DU CYANURE JAUNE DE POTASSIUM ET DE FER
et d’acide sulfurique étendu , il y a décomposition , et l’on obtient du gaz acide cyanhydrique, du sulfate de potasse, et un précipité dont la formule est KCy, 2FeCy.
Le cyanure jaune de potassium et de fer est souvent employé comme réactif. On s’en sert aussi , en teinture, pour produire les couleurs bleues et pour obtenir le bleu de Prusse.
I Préparation. Ce sel est abondamment fourni par le commerce; on calcine, dans de grandes chaudières en fonte, parties égales de carbonate de potasse et de.matières azotées ne renfermant pas beaucoup de phosphates, telles que de la chair, de la corne, des peaux, de vieux souliers, etc. ; lorsque le mélange, après avoir été rougi, est devenu pâteux, on le retire du feu ; celte masse, refroidie, est ensuite lessivée avec de l’eau bouillante, filtrée, et évaporée jusqu’à cristallisation; on purifie ces cristaux en les redissolvant dans l’eau bouillante, et en faisant cristalliser de nouveau ; le fer de ce cyanure double est fourni par les parois de la chaudière et par les ringards. Pendant la calcination des matières azotées avec le carbonate de potasse , l’azote et le carbone de la matière organique s’unissent sous l’influence de la potasse et forment du cyanogène qui se combine avec le potassium.
Aujourd’hui on prépare en grand ce sel double en combinant directement l’azote avec le carbone. Pour cela on chauffe au rouge intense , dans des carneaux en brique, du charbon de bois imprégné d’une dissolution concentrée de carbonate de potasse ; on fait arriver de l’air chaud qui a traversé une longue colonne de coke incandescent, et qui est par conséquent presque réduit à de l’azote; au bout de dix heures, on chauffe le charbon de bois, dans une chaudière en fer, avec de l’eau et du fer spathique finement pulvérisé; il suffit d’évaporer la liqueur pour avoir de beaux cristaux de cyanure double. Le charbon restant peut servir de nouveau, après avoir été imprégné d’une dissolution concentrée de carbonate de potasse.
Acide ferrocyanhydrique (liydroferricyanique), H^Fe^Cy^,— Lorsqu’on décompose par l’acide sulfhydrique le cyanure double de fer et de plomb, FeCy, 2PbCy, on forme du sulfure de plomb et de l’acide ferrocyanhydrique, que l’on obtient en cristaux blancs quand on évapore la liqueur, à l’abri de l’air, à cAlé d’une capsule pleine d’acide sulfurique concentré. Il est soluble dans l’eau, inodore, d’une saveur acide astringente; il décompose les carbonates avec effervescence. Il diffère benuconp de l’acide cyanhydrique; on l’a considéré comme une combinaison de celui-ci avec le sesquioxyde de fer, H3Fe2Cy6 = 3HCy, Fe^Cy^
»IJ CYAHÎBRE ROUGE DE POTASSIUM ET DE FER. 3KCy,Fe’‘Cy* (CYANOFERRIDE DE POTASSIVSI , PRUSSIATE ROUGE).
Lorsqu’on fait passer un courant de chlore dans une dissolution assez concentrée de cyanure jaune de potassium et de fer, la liqueur devient d’un brun rouge, et si l’on fait arriver assez de chlore, la dissolution finit par ne plus précipiter en bleu les sels de sesquioxyde de fer; dans cet état, il suffit d’évaporer à une douce chaleur, jusqu’à réduction des deux tiers, pour obtenir par cristallisation le sel rouge dont il s’agit (Gmelin).
2FeCy,2KCy Cl ^ 3KCy, Fe^CyS KCl
Cyanure jaune. ^ Chlore. Cyanure rouge. ^ Chlorure de polassium.
Purifié par une seule cristallisation, il est sous forme de prismes rhomboïdaux anhydres ou d’aiguilles très-déliées, groupées en houppes, d’une couleur rouge-rubis, transparentes, d’un éclat très-vif, solubles dans 38 parties d’eau froide, et dans moins d’eau bouillante; l’alcool à 33 degrés ne les dissout pas sensiblement. La dissolution aqueuse a une saveur particulière, que l’on dit être savonneuse; elle est sans action sur le tournesol , mais elle verdit légèrement le sirop de violettes : vue en masse, si elle est assez concentrée, elle est presque noire, tant sa couleur est foncée; elle précipite un grand nombre de dissolutions métalliques (voy. Sels de fer, p. 496).
Ce sel est très-utile pour distinguer les sels de protoxyde de fer de ceux qui sont au maximum d’oxydation, et pour déceler la présence des sels de protoxyde de fer, lorsque le cyanure jaune n’est pas assez sensible pour les découvrir. On l’emploie à la fabrication de la couleur dite hleu de France. On peut fixer solidement sur une étoffe de lin, de chanvre, de coton ou de laine, une matière bleue qui pourrait bien n’être que du hleu de Prusse, en faisant bouillir ces tissus avec une dissolution de ce sel mêlée d’un peu d’acide acétique.
