PANSEMENT DES AMPUTATIONS
Les caillots de sang ayant été enlevés avec une pince, avec les doigts ou avec une éponge, on lave avec de l'eau tiède les parties voisines de la plaie qui ont été salies par le sang: puis, les ligatures ayant été réunies en un ou deux faisceaux et enveloppées dans un pli de sparadrap dont une partie les fixe à la peau voisine de l'un des angles de la plaie, le chirurgien rapproche les parties molles ou les tient écartées, suivant qu'il veut obtenir une réunion par première ou par seconde intention.
§ 1. — Rénîiioii imoîédiate ou par première intention.
Pour obtenir une réunion par première intention, il faut que les bords de la plaie soient rapprochés et maintenus en contact. Les moyens de contention ne sont pas les mêmes pour tous les chirurgiens : pendant longtemps on s'est servi, dans ce but, de bandelettes emplastiques qui, de nos jours, sont encore généralement employées dans les hôpitaux de France. Je préfère à ces bandelettes la réunion au moyen de la suture, parce que la suture, seule, peut maintenir solidement et sans constriction les parties mises en contact, et parce que les bandelettes emplastiques se collent mal sur la peau encore humide ou froide du moignon ; parce qu'enfin, si elles restaient collées, elles auraient encore l'inconvénient de laisser, quand elles tombent, la peau couverte de matières emplastiques qui ont été considérées par les chirurgiens mêmes qui y ont recours comme prédisposant à Férysipèle et de nature à gêner la nutrition de la peau.
Des chirurgiens anglais, Liston entre autres, conseillent la suture à points séparés. Je pense qu'on peut employer cette suture dans les amputations dans lesquelles les lambeaux n'ont que peu de tendance à se séparer; et, encore, depuis que Vidal a inventé les serres-fines, je les emploie plus volontiers en pareil cas ; mais j'ai toujours recours à la suture entortillée., ou même à la suture enchevillée., lorsc^u'il faut maintenir en contact des lambeaux qui sont sollicités en sens inverse.
Quand on cherche à obtenir la réunion par première intention au moyen delà suture, il faut se contenter de recouvrir le moignon avec des compresses imbibées d'eau froide, et même, siunegrande réaction se produit, on doit ajouter à ces compresses une vessie remplie de glace, qu'on fait reposer doucement contre le moignon.
RÉUNION PAU PREMIÈRE Eï PAR SECONDE INTENTION. 95
Si, au contraire, on se sert de bandelettes, il faut les recouvrir d'un linge troué qu'on a graissé de cérat, et appliquer par-dessus des plumasseaux de charpie qu'on maintient avec des compresses longuettes, qui elles-mêmes sont fixées par des tours de bande roulée.
Quand on emploie les serres-fines, on ne doit jamais les laisser plus de vingt-quatre heures en place; tandis que les épingles dont on se sert pour la suture entortillée doivent rester pendant quatre ou cinq jours. Les fils de suture enchevillée et à points séparés ne sont généralement enlevés que du cinquième au sixième jour. Dans tous les cas, il est bon de ne pas enlever le même jour toutes les aiguilles ou tous les fils. Les bandelettes emplastiques doivent être continuées jusqu'au moment où la réunion semble parfaitement , consolidée.
Appréciation. — Je suis convaincu que, dans l'immense majorité des cas, la suture, l'eau froide ou la glace constituent le pansement par excellence des grandes plaies. Le cérat et le diachylon me paraissent si nuisibles dans le pansement des amputations, que je leur attribue l'insuccès des chirurgiens qui, y ayant recours, disent n'avoir jamais obtenu la réunion par première intention.
§ 2. — Réunion par seconde intention.
Quand on juge à propos de recourir à la réunion par seconde intention, on peut rapprocher les lèvres de la plaie ; mais, le plus ordinairement, on interpose entre elles des boulettes ou des plumas seaux de charpie recouverts de cérat ; ou bien on met de la charpie sèche par-dessus un linge fin troué et cératé, qu'on applique sur le fond de la plaie. Quelques chirurgiens français n'imaginent rien de supérieur à un pareil traitement !
Dans les deux cas, des gâteaux de charpie sont ajoutés pardessus les plumasseaux, et le tout est maintenu au moyen de compresses longuettes, qui se croisent sur les bords de la plaie et (lu'une bande roulée fixe solidement. '
Au lieu de la bande roulée, on peut se contenter d'appliquer le moignon sur un mouchoir plié en triangle (Mayor), dont la base correspond a la racine du membre qu'elle entoure, et dont la pointe est ramenée d'arrière en avant sur l'oxlrémitédu moignon et lixéo au moyen d'une épingle sur l'entrecroisement des deux autres extrémités du mouchoir.
Appréciation. — Depuis longtemps je n"ai plus recours à la rétmion pnr seconde intention que dans les cas où la réunion par
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première intention n'a pas réussi, et encore je me garde bien de bourrer la plaie avec de la charpie, et je n'emploie le cérat qu'autant que les bourgeons charnus ne fournissent pas assez de pus pour empêcher les bords de la plaie de s'agglutiner aux pièces du pansement. Un linge troué et cératé, qu'on recouvre de plumasseaux de charpie, est alors suffisant.
Quelle que soit la réunion à laquelle on ait recours, il est prudent de ne procéder au pansement que lorsqu'on sest bien assuré qu'aucun vaisseau ne donne plus de sang. Dupuytren conseillait même d'attendre une demi-heure. Ce conseil est surtout utile quand on veut obtenir la réunion par première intention, que le moindre caillot pourrait empêcher.
Lorsque le pansement est terminé, le malade doit être reporté doucement dans son lit, et il faut que le moignon repose sur un coussin monde balle d'avoine. Tant qu'il n'y a pas de suppuration, le membre doit être incliné de manière que sa racine soit moins élevée que son autre extrémité. Si la suppuration s'établit, on doit disposer le moignon de façon que le pus s'écoule facilement.