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PRINCIPES IMMÉDIATS COLORANTS

Ces matières se trouvent dans toutes les parties des plantes, unies tanlùt à quelques principes immédiats incolores, tantôt à des principes colorés. Plusieurs d’entre elles contiennent de l’azote, Leur couleur

i72 DEUXIÈME DARTIE.

varie à l’infini ; elles paraissent toutes être solides, et, pour la plupart, insipides et inodores. Il en est qui cristallisent facilement. Plusieurs sont volatiles. Soumises à l’action de la chaleur, elles sont décomposées et fournissent des produits analogues à ceux dont j’ai parlé à la page 4; celles qui sont azotées donnent en outre de l’ammoniaque.

L’action de Voxygène et de l’air sur les matières colorantes a été surtout étudiée par M. Kuhlmann (voy. Ann. de chimie, novembre 1833), qui établit que l’on est porté à admettre comme loi générale que l’oxygène est le principal agent de coloration , et que tout corps, qui peut enlever ce principe aux matières colorées dénaturé organique, doit par son contact enlever la couleur, sans toutefois la détruire : c’est ainsi qu’agissent l’hydrogène, le protoxyde d’étain, l’acide sulfhydrique, le sulfliydrate d’ammoniaque, etc. D’une autre part, on peut tirer des expériences de M. Kuhlmann cette conséquence, que lorsque l’action désoxygénante a cessé, Voxygène ou l’air suffit pour ramener les couleurs à leur nuance primitive. Il est cependant des circonstances où la désoxygénation entraîne la destruction de la couleur, et d’autres dans lesquelles les essais tentés pour décolorer avec des corps désoxygénants ont été infructueux. L’acide sulfureux employé aussi à la décoloration des fils, des étoffes, etc. , agit en s’oxygénant aux dépens de la matière colorante, mais il ne détruit pas la couleur, à laquelle il fait subir néanmoins une altération : aussi peut-on la faire reparaître avec son éclat et son intensité primitive , au moyen d’une petite proportion de chlore qui ne tarde pas à transformer tout l’acide sulfureux en acide sulfurique (Kuhlmann). Quelquefois l’acide sulfureux se combine avec la matière et la décolore sans la décomposer.

Les matières colorantes sont altérées par la lumière, qui favorise leur oxydation et leur décoloration.

Le chlore les détruit toutes. S’il est humide, l’eau est décomposée, l’oxygène se porte sur la matière colorante, et l’hydrogène s’unit au chlore, et donne de l’acide chlorhydrique; de là son usage dans le blanchiment des étoffes.

Le charbon divisé et le noir animal absorbent la plupart des matières colorantes dissoutes dans l’eau, sans les altérer; il suffit d’ajouter à l’eau une liqueur légèrement alcaline, pour que le charbon abandonne la matière colorante.

L’eau dissout presque toutes les matières colorantes, surtout à chaud ; il en est qui ne se dissolvent que dans l’alcool, dans l’éther ou dans les huiles; presque toujours ces menstrues acquièrent la couleur de la matière sur laquelle ils agissent. Les acides et les alcalis concentrés peuvent

DE l’hÉMAÏOXYLINE OU IlÉMATlNE. 273

lélruire un (rès-grand nombre de matières colorantes, en agissant sur ?lles comme sur les autres principes immédiats: cependant ces réactifs, étendus d’eau, ont la faculté d’en dissoudre un certain nombre; à la vérité, ils en changent quelquefois la couleur, mais dans ce cas on peut .faire reparaître par un alcali celle qui a été changée par un acide, et ivice versa.

La majeure partie des oxydes métalliques et des sous-sels insolubles .peuvent enlever à l’eau les matières colorantes qu’elle lient en dissolution ; l’oxyde ou le sous-sel coloré par ce moyen porte le nom de laque.

Les matières colorantes sont principalement employées dans la teinture; en effet, elles sont absorbées par les tissus, avec lesquels elles Forment des composés qui ne sont pas à la vérité en proportions définies.

Préparation dev laques. — On dissout la matière colorante dans l’eau ; •on mêle cette dissolution avec de l’alun ou du bichlorure d’étain dis- ^sous, que l’on décompose par une quantité suffisante d’ammoniaque. .L’alumine ou le bioxyde d’étain se précipitent et entraînent la matière colorante.

DE L’HÉMATOIKYLIIVE OU HÉitlATlIVE. H''G'^O^HO.

L’hémaloxyline a été obtenue pure en 1842, par M. Erdmann, en pulvérisant l’extrait sec du bois de Campêche du commerce {hœmatoxylum ".ampeckianum) , en mélangeant ce produit avec du sable en poudre pour éviter son agglutination, et en faisant macérer pendant plusieurs jours ce mélange avec six fois son poids d’éther sulfurique. Le solutum éthéré, coloré en jaune brun, est distillé jusqu’en consistance sirupeuse, puis traité par l’eau et soumis à une évaporation spontanée, dans une capsule légèrement couverte; au bout de plusieurs jours, on trouve l’iiéma- : loxyline en cristaux d’un jaune brun, qu’on lave à l’eau froide et qu’on ■ exprime entre plusieurs doubles de papier joseph.

