DES OXYDES DE POTASSIUM
la laisse longtemps en repos dans un vase clos et dans un endroit frais; ces cristaux mis dans le vide perdent de l’eau et deviennent 2 KO, 3 HO. Elle s’empare subitement du gaz acide carbonique de l’atmosphère, et se transforme en carbonate déliquescent. Les acides peuvent se combiner avec elle et former des sels de potasse, en général solubles, que j’examinerai après avoir fait l’histoire du peroxyde. Les acides carbazotique, perchlorique , tartrique et fluorliydrique silicé, précipitent pourtant la potasse.
Lorsqu’on chauffe dans un creuset de l’acide silicique et de la potasse, ces deux corps se combinent et donnent des silicates, qui, selon les proportions d’acide ou de base qu’ils contiennent, offrent des propriétés différentes. La potasse attaque l’alumine, le verre et la porcelaine; aussi doit-on éviter de la concentrer dans des vases faits avec ces sortes de matières.
Caractères distinctifs de la potasse pure. 1° Elle verdit le sirop de violettes, 2" elle n’est point troublée par l’acide carbonique, 3“ elle est précipitée en blanc par l’acide perchlorique et par l’acide fluorliydrique silicé; 4° le chlorure de platine la précipite en Jaune-serin; le précipité est dur, cristallin, grenu, et adhérent aux parois du verre; 5® l’acide tartrique en excès forme dans ses dissolutions un précipité blanc cristallin, 6° le sulfate d’alumine y détermine aussi un précipité blanc cristallin de sulfate double d’alumine et de potasse.
Elle est formée de 83,99 de protoxyde et de 16,01 d’eau.
La potasse pure est souvent employée dans les laboratoires comme réactif. Son action caustique est tellement forte, qu’on ne l’a presque jamais employée à l’intérieur; on l’a cependant administrée, très-étendue, dans la gravelle, les coliques néphrétiques, les scrofules, la lèpre, etc. La potasse dont on se sert pour ouvrir les cautères, et qui , par cela même, porte le nom ûq pierre à cautère, contient le plus ordinairement : 1° potasse ; 2° carbonate, sulfate de potasse et chlorure de potassium; 3° acide silicique; 4“ oxydes de fer et de manganèse, qui cependant s’y trouvent accidentellement.
Empoisonnement. Lorsqu’il s’agira de déceler la potasse dans les matières vomies ou dans celles que l’on trouvera dans le canal digestif après la mort, on s’assurera que la masse suspecte rétablit la couleur bleue du papier de tournesol rougi par un acide, môme après l’avoir fait bouillir, c’est-à-dire après avoir dégagé l’ammoniaque qu’elle pouvait renfermer; puis on l’évaporera jusqu’à siccilé. Lorsque le produit sera froid, on l’agitera pendant huit à dix minutes avec de l’alcool pur et concentré, qui dissoudra une portion de potasse; on fera bouillir pendant quelques mi-
nules; on filtrera, on évaporera jusqu’à siccilé, et on carbonisera le produit dans un creuset d’argent; la cendre sera successivement traitée par 1 alcool froid très-concentré, qui dissoudra la potasse non transformée en carbonate, puis par l’eau distillée, afin de dissoudre le carbonate de potasse qui s’est produit en assez grande quantité pendant l’incinération ; ces dissolutions de potasse seront facilement reconnues, à l’aide des réactifs, surtout si on les a concentrées. Ce procédé est fondé sur ce que les sels de potasse qui existent habituellement dans les aliments et dans les liqueurs animales ne sont pas dissous par l’alcool concentré dans les conditions précitées ; il faut pourtant en excepter l’acétate de potasse et les autres sels à acide organique , qui se décomposeraient par l’incinération, en laissant du carbonate de potasse : aussi ne doit-on jamais affirmer qu’il y a eu empoisonnement par la potasse, si le commémoratif, les symptômes et les lésions de tissu, n’autorisent pas les experts à tirer une pareille conclusion.
Le meilleur moyen de neutraliser la potasse dans l’estomac consiste à faire prendre aux malades de l’eau légèrement vinaigrée.
