DU PLATINE
rang pour la ductilité et le cinquième pour la malléabilité; il a une ténacité presque égale à celle du fer, à moins qu’il ne retienne un peu d’iridium , car, dans ce dernier cas , un fil de platine de 2 millimètres de diamètre se rompt sous un poids de 125 kilogrammes ; sa dureté est peu considérable, excepté quand il contient de l’iridium; son poids spécifique est de 21,53 lorsqu’il n’a pas été forgé, et de 21 s’il a été fondu. Il est moins bon conducteur du calorique que l’argent, le cuivre, etc. Le platine en éponge (mousse de platine), celui qui provient de la calcination du chlorure de platine ammoniacal est spongieux, terne, d’un gris cendré , et prend de l’éclat par le frottement.
Le platine ne peut être fondu qu’au moyen du feu alimenté par le gaz oxygène ou à l’aide du chalumeau de Brook : dans ce dernier cas, il paraît se volatiliser ; dans aucune de ces circonstances, il ne s’oxyde, d’où il suit que Vair et le gaz oxygène sont sans action sur lui ; cependant, d’après Doebereiner, le platine très-divisé, étant exposé à la lumière et à l’air, absorbe 200 à 250 fois son volume d’oxygène sans se combiner chimiquement avec lui. A la chaleur blanche , il se ramollit, se laisse forger, et peut se souder sur lui-même comme le fer; cette propriété permet de confectionner des ustensiles de platine et de transformer V éponge de platine en platine malléable. Il n’agit pas directement sur le gaz hydrogène, si toutefois l’on en excepte ce qui a été dit à la page 56 ; on admet cependant l’existence d’un hydrure de platine cristallisé en paillettes, qui résulterait de la décomposition de l’eau par un alliage de platine et de potassium. Le bore ne s’unit pas directement avec le platine; mais si l’on fait un mélange de charbon , d’acide borique et de platine trèsdivisé, épaissi par de l’huile grasse, et qu’on le fasse chauffer fortement dans un creuset brasqué , on obtient du borure de platine solide , fragile, insipide, inodoi’e et fusible. Si l’on soumet pendant quelques heures à l’action d’un feu très-violent un mélange de charbon et de platine, le métal fond et augmente de poids ; son aspect est blanc grisâtre ; il se lime difficilement et ne pèse plus que 20,5 : d’après M. Boussingault, le ■platine, dans cette expérience, aurait décomposé l’acide sîlicique contenu dans le charbon pour s’unir au silicium, en sorte que la masse fondue serait un alliage de platine et de silicium ; quoiqu’il en soit, on obtient un carbure de platine en faisant passer sur un fil de ce métal chauffé jusqu’au rouge blanc du gaz oléfiant (voy. p. 249), ou bien en faisant bouillir de l’acide tartrique avec du chlorure de platine, ou en calcinant à une température modérée certains sels organiques à base d’oxyde de platine ; ce carbure est noir et insoluble dans l’eau ; l’eau régale dissout le platine et laisse le cai'bone. Le phosphore s’unit directement au pla-
tine à l’aide de la chaleur, et donne un protophosphure solide, très-dur, d’un blanc d’acier, plus fusible que le platine, et susceptible de se transformer en acide phosphorique et en platine lorsqu’il est chauffé à l’air ou dans le gaz oxygène; cette action explique pourquoi les creusets de platine sont percés par le phosphore en quelques instants, he perphosphure de platine est d’un gris de fer, avec un léger éclat métallique.
Le soufre peut s’unir directement, à une chaleur rouge, avec la mousse de platine, et non avec le platine forgé; il se forme un protosulfure ^ Pts , gris bleuâtre , indécomposable en vases clos , décomposable par l’air, à chaud , qui le change en acide sulfureux et en platine. — Bisulfure, PtS2. Il est noir, décomposable, en vaisseaux clos , en soufre et en protosulfure, passant à l’état de sulfate de bioxyde lorsqu’on le traite par l’acide azotique. On l’obtient en décomposant le bichlorure de platine par l’acide sulfhydrique. Ges deux sulfures sont solubles dans les sulfures alcalins et dans les alcalis caustiques ou carbonatés ; ce fait explique la formation d’un sulfure double de potassium et de platine lorsqu’on fond du foie de soufre dans un creuset de ce même métal.