L’hématoxyline est en cristaux d’une couleur jaune-paille ou de *’niiel; sa forme cristalline est un prisme tétraèdre rectangulaire; elle '■•est inodore, d’une saveur sucrée, analogue à celle de la réglisse. L’eau f froide a peu d’action sur elle; l’alcool et l’éther la dissolvent très-bien ;

ies dissolutions ont une couleur jaune. Sa dissolution aqueuse jouit des I propriétés d’un acide faible, et précipite la baryte et l’acétate de plomb. S Sous l’influence simultanée des alcalis et de l’air atmosphérique, ou de I l’oxygène, l’hématoxyline prend une belle couleur rouge et se rapproche sous ce rapport de l’orcéine. Les acides sulfurique, chlorhydrique et ' azotique, étendus d’eau, la dissolvent en se colorant en rouge jaunâtre II. 18

OU en rouge pourpre, sans l’allérer sensiblement à la tempéralure ordinaire. L’ammoniaque transforme la dissolution aqueuse d’iiématoxyline en hématéine^ en lui faisant perdre un équivalent d’hydro-

gène. L’hématéine est grenue, cristalline, d’un noir violacé, à reflet métallique, soluble dans l’eau, qu’elle colore en pourpre foncé.

On n’emploie jamais l’hématine à l’état de pureté, mais elle fait partie essentielle des couleurs préparées avec le bois de Garapèche : ces couleurs sont principalement le violet et le noir. On la regarde avec raison comme un excellent réactif pour découvrir la présence des acides.

DK LA BnÉSlLlME.

La brésüine ou le principe colorant du bois du Brésil (cœsalpina crista) cristallise en petites aiguilles de couleur orangée, solubles dans l’eau , dans l’alcool et dans l’éther hydrique ; elle se conserve plus longtemps dans l’eau aérée que l’hématine : aussi emploie-t-on en teinture une décoction de bois de Brésil. L’acide sulfurique agit sur elle comme sur riiématine; il en est cà peu près de même des autres acides, si ce n’est que les couleurs jaunes sont moins orangées, et les couleurs rouges moins pourpres qu’avec les dissolutions d’hématine. Les bases salifiables énergiques forment avec elle des combinaisons d’un pourpre violet. En présence de l’air et de l’ammoniaque, elle se change en brésiléine, d’un pourpre foncé.

DE L’IIVDiCiOTIIVE BLEUE (iNDIGO PVB). H'^C'^ÂzO^

Vindigotine exhie dans l’indigo; elle est solide, d’un bleu cuivré, susceptible de cristalliser en aiguilles, et alors elle a vraiment l’aspect métallique ; elle est inodore et insipide. Soumise à l’action du calorique dans des vaisseaux fermés , elle se partage en deux parties ; l’une se volatilise sous forme de vapeurs pourpres qui se condensent dans le col de la cornue; l’autre se décompose à la manière des substances azotées, et fournit beaucoup d’ammoniaque (voy. Action de la chaleur sur les matières azotées , p. 4). Si on la chauffe avec le contact de l’air à une tempéralure moyennement élevée, il s’en volatilise beaucoup plus que dans le cas précédent; mais si la chaleur est rouge, elle absorbe rapidement l’oxygène de l’air, avec dégagement de calorique et de lumière, se décompose et laisse un charbon volumineux.

Elle n’éprouve aucune altération de la part de l’air froid; elle est insoluble dans l’eau et dans l’éther ; l’alcool bouillant en dissout assez

DE l’inDIGOTINE BLEUE.

pour se colorer en bleu ; mais elle se précipite à mesure que le liquide se refroidit. Les acides étendus d’eau sont sans action sur l’indigotine; en la traitant à 50°, pendant un certain temps, par 5 parties d’acide sulfurique monoliydraté, on la transforme en pourpre d’indigo ou acide sulfopurpurique, H5Ci6Az02,S03, soluble dans l’eau, insoluble dans l’eau acidulée, formant des sels pourpres avec les alcalis. On obtient cet acide en versant de l’eau dans la liqueur pourpre qui résulte de l’action de l’acide sur l’indigotine, en lavant à plusieurs reprises, avec de l’eau acidulée par l’acide cblorhydrique, le précipité bleu qui s’est déposé, et en desséchant celui-ci à 120° dans le vide. Lorsqu’on fait agir sur l’indigotine, à la température de 50° à 60°, 15 ou 20 parties d’acide sulfurique monohydraié^ ou 10 parties d’acîde de Nordhausen, on la change en acide sulfîndigotique y H^CtSAzO^, 280^, qui sert de base à la préparation du bleu de Saxe, et que l’on peut comparer à l’acide sulfovinique (voy. p. 180); en effet, l’indigotine, comme l’alcool, après avoir perdu 1 équivalent d’eau, s’est combinée avec 2 équivalents d’acide sulfurique. Quand on traite l’indigotine par une plus grande quantité d’acide sulfurique fumant, on produit , outre l’acide sulfindigotique, de l’acide hyposulfîndigotique. La liqueur connue sous le nom de bleu de composition, que l’on prépare avec 1 kilogramme d’indigo et un mélange de 1 kilogramme d’acide sulfurique monobydraté, et autant d’acide de Nordhausen , n’est donc qu’un mélange d’acide sulfindigotique et d’acide sulfopurpurique. On emploie ce bleu à teindre la laine et la soie en bleu et en vert dits de Saxe, et à déterminer les titres du chlorure de chaux et des oxydes de manganèse du commerce.

