CORPS ÉTRANGERS, OU MIEUX CORPS MOBILES DANS LES ARTICULATIONS
Anatomie pathoiogic|ae. — Des corps mobiles peuvent exister en grand nombre dans plusieurs de nos articulations ; on en a trouvé jusqu'à soixante dans celles du coude et de l'épaule ; mais comme ceux du genou ont seuls obligé les malades à réclamer une opération, les procédés opératoires que nous allons décrire n'ont trait qu'aux corps mobiles de cette articulation. Ces corps se développent en nombre variable. Morgagni en a observé jusqu'à vingt-cinq dans le genou gauche d'une vieille femme ; mais le plus ordinairement on n'en trouve que deux ou trois. Leur volume varie depuis celui d'un grain de millet jusqu'à celui d'une petite châtaigne (Ford) ; Desault en a observé un qui avait quatorze lignes dans son plus grand diamètre, et dix dans le plus petit. Leur forme se rapproche plus ou moins de celle d'un haricot.
Quelquefois ils ont l'apparence d'un cartilage dans toute leur étendue ; d'autres fois ils sont osseux dans leur centre et cartilagineux à leur circonférence (Boyer).
La synovie s'accumule souvent dans l'articulation qui en est le siège.
Fixation des corps mobiles. — Les corps étrangers n'étant une cause de douleur qu'en raison de leur mobilité, à laquelle ils doivent de se glisser de temps en temps entre deux surfaces articulaires, on a imaginé de les fixer au moyen de bandages.
A. Genouillère. — Gooch et Boyer ont eu recours à ce moyen. Boyer se servit d'une genouillère de peau de chamois lacée, avec laquelle il comprima le genou de son malade pendant un an. Il ne paraît pas s'être préoccupé du point où le corps étranger s'était fixé ; tandis que Gooch dit avoir exercé la compression sur le corps étranger fixé derrière le tendon des muscles extenseurs de la jambe.
Sur trois observations rapportées par ces deux chirurgiens, le premier malade de Boyer est seul resté en traitement jusqu'à parfaite guérison. Dans les deux autres cas, il y a eu cessation de la douleur, mais on ne sait pas si la guérison a été définitive.
B. Bandelettes emplastiques. — Le corps mobile ayant été porté à la partie supérieure de l'arlirulation et un aide l'y fixant , le
2't8 OPÉRATIONS qu'on PRATIQUE SUll LCS ARTICULATIONS.
chirurgien applique au-dessous de lui une bandelette de sparadrap qui Tempêche de quitter le point où on l'a repoussé. Pour plus de solidité, on ajoute d'autres bandelettes qui s'entrecroisent a\'ec la première, mais qui toutes passent au-dessous du corps étranger.
Exlraclion des corps étrangers. — Le malade étant étendu sur son lit, on lui fait alternativement étendre et fléchir la jambe, pour déplacer le corps mobile et l'amener à la partie supérieure de l'articulation : à son côté interne, suivant Boyer; à son côté externe, près de la tête du péroné, suivant M. Syme. Dès qu'on Ta senti au travers des parties molles qui le recouvrent, on le pousse en haut et en dedans sur la limite extrême de la membrane synoviale, où le chirurgien le fixe solidement entre le pouce et l'indicateur de sa main gauche. Prenant alors de la main droite un bistouri qu'il tient comme un couteau à découper, il fait , dans la direction de la longueur du membre, une incision qui arrive du premier coup jusqu'au corps étranger. La membrane synoviale ayant été ouverte dans une étendue un peu supérieure au plus grand diamètre du corps mobile, celui-ci sort par cette plaie à travers laquelle le poussent les doigts de la main gauche du chirurgien qui le fixaient au moment de l'incision.
Si cette pression était insuffisante pour le faire sortir, on l'extrairait avec une pince à disséquer.
On recommande expressément de ne pas contondre les bords de l'incision , qui pourraient , dans ce cas , devenir le point de départ d'une inflammation suppurative.
Au lieu d'inciser sur les parties molles qui correspondent directement au corps étranger qu'on veut extraire , la plupart des chirurgiens, depuis Desault, ont donné le conseil de faire tirer la peau pour que l'ouverture qui lui est faite ne corresponde plus à l'incision de la membrane synoviale. Je ne partage pas l'opinion de M. Malgaigne, qui dit que cette précaution n'est point aussi importante quon le croirait, puisque la plaie extérieure doit être réunie par première intention. Je crois que M. Malgaigne a répété ce jugement de Boyer sans y réfléchir : car si Ton déplace la peau , si l'on détruit le parallélisme entre les incisions externe et interne, ce n'est pas seulement pour empêcher l'entrée de l'air dans l'articulation, mais aussi, ce me semble, pour s'opposer à ce que les liquides qui pourraient suinter de l'intérieur de la membrane synoviale soient un obstacle à la réunion par première intention, en venant au contact do la plaie extérieure. C'est cette pensée qui m'engage à faire tirer la peau en bas et un pou en dedans (comme Bromiiokl), pour qu'elle soit incisée plus