‹ Éléments de chimie (volume 2)Chapitre 92 sur 149 · DES SELS DE MAGNÉSIE · texte numérisé non relu

DES SELS DE MAGNÉSIE

très-basse, une dissolution de magnésie dans l’acide carbonique , il se dépose des beaux prismes hexaèdres transparents = MgO, CO®, 5 HO.

CkirbonMe basique (magnésie des pharmacies), 3MgO, CO^.MgOjHO, 3H0. — On le trouve dans le commerce sous forme de pains légers, d’un blanc de neige, doux au toucher; chauffé, il perd l’acide carbonique , et le résidu porte le nom de magnésie calcinée. Il est insipide et inaltérable à l’air. Il est très-peu soluble dans l’eau : 2493 parties de ce liquide à 15° en dissolvent une partie, tandis qu’à 100° il faut 9000 parties d’eau (Fyfe); mais on peut le dissoudre dans un excès de gaz acide carbonique. Il se dissout très-bien dans le chlorure de potassium , dans les sulfates et les azotates de potasse et de soude, d’après Lonchamp. On l’obtient, comme je l’ai dit à la page 437, en précipitant le sulfate de magnésie à la température de l’ébullition par du carbonate de soude, en filtrant ef'qp desséchant le produit à l’air libre. Il sert à préparer la magnésie, et il est employé en médecine comme la magnésie calcinée.

Quand on fait bouillir du sulfate de magnésie avec un excès considérable de carbonate de soude, il se forme un autre carbonate basique, qui a pour formule 2 MgO, G02, MgÔ^flO, 2H0, d’une saveur faiblement alcaline, verdissant le sirop de violettes, s’effleurissant très-lentement à l’air, et commençant à perdre de l’acide carbonique à 70°, très-peu soluble dans l’eau froide, se décomposant dans l’eau bouillante en carbonate basique (magnésie carbonatée des pharmacies) et en acide carbonique.

Phosphate, 2 MgO, HO, PhO^, 14 HO. — On trouve ce sel dans quelques graines céréales, dans les os, dans l’urine de plusieurs animaux. Il cristallise en prismes hexaèdres irréguiiers, terminés par des extrémités obliques, ou en aiguilles très-fines qui, par leur entrelacement, ressemblent à des étoile»f|à peine sapides, solubles dans 15 parties d’eau froide. Il s’effleiu'it à l’air; chauffé, il perd 8 équivalents d’eau à 100", et 14 à 175° ; si la température est plus élevée, fl perd le dernier équivalent d’eau et se trouve changé en pyrophosphate vitreux et transparent. Si on le fait bouillir pendant longtemps^ jivec de l’eau, il donne de l’acide phosphorique et un sel basique, 3^0, Ph0®, 7H0. Il est sans usages.

Préparation. On l’^Mient en mêlant à chaud parties égales de phosphate de soude et de sulfate de magnésie dissous dans l’eau ; il cristallise au bout de quelques heures.

Phosphate ammoniaco - magnésien , H* Az, HO, 2 MgO, PhO®, 6 HO. ~ Ce sel existe dans le blé, dans l’urine de l’hommelputréfiée, dans cer-?

440 PÏIEMIÈRE PARTIE.

tains calculs urinaires de l’homme et dans ceux de cochon ; ou l’a aussi trouvé dans quelques concrétions , et notamment dans celles que l’on a retirées du cæcum du cheval. Il est blanc, grenu, peu soluble dans l’eau distillée; chauffé au rouge, il devient incandescent et laisse du pyrophosphate de magnésie, 2 MgO, PhO^. On l’obtient en versant une dissolution de phosphate de soude additionnée d’ammoniaque dans du sulfate de magnésie dissous.