L’iode ne peut pas se combiner directement avec le platine, mais on obtient deux iodures, Ptl et PJP, ert faisant agir le proto ou le bichlorure de platine sur l’iodüre de potassium dissous , le premier à la température de l’ébullition ; ces iodures sont noirs, pulvérulents, et insolubles dans l’eau. Le biiodure se combine facilement à d’autres iodures, et produit des composés doubles cristallisables à proportions déterminées ( Lassai gne, 1832).
Le chlore peut former deux chlorures avec le platine.
Protochlorure, PtGl- — Il est solide, vert foncé , insoluble dans l’eau, inaltérable à l’air, soluble dans le bichlorure , décomposable à une chaleur rouge et par les alcalis ; il est insoluble dans les acides azotique et sulfurique, et soluble dans l’acide chlorhydrique, qui le transforme en bichlorure et en platine. On l’obtient en décomposant le bichlorure â 200°; il se dégage du chlore, et il reste du protochlorure.
Protochlorure ammoniacal (sel de Magnus) , PtGl, H^Az. — Il est trèsstable , non attaquable par les acides et les alcalis à froid , laissant dégager l’ammoniaque lorsqu’on le fait bouillir pendant longtemps avec les acides et les alcalis les plus énergiques. Il existe sous deux modifications isomériques : 1“ il est vert, en aiguilles, insoluble dans l’eau, dans l’alcool , dans l’éther, et dans l’acide chlorhydrique ; on l’obtient en faisant passer du gaz acide sulfureux dans une dissolution bouillante de chlorhydrate de bichlorure de platine, préalablement neutralisée par l’ammoniaque; 2“ il ui jaune cristallisé; on l’obtient en faisant
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dissoudre le précédent à chaud dans Tazotate ou le sulfate d’ammoniaque.
Sels de Gros. — Ils sont formés d’un acide et d’une base, PtCIO, H6Az2 ; celle-ci est produite en faisant bouillir avec une petite quantité d’acide azotique les sels verts ou jaunes de Magnus.
Azotates de Raewsky. — Lorsqu’on fait bouillir le sel de Magnus avec un grand excès d’acide azotique, on obtient deux azotates, l’un, Pl^CIO®, Hï^Az-î, 2Az05, en petits prismes aiguillés décomposables par la chaleur, avec déflagration; l’autre, Hi^Az^, 2Az05, reste dans les
eaux mères et ne se dépose que difficilement.
Sels de Reiset.— En faisant digérer le sel de Magnus dans un excès d’ammoniaque, en présence de l’eau, on obtient un corps d’un blanc légèrement jaunâtre en prismes volumineux, PtCl, H6Az2, HO. Ce corps traité par le sulfate d’argent, après avoir été dissous dans l’eau, laisse précipiter tout son chlore et devient PtO , H6Az2, SO^ , sel incolore, dont on peut extraire par l’eau de baryte la base PtO, H^AzS, HO ; celle-ci est alcaline, en aiguilles cristallines, d’un blanc opaque, d’une saveur caustique , déliquescentes , bleuissant fortement le papier de tournesol rougi, attirant l’acide carbonique de l’aii', et déplaçant l’ammoniaque de ses combinaisons salines ; elle est susceptible de former plusieurs sels avec les acides sulfurique, azotique et carbonique , avec les chlorures, les bromures, les ’iodures, etc. ; si on la chauffe à 110°, elle perd un équivalent d’ammoniaque et un équivalent d’eau, et se trouve transformée en une autre base, PtO, H^Az , insoluble dans l’eau et dans l’ammoniaque.
