DE E’.%E€OOE DE VIM. H®C^O
Ayant établi comme caractère spécial du sucre la propriété qu’il présente , lorsqu’il est soumis A l’action d’une température de 25" A 30", et sons l’influence du ferment, de produire de l’acide carbonique et de 1 alcool , on peut facilement prévoir que l’on extrait l’alcool de toute substance primitivement sucrée, mais ayant fermenté; c’est ainsi qu’on le letiiedes vins, des fruits pourris, de leurs sucs exprimés, du moiU de bièie en fermentation , et de la bière elle-même; on le prépare enfin
diiectemeni avec de la mélasse ou toute autre substance sucrée mêlée avec du ferment.
L’alcool pur et concentré, considéré par quelques chimistes comme un composé de 2 équivalents d’eau , 2H0, et d’un équivalent de bicar- | bure d’hydrogène, est un liquide transparent, incolore, ne rougissant point l’w/wswm de tournesol , doué d’une odeur agréable, et d’une saveur chaude et caustique; son poids spécifique est de 0,8021, à 15°; ce poids devient plus considérable à mesure que l’on ajoute de l’eau : ainsi , d’après Gilpin , il est de 0,9326 lorsque l’alcool contient 95 parties d’eau sur 100.
Il est très-volatil, et entre en ébullition à la température de 78°, 4, sous la pression de 76 centimètres; le poids spécifique de sa vapeur est 1,5890, celui de l’air étant pris pour unité ; il est par conséquent près de trois : fois aussi considérable que celui de la vapeur d’eau , qui ne s’élève qu’à 0,6235; son équivalent est donc représenté par 4 volumes de vapeur.
Si on fait passer l’alcool en vapeur à travers un tube de porcelaine rouge, on le décompose. Th. de Saussure a retiré de 81,17 grammes d’alcool liquide soumis à cette expérience et contenant 11,23 grammes d’eau : 1° du carbure d’hydrogène gazeux, du gaz oxyde de carbone, et du gaz acide carbonique ; 2° de l’eau , 3° des lames minces volatilisées (naphtaline) et une huile essentielle brune , 4° de l’acide acétique, 5 de l’alcool non décomposé , 6° du charbon.
L’alcool absolu ne se solidifie pas à — 90° ; M. Bussy est parvenu à congeler l’alcool à 33 degrés, en le plaçant dans une boule entourée de coton , que l’on plongeait dans l’acide sulfureux anhydre, et que l’on mettait sous le récipient de la machine pneumatique, où l’on faisait le vide. L’alcool absolu , dans les mêmes conditions, est devenu plus visqueux.
— Lumière. La puissance réfractive de l’alcool, comparée à celle de l’air, est de 2,2223. Il n’est point conducteur du fluide électrique.
Mis en contact à la température ordinaire avec le gaz ofcygène, il dissout plus de ce gaz que l’eau. Au contact de Yair, il se volatilise et attire l’humidité, se mêle avec l’air, en lui communiquant l’odeur qui lui est propre, et la propriété d’enivrer les animaux qui le respirent : l’alcool contenu dans ces mélanges prend feu par l’approche des corps en ignition. Une liqueur alcoolique faible, abandonnée à elle-même dans une vessie au contact de l’air, finit par se concentrer, parce qu’il passe plus d’eau que d’alcool à travers la vessie.
Lorsque , par le moyen d’un corps enflammé ou d’un certain nombre d’étincelles électriques , on élève la température de l’alcool qui a le contact du gaz oxygène ou de l’air, il est décomposé ; l’hydrogène et le carbone qu’il renferme se combinent rapidement avec l’oxygène pour former de l’eau et du gaz acide carbonique , et U se produit une
DE l’alcool de vin.
flamme blanche Irès-étendiie ; il n’y a aucun résidu si l’alcool est pur.
Si l’on fait brûler de l’alcool dans une lampe, au-dessus de la mèche de laquelle on place un fil de platine tourné en spirale, et qu’on éteigne subilement la flamme, le fil de platine restera incandescent tant qu’il y aura de l’alcool ; ce phénomène est dû à la combinaison de la vapeur alcoolique avec l’oxygène de l’air; car on obtient, outre l’acide carbonique et de l’eau , un acide particulier que Connell appelle acide lampique, et qui paraît analogue cà l’acide aldéhydique.
