OPÉRATIONS SUR LE TESTICULE ET SES ENVELOPPES
Depuis la découverte de la propriété anesthésique du chloroforme, la douleur ne peut plus être un argument contre le procédé de la ligature en masse ; ayant éprouvé que les vaisseaux coupés peuvent se rétracter très loin dans le canal inguinal, quand une partie du cordon est encore intacte, je pense qu'il est toujours prudent de faire tenir le cordon par un aide, tant qu'on n'a pas fait la ligature de tous les vaisseaux. Comme il est arrivé d'ailleurs que la rétraction s'est opérée même entre les doigts d'un aide, la ligature en masse, faite avant la section, me paraît le procédé le plus sûr. M. Velpeau dit l'avoir vu pratiquer plus de cent fois, sans qu'il en soit jamais résulté d'inconvénients.
B. Hydrocèle.
Il ne sera question ici que de T hydrocèle par épanchement, qui comprend : 1 ° l'hydrocèle limitée à la tunique vaginale, 2" l'hydrocèle congénitale dans laquelle la tunique vaginale communique avec la cavité du péritoine.
A. Hydrocèle vaginale. — On opère cette hydrocèle par ponction et injection, par incision^ par excision, par le séton^ par la cautérisation et par V électro-puncture .
'\° Ponction et injection. — Le malade étant couché sur le bord de son lit. de manière qu'un aide puisse se tenir entre ses jambes, le* chirurgien, placé à la droite du malade, saisit la tumeur à pleine main, et s'étant assuré du point occupé par le testicule, il prend de la main droite un trocart et le plonge, de bas en haut, à travers la paroi antérieure de l'hydrocèle , en hmitant , avec l'indicateur étendu vers la pointe de l'instrument, la profondeur à laquelle il croit convenable de pénétrer.
Soutenant alors la canule du trocart, avec deux doigts de la main gauche , il en retire la lame pour donner issue à la sérosité qui constitue l'hydrocèle. Pour que la tunique vaginale se vide complètement , on presse le scrotum comme si l'on voulait exprimer l'eau d'une éponge ; mais ce temps de l'opération exige la plus grande circonspection, parce qu'il est souvent arrivé que la canule ayant été repoussée hors de la cavité vaginale par cette pression , le liquide de l'injection a pénétré entre les enveloppes du testicule et les a spha celées.
L'opération est terminée, si l'on n'a voulu que faire la ponction de l'hydrocèle et en évacuer le liquide ; mais comme cette opération est presque toujours insuffisante , on complète le traitement en faisant une injection dans la tunique vaginale, qui était le siège de
répanchement. Pour cela, ayant rempli une seringue avec de la teinture d'iode étendue de trois fois autant d'eau, ou avec du gros vin, à la température de 36 degrés centigrades, on adapte la canule de cet instrument à celle du trocart, et l'aide pousse l'injection , pendant que le chirurgien maintient la canule et veille à ce que son extrémité libre ne touche pas une des parois de la cavité. Pendant ce temps de l'opération, il est bon qu'un autre aide comprime la racine de la tumeur au niveau de l'anneau inguinal externe, pour s'opposer à la pénétration du liquide dans le ventre, dans le cas où la tunique vaginale viendrait à se rompre.
L'injection distendant suffisamment la tunique vaginale, l'aide retire la seringue, et à ce moment le chirurgien applique vivement la pulpe de son indicateur gauche sur l'orifice de la canule du trocart, pour s'opposer à l'écoulement du liquide injecté.
Lorsque la matière de l'injection a séjourné pendant deux ou trois minutes, on la laisse sortir, et l'on en refait une autre qui doit rester le môme temps dans la tunique vaginale.
Le liquide s'étant écoulé, on retire la canule, et l'on colle sur la piqûre un petit morceau de sparadrap.
Des compresses trempées dans un liquide résolutif, vin ou teinture d'iode, sont ensuite appliquées sur le scrotum, que soutient l'anse d'une compresse dont les chefs sont attachés à un bandage de corps.
L'inflammation qui suit cette opération reproduit, dès le lendemain , une quantité très notable de sérosité qui disparaît d'ellemême. La guérison est ordinairement complète du vingtième au trentième jour.
Cette opération est facile, mais cette facilité ne doit pas dispenser l'opérateur de la faire avec la plus grande attention , car on a vu les hommes les plus expérimentés laisser sortir la canule de la cavité de la tunique vaginale, et injecter le liquide dans le tissu cellulaire qui unit entre elles les enveloppes du cordon. Cet accident dépend, suivant moi , dans un certain nombre de cas, de ce que la tunique érythroïde a conservé une grande force de rétraction qui s'exerce à mesure que l'évacuation du liquide s'opère, tandis que dans les cas les plus ordinaires, la distension de cette membrane en fait une poche inerte au moment de l'opération. Quand cet accident a lieu, on le reconnaît à l'impossibilité où l'on est de faire sortir la matière injectée. Pour s'opposer à la gangrène des bourses , il est alors prudent de pratiquer aussitôt de larges incisions au scrotum, et aux tuniques sous-jacentes.
M. Dupieris (de la Havane) pense qu'on peut se contenter d'injecter quelques grammes d'alcool que l'on abandonne dans la