DU CADIMlUnl. Cd. Équivalent = 696,8.
Le cadmium existe dans plusieurs variétés de calamine et de blende. Il a été découvert par M. Hermann en 1818; il ressemble à l’étain par sa couleur, son éclat , sa ductilité, et le cri qu’il fait entendre lorsqu’on le ploie; quoique mou, il est cependant plus dur que l’étain, et il le
DU CÂDMIÜM. Ô09
surpasse en ténacité 5 on peut le réduire en fils et en feuilles très-minces ; néanmoins il s’écaille çà et là par une percussion soutenue; sa texture est parfaitement compacte, et sa cassure crochue; son poids spécifique, à la température de 25° th. cent., est de 8,7 ; on peut l’obtenir cristallisé en octaèdres, et alors il présente à la surface l’apparence de feuilles de fougère. Chauffé, il fond bien au-dessous du rouge, et se volatilise un peu plus lard que le mercure; étant chauffé avec le contact de. l’air, il brûle aussi facilement que l’étain, et s’oxyde. Le soufre, le sélénium, le chlore, le brome, Viode, le phosphore et X'arsenic, s’unissent directement ou indirectement au cadmium. Le sulfure, CdS, d’un beau jaune, est employé en peinture ; on l’obtient en précipitant un sel de cadmium par l’acide sulfhydrique. Le chlorure, CdCl, est blanc fusible, volatil, efflorescent dans un air sec, soluble dans l’eau et cristallisableen prismes rectangulaires à quatre pans ; on l’obtient en chauffant le cadmium avec le chlore, ou en le traitant par l’acide chlorhydrique.
Les acides sulfurique et chlorhydrique, étendus d’eau, l’attaquent et le dissolvent avec dégagement d’hydrogène. L’acide azotique le dissout facilement à froid ; l’acide acétique ne le dissout qu’à l’aide de la chaleur.
Le cadmium peut s’unir avec la plupart des métaux avec lesquels on le chauffe, pourvu qu’on évite le contact de l’air : les alliages produits sont pour la plupart aigres et incolores.
Extraction. On dissout dans l’acide sulfurique les blendes qui contiennent du cadmium; on fait passer dans la dissolution ‘acide un courant de gaz acide sulfhydrique, qui y détermine la formation d’un précipité : on lave celui-ci ; on le fait dissoudre dans l’acide chlorhydrique concentré, et on dégage par l’évaporation l’acide surabondant. On dissout dans l’eau le produit de cette évaporation, et on le précipite par un excès de sesquicarbonate d’ammoniaque, qui jouit de la propriété de dissoudre le zinc et le cuivre que l’acide sulfhydrique aurait pu précipiter. On lave le carbonate de cadmium précipité, et on le chauffe pour lé priver de l’acide carbonique : l’oxyde obtenu est mêlé avec du noir de fumée et chauffé dans une cornue de verre ou de terre pour en avoir le métal.
Suivant M. Herapalh, il y aurait de l’avantage à extraire le cadmium en distillant les mines de zinc avec du charbon: le cadmium, dit-il, élève avant le zinc , et le. premier produit de la distillation doit eire plus riche en cadmium que le dernier; mais il est probable, comme l’a fait observer Gay-Lussac, que, lors môme que ces deux métaux différeraient davantage en volatilité, leur séparation serait toujours très-incomplète par ce moyen, le zinc étant en proportion beaucoup plus con- .sidérable que le cadmium.
L'oxyde de cadmium, CdO, offre des nuances variées selon les circonstances dans lesquelles il est produit; il est jaune , brun ou noir , infusible, fixe, indécomi)osable par la chaleur; il s’unit bien aux acides, et forme des sels. 11 est formé de 87,45 de cadmium, et de 12,55 d’oxygène. On l’obtient anhydre en chauffant le cadmium avec le contact de l’air; il est hydraté quand il a été séparé par la potasse d’un sel de cadmium.
UES SELS DE CADMIlin.
Les sels solilbles de cadmium sont presque tous incolores, doués d’une saveur acerbe métallique : ils ne sont point précipités par l’eau. La potasse et la soude en séparent l’oxyde à l’état d’hydrate blaiic,qu’elles ne redissolvent pas, comme cela a lieu avec les sels de zinc. L’ammoniaque les précipite également, mais l’hydrate est facilement redissous par un excès d’alcali. Les carbonates de potasse , de soude et d’ammoniaque , y produisent un précipité blanc qui est un carbonate anhydre, insoluble dans un excès de carbonate: avec le sel de zinc, on obtient, au contraire, un carbonate hydraté. Le phosphate de soude y fait naître un précipité blanc pulvérulent, tandis qu’il fournît avec les sels de zinc de belles paillettes cristallines. L’acide sulfhydrique et les sulfures les précipitent en jaune ou en orange ; ce dépôt ressemble par sa couleur à l’orpiment, mais il en diffère, parce qu'il est plus pulvérulent, et surtout par sa fixité, et parce qu’il se dissout facilement dans l’acide chlorhydrique concentré. Le cyanure de fer et de potassium précipite les dissolutions de cadmium en blanc. La noix de galle ne les trouble point. Le zinc en précipite le cadmium à l’état métallique, sous forme de feuilles dendritiques qui s’attacheiit au zinc.