Si, dans un flacon plein d’oxygène pur, on suspend une petite capsule contenant du noir de platine humecté d’alcool, aussitôt toute la masse prend feu, et Use forme, outre de l’acide carbonique et de l’eau, de l’aldéhyde et de l’acide acétique. Quand on met le noir de platine en contact avec de l’air chargé de vapeurs alcooliques , l’oxygène est encore absorbé, et il se produit de Vacétal, composé de 2 équivalents d’éther et d’un équivalent d’aldéhyde.
L’hydrogène, le bore, le carbone et Vazote, n’agissent point sur l’alcool. Il dissout V240 phosphore à l’aide de la chaleur; ce solutum est précipité par l’eau , qui en sépare le phosphore. Boyle a remarqué le premier que , lorsqu’on en verse une petite quantité dans un verre d’eau froide, placé dans un lieu obscur, on aperçoit à la surface du liquide des ondes lumineuses, brillantes, qui paraissent dues au phosphure d’hydrogène qui se dégage; l’eau devient laiteuse. Le soufre réduit en poudre fine se dissout dans 600 fois son poids d’alcool à 40 degrés, bouillant (Chevallier) ; la dissolution , d’une odeur analogue à celle de l’acide sulfhydrique , laisse précipiter du soufre si on l’étend d’eau.
Quand on verse du sulfure de carbone dans une dissolution alcoolique de potasse préparée avec de l’alcool absolu, jusqu’à ce que la liqueur ne rougisse plus le papier de curcuma, et que l’on expose le mélange à une température voisine de zéro, on ne larde pas à obtenir des cristaux déliés et orangés de xanthate de potasse^W, H5C40,2CS2, sel composé d’éther vinique, de potasse, et de sulfure de carbone.
Loisqu on fait passer un courant de chlore sec dans de l’alcool absolu, on obtient uue grande quantité à’ aldéhyde , qu’on peut séparer par la distillation; si l’on continue à faire arriver du gaz, il se forme un liquide huileux qui finit par composer toute la masse; si l’on chauffe doucemi nt ce liquide pour en dégager l’éther chlorhydrique et quelques ' aulies pioduits chlorés très-volatils, et que l’on fasse encore arriver du c doie en élevant la température, et, en dernier lieu, en soumettant le m ange à 1 action des rayons solaires, on aura un liquide qui contienla du chloral, HC'^CPOs, n suffira, pour séparer ce çhloral, d’agiter
132 ÏÎEUXIÈMR PARTIE.
lt> liquide avec 3 ou 4 fois son volume d’aeide sulfurique, et de dislillel’ sur ce même acide; eu recueillant â part le produit, qui dislillera àfM°, on aura le chloral. La formule suivante indique la réaction :
H5C40,H0 8 Cl HG4C13 02 5 HCl
Alcool absolu. ’ Chlore. Chloral. ’ A. chlorhydri<iue.
On voit donc que le chloral n’est que de l’aldéhyde trichloré, dans lequel 3 équivalents d’hydrogène ont été remplacés par 3 de <îhlore; en effet, l’aldéhyde, comme je l’ai dit à la page 13, a pour formule H^C^O^.
Le chloral anhydre (ce mot rappelle le chlore et l’alcool) est liquide, incolore, comme huileux, d’une odeur pénétrante particulière, d’une saveur très-caustique, d’une densité de 1,502 à 18“-}-0°. Il est trèssoluble dans l’eau, soluble dans l’alcool et dans l’éther. La dissolution aqueuse évaporée dans le vide, sur de l’acide sulfurique concentié, laisse du chloral hydraté et cristallisé, contenant 1 équivalent d eau, et susceptible d’étre sublimé. Le chloral attire l’humidité de l’air, et passe aussi à l’état de monohydrate. La potasse, la soude, la baryte, et même l’ammoniaque, transforment le chloral hydraté en formiates et en chloroforme. Voici la réaction ;
HC4C13 02,H0 __ K0,HC2Q3 HC^^Cl^
’ Chloral hydrate. Formialc de potasse. Chloroforme.
