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l’été pour qu’ils deviennent doux et aromatiques. La même chose arrive à notre médecine extraite de la terre des métaux [ex terra metallorum extrada) ; car elle est fétide et horrible avant qu’une digestion ou une décoction suffisamment prolongée l’ait rendue plus agréable (t). »
Raymond Lulle jouissait d’une réputation immense aux XIIIe et X1YC siècles. Sa méthode générale d’enseignement , par laquelle il prétendait faire entrer toutes les connaissances humaines et divines dans les lettres de l’alphabet, arrangées d’une certaine manière (2), avait été adoptée par plusieurs gouvernements avec privilèges.
L’auteur du Char triomphal de l’antimoine (3) s’est acquis une célébrité qu’il n’a peut-être pas méritée. Basile Valentin est un alchimiste sans esprit d’originalité. Avant de commencer les expériences du grand œuvre , il recommande d’invoquer le nom de Dieu, de la Trinité et des saints. « Les entrailles de la terre, ditil , ne sont jamais ouvertes à un impie ; elles ne s’ouvrent que pour des hommes pieux et saints. » ( Intima viscera naturœ nun quam impio patefiunt ; qttee nisi piis et sandis vins manifestantur. ) Je n’ai trouvé dans les ouvrages de Basile Valentin aucune trace de la découverte de l'acide sulfurique qu’on lui attribue généralement.
L’abbé Tritheim (4) paraît avoir été le contemporain de Basile
Ce qu’il y a de certain , c’est qu’il menait une vie très-aventureuse et qu’il jouissait, à son époque, d’une immense réputation qui le faisait rechercher par des évêques et des princes.
(i) Arbor scientice venerabilis , Raymundi Lullii. Lugd. 1 536. 8. Fructus in principio æstatis accrbi et austeri sunt, etc., etc.
(a) Hnym. Lullii opéra quer <ul arlem ab ipso inventant universalem pertinent. Argentorati. i65i. 8.
(3) Currus triumphalis antimonii , fratris Basilii P alenlini , monnchi benedictini. Tolosæ. 1646. 8.
Basile Valentin vivait, probablement vers le xiv* siècle , à Erfurt (Prusse). Il a le premier préconisé l’usage de l’antimoine à 1 intérieur. On raconte qu’une des colonnes de l’église d’Erfurt s étant ouverte tout à coup, comme par miracle , ou y avait trouvé les écrits de ce bénédictin.
(,4) Curiositas regin. Octo qucestiçnes juçuodiftinne simul et utilissintœ «
INTRODUCTION
Valentin. Son ouvrage, qu’il intitula Curiosité royale, est obscur et indéchiffrable. En parcourant 1 e. Theatrum chemicum (t), on pourra se convaincre que les alchimistes les plus présomptueux cherchaient à cacher leur ignorance sous le voile d’un mysticisme obscur. Jean de Tritheim , comme tous les alchimistes de la môme époque, se plaisait beaucoup à se faire passer pour un magicien capable d’évoquer les morts et les démons. On raconte « que l’empereur Maximilien ne se consolant pas de la mort de sa première épouse , Marie de Bourgogne , Tritheim , qui se trouvait à la cour do ce prince, offrit de lui faire apparaître la défunte ; qu’en effet, Maximilien et l’un de ses courtisans , s’étant enfermés avec l’abbé dans une chambre écartée , Marie s’était montrée à leurs yeux , paréeavcc samagnificenceaccoutuméc j que pour être plussûrque c’était bien clle-môme , son auguste époux avait cherché et trouvé une verrue qu’il savait être située à la nuque de la princesse (2). »
La plupart des alchimistes avaient trouvé le moyen d’amasser des richesses considérables ; probablement ce n’était point en fabriquant de l’or avec le soufre et le mercure. On verra tout à l’heure par quels moyens ils s’enrichissaient. Nicolas Flamel était un de ces riches alchimistes. On prétend qu’il a beaucoup écrit ; je n’ai trouvé de lui que des notes sur l’ouvrage de Denis Zaccharias (3). « Si l’on attaque tout par le feu, dit-il dans une de ses notes, et qu’on en recueille la suie , on pourra en faire différents corps solides. Que Dieu soit loué ! »
Les alchimistes n’étaient pas toujours d’accord entre eux. Le démon de la discorde les tourmentait quelquefois. C’est, du reste, le seul démon avec lequel ils paraissent avoir eu un commerce bien actif.
