DU MERCURE
de Schemnitz en Hongrie, en Chine, au Pérou, et dans quelques autres parties de l’Amérique. Il est employé en peinture, et pour obtenir le mercure. On s’en sert en médecine, surtout sous forme de fumigations, dans le traitement des dartres vénériennes, des douleurs ostéocopes, de la roséole , de la syphilide pustuleuse , des rhagades invétérées, et du prurigo pédiculaire. Si, par fraude, on avait mélé au cinabre du minium, du colcotliar ou de la brique pilée, il suffirait, pour s’en assurer, de chauffer le mélange au rouge; le cinabre seul se volatiliserait.
Préparation. On fait chauffer de Vœthiops minéral (voy. p. 598) dans un matras de verre à long col , lulé extérieurement ; le cinabre se sublime sous forme de belles aiguilles violettes, tandis que l’excès de mercure se dégage. Un autre procédé, plus particulièrement employé pour la préparation du vermillon, consiste à triturer d’abord un mélange de 300 parties de mercure et de 114 parties de soufre sublimé, humecté, auquel on ajoute 75 parties de potasse caustique dissoute dans 400 parties d’eau; on chauffe à 50® centig., en agitant continuellement; au bout de deux heures, la masse devient rouge, et lorsqu’elle est sous forme de gelée, on la relire du feu et on lave le sulfure par décantation ; il offre alors une fort belle couleur, et est employé en peinture (Brunner) ; si l’on prolongeait plus longtemps l’action du sulfure alcalin , la matière brunirait.
L’iode peut être combiné avec le mercure en trois proportions. Le protiodure, Hg^I, est vert, insoluble dans l’eau et dans l’alcool; il se volatilise lorsqu’on le met sur un charbon ardent, et donne des vapeurs jaunes mêlées de vapeurs violettes d’iode ; s’il est chauffé plus lentement, il se convertit en mercure et en biiodure. Le sesquiiodure , Hg2I,2HgI , est jaune; sous l’influence de la lumière, il devient d’un vert olive foncé; il contient souvent du bioxyde de mercure, dont on le débarrasse par des lavages à l’alcool. Le biiodure, Hgl, est d’un très-beau rouge; il jaunit lorsqu’on le chauffe; il est fusible et susceptible de se sublimer en lames rhomboïdales jaunes, dont la forme primitive est le prisme droit rhomboïdal ; il change peu à peu de couleur et redevient rouge en reprenant la forme primitive d’un octaèdre à base carrée ; c’est donc un corps dimorphe', mis sur des charbons ardents, il donne des i vapeurs jaunâtres au milieu desquelles on peut apercevoir une colora- I lion violette ; il se dissout dans 150 parties d’eau froide; il est soluble I dans l’iodure de potassium , les sels mercuriels, les acides et l’alcool.
Préparation, On obtient \e protiodure en triturant du mercure avec de l’iode et quelques gouttes d’alcool; celui-ci s’évapore, et il reste de l’iodure vert, qu’il faut porter sur un porphyre et broyer par petites
600 PllKMlÈKE PARTIE.
portions en le tenant humecté, pour l’obtenir dans un état de combinaison complète et homogène. On prépare le sesquiiodure en |)récipitaiit l’azotate de protoxyde de mercure par l’iodure de ])otassium ioduré. Entin on forme le biiodure en décomposant un équivalent de sublimé corrosif dissous par un équivalent d’iodure de potassium, ou en triturant équivalents égaux de mercure et d’iode avec une petite quantité d’alcool (100 grammes de mercure, 124 d’iode, et 1 kilog. d’alcool). Ces iodures sont employés avec succès dans le traitement des maladies vénériennes et scrofuleuses; la dose est de 1 à 2 centigrammes par jour en commençant , et si on fait usage de pommade, de 30 grammes d’axonge et del A 2 grammes d’iodure. Le biiodure est le plus énergique. On est parvenu à fixer la belle couleur de cet iodure sur les tissus.
On peut combiner le brome avec le mercure en deux proportions. Le jprotobromure, Hg^Br, est blanc, insoluble dans l’eau , volatil au-dessous du rouge sombre; il a la plus grande analogie avec le protochlorure. On l’obtient en décomposant un sel de protoxyde de mercure par un bromure alcalin. Le bibromure, HgBr, est en aiguilles blanches, solubles dans l’eau, l'alcool et l’éther, et volatiles. On le prépare en dissolvant le protobromure dans un mélange d’eau et de brome. Les bromures de mercure agissent sur l’économie animale comme les iodures et les chlorures, qu’ils peuvent remplacer en médecine.