Extraction. On obtient la potasse en décomposant le carbonate de potasse pur par la chaux vive. On prépare d’abord le carbonate en projetant par cuillerées, dans une bassine de fonte presque rouge, un mélange pulvérulent fait avec 1 partie d’azotate de potasse pur et 2 parties de crème de tartre (bitartrate de potasse); ces deux sels se décomposent avec dégagement de calorique et de lumière, et il y a formation d’eau , d’acide carbonique, de gaz azote, etc.; le résidu blanc est du carbonate de potasse, contenant peut-être un peu de tartrate ou d’azotate de potasse. Dans cette expérience, l’oxygène de l’acide azotique se combine avec l’hydrogène et le carbone de l’acide tartrique, et la potasse des deux sels s’unit A l’acide carbonique provenant de l’action de l’oxygène sur le i carbone. Alors on fait bouillir ce carbonate de potasse avec 7 parties ! d’eau (Liebig), et avec un poids de chaux vive hydratée égale au sien, que l’on ajoute par petites parties, jusqu’à ce que celle qui a été mise , précédemment se soit changée en une poussière sableuse, se déposant ^ facilement, et jusqu’à ce que l’on n’obtienne plus de précipité par l’eau | de chaux dans un peu de liqueur filtrée (1) ; il se forme du carbonate de j chaux insoluble, et la potasse reste en dissolution; après quelques !
(1) Si l’on n’employait que 4 parties d’eau, on n’obtiendrait point dépotasse caustique, puisque celle-ci , si elle est eu dissolution concentrée, décompose le carbonate de cliaux , et lui enlève l’acide carbonique (Liebig).
DES OXYDES DE POTASSIUM, heures d’ébullition, on passe à travers une toile, et on fait bouillir le précipité qui reste sur la toile, avec une nouvelle quantité d’eau, afin de dissoudre toute la potasse. AIoi's on la fait évaporer à grand feu jusqu’en consistance de sirop dans une bassine d’argent , et on la coule dans une autre bassine d’argent bien sèche ; on la concasse et on la renferme sur-le-champ dans des flacons bouchés à l’émeri. La potasse à la chaux ainsi obtenue sera plus pure que la potasse dite à l’alcool, préparée par les moyens ordinaires , si l’on a pris les précautions suivantes ; elle sera surtout remarquable par l’absence de chlorures. 1° Il faut que l’azolate de potasse ait été crislallisé un assez grand nombre de fois pour ne pas retenir la moindre trace de chlorures ; 2° le carbonate de chaux doit être du marbre de Carrare, lavé avant et après la calcination pour le débarrasser des chlorures qu’il renferme habituellement; 3° les liqueurs doivent être filtrées à travers une toile exempte de chlorures , et non à travers du papier blanc , attendu que celui-ci , blanchi par du chlorure de chaux , céderait une portion de chlore à la potasse ; 4" la potasse ne doit pas être fondue dans la bassine d’argent, sans quoi elle renfermerait une portion notable de ce métal.
M. Artus a proposé en 1846, pour avoir du carbonate de potasse pur, de transformer le carbonate du commerce en acétate, d’humecter celui-ci, et de le laisser à l’air jusqu’à ce qu’il soit tombé en déliquium; les sels étrangers se déposent; on décante; on évapore la liqueur jusqu’à siccilé, et on décompose l’acétate solide dans un creuset de Hesse chauffé au rouge. Ce procédé est plus économique que les autres. {Journ. de chim. méd., juin 1846.)
Si , comme on le fait habituellement et à tort , on se sert de potasse du commerce, composée de carbonate et de sulfate de potasse, de chlorure de potassium, d’acide silicique, d’oxydes de fer et de manganèse, et quelquefois d’un peu de carbonate de soude, on doit la soumettre aux mêmes opérations : on la fait dissoudre dans l’eau, et on la traite par la chaux vive hydratée, qui ne lui enlève que l’acide carbonique; en sorte que le liquide provenant de ce traitement est formé de potasse et des autres produits que je viens de nommer. Ce liquide, étant évaporé jusqu’à siccité, donne la potasse à la chaux (pierre à cautère), dont on peut extraire par l’alcool la potasse, et qui porte alors le nom de potasse à l’alcool; à la vérité, cette potasse impure contiendrait de la soude, si le carbonate du commerce renfermait du carbonate de cette base.
Peroxyde de potassium = KO^. — Il est constamment le produit de l’art ; sa couleur est jaune verdâtre, sa texture cristalline; il est caustique et
verdit le sirop de violettes; il est très-facilement décomposé par presque tous les corps simples non métalliques, qui lui font perdre dei’oxygène et le ramènent à l’état de protoxyde.
Il est décomposé par l’eau, qui le transforme en potasse, en dégageant de l’oxygène.