Un ouvrage rare (4), publié en italien en 1537 , et dédié à Sixte-
I. Trithcmio, abbati ordinis S.BcnedicU, propositœ et nb eodem jo/u<<r.Duaci.8. Sans indication de date.
(1) Theatrum chemicum contiaens prœcipuos sclectorum auctorum tractatui de chemiœ et tapidis philosophici antiquitate. Vol. xi. 8 Argentorati. lGi3.
(2) Jean de Tritlieim naquit en 1462. Il séjourna longtemps à la cour de l’empereur Maximilien , dont il fut chassé plus tard.
(3) NicoL. Flanxelli annotationes ad Dyonisii Zaccharice opuscula philosophies naturalis ( Theatrum chemicum).
(4) vem dichiaratiane di lutte te meta/orc di gti aatichi Jtlosophi « khi *
INTROmiCTIOW.
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Quint , par un moine de Tordre des Ermites de Saint-Augustin , nous apprend «que le monde est rempli de faux alchimistes , tant religieux que laïques, qui vont tenter et tromper les princes, les seigneurs , les gentilshommes , les marchands , et des gens de basse classe, en leur promettant de les enrichir en peu de temps et en leur enseignant les moyens de congeler le mercure, de changer le plomb , l’étain, le fer, le mercure en argent ou en or. ( Impito il mondo tutto di falsi alehimisti , tanlo di persone religiose. corne anco de laici, chi vanno tentando, cki un principe , ehi un signore, chi un gentil’uomo , chi un mer conte, e cki altre genti basse et vili , con volerli arrickire in poco tempo, con insegnarli la congélations del mer eu ri o , chi mutar il piombo , stagno , ferro , mcrcurio in ter gento o in oro.) Et un peu plus loin il ajoute : «Ceux qui prétendent savoir de semblables choses, sont des gens très-astucieux, qui veulent toujours vivre aux dépens d’autrui. » (che dicono saper simü cose, sono persone astutissime, che vogliono vitere semprealle spese d’altri.) — Enfin , l’auteur , rempli d’indignation, sollicite le pape à chasser de la chrétienté tous les faux alchimistes.
On rencontre quelquefois chez un même auteur des contrastes frappants ; le dévergondage du charlatanisme à côté de la simplicité de la bonne foi. On ne sait s’il faut l’appeler fourbe ou enthousiaste crédule. 11 est le sujet des critiques les plus diverses , des opinions les pins opposées. Tel est Paracelse, dont le nom entier est AareHus Pkilippus Theophrastm Paracelsus Pombastus ab Hohenkeim.
Paracelse a une singulière idée de la puissance de l'intelligence humaine. Voici comment il raisonne (1) :
« La mesure de notre sagesse dans ce monde, est de vivre comme les anges dans le ciel ; car nous sommes des anges. Or , il s’agit de savoir ce que peuvent les anges [qmdnam possint angeli) ? Ils peuvent tout ; car c’est en eux qu’habite toute la sagesse de
misti , ove con un brève discorso delta generasione dei metalLi secundo i principes delta filosofia, si mostra l’errore , e ignoransa ( per non dir l'inganno ) di tutti gt' alehimisti moderni. Roma. l58". 8.
(i) Aurel. PÎiilippi Theophr. Paracels. Bombast. ab Hohenheim , medici et philosophi ceteberrimi , chemicorumtpie priheipis , opéra omnia. Geuevae. l658. a yol. , p. 5i2. De fundamento scientiamm et sapientitr.