L’acide azotique étendu de son poids d’eau décompose l’indigotine en se décomposant, pourvu que la température ait été légèrement élevée, et la transforme en une série de produits oxygénés, parmi lesquels je citerai les acides indigotique , ou anilique et carbazoiique ; l’aclion est Irès-vive, et il se dégage beaucoup de gaz (voy. p.278). La manière dont l’acide azotique agit sur l’indigotine explique comment une étoffe de laine, teinle en bleu par l’indigo, développe une couleur orangée par l’acHon de cet acide faible. Les acides chlorique et cbromique agissent d’une manière analogue. L’acide chlorhydrique communique à l’indigcline une teinte jaunâire, à l’aide de la chaleur. Le chlore liunjide la décompose et donne, entre autres produits, le chloranil, C24C1809, en paillettes jaunes éclatantes, insolubles dans l’eau, solubles dans l’alcool fionillant. Ce corps est aussi le résultat de l’action du chlore sur l’acide phénique, la salicine, le quinon, etc. ; dissous dans la potasse étendue, il donne de l’acide chloranilique ; l’ammoniaque à chaud transforme le

cliloranil en chloranilamide. , laquelle fournit, avec les aeide.s conren- Irés, le chloranilam.

Le brome agit à peu près comme le clilore sur l’indigoline bleue.

Plusieurs substances avides d’oxygène, comme le soufre, le phospliore, le zinc, l’antimoine, l’acide sulfhydrique, le sulfliydrate d’ammoniaque, le sulfate de protoxyde de fer, le protoxyde d’étain, le sulfure d’arsenic, la gomme, les sucres, le (annin, etc., transforment l’indigotine, surtout sous l’influence d’un alcali, en indigotine blanche, H^C^sazO^, c’est-à-dire en un corps contenant 1 équivalent d’hydrogène de plus que l’indigotine bleue; évidemment l’eau a été décomposée, son oxygène s’est porté sur l’un des corps qui en est avide, tandis que son hydrogène s’est combiné avec l’indigotine bleue. Par son exposition à l’air, l’indigoline blanche passe à l’état d’indigoline bleue en absorbant de l’oxygène.

L’indigotine bleue, traitée par une dissolution alcoolique de potasse, donne deux acides : l’acide anthranilique, H6G^'îAz03,H0, et l’acide chrysanilique, Ht0C28Az20s,H0. Si on traite l’indigotine bleue par de la potasse caustique dans un creuset d’argent, on obtient de l’acide salicylique (Gahours).

L’indigotine est isomériqueavec le cyanure de benzoïle, H5Gi402,G2Az.

Préparation. On chauffe à une basse température, dans un tube de verre, au milieu d’un courant d’hydrogène, de l’indigo ; l’indigotine se volatilise sous forme de vapeurs violettes qui se condensent en belles aiguilles cristallines d’un violet pourpre.

DE E’imDlGOTIME BLAMCHE OU lIVCDLORE

(ACIDE iSATiQUE de Dœbereinei’, indicocène, indigo kédüit). H®C'®AzO*‘

L’indigotine blanche existe probablement dans toutes les plantes indigofères; elle ne diffère de l’indigoline bleue qu’en ce qu’elle contient 1 équivalent d’hydrogène en plus. Elle est solide, en petits grains cristallins soyeux, d’un blanc sale et plus dense que l’eau, inodore, insipide, insoluble dans l’eau, soluble dans l’alcool, dans l’éther et dans les alcalis, avec lesquels elle fournit des dissolutions jaunes, décomposables même par l’acide carbonique, et qui bleuissent par le contact de l’air; alors, en effet, l’oxygène transforme l’indigotine blanche en indigoline bleue : l’eau aérée produit le même phénomène. L’indigotine })lanche, dissoute dans la potasse, la chaux ou l’ammoniaque, fait la jiase des cuves d’indigo. On ne doit la conserver que dans des flacons remplis d’acide carbonique.

DE l’isatine. 277

Préparation. On met dans un petit tonneau d’environ 100 litres de capacité! demi-kilogramme d’indigo, 1 kilogramme de sulfate de protoxyde de fer, et un kilogramme et demi de chaux; on remplit le tonneau avec de l’eau tiède; on agite le liquide vivement, puis on ferme le tonneau hermétiquement. Au bout de deux jours, le protoxyde de fer éliminé par la chaux a transformé complètement l’indigotine bleue en iridigotine blanche. On décante, à l’aide d’un siphon, la liqueur claire qui surnage, et on la fait arriver dans de grands flacons remplis d’acide carbonique, et au fond desquels on a mis assez d’acide acétique mêlé d’acide sulfurique pour saturer la chaux. Au contact des deux liquîtles, l’indigoline blanche se précipite en flocons qu’on lave promptement d’abord avec de l’acide sulfureux liquide, puis avec de l’eau distillée récemment bouillie. On presse le filtre entre des papiers Joseph , et on dessèche sous le récipient de la machine pneumatique (Dumas).

DE L’ISATIME. H^C'^AzO*.