Le chloral, abandonné pendant longtemps à lui-même, dans un tube scellé à la lampe, se transforme en chloral insoluble, isomérifiue du chloral, matière blanche, ayant l’aspect de la porcelaine, inodore, insoluble dans l’eau, dans l’alcool et dans l’éther, donnant, lorsqu’on la chauffe, du chloral ordinaire qui distille- Le chloral est sans usages.
Si , au lieu de faire arriver du chlore sec dans de l’alcool absolu , on traitait ce gaz par de l’alcool Irès-hydralé, on obtiendrait de l’eau et de l’acide carbonique. Si l’alcnol était moins hydraté, il pounaitse foimei de l’acide acétique, de l’éther acétique, des éthers acétiques plus ou
moins chlorés, etc. j ^
En faisant couler du brome dans de l’alcool absolu, il se piodui e l’acide hromhydrique, de l’éther bromhydrique, du bromal, de l’huile bromalcoolique, et des cristaux de bromure de carbone. Le 5romal , HC4Br302, est liquide, incolore, gras au loucher, volatil , solub e dans l’eau ; ainsi dissous , il peut cristalliser.
L’alcool dissout Viode : la dissolution est d’un brun rougeâtre; au boui
DE l’aLCOUL de vin.
d’un cerlain temps, l’iode s’emi)are de l’hydrogène de l’alcool, ét forme de l’acide iodhydrique. En traitant une dissolution alcoolique d’iode par une dissolution alcoolique de potasse ou de soude, on obtient de Viodoforme ( voy. ce mot).
Veau se combine avec l’alcool en toutes proportions, et l’on observe qu’il y a élévation de température et rapprochement des molécules : ainsi un composé d’un litre d’alcool concentré et d’un litre d’eau occupe un volume moindre que celui des deux litres ; la contraction est moins sensible, et peut môme simuler une dilatation , si l’alcool contient beaucoup d’eau. La densité de ce mélange, à son maximum de contraction, est de 0,927 à -f- 10°. On obtient ce maximum avec un mélange de 53,739 p. d'alcool anhydre, et de 49,836 p. d’eau. Ces 103,775 volumes de mélange se trouvent réduits à 100 p. ; dans cet état, l’alcool contient 6 équivalents d’eau. Lorsque l’alcool a été affaibli par ce moyen, il constitue les diverses variétés d'esprit-de-vin que l’on trouve dans le commerce, et qui marquent des degrés différents au pèse-liqueur. Je dirai à l’article Préparation de l’alcool que, dans l’eau-de-vie, il y a parties égales en poids d’alcool concentré et d'eau : il est cependant impossible de faire de la bonne eau-de-vie en mêlant ces deux substances. Si, au lieu d’employer de l’eau, on mélangeait de l’alcool à — 0°, et de la neige à la môme température, on obtiendrait un froid de — 37°, s’il y avait un excès de neige.
L’alcool dissout 23 fois son volume de cyanogène.
Les acides agissent sur l’alcool d’une manière très-variée; placés dans certaines conditions, ils peuvent donner naissance à des produits que l’on nomme éthers, et que j’étudierai bientôt. Ceux qui cèdent facilement leur oxygène oxydent rapidement l’alcool, et déterminent souvent son inflammation.
L’acide sulfurique concentré, mêlé d’alcool pur, n’agit sur aucun carbonate neutre, tandis qu’il décompose l’acétate de potasse. Si, par suite d une élévation de température , l’acide sulfurique exerce une action chimi(|iie sur 1 alcool vini(|ue, on obtient, suivant les pro|)ortions de cet acide, et le degré de clialeur auquel on opère, des produits différents qui sont; I éther ordinaire, lI’Gh) , V éther vinique (acide sulfurique), H'C'O, HO, 2S0^, et le bicarbure d' hydrogène (gaz oléfiant), H'^C'*; ce dciniei est le résultat de l’action d'un ecccès d’acide sulfovinique sur l’alcool. 11 se foi me aussi constamment une substance huileuse, très-lourde, apiielée huile de vin pesante, = lloc«0, 2Si)3, lorsqu’on prépare l’éther oïdinaire, le bicarbure d’hydrogène, etc. (voy. ces mot.s).