INTRODUCTION
Dieu, tonte la science de Dieu. Les anges possèdent donc toutes les connaissances de Dieu. Ils sont purs et innocents dans le ciel comme sur la terre; ils ne dorment jamais, ils n’ont pas besoin d’être réveillés. L’homme dort parce qu’il est corporel. Aussi faut-il l’exciter et le réveiller pour la science des anges, c’est-àdire pour la science et la sagesse de Dieu. Les sciences de Dieu sont : La médecine, la géomancie, l’astronomie, la pyromancic, la chiromancie , la magie , la malédiction , la bénédiction , la nécromancie , l’alchimie , la transmutation , la réduction , la fixation et la teinture. Toutes ces sciences se trouvent dans la nature. Les anges sont des médecins (angeli sunt medici). Ils peuvent voler , marcher sur les eaux , traverser des mers , se rendre invisibles , guérir toutes les maladies , ensorceler , etc. Si les anges ont toutes ces facultés , il est nécessaire que ces facultés se trouvent également dans les plantes , dans les semences, dans les racines , dans les pierres , etc. Car Dieu a versé ses forces ( transfudit vires suas ) dans les plantes , dans les pierres , dans les graines. C’est là qu’il faut les chercher {ex hisülœ petendœ ). Les anges les possèdent, renfermées en eux-mémes. L’homme les a au dehors de lui , dans la nature ; c'est là qu’il doit se les approprier (in ilia eas assumai).»
Paracelse donna une forte impulsion à l’étude de l’art spagirique) (1), comme on appelait alors l’alchimie. Il eut une foule de disciples et d’imitateurs. Hommes de robe , hommes d’épée, prélats , généraux , princes , cultivaient l’alchimie avec ardeur aux XVe , XVIe et même au XVIIe siècle. Plusieurs empereurs d’Allemagne, Rodolphe, Mathias, Ferdinand , aimaient souvent mieux souffler le feu du grand œuvre, que s’occuper des affaires de l’État. Le héros de la guerre de trente ans , Wallenstein , consultait les secrets de l’alchimie et de l’astrologie pour y trouver la clef de sa destinée. L’Europe était alors , pour ainsi dire , inondée de traités et d’opuscules alchimiques , dont plusieurs se font remarquer surtout par l’originalité du litre. Voici le titre d’un de ces ouvrages , moitié allemand, moitié latin : Noces chimiques (Chymische Hochzeit), de Cristian Rosecroix ( Rosen-Creutz) j «les secrets pu-
(1) Spagirique vient de «vrccv et de àyûf m , extraire et rassembler (analyse et synthèse) deux mots grecs contractés en un seul.
INTRODUCTION
hliés perdent leur valeur; la profanation détruit la grâce; donc, ne jette pas les perles aux pores , et ne fais pas à un âne un lit de roses ( ergo , ne margaritas objice porcis , seu asino substerne rosas ). Strasbourg, 1616.»
Dans ces ouvrages on discutait , sous des formes allégoriques , sur le principe universel , discussions qui rappellent quelquefois les opinions des écoles ionienne et de Pythagore.
«L’air nourrit le feu, comme l’eau nourrit la terre. Carie feu vit de l’élément de l’eau et de l’élément de la terre. C’est pourquoi , en tuant l’eau, on tue tous les éléments ( omnia elemenla occidisti) (1). » Ces paroles ne rappellent-elles pas le commencement de la première Olympique de Pindarc , ro âpiarts-j ttiv ûJup , le principe de Thalés , d’après lequel l’eau est l’élément de toute chose?
Suivant quelques auteurs de cette époque , la mythologie des Grecs cache, sous une forme allégorique, tous les secrets de l’alchimie.