Elle est le résultat de l’action de l’acide azotique ou de l’acide chromique sur l’indigo. On peut la représenter par du cyanure de salicyle, H5Ci40^,C2Az. Elle est en beaux prismes brillants, d’un rouge brun, inodores, fusibles, en partie volatils et en grande partie décomposables par le feu, peu solubles dans l’eau froide, très-solubles dans l’eau, et surtout dans l’alcool bouillants. Le chlore, par substitution, donne avec ce corps de l’isatine mono et bichlorée (clilorisatine et bichlorisatine); celte dernière, H^CiecisAzO'*, est plus soluble dans l’eau et dans l’alcool que l’isatine monochlorée; ces deux corps peuvent s’hydrater sous l’inflluence de la potasse et donner les acides chlorisatique et bichlorisatique. Le brome agit d’une manière analogue sur l’isatine.

L’isatine est colorée en violet par une dissolution concentrée de potasse; si on fait bouillir, il se produit de l’acide isatique, H^CiSAzO^. L’ammoniaque donne, avec l’isatine, une série de composés ayant beaucoup d’analogie avec les amides, tels que Vimésatine, H5Ci6Az02,HAz , Vimasatine, Hi0C'^2Az206, HAz. Les corps avides d’oxygène, par exemple le sulfhydrale d’ammoniaque dissous dans l’alcool chaud, agissent sur l’isaline comme sur l’indigotine bleue, et la transforment en isathyde, H6C16AzO‘'‘, c’est-à-dire en un corps contenant 1 équivalent d’hydrogène de plus que l’isatine (voy. indigotine bleue, p. 276). On obtient l’isatine en chauffant avec précaution 1 kilogramme d’indigo en bouillie avec 6 ou 700 grammes d’acide azotique que l’on ajoute par petites parties; on étend le liquide d’une grande quantité d’eau ; on fait bouillir et l'on

fiKre la liqueur bouillante; l’isaline se dépose par le refroidissement.

L’isatine mono et bichlorée, traitées par le sulfhydrate d’ammoniaque, se transforment en isattjde mono ou Uchlorée. L’acide sulfhydriqiie change l’isatine en hisulfisathide, c’est-à-dire que 2 équi-

valents d’oxygène ont été remplacés par 2 de soufre. La bisulfisathyde donne des cristaux incolores de H^Gi^AzO^S, lorsqu’on la

traite par une dissolution alcoolique de potasse. Enfin, si l’on fait bouillir la bisulfisatyde avec une dissolution très-concentrée de potasse , on lui enlève les 2 équivalents de soufre , et on la change en indin, substance ros(? offrant la même composition que celle de l’indigo blanc, HeCieAzO^.

En faisant réagir Visatine mélangée à l’alcool sur l’ammoniaque anhydre, on obtient Visatimide, H1SG48Az308,2HAz, substance insoluble dans l’eau, peu soluble dans l’alcool et l’éther.

Isathyde, HGG^^AzO'î.— Elle est en cristaux lamellaires ou prismatiques, incolores ou légèrement grisâtres, décomposables par la clialeur, insolubles dans l’eau, peu solubles dans l’alcool et l’éther. On l’obtient en abandonnant à lui-même pendant plusieurs jours dans un flacon bien bouché , un mélange de sulfhydrate d’ammoniaque dissous dans l’alcool chaud et d’isatine; il se dépose du soufre et de Visathide.

Acide isathique, H6Gi6Az03.— En chauffant l’isatine avec de la potasse, elle prend 1 équivalent d’eau et passe à l’état d’acide isathique ou isathinique. L’isatliinate d’ammoniaque dissous dans l’alcool bouillant, et décomposé par l’acide chlorhydrique, donne des cristaux en tables rhomboïdes d’acide isamique. Visamate d’ammoniaque, décomposé par la chaleur, fournit de Visamide pulvérulente et d’un très-beau jaune, H5G16Az03,H2Az.

Acide indigotique, H^Gi4,Az0'i,05H. - L’acide indigolique, découvert par le D’' Buff, est également désigné sous les noms d'acide anilique, d’acide nitrosalicylique ; il est en aiguilles jaunâtres, d’une saveur âcie; il rougit très-légèrement le tournesol, et se dissout en toute proportion dans l’eau bouillante et dans l’alcool; il est fort soluble dans leau froide; sa dissolution aqueuse colore en rouge de sang les sels de sesquioxyde de fer. Ghauffé, il entre en fusion et se sublime sans se décomposer; lorsqu’il a été fondu, il cristallise en lames distinctes à six pans. Si on le chauffe avec le contact de l’air, il brûle avec une flamme qui dépose beaucoup de charbon. Traité par l’acide azotique concentré, il se change en acides oxalique et carbazotique. Le clilore, les acides chlorhydrique et sulfurique, étendus d’eau, n’agissent point sur lui. Il forme des sels avec les bases; les indigolates de polasse et de baryte sont solubles, ceux de protoxyde de mercure et de plomb sont

DE l’acide CARBAZOTIQÜE.

insolubles , celui d’argent est peu soluble à froid et cristallise en petites aiguilles d’un rouge clair. H donne avec l’eau et le zinc une solution rouge. On l’obtient en traitant l’indigo par l’acide azotique bouillant, étendu de 10 à 15 parties d’eau. Si l’acide était concentré , il se former rait de l’acide carbazotique. (Voy. Annales de physique et de chimie, février 1828 et juin 1829.) On le prépare aussi en traitant l’acide salicylique par l’acide azotique fumant (voyez pag. 230). Il n’a point d’usages.