L acide sulfuriijue anhydre fournil à froid avec l’alcool do l’acide æthio
nique, H^G^îQ, 4SQ3. J’ai déjà dit que l’on oblenait facilement cet acide en faisant agir lentement l’humidité atmosphérique sur le sulfate de carbyle, préparé avec l’acide sulfurique anhydre et le hicarhure d’hydrogène gazeux (voy. t. I , p. 251 , et Acide sulfovinique).
Les acides azotique et chlorhydrique mêlés d’alcool n’agissent pas sur le carbonate de potasse, tandis qu’ils décomposent les autres carbonates. Les acides acétique, tartrique et paratartrique, n’attaquent non plus aucun carbonate lorsqu’ils sont mêlés à l’alcool ; il y a mieux , l’acide carbonique déplace l’acide acétique de l’acétate de potasse dissous dans l’alcool ; cela tient surtout à l’insolubilité du carbonate de potasse dans l’alcool. L’acide citrique alcoolisé décompose le carbonate de potasse et celui de magnésie, et n’agit pas sur les autres. L’acide oxalique mêlé d’alcool agit sur ceux de strontiane, de chaux et de magnésie. Une liqueur alcoolique pourrait donc renfermer une grande proportion d’acide, sans qu’il fût possible d’en constater la présence, même à l’aide des papiers réactifs. L’acide chlorique concentré versé dans de l’alcool anhydre lui cède immédiatement de l’oxygène; l’alcool s’enflamme, produit une sorte d’explosion , et donne naissance à de l’aldéhyde et à de l’acide acétique.
Les métaux sont insolubles dans l’alcool. Le potassium et le sodium décomposent lentement l’alcool anhydre , et si l’on chauffe , ils en dégagent une grande quantité de gaz hydrogène, et il se forme un composé de potasse et d’éther (Liebig). Si l’alcool contient de l’eau, ces métaux s’emparent de l’oxygène de celle-ci et mettent l’hydrogène à nu, en fournissant un produit cristallisé.
Lorsqu’on chauffe 4 parties d’alcool à 80 centièmes, 4 parties d’eau, 6 d’acide sulfurique, et 6 de bioxyde de manganèse, dans une coinue dont la capacité doit être triple du volume de ces substances, la masse se boursoufle d’abord beaucoup , et produit un liquide qu’il faut recevoir dans un récipient entouré d’un mélange réfrigèrent. Ce liquide est de Valdéhyde, souillé d’un peu d’alcool, d’eau, et d’éther acétique et formique (voy. Aldéhyde).
Il n’y a parmi les bases salifiables minérales précédemment étudiées que la potasse, la soude et V ammoniaque, qui se dissolvent dans 1 alcool , mais à la longue, l’alcool est décomposé, et il y a formation d’une substance brune résinoïde qui est un agent de réduction (rès-puissanl : on sait que M. Liebig a obtenu le noir de platine en traitant le protocJilorure de ce métal par un mélange de potasse et d’alcool- Si l'on fait passer de l’alcool en vapeur sur de l’hydrate de potasse chauffé au rouge
DE l'alcool de vin. 135
sombre, il se dégage de l’hydrogène, et l’on obtient de l’acétate de potasse (Dumas et Stas).
H6C^Q2 KO, HO ^ KO, H3 Ç4 Q3, H'î
Alcool. ' Âcét»te de potasse.
Les bases salifiables végétales sont toutes solubles clans l’alcool. L’action des sels sur l’alcool est de la plus haute importance. Les sels déliquescents se dissolvent dans l’alcool concentré, excepté le carbonate de potasse, tandis que les sels efflorescents, ceux qui sont peu solubles dans l’eau, et ceux qui ne le sont pas du tout, sont pour la plupart insolubles dans ce liquide. Si l’alcool, au lieu d’être concentré, se trouve affaibli par l’eau , alors il acquiert la faculté de dissoudre un certain nombre de sels qui auparavant y étaient insolubles, comme on pourra s’en convaincre en jetant les yeux sur le tableau suivant.
Dissoluhilité des sels dans iOO parties d’alcool de densités différentes, d’après Kirwan (voy. son Traité sur les eaux minérales, p. 274).