DES EAUX MINÉRALES SULFUREUSES
car j’ai pu séjourner pendant plusieurs heures dans ces galeries, alors que l’eau y coulait en plein air, depuis les griffons jusqu'à la sortie des galeries, et que j’avais fait fermer toutes les portes; j’aurais été certainement empoisonné par l’acide sulfhydrique, si la quantité de ce gaz que laissent dégager les sources eût été considérable.
2“ Si l’on fait bouillir l’eau minérale dans un appareil convenable, pendant quatre à cinq minutes , temps plus que suffisant pour décomposer quelques centigrammes de sulfhydrate de sulfure, et qu’on recueille les gaz qui se dégagent, on n’en retire pas la vingtième partie de l’acide sulfhydrique indiqué par la théorie; si, au contraire, on prolonge l’ébullition pendant plusieurs heures , on en obtient plus que n’en devrait fournir la quantité de sufhydrate de sulfure indiquée par l’analyse. Il est d’ailleurs facile de s’assurer que le sulfure neutre de sodium, traité de la même manière^ fournit tout autant d’acide sufhydrique libre.
3“ L’azote qui se dégage spontanément de la plupart de ces sources n’entralne que des traces d’acide sulfhydrique tellement faibles , que c’est à peine si l’on peut en constater la présence ; ce fait, qui s’explique difficilement quand on admet le sulfhydrate de sulfure, se conçoit très-bien quand on admet le monosulfure.
4° Si l’on ajoute à l’eau de Ludion une quantité de sulfate de zinc un peu supérieure à celle qui est nécessaire pour en décomposer le sulfure, et qu’on filtre le mélange, la liqueur filtrée a perdu tout son titre sulfhydrométrique, tandis que la solution de sulfhydrate de sulfure traitée de la même manière en conserve une partie. Gette même liqueur filtrée est neutre quand on opère sur l’eau des sources de Bagnères de Luchon , elle est acide quand on opère sur la solution de sulfhydrate de sulfure : en effet , on a dans le premier cas ,
NaS ZnO, SO» ZnS NaO, SO»
MoQosulfure. ’ Sulfate de zinc. Sulfure. ’ Sulfate de soude.
dans le deuxième,
NaS 2 ZnO, SQ3 ^ 2 ZnS NaO, SQ3 SQ3, HO
Suif, de sodium. ’ A. sulfhyd. ^ Suif, de zinc. Sulfure. ’ Suif, de soude. ’
L’acidité est faible quand on emploie le sulfate de zinc , qui n’agit que très-peu sur l’acide sulfliydrique; elle est au contraire bien tranchée quand on emploie l’acélate de zinc ou le sulfate de plomb , qui décomjiosent entièrement le sulfhydrate de sulfure.
6" L’argent ou le cuivre se ternissent à peine dans l’eau de Luchon (à l’abri de l’air), et ils en abaissent très-peu le titre ; ces métaux indiquent cependant l’existence d’une trace d’acide sulfhydrique libre dans cette eau , mais ce n’est qu’une t'race.
6° La composition des eaux de Bagnères de Luchon est telle, qu’il est très-facile d’expliquer le dégagement d’acide sulfhydrique qui a lieu quand on les fait bouillir, sans avoir recours à l’existence d’un sulfhydrate de sulfure, et de comprendre pourquoi , lorsque l’eau est décomposée par le sulfure de sodium, l’acide sulfhydrique provenant de cette réaction n’est pas retenu par la soude qui s’est produite en même temps.
En effet, Bayen a observé le premier (et les chimistes qui l’ont suivi ont confirmé ce fait) que lorsque l’eau sulfureuse blanchit, le dépôt qui la trouble se compose de soufre, d’acide silicique et de matière organique; ces eaux contiennent donc de l’acide silicique dissous à la faveur du sulfure de sodium , et une partie de cet acide se dépose à mesure que le sulfure qui la tenait en dissolution se détruit. Or M. Aubergier a démontré que lorsqu’on faisait bouillir une dissolution de sulfure de sodium au contact de l’acide silicique, l’eau était décomposée, et qu’il se produisait du silicate de soude et de l’acide sulfhydrique libre. On voit donc pourquoi l’acide sulfhydrique n’est pas retenu par la soude; on voit aussi pourquoi une eau qui traverse des roches granitiques, dans lesquelles on ne trouve que de l’orthose et pas d’albite, contient cependant du silicate de soude.
NaS SiQ3 HO = NaO, SiQ3 HS
Sulfure de sodium. * A. silicique. * Silicate de soude. ^ A. sulfhydrique.
7" Cette cause de dégagement de l’acide sulfhydrique n’agit pas toute ; seule; en effet, les eaux de Bagnères de Luchon contiennent aussi eu ! dissolution de l’oxygène qui peut bien venir en aide à la réaction pré- | cédente : ainsi j
2 NaS HO, 03= 2 NaO, S02^ HS |
Sulfure. * Sulfite de soude. ^ Acide sulfhydrique.
Il se produirait un sulfite basique de soude avec dégagement d’acide ^ sulfhydrique, ou plus probablement un mélange de silicate et de sulfite ■ neutre de soude, toujours avec dégagement d’acide sulfhydrique. Mes * expériences démontrent en effet que c’est du sulfite, et non pas de Vhypo- < sulfite de soude, qui existe dans les eaux qui ont été altérées par l’air et qui n’ont pas blanchi.
