DU PLATINE
n’esl jamais complètement débarrassé des matières étrangères. Chauffé fortement avec l’or, le platine donne un alliage plus fusible que lui, sans action sur l’air ou sur le gaz oxygène, et attaquable par l’acide azotique, phénomène d’autant plus extraordinaire qu’aucun des deux métaux n’a d’action sur cet acide ; cet alliage est encore remarquable en ce qu’il a la même couleur que le platine , lors même qu’il est composé d’une partie de ce métal et de 11 parties d’or.
La potasse, la lithine, et même la soude, ainsi que l’azotate de potasse, fondus dans un creuset de platine , l’attaquent, et il se forme une pondre noire^qui, mise en contact avec l’acide chlorhydrique, se transforme sur-le-champ en bichlorure de platine et de potassium ou de sodium. La facilité avec laquelle ces substances, le phosphore elle foie de soufre, agissent sur ce métal, diminue singulièrement les avantages que l’on avait cru d’abord retirer des creusets de platine, pour les opérations chimiques.
Caractères distinctifs. 1° Ses propriétés physiques ; 2° son action sur l’eau régale, qui le dissout et donne un chlorhydrate de chlorure facile à reconnaître (voy. p. 653).
Le platine est employé pour préparer des cornues, des creusets , des capsules, et divers ustensiles de chimie ; il serait à souhaiter qu’on pût l’obtenir avec assez d’économie pour que son usage devînt plus général , car il est le moins fusible et le moins altérable de tous les métaux connus ; on s’en sert pour faire des chaudières avec lesquelles on concentre l’acide sulfurique en grand ; on est même parvenu à souder deux bouts de platine sans addition d’aucun autre métal, ce qui peut devenir d’une très-grande utilité pour réparer les vases de ce métal qui ont été perforés.
Extraction. La mine de platine renferme du platine, du rhodium, du palladium, du cuivre, du plomb, du mercure, du fer, du soufre, de l’osmium, de V iridium, du chrome, du titane, de l’alumine et du sable. On la traite en vases clos par cinq ou six fois son poids d’un mélange fait avec 3 parties d’acide chlorhydrique et 1 partie d’acide azotique (eau régale); on obtient une dissolution brune jaunâtre, que l’on décante; on fait bouillir à plusieurs reprises avec une nouvelle quantité d’eau régale, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’action : dans cette expérience, le soufre est acidifié, tous les métaux sont oxydés, excepté une grande partie de l’iridium et de l’osmium; plusieurs de ces oxydes sont dissous; il reste au fond de la cornue une poudre. La dissolution A renferme des sels de platine, de rhodium, de palladium, de cuivre, de plomb, de mercure, de fer, d’un peu d'iridium et d’osmium; elle con-
tient en outre de l’acide sulfurique. Le résidu noir pulvérulent B est formé d’iridium, d’osmium, de sable, d’un peu d’alumine, d’oxyde de fer, d’oxyde de chrome et d’oxyde de titane ; ces trois derniers sont unis entre eux et ne se dissolvent pas dans l’eau régale. Enfin le liquide C condensé dans le récipient renferme , d’après les expériences de Laugier, beaucoup d’acide et une certaine quantité d’osmium oxydé.
On mélange 100 grammes du résidu 5 avec 300 grammes d’azotate de potasse; on introduit ces deux corps dans un grand creuset, et on les chauffe pendant une heure à une température rouge dans un fourneau à vent. Après Cette calcination , la masse est coulée sur une plaque métallique; cette opération doit être faite à l’air, et il est même indispensable de se couvrir le visage, car, sans cette précaution, les vapeurs d’acide osmique agiraient vivement sur la peau ; pendant cette calcination, on perd une certaine quantité d’acide osmique. La masse décantée, qui contient Vosmiate et Viridiate de potasse, est traitée dans une cornue par l’acide azotique, qui dégage l’acide osmique, que l’on condense dans une dissolution concentrée de potasse. Le résidu de cette distillation est traité d’abord par l’eau, qui enlève le nitre, puis par l’acide chlorhydrique, qui dissout Yoxyde d’iridium. On obtient donc ainsi l’osmium à l’état d’osmiate dépotasse, et l’iridium à l’état de chlorure soluble. Pour retirer l’osmium de cet osmiate, on le transforme en osmite, sel rouge, cristallisant en beaux octaèdres; pour cela on verse une petite quantité d’alcool dans la dissolution d’osmiate de potasse; la liqueur s’échauffe, devient rouge, et il se dépose de l’osmite de potasse; celui-ci, calcinédans un courant d’hydrogène, donne V osmium pur. Pour extraire i’mdium, on traite le chlorure d’iridium, précédemment indiqué, par le sel ammoniac; il se forme un précipité d’un rouge brun, provenant de la combinaison de ce sel avec les bichlorures d’iridium et d’osmium ; l’osmium n’ayant pas été dégagé à l’état d’acide osmique par l’acide azotique, il doit en rester dans le résidu de la distillation dont il a été parié plus haut. En traitant le précipité rouge brun par l’acide sulfureux , on déchlorure le sel double d’iridium, et on le rend très-soluble dans l’eau ; tandis que le sel double d’osmium n’éprouve aucune réduction. Le sel soluble d’iridium, calciné dans un courant d’hydrogène , donne l’mdiumpur; celui d’osmium, traité de la même manière, fournit de l’os-^ mium. (Frémy, Journ. depharm., mars 1844.)