Sulfate {$el d’Epsom, sel d’Egra, de Sedlitz, sel cathartique amer, Vitriol de magnésie), MgO,SO*. — On le trouve en dissolution dans les eaux de la mer, de plusieurs fontaines salées , et dans les eaux mères de l’alun ; il existe aussi quelquefois effleuridans certains terrains schisteux. Il cristallise en prismes à quatre pans, terminés par des pyramides à quatre faces, ou par un sommet dièdre; quelquefois aussi il est sous forme de masses composées d’une multitude de petites aiguilles ; sa saveur est amère , désagréable , nauséabonde. Si les cristaux ont été obtenus à la température de 15°, ils contiennent 7 équivalents d’eau, MgO, SO®, 7 HO; si le sel s’est déposé entre 25° et 30°, il n’en renferme que 6 équivalents; si la cristallisation a eu lieu à plusieurs degrés audessous de 0°, leur formule est MgO, SO^, 12 HO. Exposé à l’air sec, il s’effleurit. Gent parties d’eau à 15° en dissolvent 32,76 parties et 72,30 parties à 97°. Chauffé, il éprouve successivement la fusion aqueuse et la fusion ignée; à 240°, il retient encore un équivalent d’eau ; à la température rouge-cerise, il y en a une petite quantité de décomposée, et la magnésie de celle portion est mise à nu. Traité par le charbon à une chaleur rouge, il se décompose et laisse de la magnésie, sans sulfure. On l’emploie pour préparer la magnésie et le carbonate de magnésie; il est souvent administré comme purgatif à la dose de 24 , 32 ou 50 grammes, dissous dans deux ou ti*ois verres d’eau , et mieux encore d’eau acidocai’bonique gazeuse, afin de dissimuler son amertwne. Il fait partie d’une multitude d'eaux minérales naturelles et artificielles , dont on fait un ti*ès-grand usage pour exciter modérément les évacuations alvines'.

Préparation. On l’obtient: 1° en faisant évaporer les eaux qui en contiennent. 2° En traitant la dolomie (carbonate de magnésie et carbonate de chaux) par l’acide sulfurique; il se forme deux sulfates que l’on sépare par l’eau , le sulfate de magnésie étant beaucoup plus soluble dans l’eau que celui de chaux. 3° Au moyen des schistes^ qui renferment de la magnésie et du sulfure de fer : on les met en contact avec l’air et on les arrose; au bout de quelques mois, le soufre et le fer ont absorbé l’oxygène de l’air, et se trouvent transformés , le pi'emier en acide sulfurique, et le second en oxyde de fer; aussi obtient-on deux sulfates, l’un

DE l’ALÜMINIüM. 441

de magnésie, l’autre de fer; on traite par l’eau, qui dissout le sulfate de magnésie et une certaine quantité de sulfate de fer ; on verse dans la dissolution de l’eau de chaux pour décomposer le sulfate de fer; on filtre , et on fait évaporer la liqueur pour obtenir le sulfate de magnésie cristallisé. 4° En traitant convenablement les eaux mères des salines (voy. p. 376).

Azotate, MgO, AzO^.SHO. — Il n’existe jamais pur dans la nature; il entre dans la composition des eaux mères du salpêtre ; il cristallise en prismes rhomboïdaux à quatre faces , terminés par des pointes obliques et tronquées, ou en aiguilles très-fines groupées en faisceaux; il a une saveur très-amère et piquante ; il attire l’humidité de l’air, et se dissout â froid dans son poids d’eau. Chauffé pendant longtemps à 250”, il donne de l’acide azotique et un azotate basique = 2MgO,Àz0^4HO; au rouge sombre, il fournit du gaz oxygène, du bioxyde d’azote, de l’acide azotique et de la magnésie. Il est sans usages.

Préparation (voy. p. 317, 1®” et 2® procédés).

DE li’i&EUIUKVIlJH. Âl. ÉqulTalent = 170,98.

L’aluminium a été obtenu par M. Wohler en 1827. Il n’existe jamais pur dans la nature (voy. Alumine). Il est sous forme d’une poudre grise, qui ressemble beaucoup à celle de platine, et qui, sous le brunissoir, prend très-facilement l’éclat métallique de l’élain; il est ductile; sa densité est de 2,6. Il est fusible au rouge vif. Chauffé dans l’air jusqu’au rouge, il prend feu, brûle avec un grand éclat, et passe à l’état d’alumine; l’air ne l’oxyde pas à la température ordinaire. Il ne décompose pas l’eau à froid; si ce liquide est bouillant, l’aluminium le décompose lentement, et il y a un faible dégagement d’hydrogène. Le soufre, lesélénium, le carbone et \e phosphore , peuvent s’unir avec lui.