Acide carbazotique, H2C^2az3013,H0 (amer d’indigo et de Welter). L’acide carbazotique a été obtenu pour la première fois, en 1827, par M. Liebig en traitant Vindigo par l’acide azotique concentré. Il se forme aussi lorsqu’on chauffe les matières animales avec l’acide azotique. Il est en feuillets très-brillants, d’un jaune clair, qui ont la plupart la forme de triangles équilatéraux , d’une saveur très-amère ; il est fusible et volatil à une douce chaleur ; si on le chauffe fortement et subitement, il s’enflamme sans explosion, produit une flamme jaune, et laisse du charbon. Il est peu soluble dans l’eau froide, et beaucoup plus soluble dans l’eau bouillante. L’éther et l’alcool le dissolvent facilement. Il agit sur les oxydes métalliques comme un acide fort, les dissout aisément, les neutralise, et forme des sels qui sont tous cristallisables, et qui jouissent , pour la plupart, de la propriété de détoner; dans les sels, l’équivalent d’eau est remplacé par un équivalent de base. Il forme avec la potasse un sel qui exige 260 fois son poids d’eau froide pour se dissoudre , en sorte qu’il peut servir à faire reconnaître cet alcali en déterminant un précipité cristallin jaune de carbazotate de potasse. Si l’on fait bouillir l’acide carbazotique avec une dissolution alcaline concentrée, il se dégage beaucoup d’ammoniaque, et l’on obtient un sel d’un rouge intense, qui ressemble beaucoup au croconate de potasse.

Préparation. On traite à une chaleur très-modérée de l’indigo des Indes orientales, par huit ou dix fois son poids d’acide azotique concentré; l’indigo se dissout avec dégagement de gaz bioxyde d’azote et un grand boursouflement : lorsque l’écume s’est reposée, on fait bouillir la liqueur, et on ajoute peu û peu de l’acide azotique concentré, jusqu’à ce qu’il ne se dégage plus de vapeurs rouges; en laissant refroidir la liqueur à l’air, il se précipite une grande quantité de cristaux jaunes que l’on fait dissoudre dans l’eau bouillante ; les cristaux , qui se déposent de nouveau par le refroidissement de cette liqueur, sont encore redis.sous dans l’eau bouillante, et neutralisés par la potasse carbonatée; ilse])récipile, par le refroidissement, du carbazotate de potasse cristal-

lise que l’on purifie par clescrislallisations réitérées : il suffit declécoinposer ce sel par les acides azotique, sulfurique ou clilorliydrique, pour voir l’acide carbazotique pur se précipiter à mesure que la liqueur se refroidit. G’est V amer d’indigo. Si, au lieu d’indigo, on avait employé de la soie et 10 à 12 parties d’acide azotique, on aurait obtenu également de l’acide carbazotique (amer deWelter).

Carbazotates.— Celui dépotasse cristallise en longues aiguilles jaunes, quadrilatères, demi-transparentes, très-brillantes, solubles dans 260 parties d’eau à 15°, beaucoup plus solubles dans l’eau bouillante, insolubles dans l’alcool ; il fond et détone lorsqu’on le chauffe dans un petit tube de verre; il précipite l’azotate de protoxyde de mercure, et ne trouble point les dissolutions de bioxyde de mercure, de cuivre, de plomb, de fer, de cobalt, de chaux, de baryte, de strontiane, ni de magnésie. 11 n’est point précipité par le chlorure de platine, lorsque sa dissolution a été faite à froid, parce que le sel est trop étendu.

Carbazotate de soude. — Il est en aiguilles fines, d’un Jaune clair, solubles dans 20 parties d’eau à 15°; du reste, il jouit des propriétés du précédent (voy., pour plus de détails, les mémoires de Liebig, dans les Ann. de chim. et de phys., tomes XXXV et XXXVIl ).

DE LA POLVCHROITE.

Il résulte des expériences publiées en 1821 par M. Henry, que la matière colorante du safran , décrite par Bouillon - Lagrange et Vogel sous le nom de polychro'ite , est composée d’une huile volatile et d’une matière colorante qu’il a isolée: c’est à cette substance que je crois devoir conserver le nom de polychro'ite, de ttoxùç, plusieurs, et xp°®5 couleur. Elle est sèche, pulvérulente, d’un rouge écarlate, et jaunâtre lorsqu’elle est humectée; sa saveur est légèrement amère ; elle n’a point d’odeur: elle colore la salive en jaune. L’eau froide la.dissout à peine; elle est un peu soluble dans l’eau chaude. L’alcool concentré la dissout très-bien ;

1 éther en dissout moins que l’alcool et beaucoup plus que l’eau. Les huiles fixes et volatiles, et les alcalis concentrés, la dissolvent également : si on salure l’alcali par un acide, on en sépare la polychroïTe sous forme de très-beaux flocons. Décomposée par la chaleur, elle ne fournit aucune trace de produit ammoniacal. Le chlore la décolore. L’acide sulfurique, versé en petite quantité dans une dissolution de polychroïte, la fait passer d’abord au bleu d’indigo, puis au lilas. L’acide azotique lui communique une couleur vert-pré; ces couleurs disparaissent par l’ad-

DE LA CARTH AMINE, lilion de l’eau, et changent si l’on ajoute une nouvelle quantité d’a- :ide. Les acides végétaux la dissolvent sensiblement, surtout par l’acion de la chaleur : la dissolution est d’un rouge foncé.