La dissolution A, contenant le platine, le palladium, le rhodium et plusieurs autres métaux (p. 649), doit être évaporée et concentrée pour en chasser l’excès d’acide ; on l’étend de dix fois son poids d’eau , et l’on y verse un excès de dissolution concentrée de chlorhydrate d’ammo-
DU PLATL^^. 651
Iliaque: il se produit sur-le-champ un précipité jaune de chlorhydrate d’ammoniaque et de platine, que l’on lave et que l’on chauffe peu à peu pour en volatiliser le sel ammoniac et le chlore, et l’on obtient le pla~ Une sous forme d’une masse spongieuse. Il suffit d’allier cette masse avec % d’arsenic et de la chauffer ensuite graduellement jusqu’au rouge blanc , avec le contact de l’air, pour avoir le platine en lingots ; l’arsenic que l’on a employé pour rendre le platine fusible passe à l’état d’acide arsénieux et se volatilise.
La dissolution dont on a séparé le platine, renferme beaucoup de métaux, parmi lesquels se trouvent \e,palladium et le rhodium, et même une certaine quantité de platine. On y plonge des lames de fer, et l’on obtient un précipité noir composé de fer, de cuivre, de plomb, de mercure, de palladium, d’iridium, de rhodium, d’osmium et de platine : ces cinq derniers métaux paraissent être combinés et oxydés. On traite ce précipité à froid par l’acide azotique, qui dissout du fer, du cuivre, du plomb , du mercure , et un peu de palladium ; le résidu est mis en contact avec l’acide chlorhydrique à la température ordinaire , qui dissout beaucoup de fer, du cuivre, un peu de palladium, de platine et de rhodium ; on recommence le traitement par l’acide azotique et par l’acide chlorhydrique, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’action-; le résidu contient la majeure partie du rhodium et du palladium, du platine, de l’iridium, du chlorure de mercure, du mercure, du chlorure de cuivre, du fer et du cuivre. On le lave et on le fait dessécher fortement ; il se volatilise du mercure, du chlorure de cuivre, du chlorure de mercure, et peut-être un peu d’oxyde d’osmium ; on le fait chauffer à deux reprises différentes avec de l’eau régale concentrée , qui en dissout la majeure partie : la portion non dissoute contient beaucoup ÔJ iridium.
La liqueur obtenue avec l’eau régale, qui renferme du platine, du rhodium , du palladium , de l’iridium , du fer et du cuivre , est évaporée jusqu’à consistance de sirop, étendue de dix fois son poids d’eau, et précipitée par une dissolution concentrée de chlorhydrate d’ammoniaque, afin d’en précipiter iu platine à l’état de chlorhydrate double; on la filtre et on l’évapore de nouveau presque Jusqu’à siccité; on l’étend d’eau, et il se sépare encore une portion du même sel coloré en rougegrenade par un peu de chlorure d’iridium. Cette liqueur, privée de tout le platine, est rendue acide par un peu d’acide chloi'hydrique; alors on la sature par l’ammoniaque, et l’on voit paraître un précipité cristallin, brillant, d’un beau rose, formé par le sous-chlorure de palladium, qu’il suffit de laver et de calciner poui* en extraire le métal.
La dissolution ainsi précipitée , et qui contient encore le rhodium et les ajilres métaux dont j’ai parlé, est évaporée jusqu’à ce qu’elle puisse cristalliser par le refroidissement; on égoutte les cristaux et on les traite à plusieurs reprises par l’alcool à 36 degré», qui dissout les chlorures de fer, de cuivre et de palladium non séparés, et il reste une poudre rouge, qui est du chlorhydrate d’ammoniaque et de rhodium ; on la dissout dans une petite quantité d’eau et d’acide chlorhydrique pour la séparer d’un peu de chlorhydrate d’ammoniaque et de platine qu’elle peut contenir; on fait évaporer la dissolution et on la chauffe jusqu’au rouge pour avoir le rhodium.
La liqueur C condensée dans le récipient renferme beaucoup d’acide et d’oxyde d’osmium ; on sature l’acide par un lait de chaux, et on soumet le mélange à la distillation ; l’oxyde à' osmium se volatilise (Laugier).
Le procédé dont je viens d’exposer les détails appartient en grande partie à Vauquelin ; il en existe un autre de Wollaston, à l’aide duquel on peut aussi se procurer très-bien ces divers métaux, et qui diffère beaucoup du précédent (voy. Ann. de chim. ; on consultera également avec fruit les mémoires de Berzelius et de WOhler, insérés dans les Annales de chimie de janvier, de février, de mars et d’octobre 1829, et de novembre 1833).