Si l’on fait arriver du chlore gazeux à travers le résidu noir chauffé jusqu’au rouge qui résulte de la calcination d’un mélange de charbon, de sucre ou d’huile et d’oxyde d’aluminium, on obtient un chlorure anhydre, AP, CP; en effet, le charbon provenant de la décomposition du sucre et de l’huile désoxyde l’alumine, et le chlore se combine avec l’aluminium. Ce chlorure est 3101*8 en masses demi-transparentes à grandes lames, ou en agrégations cristallines, d’un jaune verdâtre pâle, se liquéfiant et fumant à l’air, en répandant du gaz acide chlorhydrique; il est soluble dans l’eau avec bruit et chaleur, et fusible à la température où il se volatilise; ainsi hydraté, il contient 12 équivalents d’eau : on peut le préparer en dissolvant l’aluminium dans l’acide chlorhydrique.

Caractères distinctifs. 1° Ses propriétés physiques; 2° son action sur l’air à une chaleur rouge qui le transforme en oxyde (alumine).

Préparation. On l’obtient en décomposant par du potassium en vapeur le chlorure d’aluminium anhydre. L’aluminium n’a point d’usages.

DE li’OXTDE D’AEVUEWIEltt (aiUMINE). AP O®.

L’alumine est très-abondamment régandue dans la nature. Pure, elle constitue le corindon, le plus dur des minéraux après le diamant. Le corindon hyalin ou saphir blanc est transparent ; on le nomme rubis oriental s’il est rouge, saphir s’il est bleu , émeraude orientale s’il est vert, topaze orientale s’il est jaune, améthyste orientale s’il est violet, émeri s’il contiént une assez grande quantité de fer. L’alumine entre dans la composition des argiles ; on la trouve aussi combinée avec les acides sulfijrique ,q)hbsphorique et silicique, et à l’état d’aluminate de zinc (composé d’oxyde de zinc et d’alumine, dans lequel celle-ci semble Jouer le rôle d’acide ).

L’alumine pure anhydre est blanche, douce au toucher, insipide, mais elle happe à la langue ; -son poids spécifique est de 2,00. Exposée à l’action du chalumeau à gaz , elle fond très-rapidement en globules d’un vert transparent tirant sur le Jaune. La lumière, le fluide électrique, les corps simples précédemment étudiés , et l’air, n’exercent sur l’alumine aucune action ; toutefois, si l’aiivétait humide, elle en attirerait l’humidité, qu’elle condenserait , et pourrait augmenter Jusqu’à 15 p. 100 de son poids , si elle avait été rougie au feu. Elle forme pâte avec l’eau , et la retient trèsfortement.- Plusieurs acides peuvent se' combiner avec elle, surtout lorsqu’elle n’a pas été calcinée. La potasse et la soude la dissolvent. Elle est formée de 53,27 d’aluminium et de 46,73 d’oxygène. On n’emploie l’alumine à l’état de pureté que dans les laboratoires ; les usages de l’argile , au contraire , sont très-nombreux.

Hydrate d’alumine, AP 0®, 8 HO. — Lorsqu’on le sépare des sels d’alumine, il se présente sous forme d’une gelée demi-transparente, qui, étant desséchée à la température de 20° ou 25° e., parait contenir 8 équivalents d’eau. Il est blanc, d’apparence cornée, sensiblement soluble dans l’eau , très-soluble dans la potasse et la soude caustiques, et même dans la baryte et la strontiane; l’ammoniaque en dissout sensiblement, surtout lorsqu’elle est étendue (Malagutti et Durocher). L’aluminate dépotasse, KO, AP03,2H0, peut être obtenu cristallisé; s’il est anhydre, il peut être représenté par KO, AP 0^. Le solutum de potasse ou de soude aluminé, agité avec du silicate de potasse, ne tarde pas à donner une gelée consistante, com-

DES SELS D’ALÜMIXE. ^43

posée de silicate d’alumine: si on le fait sécher et calciner à une trèsforte chaleur, on obtient une espèce d'émail. La porcelaine, la poterie, les briques, les tuiles, etc., sont principalement formées par des composés de ce genre. On peut également combiner l’alumine et la potasse solides en les faisant chauffer dans un creuset. Si l’on verse de l’eau de chaux, de l’eau de baryte ou de l’eau de strontiane, dans un mélange de silicate et d’aluminate de potasse , on obtient des précipités composés de silicate d’alumine, de silicate de chaux, de baryte ou de strontiane.

Usages. En s’unissant aux matières colorantes, l’hydrate d’alumine forme les laques. L’alumine des argiles joue un rôle important dans la végétation en condensant l’humidité atmosphérique et en retenant l’eau.

