DES SAVONS
ressemble à une émulsion. On ajoute successivement de la lessive faible et de riiuile, et on fait en sorte que la masse soit toujours bien empâtée, qu’il n’y ait ni lessive au fond de la chaudière, ni huile à la surface du liquide. A cette époque, le savon est avec excès d’huile; on ajoute peu à peu de la lessive forte , et on remarque, lorsque la saponification est complète, que le savon se sépare du liquide et se présente â la surface. Alors on cesse de chauffer et on fait couler par l’épine tout le liquide, qui, ne contenant plus de soude caustique, est impropre à ■ la saponification. Afin d’ôtre certain que l’huile est saturée de soude, on I remet dans la chaudière où est le savon une nouvelle quantité de les- 'Sive caustique, et on fait bouillir de nouveau jusqu’à ce que le poids ^spécifique de la lessive soit de 1,150 à 1,200.
Le savon résultant de ces opérations est d’un bleu foncé noirâtre , et irenferme d’eau; sa couleur est due à un composé d’alumine, id’oxyde et de sulfure de fer, d’acide oléique et d’acide margarique (1). III peut être regardé comme composé de deux savons, l’un blanc, l’autre aaluminoferrugineux noirâtre. On prépare aussi un savon dur en dissolvvant, dans une lessive de soude, l’acide oléique que l’on obtient en ■traitant le suif par la chaux pendant la fabrication des bougies stéari- ;|iies (voy. p. 501). ,,,
Préparation du savon blanc. On délaie peu à peu, dans des lessives faibles, la masse savonneuse obtenue; on chauffe doucement et on couvre la chaudière; le savon aluminoferrugineux noirâtre ne tarde pas à se précipiter, parce qu’il est insoluble à cette température dans les lessives dont je parle; on sépare alors la pâte de savon blanc, et on la coule dans des mises, où elle est refroidie et solidifiée ; on la coupe en ’ables, et on la livre au commerce sous le nom de savon blanc, sa-’ i:on en table. Il renferme, sur 100 parties, 4,6 de soude et 45,2 d’eau. On t l’emploie pour les usages délicats.
Préparation du savon marbré. On vient de voir que la niasse savon- ' lieuse d’un bleu noirâtre ne contient que d’eau? et qu’elle renf'ferme, outre le savon blanc, un savon noirâtre; il s’agit, pour la transl' former en savon marbré, d’y ajouter une. quantité d’eau légèrement alcaline, suffisante jiour que le savon coloré se sépare de celui qui est
(1) La soude que l’on a employée, ayant été préparée dans des fours argileux , ‘'îoiitieni de l’alumine; elle renferme en outre du fer oxydé et du sulfure de sodium ; celui-ci , mis dans l’eau lorsqu’on fait la lessive, passe à l’élat de polyl'Oilfure, et l’acide sulfhydrique qu’il contient se dégage au moment où l’empâl 'tage se fait.
DIlUXIÈME partie.
blanc, el, se réunisse en veines plus ou moins grandes, qui, par leur disposition, imitent une marbrure bleue appliquée sur une masse blanche; il est évident que si l’on employait trop de lessive, l’opération serait manquée, parce que tout le savon noirâtre serait précipité. Le savon marbré contient, sur 100 parties, Ode soude et 30 d’eau ; d’où il suit que, sous le même poids, il renferme plus de savon que celui qui est blanc.
On prépare de la même manière les savons de soude faits avec le suif, le saindoux, le beurre, l’huile d’amandes douces, de palme, de noisettes, etc.
M. Colin a publié, en 1816, des observations importantes relatives à la fabrication du savon dur : 1° le savon ne peut pas se former sans eau :
2° l’huile privée de mucilage donne des savons de qualité inférieure à ceux que l’on obtient avec riiuile ordinaire : en général , celle qui n’a été soumise à l’action d’aucun corps pondérable fournit le plus beau savon;
3° toutes les huiles peuvent donner des savons solides et assez durs pour ])ouvoir être employés au savonnage à la main; 4° la partie solide de l’huile, appelée sw/parM. Braconnot, paraît former des savons de meilleure qualité que l’huile entière ; 5“ la petite quantité d’eau de chaux i contenue dans la lessive prépare la saponification des huiles, qui pa- ! raissent exercer peu d’action sur la potasse et sur la soude ; 6“ le sel | commun, dont on fait usage dans la saponification, a pour objet de subs- ! liluer de la soude à la petite quantité de potasse que renferment les ■ soudes du commerce , et de durcir le savon en s’emparant complète- ! ment ou partiellement de l’eau qu’il contient et de l’excès de soude qui | parait nécessaire à sa dissolution ; 7" l’excès d’alcali diminue la blan- i cbeur du savon , lui donne une mauvaise odeur, et le rend moins dur. i
Préparation du savon de potasse (savon mou). On prépare le savon ! vert avec de l’huile de graines; l’huile de lin donne plus facilement un | savon transparent que celle de navette. On procède à la saponification j de ces huiles comme Je l’ai dit en parlant des savons de soude; lorsque .. toute l’huile a été mise dans la chaudière, et que le savon est d’un blanc î sale et opaque, on diminue le feu , on agite continuellement la inasse ' avec de grandes spatules, et on ajoute de la lessive plus causli(iue que ' celle dont on s’était servi jusqu’alors ; le savon acquiert de la transparence, devient plus consistant, et peut être coulé dans des tonneaux. Il renferme le plus souvent, sur 100 parties , 9,5 de potasse et 46,5 d’eau : il est avec excès d’alcali ; on peut néanmoins obtenir ce savon neutre en mettant un excès d’huile que l’on sépare ensuite au moyen de IVaii Colin).