Sulfate, GdO, S0^,4H0. — Il cristallise en gros prismes droits rectangulaires, transparents, semblables à ceux du sulfate de zinc, et très-solubles dans l’eau; il s’effleurit facilement à l’air; il se transforme, à une température très-élevée , en sous-slilfale qui cristallise en paillettes , et qui finit, s’il est chauffé plus fortement, par donner de l’acide sulfureux, de l’oxygène et de l’oxyde de cadmium. Des observations, qui demanderaient à être confirmées, tendent à prouver que l’on peut employer utilement ce sulfate, dans tous les cas, même invétérés, d’obscurcissement de la cornée avec inflammation chronique, dans lesquels, en général, les astringents sont indiqués, et de plus, dans les cas où des nuages et des taies ne sont pas accompagnés d’inflammation chronique ," mais d’une espèce de boursouflement spongieux de la cornée. On em*
Dtl cobalt. 611
ploierait 5 centigrammes de sulfate dans 8 ou 12 grammes d’eau; on appliquerait une goutte de cette solution sur l’œil , trois ou quatre fois par jour. On obtient ce sulfate en dissolvant le métal, l’oxyde ou le carbonate dans l’acide sulfurique.
Azotate, CdO, Az05,4H0. — Ilest sous forme de prismes ou d’aiguilles ordinairement groupées en rayons; il attire l’humidité de l’air. On l’obtient en traitant le cadmium par l’acide azotique.
DU COBAIiT. Go. Équivalent = 369.
Le cobalt se trouve dans la nature, 1® combiné avec l’oxygène; 2® à l’état d’arséniure uni à des arséniures de nickel et de fer, ou bien à l’état d’arséniosulfure, CoAs2,CoS2 (cobalt gris).
Le cobalt est solide, d'une couleur blanche grisâtre, légèrement ductile; sa texture est granuleuse, serrée; son poids spécifiqueest de 8,5384; il est magnétique, mais un peu moins que le fer. Il paraît fondre au même degré de feu que ce métal (voy. p. 483); on en opère facilement la fusion au moyen du chalumeau de Brook (Clarke). Il absorbe le gaz oxygène à une température élevée, et passe à l’état de sesquioxyde noir ; il n’éprouve d’altération de la part de l’air froid et humide qu’à la longue ; alors il devient d’un brun noir. Il peut se combiner facilement avec le soufre, et donner trois sulfures = Co S, Co2S3, CoS2. En décomposant, à une température peu élevée, le chlorure de cobalt anhydre par le phosphure d’hydrogène gazeux, on obtient wn phosphure, Co^Ph.
La combinaison du chlore avec le cobalt s’opère avec dégagement de lumière lorsqu’on a élevé la température. Le chlorure de cobalt, CoCl, s’il est anhydre, est en écailles cristallines d’un blanc d’argent ou d’un gris de lin; s’il est hydraté et cristallisé, il est rouge de rubis; en dissolvant celui-ci dans peu d’eau, il devient 6/ew, et si la dissolution est affaiblie, il passe au rose. Cette dissolution peut être employée comme encre de sympathie : pour s’en servir, on écrit sur du papier, et lorsque les caractères sont secs et invisibles, on les chauffe: la dissolution de cobalt se concentre, passe du rose au bleu foncé, et les caractères deviennent visibles : exposés à l’air dans cet état, ils ne tardent pas à disparaître, phénomène qui dépend de ce que le sel bleu concentré attire 1 humidité de l’air et devient d’un rose clair invisible ; d’où il suit qu’on peut les faire paraître ou disparaître à volonté; si la dissolution de cobalt contient du sesquichlorurc de fer ou de l’oxyde de nickel, les caraclèies sont verts. On obtient le chlorure de cobalt anhydre en faisant passer du chlore sur du cobalt ; on prépare le chlorure liydralé bleu avec
512 Première partie.
le protoxyde et l’acide chlorhydrique à 15 degrés de l’aréomètre de Baumé. Le sesquichlorure de cobalt, Go2C13, se décompose par la plus faible élévation de température. Ou l’obtient en dissolvant le sesquioxyde dans l’acide chlorhydrique.
Les acides borique, carbonique et phos])horique, n’agissent pas sur lui. L’acide sulfurique et l’acide chlorhydrique étendus le dissolvent lentement, avec dégagement d’hydrogène; l’acide azotique l’attaque avec énergie.
Caractères distinctifs. 1° Ses propriétés physiques; 2° son action sur le chlore , d’où il résulte un chlorure fa^cilernent reconnaissable.
Extraction. On l’obtient en décomposant le protoxyde par le charbon , ou mieux encore en calcinant l’oxalate de cobalt à un violent feu de forge.