Préparation. On traite par l’alcool à 40 degrés l’extrait aqueux de .afran : on distille jusqu’à ce que l’on ait obtenu les trois quarts de l’al- :ool ; il reste de la polychroite unie à de l’huile volatile ; on la mêle avec in peu de potasse ou de soude, et l’on remarque, au bout d’une demi- -leure, une séparation bien sensible, qui augmente par l’addition d’un ixcès d’acide acétique : une portion d’huile se dissipe, et par des lavat'(es successifs, on parvient à enlever l’autre partie.

DE LA CARTOAMllIVE (ACIDE CARTHAMIQUB ).

La carthamine, isolée pour la première fois par Dufour, jouit de pro- !)i’iétés qui la rapprochent des acides. D’après M. Dœbereiner, on la roiive dans les fleurs du carthamus tinctorius, L. Elle est sous forme de petites plaques minces, qui, vues par réflexion, sont d’un jaune !’or avec des reflets verts ; vue par transmission , elle est rouge ; sa :ouleur est extrêmement fugace. Elle est insoluble dans l’eau. Les acides a vivent sa couleur sans la dissoudre. Elle forme, avec la potasse et la ■oude, des composés incolores, décomposables par les acides lartrii[ue, citrique et acétique, qui y font naître un précipité rose brillant de •arlhamine; celui de soude cristallise en aiguilles soyeuses, brillantes, /alcool dissout la carthamine, et acquiert une belle couleur rose, qui )asse à l’orangé par l’action de la chaleur. Elle est moins soluble dans '’éther. Les huiles fixes et volatiles n’agissent point sur elle. Broyée avec ilu talc finement pulvérisé, la carthamine constitue le rouge dont, les ’emmes font usage pour la toilette. On sait que le carthame est employé 'i)our teindre la soie, le fil, le coton, en rose ou en rouge; les couleurs iju’il fournit sont très-éclatantes, mais peu solides, surtout la première ; en effet, celte couleur disparaît en fort peu de temps sous l’influence de la lumière ; elle se détruit même immédiatement sous l’influence de l’air et d’un courant de vapeur d'eau. M. Salvetat a proposé de l’employer dans la peinture sur porcelaine, en l’associant au mélange humide de fondant, de pourpre de Cassius, et de chlorure d’argent {Journ. de pharm., avril 1849).

Préparation. On prend les fleurs du carthamus tinctorius, et on les *3ve à grande eau, jusqu’à ce que la liqueur ne soit plus sensiblement colorée en jaune ; on les fait digérer pendant quelques heures avec une dissolution faible de carbonate de soude, et on passe au travers d’une

toile serrée; ou plonge alors dans la liqueur filtrée des éclieveaux de coton bien blanc, et on y verse de l’acide tartrique, citrique ou acétique, en quantité plus que suffisante pour saturer l’alcali ; la matière colorante se trouve ainsi isolée et se combine aussitôt avec le coton. Après avoir lavé ce coton, on le traite par une nouvelle dissolution de carbonate de soude qui redissout la matière colorante, et on précipite de nouveau la carthamine par un acide ; elle se rassemble peu à peu au fond du vase. On l’obtient alors très-pure en filtrant, et en desséchant sur une assiette la matière précipitée.

Les fleurs de carthame contiennent en outre une matière colorante jaune que l’on isole par le premier lavage. Cette matière , dont la teinte est fort riche , peut être fixée avec avantage sur la laine et la soie , auxquelles elle communique une couleur fort solide.

DE li’AIilXALRlIlE (1).

L’a^^■son■n0 existe dans la garance; elle y est sous forme d’aiguilles d’un rouge orangé, sans odeur, insipides et très -volatiles; elle est à peine soluble dans l’eau froide, tandis que ce liquide bouillant la dissout aisément et se colore en rose : l’alcool et l’éther la dissolvent en toutes proportions ; la première de ces dissolutions est rose , et l’autre d’un jaune doré; elle se dissout dans l’huile de lin. Par l’ébullition, l’acide azotique donne avec l’alizarine, outre l’acide oxalique, de l’acide identique avec l’acide lequel fournit par la distilla-

tion sèche de l’acide pyroalizarique. Les alcalis la dissolvent facilement : ces dissolutions concentrées paraissent violettes et même bleues, tandis qu’elles sont d’un rouge un peu violacé quand elles sont convenablement étendues ; cependant on obtient une laque rose, d’une teinte agréable, lorsqu’on précipite par la potasse une eau alunée , préalablement mêlée à une dissolution aqueuse d’alizarine. L’alizarine peut être considérée comme un acide faible. Elle est susceptible de teindre en rouge.

Cette substance a été isolée par MM. Collin et Robiquet, en traitant successivement la garance j)ar l’eau et par l’alcool , sous l’influence de la chaleur. On l’obtient en traitant la garance en poudre par son poids d’acide sulfurique concentré, qui charbonne toute la garance, excepté l’alizarine. On lave avec de l’eau froide le charbon sulfurique, pour lui

(1) Alizari, mot employé dans le Levant pour désigner la garance.