Le chlore gazeux se combine avec le mercure, même à la température ordinaire; si on chauffe le mélange, il se produit une flamme d’un rouge pâle, et le mercure passe à l’état de chlorure. On connaît deux composés de ce genre.
Dll PROTOCHLOnVllE DE MERCURE (CALOMÉLAS).
ht protochlorure de mercure, Hg2Gl, appelé aussi mercure doux, panacée mercurielle , précipité blanc, existe dans la nature en petite quantité. Il est blanc, insipide, inodore, insoluble dans l’eau; exposé à l’action du calorique, il fond, se sublime, à la vérité moins facilement que le bichlorure, et fournit des cristaux qui sont des prismes tétraèdres terminés par des pyramides à quatre faces; il jaunit, finit môme par noircir lorsqu’il est exposé pendant longtemps à la lumière , et se trouve alors changé en bichlorure et en mercure métallique. Il n’éprouve aucune altération à l’air, ht phosphore lui enlève le chlore à l’aide de la chaleur, passe à l’état de protochlorure de phosphore trèsvolatil (voy. p. 79), et le mercure est mis à nu. h'iode exerce sur ce corps une action curieuse : que l’on place de l’iode solide à une certaine
DU PROTOCllLOHUUE DE MERCURE.
dislance du calomélas cristallisé , au bout de plusieurs heures, on verra apparaiire sur le cristal un point rouge, puis deux, puis trois, etc., qui vont toujours grandissant et recouvrent bientôt toute la surface du cristal; l’iode pénètre ensuite dans son intérieur, et après plusieurs mois, tout le calomélas est transformé en un cristal d’un très-beau rouge ; du reste la chaleur et la lumière exercent une grande influence sur le plus ou moins de rapidité de la réaction ; le cristal augmente de poids, ;mais sa forme cristalline n’est nullement modifiée. M. Boutigny, à qui l’on doit ces détails, sans se prononcer sur la nature de ce nouveau .corjis, dit que, suivant les proportions d’iode absorbées, il peut être (Considéré comme un protochlorure de mercure ioduré, ou comme un i.mélange de protiodure de mercure, de protochlorure et de bichlorure, icou bien encore comme un biiodure combiné à un bichlorure {Journ. de ■chim.méd.j mars 1847). Dès l’année 1826, Planche et Soubeiran avaient (dit que l’iode décompose le protochlorure de mercure, s’empare d’une 'portion de mercure et le transforme en sublimé corrosif (bichlorure) ;
1 se forme du biiodure de mercure, à moins qu’on n’ait employé peu : d’iode, car alors on obtient du protiodure de ce métal mêlé d’un peu de ■ biiodure. Le chlore dissout le protochlorure de mercure lorsqu’il est rrécemment fait, et le change en bichlorure (sublimé corrosif). Mêlé iivec du charbon et la quantité d’eau nécessaire pour faire une pâte, il rïist décomposé si on le chauffe, et l’on obtient du mercure métallique,
I lu gaz acide chlorhydrique, du gaz acide carbonique, et un peu de gaz 'oxygène : dans celte expérience , l’eau est également décomposée , l’hy- Krogène s’unit au chlore, tandis que l’oxygène se combine en partie
I'Vec le charbon. Chauffé avec de la potasse solide, il fournit du mercure it du gaz oxygène qui se volatilisent, et du chlorure de potassium fixe ; ,’1’où il suit qu’il est décomposé, ainsi que la potasse; le chlore s’unit au i ‘totassium de celle-ci , tandis que le mercure mis à nu et le gaz oxygène ! revenant de la potasse décomposée se dégagent. A froid , les alcalis le olorent en noir. L’acide azotique le transforme, à chaud, en bichlo- ■ ure et en azotate de bioxyde , et il se dégage du gaz bioxyde d’azote. Depuis longtemps on savait que les chlorures alcalins avaient la pro- ■riété de décomposer le protochlorure de mercure et d’en changer une ."ariie en bichlorure. M.Mialhe a étendu cette observation de manière à la transformer en généralité. Quoique l’importance des conclusions de "6 travail exige la confirmation et le contrôle d’une expérience plus ongue, puisqu’elles soulèvent des objections de la part des chimistes et es médecins, j’exposerai le résumé de toutes les observations de I. Mialhe, telles qu’il les a publiées dans ses mémoires; seulement je
ferai observer que M. Miallie pose comme base de ces expériences l’aclion qu’exerce sur les sels de mercure un mélange de chlorure de sodium et de chlorhydrate d’ammoniaqne, quoique l’existence d’un produit ammoniacal paraisse impossible pendant la vie dans la circulation, et que la plupart des chimistes s’accordent à n’en pas trouver dans le sang parfaitement frais. Voici ces conclusions : 1° toutes les préparations mercurielles usitées en médecine, en réagissant sur les dissolutions des chlorures alcalins, seules ou avec le concours de l’air, produisent une certaine quantité de sublimé corrosif, ou pour mieux dire un chlorure hydrargyro-alcalin ; 2° la quantité de sublimé produit avec les divers sels de mercure est loin d’être la même pour chacun d’eux ; 3“ on pourrait dire , médicalement parlant , que les sels de protoxyde n’agissent jamais que par les faibles proportions du sublimé auquel leur décomposition donne naissance. En outre, M. Mialhe assure que la quantité de biclîlorure produite est toujours en raison directe de la concentration de la liqueur chlorurée.
