‹ Éléments de chirurgie opératoire ou traité pratique des opérationsChapitre 109 sur 213 · NERF SCIATIQUE · texte numérisé non relu

NERF SCIATIQUE

A sa sortie du bassin, le nerf sciatique est situé entre le bord

inférieur du muscle pyramidal et le muscle jumeau supérieur ; de j

là il descend verticalement entre le grand trochanter et la tube- \

rosité de l'ischion, où il est recouvert parle muscle grand fessier. |

Au milieu de la cuisse, il est au centre des muscles de la ré- \

gion postérieure, dans l'écartement desquels il apparaît au haut i

du creux du jarret. Dans ce dernier point, il est placé entre le !

muscle biceps qui est en dehors et le muscle demi-membraneux qui 1 est en dedans.

Opération. — C'est au moment où le nerf sciatique vient se l

placer entre le biceps et le demi-membraneux, c'est-à-dire à la i

jonction du tiers inférieur avec les deux tiers supérieurs de la i

cuisse, qu'il est le plus facile de le découvrir et d'en faire la section, ,

Dans ce point il est éloigné des vaisseaux qui vont obliquement I

de l'anneau du troisième adducteur vers le milieu du creux poplité, ,

tandis qu'il descend verticalement; d'un autre côté, il n'est là ■

séparé de la peau que par l'aponévrose qui l'enveloppe avec les i

muscles, et enfin ce n'est généralement qu'un peu plus bas quil se ! divise en nerfs sciatiques poplités interne et externe.

Le malade étant couché sur le ventre, faites une incision longue |

de 10 centimètres, allant de l'union du tiers inférieur avec les J

deux tiers supérieurs de la cuisse dans la direction du milieu du i

creux poplité ; incisez la peau , le tissu cellulaire sous-cutané, j

l'aponévrose d'enveloppe; pénétrez entre les muscles biceps et |

demi-membraneux , et , quand vous apercevrez le tronc du nerf j

sciatique, soulevez-le sur le doigt indicateur de la main gauche, j

et coupez-le d'un seul coup. |

Appréciation. — J'ai dit d'une manière générale ce que je j

pense de la section des nerfs ; aussi pourrais-je me dispenser d'ap- |

précier en particulier celle du nerf sciatique ; mais comme après i

cette opération, pratiquée pour la première fois par M. Malagodi. i

de nombreux accidents n'empêchèrent pas, dit-on, les mouvements j

de se rétablir dans le membre que la section du nerf avait long- j

temps paralysé (Velpeau) , j'ai besoin de dire quelques mots sur j

cette opération. |

Personne ne niera qu'une névralgie sciatique ne puisse avoir sa j

source au-dessus du point où le nerf est accessible aux instru- ij

ir.ents du chirurgien, et, dans ce cas, l'opération ne pourra avoir d'autre conséquence que d'ajouter une infirmité à une douleur. Mais je suppose que la section de ce nerf guérisse la sciatique, est-ce qu'un chirurgien aura la conscience bien tranquille après avoir paralysé du sentiment et du mouvement tout un membre qui devient pour le malade une infirmité cent fois pire que celle qu'on eût produite par une amputation de la cuisse? Qu'on ne dise pas que les nerfs, en se cicatrisant, rendent le mouvement aux parties auxquelles ils se distribuent, parce que les expériences sur certains animaux ne prouvent pas grand'chose pour l'homme. Je ne nie pas qu'un peu de sensibilité et de motilité ne puisse reparaître, longtemps après la section d'un nerf mixte ; mais il n'est pas un médecin qui osât assez compter sur un pareil résultat pour se soumettre à la section du nerf sciatique.

Si je suis bien informé, M. Malagodi n'est pas le seul chirurgien qui ait pratiqué cette opération. M. J. Jobert, alors qu'il était chirurgien de Ihôpitai Saint-Louis, aurait eu recours à la section du nerf sciatique chez un malade qui ne tarda pas à succomber.

Comme l'observation n'a pas été publiée, on serait en droit de supposer que l'autopsie n'a pas été très favorable à l'opération. Il pourrait se faire pourtant que mes souvenirs ne fussent pas exacts ; car ce chirurgien qui parle dans son livre de la section du nerf sciatique d'un lapin, et que personne n'accusera d'être ennemi de la publicité, n'eût pas voulu qu'un fait aussi intéressant que rare fût perdu pour la science. Quoi qu'il en soit, je puis assurer qu'un autre chirurgien a coupé le nerf sciatique en pratiquant la résection de la tête du fémur, et que le malade est resté paralysé.

A quoi bon d'ailleurs ces opérations sur le nerf sciatique? Si vous attaquez ce nerf pour guérir une névralgie, il faut, pour avoir quelque chance de succès, en opérer la résection, et dans ce cas il est bien évident qu'on ne doit pas compter sur le rétablissement de la motilité. Qu'on résèque un nerf de sentiment, passe encore, mais un nerf mixte qui donne le mouvement à un membre, je ne le comprendrai jamais! Il ne faut pas même s'imaginer qu'on peut sans inconvénient faire la section d'un nerf de sensibilité; car après celle du nerf dentaire inférieur, par exemple, le malade est sans cesse trompé par ses sensations : il serait tenté de croire qu'un verre qu'il porte à sa bouche est cassé, et, comme la sensibilité de la membrane muqueuse buccale ne l'avertit plus do l'exi.stonce des matières alimentaires entre la lèvre paralysée et l(!S dents correspondantes, il laisse ces substances s'accumuler en ce point. Co no sont pas pourtant les accidents de ces opératioiis

262 OPÉRATIONS qu'on PRATIQUE SUR LES MUSCLES.

et les infirmités qu'elles entraînent qui les ont le plus discréditées, c'est qu'elles guérissent rarement le mal qu'elles sont destinées à faire cesser. M. Velpeau cite un homme de quarante-cinq ans qui, pour un tic douloureux, avait subi successivement la section et l'excision de tous les nerfs de la face sans aucune espèce d'avantage. Le malade auquel M. Warren excisa les nerfs frontal, sous-orbitaire et facial, ne fut pas guéri : si tous les chirurgiens racontaient leurs insuccès à la suite de la section des nerfs, le nombre des victimes dirait assez ce qu'il faut penser de pareilles opérations.

Page 1