DE LA XANTHINE.

enlever tout l’acide, puis ou le laisse dans l’alcool froid , qui dissout les corps gras ; en faisant ensuite bouillir ce charbon avec de l’aleool , celui-ci dissout l’alizarine, qui cristallise par le refroidissement.

DE ïiA PERPERIIVE.

La purpurine a été trouvée dans la racine de garance, en 1827, par MM. Collin et Robiquet. Elle diffère de l’alizarine par deux équivalents de carbone. Elle est solide, d’un rouge pourpre, susceptible de se sublimer en belles aiguilles, très-solubles dans l’eau, bouillant dans l’alcool et l’éther, se dissolvant beaucoup mieux dans l’alun que l’alizarine. Sa dissolution aqueuse est d’un rouge foncé. Elle se dissout aussi dans les liqueurs alcalines, qu’elle colore en rouge-groseille; tandis que l’alizarine leur communique une couleur pensée foncée. Tous ses autres caractères se rapprochent plus ou moins de ceux de l’alizarine : ainsi, comme elle, elle fournit avec l’acide azotique de l’acide oxalique et de l’acide phtalique; elle donne avec les tissus mordancés des teintes virant au rose. Le rouge d’Andrinople, produit au moyen de la purpurine, est beaucoup plus beau (moins bleu) que celui que l’on obtient avec l’alizarine.

On la prépare en traitant la garance par une dissolution d’alun, qui dissout la purpurine; on précipite alors celle-ci par l’acide sulfurique, et on la dissout dans l’alcool pour la faire cristalliser.

DE EA XAATHIME,

Kuhlmann a désigné ainsi une matière extractiforme, offrant des traces de cristallisation et constituant la couleur jaune contenue dans la garance. Elle semble n’étre qu’une modification de l’alizarine. Elle a une saveur d’abord sucrée, puis amère. Elle est très-soluble dans l’eau et dans l’alcool, moins soluble dans l’éther. Lesalcalis lui communiquentune couleur jaune-citron, et les acides une couleurjaune orangée. Elle donne, avec les oxydes métalliques, des laques rouges ou roses. Pour l’obtenir, on épnise la garance par l’eau froide; on précipite la dissolution par l’eau de chaux ; en traitant alors le précipité par l’acide acétique, on dissout laxanthine et l’acétate de chaux; on évapore A siccité, et on épuise le cèsidn par l’alcool; on précipite ensuite la dissolution alcoolique t)ar de I acétate de plotnb, qui donne un précipité rouge écarlate, que l’on décompose par l’acide sulfhydrique ; de cette manière, on obtient une lj<îlle dissolution jaune de xanthine (Runge).

2S4 BEUXIÈME PARTIE.

Le principe brun de la garance est une substance insoluble dans l’eau et dans l’alcool; on l’extrait de la garance au moyen d’un alcali ; le solutuni' est précipité par les acides. Cette substance n’est pas propre à la teinture (Runge).

DK ROKGE DE GARAMCE.

Il est solide, peu soluble dans l’eau, très-soluble dans l’alcool et dans l’éther. II communique. à la potasse une couleur violette , et à l’ammoniaque une couleur rouge. Chauffé à 225°, il donne des cristaux aiguillés d’un jaune-rouge , qui ont pour formule C20 0i5.

DE LA ISAUTALIIVE.

Le bois du santal rouge (pterocarpus santolinus, arbre des Indes orientales ) contient une matière colorante que Pelletier regardait comme un principe immédiat particulier, ayant cependant beaucoup de rapport avec les résines. Elle est presque insoluble dans l’eau , trèssoluble dans l’alcool, dans l’éther, dans l’acide acétique et dans les dissolutions alcalines, d’où elle peut être séparée sans altération ; elle est très-peu soluble dans l’huile de lavande, et presque insoluble dans les autres huiles. L’éther sulfurique ne la dissout pas instantanément, et la dissolution est orangée ou Jaune, si a elle été faite sans le contact de l’air; mais par l’évaporation à l’air libre, la matière qui se dépose est d’un rouge superbe. Traitée par l’acide azotique, elle fournit, outre les produits donnés par les résines, de l’acide oxalique. On obtient, avec sa dissolution alcoolique et les sels suivants, des précipités différemment colorés, savoir: prolochlorure d’étain , précipité pourpre magnifique; sels de plomb, précipité violet assez beau; sublimé corrosif, précipité écarlate; sulfate de protoxyde de fer, précipité violet foncé; azotate d’argent , précipité rouge brun : ces précipités sont formés par l’oxyde métallique uni à la matière colorante. Sa dissolution acétique précipite la gélatine , et agit sur les substances animales comme une matière astringente. La santaline est fusible à 100° centigrades ; à une température plus élevée, elle se décompose à la manière des substances végétales très-hydrogénées, et ne fournit pas un atome d’ammoniaque. Elle est formée de 75,03 de carbone, de 6,.37 d’hydrogène, et de 18,60 d’oxygène. Le principe colorant du santal , dissous dans l’alcool ou dans l’acide acétique, peut être employé avec succès dans la teinture des laines et de la soie; on peut s’en servir pour obtenir des laques.