« Le mythe qui représente Jupiter se changeant en une pluie d’or, fait allusion à la distillation de l’or des philosophes. Par les yeux d’ Argus , se changeant en la queue du paon , il faut entendre le soufre , à cause des différentes couleurs qu’il est susceptible de prendre par l’action du feu. La fable d’Orphée cache la douceur de la quintessence et de l’or potable. Le chaos des anciens, c’est notre plomb ( Saturne). Enfin , le mythe de Deucalion et de Pyrrha révèle tout le mystère de l’alchimie (2) . »
Tous les alchimistes sont d’accord pour faire remonter l’origine de leur art à l’antiquité la plus reculée , et en cela ils ont raison. L’inventeurdcralchimie,cen’estniGeber,ni Rhasès, ni Avicenne; mais ce n’est pas non plus Cham , fils de Noé , ni Hermès Trismégiste (Taat ), ni Moïse , ni Salomon (3) , ni Esras (4) , ni le roi
(l) Arlit nuri/erœ, quant chemiam vacant, opus. Vol. iv, Batileœ. tu i583. (a) De alchcmia dialogi II, quorum prior Geberi librorum senlentiam t alter Raymundi Lullii Maioricani mysteria in lucem prodit , quibus prœmittuntur propositions cenlnm viginti novem. Norimbergac ; anno l548. 4*
(3) On trouve dans un ouvrage intitulé : Harmonie p imperscmtabiles chemio philosophicœ collecter ab H. C. D. Prancofurti , iGa5 , un petit traité sous le titre : Salomonis regis sapientissimi liber de lapide miuerali quem philosopha rum appellant. Ce roi Salomon qui a écrit sur la pierre pliilosopliale est évidemment un pseudonyme.
(4) Esra. lib. iv, cap, 8, v. s t Si rogare$ minimum pulvtris ttnde fit durant,
INTRODUCTION
David (1). Thalès, Pythagoro et même Platon (Timée) étaient alchimistes dans une acception plus large de ce mot. Alchimiste ne veut pasdire seulement chercheur de pierre philosophale, de panacée, d’élixir universel. Tout philosophe, tout théologien, toutmédecin qui prétendait être parvenu à la connaissance d’un principe universel, résumant en quelque sorte les œuvres de la création , était alchimiste. Il se croyait en possession de la pierre philosophale , ce qui veut dire qu’il se croyait assez instruit pour être à même de convertir les corps les uns dans les autres , ou du moins pour opérer la transformation des métaux vils en métaux nobles , à l’aide d’un petit nombre d’éléments.
J’ai déjà dit que les alchimistes, avant de commencer les opérations du grand œuvre, n’oubliaient jamais de réciter certaines formules de prières. Ils attribuaient surtout une vertu surnaturelle au fameux hymne mystique ( ù^r, xpnmi ) d'Hermès Trismégistc (2). Voici le commencement de cet hymne , qui est une invocation sublime de la puissance de l’Être suprême :
«Univers, sois attentif à ma prière toO Of*»ov ni»
àxox.v). Terre, ouvre-toi ; que toute la masse des eaux ( iriç uoj^o'c ôpiSpou) s’ouvre à moi. Arbres , ne tremblez pas : je veux louer le Seigneur de la création, le Tout et l'Un (ri nm x« to {»). Que les cieux s’ouvrent et que les vents se taisent. Cycle immortel de Dieu (xüxXo; ô àôàvafoc to; 3«oû), exauce ma prière. Que toutes les facultés (àe tfuvâpteiî) qui sont en moi célèbrent le Tout et l’Un. »
Les croisades n’avaient pas peu contribué à répandre et à populariser en Europe l’étude de l’alchimie. Si les nombreux adeptes de la science occulte n’avaient vu s’accomplir aucune de leurs chimériques espérances , ils avaient du moins préparé de loin les découvertes importantes qui devaient plus tard , au XVIIIe siècle, élever la chimie au rang d’une science.
Les découvertes de Newton sur la lumière , les recherches de
(i) Psaume xa, v. 7 : Argcntum purgatum in catino lectissimo terræ, defæcatum septies. Les alchimistes ont invoqué ce passage . comme une sorte de témoignage que le roi David connaissait leur art et qu'il en était même l'inventeur.