Caractères distinctifs. 1° L’hydrate d’alumine se dissout dans la potasse caustique ; 2“ il forme de l’alun avec l’acide sulfurique et la potasse ; 3® chauffé fortement avec de l’azotate de cobalt, après avoir humecté le mélange, il se produit une masse d’un beau bleu, non fondue (f>leu Thénard).

Préparation. Il suffit , pour obtenir l’alumine , de calciner dans un creuset de l’alun à base d’ammoniaque préalablement desséché : l’acide sulfurique et l’ammoniaque se dégagent, et l’alumine reste. On peut également se servir d’alun ordinaire formé de sulfate de potasse et d’alumine ; le sulfate d’alumine se décompose seul , tandis que le sulfate de potasse reste indécomposé ; mais comme ce dernier est soluble, en traitant le résidu de la calcination par l’eau , on parvient à l’enlever en totalité. On l’obtient à l’état dihydrate en précipitant un sel d’alumine dissous par un excès de carbonate d’ammoniaque.

DES SEIiS D’A^EVaunnE!.

On est loin d’avoir étudié tous les sels d’alumine. Leurs dissolutions ont , en général , une saveur styptique astringente. La potasse précipite l’alumine sous forme de gelée qui se dissout dans un excès de potasse. L’ammoniaque agit de même , mais le précipité est moins soluble dans un excès d’ammoniaque que de potasse. Le sesquicarbonate d’ammoniaque ne redissout pas le précipité d'alumine qu’il forme dans leurs dissolutions , et il se dégage de l’acide carbonique. Les dissolutions concentrées de sulfate de potasse ou de sulfate d’ammoniaque font naître , dans les dissolutions également concentrées des sels d’alumine, des cristaux d’alun. Les sulfures solubles en précipitent de l’hydrate d’alumine blanc , et il se dégage du gaz sulfhydrique. L’oxalate d’ammoniaque ne les précipite pas ; calcinés avec une petite quantité d’azotate de

cobalt, ils donnent du bleu Thénard (voy. Cobalt). Aucun de ces sels, excepté le sulfate, n’est employé.

Sulfate ne«fre = AIW, 3S03,18H0. — Il est constamment le produit de l’art; il rougit Vinfusum, de tournesol; on peut l’obtenir cristallisé en houppes soyeuses, ou en lames flexibles, nacrées et brillantes, douées d’une saveur aigre, styptique et sucrée, attirant l’humidité de l’air; 100 parties d’eau à 0° dissolvent 31,30 de ce sel anhydre et 86,85 du même sel cristallisé, tandis qu’à 100° elles dissolvent 89,11 du premier et 1131,98 du second. Si l’on fait cristalliser ces dissolutions à une basse température, le sel retient 27 équivalents d’eau; chauffé, il perd celte eau, et si la température est très-élevée, l’acide se volatilise ou se décompose en acide sulfureux et en oxygène; il ne reste que de l’alumine. On l’obtient en dissolvant dans l’acide sulfurique de l’alumine i-écemment précipitée et lavée. Il sert à former l’alun : il suffit pour cela de le mêler avec du sulfate d’ammoniaque ou du sulfate de potasse. On remplace aussi l’alun par lui dans quelques fabriques de toiles peintes, parce qu’il est plus économique et aussi avantageux. Il existe encore deux sulfates basiques, 2 Ai2 0^, 3 S03 et 3 AP 0®, 3 SO*.

DBS ABBIVS.

Pendant longtemps on n’a donné le nom d’alun qu’aux sels doubles formés de sulfate de potasse et d'alumine, ou de sulfate d’ammoniaque et d’alumine., ou de sulfate de soude et d'alumine, ou bien à un sel triple composé de sulfate d& potasse , d’alumine ei d’ammoniaque. On a reconnu depuis que plusieurs sesquioxydes isomorphes avec l’alumine pouvaient jouer, vis-à-vis des sulfates de potasse, de soude et d’ammoniaque , le même rôle que l’aluminejN et constituer de nouveaux aluns, en sorte que le nombre de ces corps s’est considérablement accru. Afin de mieux me faire comprendre, je diviserai les sels qui peuvent entrer dans la composition des aluns en ceux qui ont pour base un métal combiné avec un équivalent d’oxygène, MO, et ceux dont la base renferme un équivalent et demi d’oxygène , M^O®.