Le protochlorure de mercure est employé en médecine, 1® comme un excellent fondant, dans le carreau, les diverses maladies scrofuleuses, les engorgements du foie , de la rate, etc. ; 2° comme purgatif; 3® comme antivermineux ; on s’en est souvent servi pour prévenir ou pour combattre la diathèse vermineuse dans les petites véroles épidémiques; 4® comme antisyphilitique. Clare a conseillé, pour guérir la vérole, de frictionner légèrement, matin et soir, l’intérieur des joues, les lèvres et les gencives avec ce médicament. On l’administre aux adultes depuis 10 jusqu’à 40 et 60 centigrammes, suivant l’indication que l’on veut remplir; on le donne aux enfants depuis 1 jusqu’à 5 ou 10 centigrammes , suivant l’âge ou l’affection ; on l’associe ordinairement à des extraits.
Préparation. On l’obtient, 1° en versant dans une dissolution d’azotate de protoxyde de mercure du chlorure de sodium dissous, et en lavant le dépôt dans une très-grande quantité d’eau : ce dépôt, qui est le protochlorure, portail autrefois le nom ûq précipité blanc; il retient toujours un peu de chlorure de sodium, qui le rend- légèrement soluble et plus actif. La théorie de sa formation est la même que celle qui a été exposée à la page 290 , en parlant de l’action de l’azotate d’argent sur les chlorures. 2° En triturant 17 parties de sublimé corrosif légèrement humecté, et 13 de mercure métallique, et en sublimant le mélange dans un matras à fond plat : le chlore, dans celle circonstance, se partage entre le mercure du sublimé et le métal ajouté. 3“ En faisant chauffer du sel commun avec du sulfate de protoxyde de mercure dans le même appareil que celui qui sert à préparer le sublimé corrosif ; le protochlorure su-
DU PROTOCULORURE DE MERCURE, blimé doit être lavé à grande eau pour le débarrasser du sublimé corrosif qu’il contient presque toujours. Gomme il est difficile d’obtenir du sulfate de protoxyde de mercure exempt de sulfate de bioxyde , on préfère employer un mélange de sulfate de bioxyde et de mercure métallique ; pour cela on prend 16 parties de mercure et on les divise en deux portions égales ; on transforme la première en sulfate de bioxyde , et on y mêle intimement les 8 parties de mercure restantes ; on broie ce mélange avec 3 parties de chlorure de sodium , et on le soumet à la sublimation.