(a) Mercure, le trois fois grand (tfit /sty’rruc). Vov- Divinus Py mander Uennetis Mercurii Trismegisti cum commentariis Hannibalis Jiosseli. In fol. Coloniæ. i63o. On ignore quel est le personnage qu'on a désigné souslc nom d'Hermès trois fois grand ; car les uns le croient identique avec le Taat des Egyptiens; d'autres pensent que c’est Cadrons eu Moïse.
INTRODUCTION
TorricelU , de Guèrike et de Boy le sur la pression atmosphérique et sur le vide , ouvrirent, vers la fin du XVII0 siècle, un champ nouveau à l’étude de la chimie. Brandi cl Kunlxl découvrirent vers la même époque le phosphore et quelques flux vitreux; Glauber découvrit différents sels alcalins; Nie. Lemery , les volcans artificiels , et Homberg ( professeur de chimie du duc d’Orléans , régent de France) l’alun pyropltorique.
Georges- Ernest Stahl , médecin du roi de Prusse père de Frédéric le Grand , est le fondateur du premier système de chimie, connu sous le nom de système phlogistique. Stahl établit que tous les corps renferment un principe inflammable phlogistique ( yloywrdv, de ylôÇ , flamme) , et que la combustion est la séparation de ce principe par la chaleur. Les métaux sont plus ou moins riches enphlogistique. Le charbon est le corps le plus riche en phlogistique ; aussi, peut-il facilement rendre le phlogistique aux corps qui l’ont perdu.— D’après celte théorie, les oxydes (chaux, rouilles) métalliques sont des métaux qui ont , pendant leur combustion , perdu leur phlogistique (métaux déphlogistiqués) , qu’on peut leur rendre en les chauffant avec da charbon. Le système du docteur allemand , quelque séduisant qu’il soit en apparence (1) , fut complètement renversé par l’illustre Lavoisier, qui démontra, la balance en main , que les métaux , loin de perdre par la combustion , augmentent au contraire en poids , et qu’ils prennent quelque chose à l’air. Ce «quelque chose » était l’oxygène. — Néanmoins Stahl donna une impulsion nouvelle à l’étude de la chimie, et depuis lors , les découvertes se sont succédé rapidement (2).
(i) Kant , le Copernic de la philosophie , se laissa lui-même séduire par le . système de Stahl au point de le placer à côté des immortelles découvertes de Galilée et de Torricelli. ( Voy. Préface de la critique de la raison pure. )
(3) Si les alchimistes se sont signalés par la bizarrerie de leurs idées mystiques , Stahl semble avoir pris à tâche de se distinguer par la bizarrerie de son langage moitié latin, moitié allemand. En voici un échantillon :
« Sonsten ist ans den angrführten alterationibus metallorum zu notiren dast in den metallis imperfectis dreycrlcy substantia vorhnnden sey : 1" eine quasi supcrficialis cohapsionis , qua: et ea propter omnium prima abit , scil. substantia inllammabilis seu qscryirrli ; a0 substantia colorans , quæ apparet in coloratis horum metallorum vitris, und endlich ; 3° substantia erndior, unddiese sonderlich in den crassioribus metallis , Eisen und Kupfcr zu finden . • ( Fundamenta chymia; dogmatico-rationalis , Norimb. 4- I/47-)
Traduction du passage cité. D'ailleurs , d’après les susdites altérations des
XXVIU
INTRODUCTION
Geoffroy publia , en 1718, ses tables d’affinité. En 1733, Hcrm. Boerhaave fit paraître ses Éléments de chimie ( Elementa chemiœ , 4 vol. 4. ) , qui renferment des expériences curieuses sur la chaleur, sur la lumière, etc. Haies fit, vers 1724 , des expériences sur l’air et les corps aériformes. Les expériences de Haies furent , avec plus de succès , reprises par Black , qui démontra le premier que l’air qui se dégage pendant la fermentation du vin ou en versant du vinaigre sur la craie , est différent de l’air atmosphérique ( découverte du gaz acide carbonique).