Seîs dont la base est 5:0.

Sulfate de potasse . • = KO, SO^

— de soude . . NaO, SO*

— d’ammoniaque . . H"Az, HO, SO®

— de manganèse . . Sqs’

— de fer. = FeO,’ SO®

DES ALUNS.

Sds dont U base est O^.

Sulfate d’alumioe . = Al* O* , 3 SO^

— de sesquioij-de de fer, = Fe*0%3S0®

— de manganèse . . Mn* O*, 3 SO*

— de chrome. = Cr* O*, 3SO*

On donnera donc aujourd'hui le nom à'alun à tout sulfate double, composé d’un sulfate dont la. base est MO, et d’un autre dont la base est M2 03, et comme tous les aluns cristallisés contiennent 24 équivalents d’eau , sauf celui d’ammoniaque, qui en renferme 25 , on devra représenter celui de potasse et d’alumine par KO, S03, A12 03, 3S03, 24 HO, celui de soude et d’alumine par NaO, SO^, AF 03, 3 S03, celui

d’ammoniaque et d’alumine par H3 Az, HO, AF 0^, 3 SO^^Bo (1), celui de fer et de potasse par KO, S03, Fe2 03, 3 80^,24 HO, celui de potasse et de chrome par KO, 803, Cr2 03, 3 803, 24 HO , et celui de manganèse et de potasse par KO, 803, Mn2 03, 3 803, 24 HO, etc.; d’où il suit que tous les aluns ne contiennent pas nécessairement du sulfate d’alumine.

Les aluns cristallisent tous en cubes ou en octaèdres.

Alun de potasse et d’^ alumine, KO, 803, AF 03, 3 80*, 24 HO. — Il n’existe guère tout formé qu’en dissolution dans certaines eaux minérales et aux environs des volcans , principalement à la Solfatara; mais on trouve très-abondamment du sous-sulfate d’alumine et de potasse : il constitue des collines entières à la Tolfa, près de Civita-Vecchia, et à Piombino ; il en existe aussi au Mont-Dore.

Il cristallise en octaèdres réguliers, transparents, incolores et légèrement efflorescenls , d’une saveur à la fois acide, douceâtre et très-astringente; il rougit Vinfusum de tournesol. Chauffé, il fond très-facilement dans son eau de cristallisation à 92°, et donne une masse connue autrefois sous le nom d’a/«n de roche; si l’on continue à chauffer, il se boursoufle, perd 10 équivalents d’eau à 100°, 9 autres à 120°; à 200° il n’en retient qu’un demi-équivalent; s’il est chauffé un peu plus, il est anhydre, et alors il a également pei-du une certaine quantité de son acide; dans cet état, il est opaque et constitue Valun calciné ou brûlé, que l’on emploie quelquefois comme corrosif ; celui-ci, étant plus fortement chauffé, se décompose plus complètement et donne du

(1 ; J’ai déjà dit (voy. p. 42-5) que les sels ammoniacaux formés par un oa:<z- Ærfe ne peuvent pas exister sans un équivalent d’eau; c’est là ce qui explique pourquoi l’alun ammoniacai renferme 25 équiyalents d’eau.