DE I/ORCANETTINE. ^8 S

Préparation. Après avoir lavé le bois de sanlal réduit en poudre, on le fait bouillir à plusieurs reprises avec de l’alcool concentré, on évapore le solutum, et l’on obtient pour résidu la santaline (Pelletier). Quelques chimistes pensent que, préparée ainsi, la santaline n’est pas pure, et qu’elle renferme un principe colorant rouge et une matière analogue aux résines.

D’après M. Preisser, la santaline pure est incolore , soluble dans l’eau e( crislallisable (voy. Journ. de pharm., t. V, p. 208).

DE L’OaCAMETTIME. (ANCHOSIIVE, ACIDB ANCHÜSIQUe).

L’orcanetline se trouve dans la partie corticale des racines de Vanchusa tinctoria. Voici quelles sont ses propriétés, d’après J. Pelletier, qui l’a étudiée avec soin. Bile est solide, d’un rouge tellement foncé qu’elle paraît brune; sa cassure est résineuse; elle est fusible au-dessous de 60° centigr. ; quand on la chauffe avec précaution , elle répand des vapeurs d’un rouge violet très-piquantes, se condensant par le refroidissement en flocons très-légers; pour peu qu’on élève un peu plus la température, elle se décompose et se comporte comme les matières végétales non azotées. Traitée par l’acide azotique, elle fournit de l’acide oxaliqueetune très-petite quantité d’une substance amère. L’alcool, les huiles, les corps gras, et surtout l’éther, la dissolvent, et acquièrent une belle couleur rouge. Si l’on fait arriver du chlore gazeux dans sa dissolution alcoolique, la couleur rouge est détruite et passe au jaune sale ou au blanc grisâtre. Les alcalis employés en excès dissolvent cette matière colorante, et forment des sels bleus (anchusates) , qui sont solubles dans l’alcool et dans l’éther s’ils sont neutres; mais on peut faire reparaître la couleur rouge en saturant l’alcali par un acide. L’acétate de plomb, et surtout le sous-acétate, font naître dans la dissolution alcoolique de cette matière colorante un précipité bleu magnifique; le protochlorure d’étain la précipite en rouge cramoisi : ces lirécipilés sont formés par la matière colorante et par l’un ou par l’autre de ces oxydes. Si l’on fait agir pendant quelques heures Veau pure sur celte matière colorante, elle est altérée, devient violette, passe au bleu , et finit même par noircir : ces effets sont beaucoup plus prompts si l’on fait bouillir sa dissolution alcoolique avec de l’eau. Pelletier pensait que l’on pourrait employer l’orcanettine dans la peinture à l’huile pour faire de très-beaux bleus.

Préparation. On traite par l’éther sulfurique la partie corticale de

l’orcanette; le solutum conlienL la malière colorante; on fait évaporer l’élher, et on obtient l’orcanette.

DE ïiA CBllCBMiA’E (MATIÈRE COtORANTE DU CURCDMA).

La curcimiine existe dans la racine de curcuma (curcuma longa) ; elle est en lames minces d’un rouge-cannelle, transparentes et inodores; sa poudre est d’un beau jaune. Elle fond à 40“, et brûle avec une flamme brillante, accompagnée de beaucoup de suie. Elle est insoluble dans l’eau, et soluble dans l’élher et dans l’alcool. Les acides sulfurique, chlorhydrique et phosphorique concentrés, la dissolvent et donnent une liqueur de couleur cramoisie. L’acide acétique concentré la dissout, sans amener aucun changement dans sa couleur. La curcumine forme avec les alcalis des composés bruns, qui sont très-solubles dans l’eau, et que ce liquide ne décolore pas ; tandis qu’il fait disparaître la couleur rouge des dissolutions acides, en produisant un dépôt floconneux jaune verdâtre de curcumine. La curcumine est formée de carbone 69,501, d’hydrogène 7,460, et d’oxygène 23,039.

Préparation. Un traite par l’alcool bouillant le curcuma épuisé par l’eau; le solutum contient la curcumine et une matière brune; on évapore à siccité, et on traite par l’éther, qui ne dissout que la curcumine; on fait évaporer l’éther ; le produit est dissous dans l’alcool et précipité par l’acétate de plomb; le précipité rouge obtenu est décompo.'^é par l’acide sulfiiydrique, et le dépôt, composé de curcumine et de sulfure de plomb, est traité par l’éther, qui dissout la curcumine.

DE LA carhiime. (acide carmi?itque).

La carminé, ou la malière colorante de la cochenille, a été découverte, en 1818, par MM. Pelletier et Caventou. Étudié depuis peu par M. Warren de la Rue, l’acide carminique possède les propriétés suivantes. Il est d’un brun pourpre, friable et transparent; vu au microscope, il est rouge; sa poudre offre aussi celte couleur; il fonda 50° centigr., et peut être chauffé â 136"centigr. sans se décomposer; à une température plus élevée, il se boursoufle, se décompose, et fournit du carbure d’hydrogène gazeux, beaucoup d’huile, cl une petite quantité d’eau très- légèrement acide; on n’obtient point d’ammoniaque, ce qui prouve qu’il ne contient point d’azote. Il est inaltérable à l’air, et très-soluble dans l’eau , qui acquiert une couleur d’un beau rouge U-

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