Ce procédé, qui est sans contredit le plus économique, peut être avantageusement modifié lorsqu’on veut obtenir du protochlorure d’une trèsgrande ténuité (protochlorure dit à la mpeur). Voici la description de l’appareil et du procédé tels qu’ils ont été indiqués par M. Soubeiran en 1842. Il s’agit tout simplement de faire arriver du calornélas en vapeur dans une fontaine de grès, au milieu de l’air; celui-ci, interposé mécaniquement entre les particules de la vapeur minérale, oppose un obstacle mécanique à la réunion de ces particules au moment où la solidification a lieu , et la poudre de calornélas, cédant à son propre poids, se dépose lentement dans un état de division extrême et d’une grande beauté. «Les vases dans lesquels je ramasse le calornélas, dit M. Soubeiran (voy. pl. 8 ) , sont des tubes en terre allongés, de 10 centimètres de diamètre sur 50 à 60 centimètres de longueur. Ils sont fermés à un bout, et ouverts à l’autre ; chacun d’eux peut contenir 4 à 5 kilogrammes de mercure doux. Ces tubes sont enduits d’une couche de terre argileuse. Le tube est placé dans un fourneau allongé; il sort par l’un des côtés sur une longueur de 4 centimètres, et il pénètre à fleur de la paroi d’un récipient. Ge récipient est une grande fontaine en grès qui est percée, aux deux tiers de sa hauteur, d’un trou rond dans lequel l’extrémité ouverte du tube entre à frottement. On achève de boucher la jointure avec un peu de lut; on pose le couvercle sur la fontaine, et on l’ajuste avec une bande de papier collé ; on laisse en haut une ouverture qui permet à l’air dilaté de sortir librement; il suffit de la recouvrir avec une plaque de verre. Le récipient doit être aussi rapproché que possible du fourneau, pour éviter que le mercure doux ne se condense dans le bout du tube;
' pour la même raison , le tube doit arriver à fleur de la paroi du réci- ; pient, et ne pas s'enfoncer dans l’intérieur; d’un autre côté , il faut que le récipient soit soustrait à la chaleur qu’il recevrait directement du fourineau; à cet effet, l’ouverture par laquelle le tube sort du fourneau est 1 bouchée avec de la terre et deux diaphragmes métalliques qui embras- ’ sent le tube en dehors du fourneau , s’interposant entre lui et le réci-
pient, et mettant ce dernier à l’abri du rayonnement. Ainsi se trouvent réunies ces deux conditions essentielles de succès : le tube est chauffé très-près du point où il pénètre dans le récipient, c’est pour éviter que le calomel ne s’y condense ; le récipient est abrité de la chaleur du fourneau, c’est afin d’em pécher qu’il ne s’échauffe; car si la température s élevait trop, le calomel d’abord déposé en poudre se réunirait en agglomérations cristallines. On chauffe d’abord le tube au rouge sombre dans la partie la plus voisine du récipient, puis on porte peu à peu le feu dans toute la longueur du tube. Une heure et demie à deux heures suffisent à la complète volatilisation de 4 à 5 kilogrammes de mercure doux.
Ce procédé est d’une exécution beaucoup plus facile que celui de M. Henry, qui consistait à mettre la vapeur de calomélas en contact avec la vapeur d’eau.
La panacée mercurielle est le protochlorure de mercure sublimé cinq ou six fois.
DU BICULOnURi: DE MERCURE ( SUBLIMÉ CORROSIF ).
Le hichlorure, HgCl, e.st un produit de l’art : il est le plus ordinairement sous forme de masses blanches, compactes, demi-transparentes sur leurs bords, hémisphériques et concaves; la paroi externe de ces masses est polie et luisante ; l’interne est inégale, hérissée de petits cristaux brillants tellement comprimés , qu’on ne peut en distinguer les faces ; on peut également l’obtenir après l’avoir dissous dans l’eau et avoir évaporé la liqueur, sous formes de faisceaux aiguillés , de cubes ou de prismes quadrangulaires ; il a une saveur extrêmement âcre et caustique ; son poids spécifique est de 6,5. Il se volatilise plus facilement que le précédent, et répand une fumée blanche, épaisse, d’une odeur piquante, nullement alliacée, susceptible de ternir une lame de cuivre parfaitement décapée ; si l’on frotte la partie de cette lame où la couche de hichlorure est appliquée, elle acquiert la couleur blanche , brillante, argentine, qui caractérise le mercure; d’où il suit que le cuivre s’empare du chlore et met le métal à nu. Exposé à Vair, le hichlorure perd un peu de sa transparence, et devient opaque et pulvérulent à sa surface. La lumière ne le colore pas. Le phosphore, le charbon et la potasse, agissent sur lui comme sur le protochlorure.
Chauffé avec de l’antimoine, de l’étain, etc. , le hichlorure de mercure est décomposé facilement ; il se forme des chlorures de ces métaux et du rncrcui’e métallique , qui peut cà son tour s’amalgamer avec eux.