gaz oxygène , du gaz acide sulfureux , de l’alumine et du sulfate de potasse ; enfin, à une chaleur presque blanche longtemps prolongée, le sulfate de potasse se décompose lui-même , sous l’influenee de l’alumine , et l’on obtient de l’acide sulfurique, qui se volatilise , et un composé d’alumine et de potasse. Cent parties d’eau à 0“ dissolvent 2,10 d’alun anhydre et 3,90 d’alun cristallisé; à 100°, au contraire, elles dissolvent 74,53 du premier et 357,48 du second. S’il est à l’état d’alun calciné, il résiste longtemps à l’action de l’eau, et même ne se dissout pas complètement, parce que pendant la^ calcination, quelque ménagée qu’elle soit , une partie du sel se trouve transformée en sous^uWate d’alumine et de potasse insoluble- Chauffé jusqu’au rouge du charbon très-divisé , l’alun à base de potasse se décompose et se transforme en une matière connue depuis longtemps sous le nom de pyrophore de Homberg (voy. p. 322). Si l’on fait bouillir une dissolution d’alun avec de l’alumine pure et en gelée, il se précipite une poudre blanche, insipide, insoluble dans l’eau, inaltérable à l’air et incristallisable , qui est connue sous le nom d’alun saturé de sa terre. L’alun a de nombreux usages : on s’en sert souvent comme mordant dans la teinture ; il rend le suif plus dur, propriété qui le fait rechercher par les chandeliers ; il est employé pour passer les peaux et les préserver des vers, pour coller le papier, pour clarifier certains liquides. Il doit être regardé comme un excellent astringent dont on peut tirer parti dans les hémorrhagies abondantes, continues et passives, principalement dans celles de l’utérus, dans les écoulements atoniques muqueux et séreux; on l’a également employé dans la colique des peintres. On l’administre à l’intérieur depuis 5 Jusqu’à 40 centigrammes par jour, associé à quelque extrait astringent ou dans une potion , et on augmente la dose jusqu’à 2 ou 4 grammes; les pilules teintes antihémorrhagiques d’Helvétius sont composées d’alun et de sang-dragon. On emploie quelquefois l’alun en injection ; il entre dans la composition de certains gargarismes toniques propres à raffermir les gencives et à faire cesser les angines catarrhales et atoniques ; il fait aussi partie de quelques collyres.

Alun cubique ou de Rome. — Il diffère du précédent, parce qu’il est en cubes opaques , et parce qu’il contient un léger excès d’alumine. On l’obtient en versant dans une dissolution d’alun octaédrique, saturée à la température de 50", du cai'bonate de potasse; il se précipite du soussulfate d’alumine que l’on redissout en agitant la liqueur ; l’alun cubique cristallise par refroidissement ; il ne renferme point de fer, ce qui le fait préférer à l’alun octaédrique pour la teinture ; l’absence du fer

DES ALUNS. 447

tient à ce qu’il ne se produit que dans des liqueurs qui renferment un excès d’alumine, et qui, par cela même, sorit privées d’oxyde de fer.

Alun ammoniacal , Az, HO, S03, AP 0®, 3 S03, 24 HO. — Celui-ci ressemble beaucoup à l’alun de potasse octaédrique; il en diffère pourtant, parce qu’il fournit de l’ammoniaque lorsqu’on le broie avec la chaux vive, et parce que, étant calciné fortement, il ne laisse que de l’alumine. Cent parties d’eau à 0° dissolvent 2,62 de cet alun anhydre et 5,22 du même cristallisé^ tandis qu’à 100“ elles dissolvent 70,83 du premier et 421,90 du second.

Alun de soude, Na0,S03AP03, 3S03, 24 HO. — Il est sous forme d’octaèdres , et offre la même saveur que l’alun de potasse, dont il partage presque toutes les propriétés ; cependant il est beaucou|f plus soluble dans l’eau. Il n’est pas employé.

Préparation de l’alun de potasse. On prépare ce sel par plusieurs procédés :

1“ A la Solfatara, où l’on trouvé des terrains qui contiennent de l’alün tout formé et effleuri , on traite ces terrains par l’eau qui dissout le sel : il suffit d’évaporer lentement le liquide dans des chaudières de plomb pour en obtenir des cristaux.

2° Lorsque la mine est pierreuse et insoluble dans l’eau , on peut la considérer comme étant formée d’alun, KO, SO^, AI2 0^, 3 SO^, plus, d’alumine hydratée, d’acide silicique, et d’un peu d’oxyde de fer, comme à la Tolfa , à Piombino, au Mont-Dore. On la fait chauffer dans des fours à une température qui n’est ni trop forte ni trop faible , et on l’expose à l’air pendant trente ou quarante jours, en ayant soin de l’arroser souvent pour en opérer la division et la transformer en une espèce de bouillie; passé ce temps, on la traite par l’eau chaude; on fait évaporer la liqueur et on obtient de très-beaux cristaux d’alun. Par la calcination , l’alumine se deshydrate et se combine avec l’acide silicique et l’oxyde de fer, formant ainsi une masse insoluble dans l’eau ; alors l’alun seul est dissous par ce liquide. Cet alun est ordinairement coloré en rouge par du sesquioxyde de fer ; mais comme ce corps est insoluble, il ne peut pas nuire dans l’application de l’alun à la teinture.