Marggraf ( 1) (1754 — 1759) décrivit l’alumine et la magnésie comme des terres particulières ; il prépara le premier du sucre avec des plantes indigènes et découvrit les phosphates de l’urine.
Bergmann (2) perfectionna la doctrine des affinités chimiques, et entreprit de nouvelles recherches sur l'acide carbonique et sur beaucoup d’autres corps.
' Scheele (3) , compatriote de Berzélius , et un des fondateurs de la chimie moderne, découvrit (1773 — 1786) le chlore (acide muriatique oxygéné), l’acide fluorique (acide fluorhydrique), l’acido prussique, l’acide molybdique , l’acide arsénique, l’acide citrique, l’acide malique , l’acide lactique , l’acide gallique , la baryte , la plupart des composés de manganèse ; enfin , il établit des expériences remarquables sur la constitution de l’air : de plus , il démontra la présence de l’acide phosphorique dans les os, et il fit des recherches exactes sur l’analyse de l’air, sur la lumière, sur la chaleur, ce qui le conduisit à une nouvelle théorie delà combustion. Scheele était un des savants les plus sagacesqui aient jamais existé.
Cavendish , qui le premier recueillit les gaz sur l’eau , fit con-
métaux , il est à noter que les métaux imparfaits renferment trois principes ou substances : i° une substance de cohésion superficielle , qui s'en va la première , à savoir la substance inflammable ou le phlogistique ; 2° une substance colorante qui apparaît dans les verres colorés de ces métaux ; et enfin 3° une substance moins subtile et qui se rencontre particulièrement dans les métaux plus épais, dans le fer et dans le cuivre.
(1) Opuscules chimiques. 2 vol. in-8. Paris. 1762.
(a) Traité des affinités chimiques ou attracti-électives. 8. 1788. Opuscula chemica et physica. 6 vol. 8. Lips. i 788 — 90.
(3) Opuscula chemica et physica. 2 vol. 8. Leips. 1788, 1789. — Traité chimique de l'air cl du feu , trad. par Dictrich. Paris. 1781. 12. 2 vol. Mémoires de chimie , tirés de l'Acad. roy, des sciences de Stockholm.
INTRODUCTION
naître l’hydrogène, la composition de l’eau et celle de l’acide nitrique (1765—1785).
C’est de l’année 1774 que date la naissance de la chimie considérée comme science.C’cst dans cette année que fut découvert Y oxygène presque simultanément en France, en Angleterre et en Suède. H est à remarquer qu’aucune découverte n’avait été aussi convenablement préparée que celle de l’oxygène ; sans les recherches de Paracelse, de Van Helmontet de Black sur l’esprit sylvestre (acide carbonique) , et sans les travaux de Stahl , de Haies , de Venel, de Rouelle , les découvertes de Lavoisier, de Priestley et de Scheelc seraient probablement encore à faire.
On conçoit sans peine qu’une pareille découverte , qui a produit une si grande révolution dans la science , soit en quelque sorte une affaire de gloire nationale.
Aujourd’hui on ne s’accorde pas encore sur la question de savoir auquel des trois illustres savants, tous également chers à la science, revient réellement l’honneur de la priorité de la découverte de l’oxygène.
Cette question ne peut être jugée que d’après des documents historiques, que nous allons mettre, avant de nous prononcer, sous les yeux du lecteur :
Lavoisier présenta, en 1774, à l’Académie royale des sciences , un Mémoire sur la calcination de l’étain dans des vaisseaux fermés, et sur la cause de l’augmentation de poids qu’acquiert ce métal pendant cette opération, lu à la rentrée publique de la Saint- Martin 1774 (1).
L’espace nous manque pour rapporter ici tous les détails de cet admirable travail ; nous nous contenterons de citer textuellement les passages suivants (pag. 365) :.
