyanure jaune de potassium et de fer ne le précipite point; toutefois la liqueur verdit et laisse déposer, au bout d’un certain temps, du bleu de Prusse provenant du cyanure. L’acide oxalique à chaud réduit l’or instantanément sous forme d’une poudre noire, et il se dégage de l’acide carbonique. \2 ammoniaque en sépare des flocons Jaunes rougeâtres lorsqu’on l’emploie en petite quantité ; un excès d’ammoniaque change cette couleur en jaune-serin : les flocons ainsi obtenus, lavés et séchés à une douce chaleur, constituent l’or fulminant, qui est solide , jaune, insipide, inodore, décomposable par la chaleur, par les rayons lumineux concentrés, ou par un frottement subit et vif; cette décomposition est accompagnée d’une forte détonation. Suivant M. Dumas, l’or fulminant pouri-ait être représenté par les deux formules suivantes, l‘’2H3Az, Au2 03, HO; 2“ H3 Az, Au^Az, 4H0. Proust, Bertliollet, etM. L. Figuier, le considèrent, au contraire, comme un composé de sesquioxyde d’or et d’ammoniaque (sous-aurate d’ammoniaque) =Au203,2fl3Az, HO.

On emploie ce sel dans les arts pour préparer le pourpre de Cassius et l’or métallique très-divisé.

(1; Pelletier n’admettait point l’existence des sels doubles dont je parle; il les considérait comme de simples mélanges.

Préparation. Pour obtenir le sel d’or jaune, on chauffe dans une capsule de porcelaine, au bain-marie saturé de sel marin, 1 partie d’or pur avec 2 parties d’eau régale composée de 3 parties d’acide chlorhydrique, de 1 pai’tie d’acide azotique, et de 1 partie d’eau distillée. Si l’on veut avoir le chlorure d’or rouge, on emploie de l’eau régale ne contenant que 2 parties d’acide chlorhydrique {Journal de pharmacie, mai 1844).

Du pourpre de Cassius {stannate de protoxyde d’ or), 3St02, Au20, 4H0. — Le pourpre de Gassius, si souvent employé dans la peinture et dans la coloration des porcelaines et des verres, est un stannate de protoxyde d’or.

Préparation. On dissout 20 grammes d’or dans 100 grammes d’eau régale faite avec 4 parties d’acide chlorhydrique et 1 partie d’acide azotique; on évapore presque jusqu’à siccité; on dissout le produit dans l’eau, on filtre , on étend le liquide de manière à avoir ^/4 de litre; on place alors quelques fragments de grenaille d’étain dans la liqueur, qui se trouble bientôt et devient bleuâtre en quelques minutes ; on voit sa teinte se foncer peu à peu , et au bout d’un quart d’heure elle a pris une couleur pourpre admirable; le précipité s’est déposé, et il n’y a plus qu’à le recueillir sur un filtre ; si le précipité ne se déposait pas , il suffirait de chauffer légèrement le liquide et d’y ajouter un peu de sel marin (Figuier, loc. cit.). U est inutile de dire que c’est l’oxygène de l’eau qui oxyde les deux métaux , pendant que l’hydrogène de ce liquide se combine avec le chlore du chlorure d’or.

Les préparations d’or, employées autrefois par plusieurs praticiens , étaient bannies depuis longtemps, lorsque Chrestien proposa de les introduire de nouveau dans la pratique de la médecine. L’or métallique, le pourpre de Cassius, le chlorhydrate de sesquichlorure et de sodium, et l’oxyde d’or, ont été administrés comme antisyphilitiques et antiscrofuleux, et paraissent avoir réussi dans quelques circonstances où les préparations mercurielles avaient échoué; on les emploie ordinairement en frictions sur la langue, savoir : l’or métallique à des doses croissantes de 1 à 20 centigrampaes par jour ; le sesquioxyde d’or et le pourpre de Cassius de 5 à 50 milligrammes, et le sel double d’or et de sodium de 2 à 16 milligrammes : on associe ce dernier à quelque poudre végétale inerte. Administrés à plus forte dose et de la même manière, ils excitent puissamment le système artériel et donnent lieu à des accidents fâcheux. (On peut consulter avec fruit l’ouvrage du docteur Legrand, intitulé de l’Or et de son emploi en médecine; Paris , 1 vol.)

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