DES BOUGIES STEARIQUES.
Préparaliun du savon dur fait avec la potasse et le sel commun. Dans es pays où la soude esl rare, on obüenL le savon dur en décomposant e savon de potasse par le chlorure de sodium dissous dans l’eau (sel commun); aussitôt après le mélange de ces deux corps, l’oxygène de la )otasse du savon s’unit au sodium pour former de la soude , et le chlore • lu potassium, tandis que les acides gras contenus dans le savon de poasse se portent sur la soude produite pour former du savon dur; on le •oépare de la lessive, et on le convertit en savon blanc ou en savon ■narbré par les procédés déjà exposés.
Savons à base d’ammoniaque. Ces savons sont fort peu connus. Le iniment volatil, dont J’ai déjà parlé, est formé par cette base et par ’liuile d’amandes douces. Veau de Luce est le résultat de l’action de ■’ammoniaque pure et caustique sur l’huile empyreumatique de succin '•édifiée; on en favorise la dissolution au moyen du savon blanc et de 'alcool rectifié. On l’emploie avec succès comme stimulant dans l’apodexie, les léthargies, les syncopes, etc.; elle sert en frictions contre tes piqûres, les morsures d’animaux venimeux, et les brûlures récentes. ^1. Boullay, en faisant passer du gaz ammoniac à travers de l’huile et !ile la graisse , est parvenu à former, au bout d’un certain temps , un saon ammoniacal solide : suivant lui, la graisse paraît plus propre que lïuile à opérer cette combinaison.
Savons insolubles. Lorsqu’on fait bouillir la baryte , la strontiane ou a chaux hydratées, l’oxyde de zinc ou le protoxyde de plomb, avec un rorps gras formé de stéarine et d’oléine, on obtient des savons insoliides compo.sés de l’une de ces bases et d’acides stéarique et oléique ; il l’en est pas de même de la magnésie, de l’alumine et du bioxyde de •uivre: soumis à la même opération , ces oxydes ne saponifient point la ■graisse; cependant on peut obtenir des savons de ces oxydes en versant lans une dissolution saline de magnésie, d’alumine et de cuivre, un avon soluble de potasse ou de soude. Les savons insolubles ont été fort "»eu étudiés et ne sont d’aucune utilité.
Des boug;ie8 stcarliiueM.
Les bougies stéariques sont formées d’acides stéarique et margarique ; ‘lies remplacent aujourd’hui les bougies de cire et de blanc de baleine, lont le prix est beaucoup plus élevé. On prépare en grand les acides iléarique et margarique par trois procédés différents: 1" en saponifiant
suif par la chaux ; 2" en décom|)osant les graisses par la chaleur;
3° en Iraitanl celles-ci par des acides forts , et notamment par l’acide sulfurique.
Préparation des bougies par la chaux hydratée. MM. de Milly et Motard, après s’étre assurés que la chaux , qui est à si bas prix, saponifie plus promptement les corps gras que la potasse , parce qu’elle se mêle intimement avec les matières grasses , appliquèrent cette donnée à l’industrie et parvinrentà créer un art nouveau , d’une utilité aussi grande qu’incontestable. Voici comment procède M. de Milly. On fait fondre, dans une cuve en sapin , du suif de la qualité la plus inférieure; on fait arriver de la vapeur d’eau dans la cuve, puis on verse par petites parties 14 kilogrammes par quintal métrique de suif, de chaux vive hydratée par l’eau bouillante et délayée dans l’eau à l’état de lait; le mélange doit être maintenu bouillant et continuellement brassé. L’opération dure une journée, et il se forme de l’acide stéarique, de l’acide margarique, de l’acide oléique, et de la glycérine. Le lendemain matin, on retire l’eau de la cuve qui contient la glycérine. Pour décomposer le stéarate, le margarate et l’oléate de chaux, on met, dans une autre cuve en bois, ces sels en morceaux, et on les décompose par de l’acide sulfurique étendu d’eau, marquant 20 degrés à l’aréomètre de Baumé; il se dépo.se du sulfate de chaux sous forme d’une pâle homogène, tandis que les trois acides gras viennent à la surface de l’eau acide ; on les décante et on les lave avec de l’acide sulfurique marquant aussi 20 degrés; après quatre heures de repos, on les fait bouillir pendant une heure avec de l’eau, afin de leur enlever l’acide sulfurique avec lequel ils sont mêlés; ainsi débarrassés d’acide sulfurique, on verse ces acides gras dans des moules en fer-blanc appelés galettes; dès qu’ils sont refroidis, on renverse les galettes pour en retirer les plaques formées par les trois acides , et que l’on nomme tourteaux; ceux-ci , étant placés sur le plateau d’une presse hydraulique verticale , sont pressés graduellement à froid pendant cinq ou six heures ; on les presse de nouveau à chaud, après les avoir placés entre des plaques de fonte dont on élève la température à l’aide de la vapeur; sans cette seconde pression à chaud, l’acide oléique ne serait pas entièrement éliminé ; c’est dans ce monieni que l’acide oléique est séparé des acides stéarique et margarique. Chaque tourteau blanc pesait 5 kilogrammes avant la pression; une fois pressé il ne pèse guère que 1 kilogramme et demi; on lave ces tourteaux avec de l’eau aiguisée d’acide sulfurique marquant 3 degrés, pour les débarrasser de l’oxyde de fer et d’autres impuretés qu’ils renferment, puis on les fait chauffer dans une dissolution aqueuse d’acide