« Dans toute calcination d’étain , l’augmentation de poids du métal est assez exactement égale au poids de la quantité d’air absorbé. » — «Je serais, ajoute Lavoisier, porté à croire que la portion d’air qui se combine avec les métaux est un peu plus lourde que l’air de l’atmosphère, et que celle qui reste , au contraire , après la calcination , est un peu plus légère. L’air de l’atmosphère , dans cette supposition , formerait un résultat moyen entre ces deux airs , relativement à la pesanteur spécifique ; mais il faut des preuves plus directes que je n’en ai
(l) Voy. Mémoires de l' Acad- rojr. des sciences. 4- 17/4- a* partie.
INTRODUCTION
pour pouvoir prononcer sur cet objet, d’autant plus que ces différences sont très-peu notables. » — Pag. 366 : «On vient de voir qu’une portion de l’air est susceptible de se combiner avec les substances métalliques pour former des chaux, tandis qu’une autre portion de ce même air se refuse constamment à cette combinaison. Cette circonstance m’a fait soupçonner que l’air de l’atmosphère n’est point un être simple, qu’il est composé de substances très-différentes , et le travail que j’ai entrepris sur la calcination et la revivification des chaux de mercure , m’a singulièrement confirmé dans cette opinion. Sans anticiper sur les conséquences qui résultent de ce travail , je crois pouvoir annoncer ici que la totalité de l’air de l’atmosphère n’est pas dans un état respirable, que c’est la portion salubre qui se combine avec les métaux pendant leur calcination, et que ce qui reste , après la calcination , est une espèce de mofette , incapable d’entretenir la respiration des animaux ni l’inflammation des corps. » Quelle différence de langage d’avec celui des alchimistes ! Ce langage modeste , dépourvu de tout préjugé spéculatif, en appelant à chaque instant à l’expérience comme juge suprême , fait époque tout autant que les immenses faits qu’il exprime.
Priestley publia en 1775 un ouvrage sous le titre de : Experimmtsand observations on different kinds of air , 3 vol. 8.Londrcs(l). Nous en extrayons textuellement les passages suivants :
« Pour ma part, je reconnaîtrai avec franchise qu’en commençant les expériences rapportées dans ce livre, j’étais si éloigné d’avoir formé aucune hypothèse préalable , que si quelqu’un eût pu me prédire ces découvertes , je ne les aurais pas crues probables. — Depuis que j’ai découvert que l’air atmosphérique est sujet à des altérations , et que par conséquent il n’est pas une substance élémentaire, mais un composé, je me suis posé le problème suivant : quel est ce composé? ou qu’est-ce que la chose que nous respirons, et comment faut-il s’y prendre pour la composer de ses principes constituants ? »
Priestley s’était procuré une lentille ardente , et il avait construit un appareil dont il est inutile de rapporter les détails. « Avec cet appareil, continue l’auteur, je tâchai ( le t" août 1774) de tirer de
(0 Cet ouvrage a été traduit en français par Gibelin. Paris. 3 vol.