Richlorure de platine , PtC12, — Il est d’un rouge intense lorsqu’il est solide ou en dissolution concentrée, et jaune s’il est étendu de beaucoup d’eau; il est déliquescent, très-soluble dans l’eau, et soluble dans l’alcool; on peut l’obtenir cristallisé en prismes, en évaporant le solutum aqueux; il peut s’unir à l’acide chlorhydrique et former un chlorhydrate de bichlorure, qui constitue la dissolution généralement désignée sous les noms de muriate, dü hydrochlorate , de chlorure ou de sel de platine (voy. Sels de platine)-, si on le chauffe fortement, il fournit du chlore et du platine en éponge; il se combine à presque tous les chlorures, et forme des chloroplatinates. On l’obtient en dissolvant le platine dans l’eau régale, en évaporant et en desséchant; mais il est rare qu’en suivant ce procédé, il soit exempt d’acide chlorhydrique; pour le priver de cet acide, il faut dissoudre le produit de l’évaporation dans une petite quantité d’eau, et y verser de l’acide sulfurique concentré, qui en sépare sur-le-^champ du bichlorure anhydre.
Bichlorurùs doubles ou chloroplatinates , PtC12, KCl ; PlCl^ , jNaCl ; PtCl2, H^Az, HCl. — Ces bichlorures sont formés de bichlorure de platine et d’un autre chlorure, tels que ceux de potassium , de sodium , de baryum , de strontium , de calcium , etc. ; ceux de potassium et d’ammoniaque sont peu solubles dans l’eau. Les chlorures doubles sont facilement décomposés par le feu; le chlorure double de platine se transforme alors en platine spongieux si l’autre chlorure est volatil, comme le chlorure d’ammonium ( chlorhydrate d’ammoniaque ) , ou en platine pulvérulent très-divisé, si au contraire il est fixe; on le débarrasse de ce dernier par des lavages à l’eau chaude.
Pans ces derniers temps, M. Gerhardt a obtenu un bichlorure monoammoniacal, en octaèdres d’un jaune-citron , et plusieurs autres sels; il est parvenu à retirer de ces sels l’acide platinique (bioxyde cristallisé). aDans mon opinion , dit-il , mes nouveaux sels , ainsi que les composés de MM. Gros et Raewsky , sont au bioxyde de platine ce que les combinaisons de MM. Reiset et Peyrone sont au protoxyde de ce métal. Tous ces sels contiennent des alcalis particuliers qui représentent de l’ammoniaque dans laquelle une partie de l’hydrogène est remplacée par du platine ; dans ceux de M. Reiset, un équivalent d’hydrogène est remplacé par son équivalent de platine (platinosum) ; dans les miens, deux équivalents d’hydrogène de l’ammoniaque. sont remplacés par l’équivalent du platine qui est contenu dans les sels platiniques, équivalent qui pèse moitié moins que le platinosum , et que je désigne sous le nom de platinicum » (voy . Comptes rendus des séances de l’Académie des sciences, numéro du 19 août 1850).
Les acides simples n’exercent aucune action sur le platine ; toutefois il est dissous par l’acide azotique , quand il est allié à une quantité suffisante d’or et d’argent. Veau régale le dissout , et se comporte avec lui comme avec l’or, avec cette différence qu’elle agit très-bien sur ce dernier métal lorsqu’elle ne marque que 10 ou 11 degrés à l’aréomètre , tandis qu’elle n’exerce aucune action sur le platine , à moins d’être à 15 ou 16 degrés : sa dissolution est un chlorhydrate de bichlorure. Cent p. d’eau régale formée de 75 p. d’acide chlorhydrique à 15 degrés, et de 25 p. d’acide azotique marquant 35 degrés, peuvent dissoudre 13,2 de platine.
Le platine peut s’allier avec presque tous les métaux et avec l’acier. Uni avec dix fois son poids d’arsenic, il donne un produit blanchâtre, très-fragile, fusible un peu au-dessus de la chaleur rouge; cliauffé avec le contact de l’air, cet alliage se décompose, l’arsenic se volatilise à l’état d’acide arsénieux , et le platine reste. Jeannety mit celle propriété à profit pour extraire le platine de sa mine ; mais le métal ainsi obtenu