DES EAUX MlNÉllAIÆS SULFUREUSES. SOT'
S'' Enfin l’eau elle-niôme peut décomposer le sulfure de sodium, et je crois que celte troisième cause d’altération agit comme les jirécédenles. Il est vrai que dans ce dernier cas, on ne voit pas clairement pourquoi la soude qui se produit pendant la réaction ne retient pas l’acide sulfhydrique; mais ce fait a ses analogues en chimie : ainsi , quand on concentre une dissolution d’acétate neutre de potasse, une bonne partie de l’acide acétique se volatilise vers la fin de l’opération, et l’acétate devient basique; on sait d’ailleurs que, dans le cas de l’action de l’eau pure sur le sulfure de sodium, les choses se passent d’une manière moins simple. J’ai constaté en effet que l’oxygène de l’eau décomposée se porte en partie sur le sodium, en partie sur le soufre, et donne lieu à des produits dont l’étude est fort difficile; je me propose de publier plus lard un travail sur ce sujet. Au reste, cette dernière cause de dégagement d’acide sulfbydrique n’agit que d’une manière accessoire dans le cas des eaux de Luchon ; les deux premières sont les plus efficaces.
9° J’ai préparédes dissolutions de sulfhydrates de sulfure en leur donnant un degré de concentration tout pareil à celui des eaux de la Reine ou de Bayen ; je les ai examinées comparativement â l’eau naturelle, et indépendamment des caractères distinctifs que j’ai signalés plus haut, j’ai observé les suivants :
Si l’on agite l’eau naturelle avec une quantité de sulfate de zinc un peu supérieure à celle qui est nécessaire pour précipiter le soufre qu’elle renferme, elle perd complètement son odeur; les papiers imprégnés d’acétate de plomb ou d’acide arsénieux qu’on promène à la surface du liquide ne sont nullement altérés ; la solution de sulfhydrale de sulfure conserve, au contraire, une odeur d’acide sulfbydrique, noircit le papier d’acétate de plomb, et jaunit celui d’acide arsénieux. Voici les proportions que j’ai employées dans mes essais.
Sulfhydrale de sulfure de sodium anhydre 0,070 gr.
Sulfate de zinc cristallisé 0,300
Eau distillée privée d’air 1,000
Les considérations qui précèdent sont fortifiées par les résultats de l’analyse quantitative de l’eau de la Reine; en effet, le dosage exact du soufre et de la soude ne conduit pas à admettre un sulfliydrate de sulfure, mais bien un sulfure neutre.
On doit encore à M. Filbol quelques observations que je crois devoir faire connaître.
1® La composition chimique des sources varie non-seulement avec les saisons, mais aussi d’un jour à l’autre et même aux diverses heures de la même journée.
Il a établi ce premier résultat par quatre cents essais sulfhydrométriques faits sur les lieux, au griffon même de chaque source, et avec des précautions minutieuses. Les variations de composition sont assèz fortes pour que les médecins doivent sérieusement s’en préoccuper.
2® Dèux cent onze observations, qui comprennent un intervalle de temps de six mois , et qui ont été faites moitié par lui , moitié par M. François , ingénieur des minés , établissent qu’en général les eaux sont plus sulfureuses quand le baromètre monte, et le deviennent moins quand il descend : cette loi s’est vérifiée cent soixante et dix fois sur deux cent onze , soit environ quatre-vingts fois sur cent.
3® Les eaux de Bagnères de Ludion contiennent peu de carbonate de soude; mais elles eh renferment réellement, même quand on les analyse auprès de la source.
Les ealix minérales sulfureuses monosuifurées de Barèges, de Cauterêls, de Bagnères de Luchon, de Saint-Sauveur, d’Aix, de Molitz, d’Escaldas, les eaux Bonnes et les eaux dites Chaudes, ainsi que les eaux d’Enghien, sont utilement employées dans les cas de maladies chroniques de la peau, de scrofules, de rhumatismes chroniques, d’engorgements rhumatiques, de paralysies, d’anciens ulcères opiniâtres, d’hydropisies des articulations, de suppurations internes, et principalement de celles des organes du bas-ventre. N’a-t-on pas vu, dans quelques cas d’oppressions nerveuses de la poitrine, l’administration de ces eaux couronnée du plus grand succès ?0n les fait prendre à l’intérieur, cou- i pées avec du lait ou avec une décoction émolliente : on commence or- i dinairement par un verre de cette boisson , ou bien on les emploie soiis j forme de bains ou de douches. Les eaux sulfureuses artificielles, con- , venablement préparées, remplissent à peu près les mêmes indications.
Sulfhydroméirie. — Dupâsqmer, mettant à profit l’action de l’iode sur l’acide sulfhydrique, a cherché à déterminer la proportion de soufre contenu dans les eaux sulfureuses. Voici comment il opérait; on verse dans l’eau sulfureuse, tenant en suspension de l’amidon, une dissolution al- | coolique d’iode; celui-ci décompose l’acide sulfhydrique pour former de j l’acide iodhydrique; l’amidon ne se colore pas en bleu, tant qu’il sei produit de l’acide iodhydrique; mais dès qu’il ne s’en forme plus, l’al-j coolat d’iode colore l’amidon en bleu. 11 est évident qu’en employant) une dissolution alcoolique d’iode titrée, c’est-à-dire pouvant décomposer des proportions d’acide sulfhydrique connues à l’avance, d’après là