INTRODUCTION
l’air du mercure précipitéper se ; j e trouvai sur-le-champ que par le moyen de ma lentille j’en chassais l’air très-promptement. Ayant ramassé de cet air environ 3 ou 4 fois le volume de mes matériaux, j’y fis passer de l’eau et je trouvai qu’elle ne l’absorbait point ; mais ce qui me surprenait plus que je ne puis l’exprimer, c’est qu’une chandelle brûla dans cet air avec une flamme d’une intensité remarquable.» Priestley, doutant de la pureté du précipité per se (oxyde rouge de mercure), en acheta chez les droguistes les plus renommés de Londres ; mais il remarqua à son grand étonnement que le résultat de son expérience fut toujours le même. « Me trouvant , continue Priestley, à Paris au mois d’octobre suivant , et sachant qu’il y a de très-habiles chimistes dans cette ville , je ne manquai pas l’occasion de me procurer une once de précipité per se préparé par M. Cadet , et dont il n’était pas possible de suspecter la pureté. Dans le même temps, je fis part plusieurs fois de la surprise que me causait l’air que j'avais tiré de cette préparation à MM. Lavoisier, Leroy et autres physiciens , qui m’honorèrent de leur attention dans celte ville, et qui, j’ose dire, ne peuvent manquer de se rappeler cette circonstance. » (P. 45, vol. II. )
Les Mémoires de l’Académie des sciences de Stockholm ( Abhandlungen der Koenig. Stced. Akademie. Lcipz. 8) renferment (année 1779) un travail de Scheele sur la quantité d’air pur qui se trouve dans l’atmosphère. Ces expériences ont été faites le 1" janvier 1778. «On voit, dit Scheele en terminant, que notre atmosphère doit toujours contenir ( à quelques différences près ) une certaine quantité d’air déphlogistiqué ou d’air pur, c’est-àdire y, ; ce qui est très-surprenant et dont j’avoue qu’il est trèsdifficile de rendre raison , vu qu’une grande quantité d’air pur entre dans une combinaison nouvelle, soit pour l’entretien du feu, soit avec les végétaux, soit par la respiration, etc. »
D’après les documents que nous venons de donner, il est incontestable que c’est Priestley qui le premier découvrit, le 1er août 1774, l’oxygène (air pur, air déphlogistiqué, etc.) à l’état de fluide élastique , mais que c’est à Lavoisier que revient la gloire d’avoir fondé sur l’emploi de la balance la base de la chimie moderne, en renversant le système phlogistique de Stahl, dont le prestige avait fasciné les savants même les plus sagaces et jusqu’aux philosophes lesplusdairvoyantsduXVIIPsiccle. Cefutquelque temps
INTRODUCTION
JCXXII
après la découverte de l’oxygène, que Schcelc donna la première analyse quantitative de l’air.
Lavoisier démontra le premier, par des expériences exactes, que le diamant est du carbone pur, que l’acide carbonique est une combinaison d’oxygène et de carbone, que l’eau est décomposée par le fer rouge , etc. On lui doit , en outre, des travaux remarquables sur la chaleur, sur la respiration, sur la transpiration, etc. A partir de cette époque , la chimie a fait des progrès de plus en plus rapides.
Berthollet (1 ) nous a laissé des travaux importants sur le chlore et sur les affinités chimiques.
Fourcroy (2) avait entrepris , en commun avec Fauquclin , des recherches sur l’analyse des substances organiques. On doit à ce dernier la découverte du chrême et de la glucyne. Klaproth fit faire d’immenses progrès à la chimie minérale ; il découvrit la terre zirconienne , le titane, l’uranc et le tellure. Smilhson Tennant et JVollaston découvrirent , dans le minerai de platine , le premier, l’osmium et l’iridium , et le dernier, le palladium et le rhodium.
Les expériences de Galvani et de Folia fournirent aux chimistes un moyen puissant de décomposition , dont se servit ingénieusement Davy (3) pour démontrer (1807) la composition des alcalis et des terres , substances jusqu’alors réputées élémentaires.
A partir des immortêls travaux de Davy , de Dalton , de Gay- Lussac , de Thénard et de Berzélius , date une ère nouvelle pour la science , auxiliaire puissante des progrès de l’industrie , des arts et de la médecine.
Enfin , en voyant aujourd’hui l’avenir de la chimie entre les mains desavants aussi éminents que le sont MM. Dumas, Pelouzc, Biol , Or fila, Liebig , Mitscherlich , Rose , etc., n’est-il pas permis de croire que les grandes espérances qu’on a fondées sur cette science seront un jour réalisées ?
(1) j Essai sur la statique chimique, 2 vol. 18. Paris. l8o3. Éléments sur l'art de teinture. 8. Paris. 1791.
(2) Philosophie chimique. 8. Paris. — Système des connaissances chimiques . Paris. 1801. — Table synoptique de chimie. 1 vol. in-fol. 1800.
(3; JSlcctro-chirnical researchcs on the décomposition oj the earths ; observations on the mêlais obtaincd from the alkaline earths , etc. 4. London. 1808.