3“ Si la mine est composée de sulfure de fer et d’argile ( terre dans laquelle on trouve une assez grande quantité d’alumine et de matières bitumineuses), on a recours à un procédé particulier, à l’aide duquel on - obtient à la fois de l’alun et de la coupeix)se verte (sulfate de protoxyde de fer): ce procédé est mis en usage dans les dépai'temeuts de l’Oise, de l’Aisne, de l’Aveyron, et dans la Belgique. On expose la mine à l’air, on l’humecte légèrement et on la laisse pendant tm an ; au bout de ce

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lenips, elle se trouve presque entièrement transformée en sulfate de protoxyde de fer et en sulfate d’alumine, changement qui annonce que l’oxygène de l’air a fait passer le soufre à l’état d’acide sulfurique, et le fer à l’état d’oxyde ; on la traite par l’eau , qui dissout les deux sels ; on fait évaporer le liquide dans des chaudières de plomb , et l’on obtient des cristaux de sulfate de protoxyde de fer, et un sulfate double d’alumine et de fer, qui constitue ce que l’on appelle Valun de fer; le sulfate d’alumine, déliquescent et difficilement cristallisable , reste dans la liqueur; on le fait chauffer avec du sulfate de potasse en poudre, qui le transforme en alun, que l’on obtient cristallisé ; il faut faire dissoudre et cristalliser de nouveau cet alun , si on veut l’avoir bien pur. Les eaux raèrts , qui contiennent encore une certaine quantité de ces deux sels 5 sont évaporées et traitées de nouveau par le sulfate d’ammoniaque ou de potasse, pour en obtenir une nouvelle portion d’alun et de couperose.

La mine que l’on a fait effleurir à l’air , et dont on a séparé les sels par l’eau , renferme encore un peu de sulfure de fer et beaucoup d’argile ; on y met le feu , soit que le minerai puisse s’enflammer spontanément, ou qu’il ait été mélangé avec du bois ; le soufre passe à l’état d’acide sulfurique, qui se porte tout entier sur l’alumine ; en sorte que l’on obtient une nouvelle quantité de sulfate acide d'alumine, avec lequel on peut faire de l’alun , au moyen du sulfate de potasse.

Si les schistes alumineux appartiennent aux terrains de transition , on les soumet à un grillage qui rend leur oxydation plus rapide; pour opérer ce grillage, on emploie la houille.

4° On peut aussi se procurer de l’alun en faisant calciner dans un four des argiles qui contiennent une petite quantité de carbonates de chaux et de fer ; en effet, par la calcination , l’oxyde de fer se trouve porté au summum d’oxydation , et devient presque insoluble dans les acides faibles ; en sorte que le produit , pulvérisé et chauffé avec la moitié de son poids d’acide sulfurique à 1,45 de densité, donne une masse que l’on chauffe dans un autre four jusqu’à ce que l’acide sulfurique commence à se dégager ; quand cette masse est refroidie , on l’abandonne à elle-même pendant plusieurs jours, puis on la traite par l’eau qui dissout le sulfate d’alumine; en ajoutant à cette dissolution du sulfate de potasse ou du chlorure de potassium, on obtient de l’alun. Si, comme il ai'rive souvent, le sulfate d’alumine contenait un sel de fer, il faudrait, avant de le transformer en alun , précipiter le fer au moyen du cyanure de potassium et de fer.

bC VÊRIÆ ÉT DÜ CRISTAL,

BC TERRE ET RC CRISTAt,.

Le verre est un composé de silicate de potasse ou de soude avec un ou plusieurs des silicates suivants : silicate de chaux, silicate de magnésie, silicate de baryte, silicate d’alumine, silicate de fer. Le cristal est composé de silicate de potasse et de silicate de plomb.

Les verres sont dui's, transparents, cassants, sonores, et plus ou moins fusibles ; en général la potasse , la soude et l’oxyde de plomb , augmentent leur fusibilité; l’alumine et la chaux la diminuent. Les verres à base de soude sont plus fusibles que ceux à base de potasse. Ils sont insolubles dans l’eau; toutefois, à la longue, l’eau tend à les décomposer en silicates alcalins solubles, et en silicates terreux insolubles. Les acides tendent à s’emparer des bases des verres en mettant à nu l’acide silicique. L’acide fluorhydrique les décompose tous instantanément, en donnant naissance à du gaz fluosilicique et à des fluorures.

Composition des verres.

Verre de Bohême. Acide silicique, 7 1,6; chaux, 10; potasse, 11; magnésie, 2,3; alumine, 2,2; oxyde de fer, 3,9; oxyde de manganèse, 0,2. Il peut être représenté par GaO, 2SiO^, KO, 2SiO^. Il est très-difficilement fusible, parce qu’il contient beaucoup d’acide silicique. On le préfère à tous les autres pour fabriquer les tubes qui servent à faire des analyses organiques.

Verre à vitres. Acide silicique, 69,65; chaux, 13,31 ; soude, 15,22; alumine, 1,82.

Verre à glaces. Acide silicique, 75,9; chaux, 3,8; soude, 17,5; alumine, 2,8. Il présente toujours cette teinte verte qui caractérise tous les verres à base de soude.

Verre à bouteilles. Acide silicique, 53,55 ; chaux, 29,22 ; potasse, 5,48 ; alumine, 6,01 ; oxyde de fer, 5,74. Sa coloration est due au protoxyde de fer ou à Voxyde intermédiaire.

Crown glass anglais. Acide silicique, 62,8; chaux,12,5; potasse, 22,1 ; alumine, 2,6. Il doit être incolore et parfaitement limpide ; il sert à faire les instruments d’optique.

Cristal. Acide silicique , 56,0 ; chaux , 2,6 ; potasse , 8,9 ; oxyde de plomb, 32,5. Si, dans la préparation du cristal, on préfère le minium à la litharge, c’est que le premier est plus pur et qu’il ne renferme jamais de plomb métalüque: or le plomb aurait l’inconvénient de décomposer I. 29"

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le carbonate de potasse que le cristal contient toujours, et de produire des bulles d’oxyde de earbesne gui , se renou^lautf sans cesse dans la niasse vitreuse , rendraient le raffinage du cristal très-difficile (Cléraandot et Frémy).

Flint glass. Acide siiîcîque^ 42,6; chaux, 0,5; potasse^ 11,7; alumine, 1,8; oxyde de ploîâb, 43,5. Il sert en optique.

Strass incolore. Acide silicique, 38,2 ; potasse, 7,8 ; alumine, 1 ; oxyde de plomb, 53. On l’emploie pour imiter les diamants.

Fabrication du verre.

On fait fondre dans ua four à verrerie les matériaux propres à confectionner les différents verres, et qui varient suivant l’espèce; ces matériaux ne sont pas toujours employés dans l’état où ils existent dans les verres ; ainsi, pour ne citer qu’un exemple, au lieu de potasse,de soude et de chaux, on fait usage des carbonates de ces bases, et même des sulfates. Il ne sera pas inutile d’entrer à cet égard dans quelques détails. — Acide silicique. On emploie le sable , et quelquefois le quartz ; si le sable contient trop d’oxyde de fer, on, ajoute du charbon qui réduit cet oxyde, et il se formp un silicate de protoxyde de fer ; celui-ci donnerait au verre une teinte verte très-foncée, ce qui serait un inconvénient ; en ajoutant une certaine quantité de bioxyde de manganèse , le silicate de protoxyde passe à l’état de silicate de sesquioxyde à peine coloré ; si l’on employait trop de bioxyde, le verre serait violet. — Potasse, soude, chaux. On se sert de carbonates de ces bases qui sont décomposés sous l’influence de la chaleur par l’acide silicique, et transformés en silicates ; l’acide carbonique est dégagé ; on remplace souvent le carbonate de soude par le sulfate, qui est d’un prix moins élevé; mais alors il faut employer 1 partie de charbon pour 13 parties de ce sulfate : le charbon enlève une partie de l’oxygène à l’acide du sulfate, et permet à l’acide silicique de se combiner avec la soude ; toutefois le verre est plus beau quand il a été préparé avec le carbonate de soude. Pour éviter tous les défauts du verre , il faut produire dans les fours une température aussi élevée que possible.

Verres colorés. On obtient le bleu saphir avec l’oxyde de cobalt ; le bleu céleste, avec le bioxyde de cuivre ; le rouge-pourpre , avec le protoxyde de cuiwe; le vert d'herbe , avec le sesquioxyde de chrome; le vert-bouteille, avec l’oxyde de fer des batitures ; le vert-émeraude, avec un mélange d’oxydes de nickel etd’urane; le jaune-serin , avec l’oxyde d’urane ; le violet, avec le bioxyde de manganèse ; les roses ou pourpres.

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