VOIE LACTÉE
pauvres en étoiles et dessinent sur le ciel des réseaux irrégulièrement lumineux. On trouve même, jusque dans Tintérieur de la Voie Lactée, des espaces obscurs où il est impossible de découvrir une seule étoile, fût-elle de dix-huitième ou de vingtième grandeur. A l'aspect de ces régions absolument vides, on ne saurait se défendre de Tidée que le rayon visuel a pénétré réellement dans l'espace, en tra-' versant l'épaisseur entière de la couche stellaire qui nous environne.»
Dans un grand nombre de ses points, la zone nébuleuse a été complètement résolue, de sorte que les étoiles s'y projettent sur un fond noir, absolument dépourvu de toute nébu losité. Mais dans d'autres régions, derrière les étoiles, on aperçoit encore une lueur blanchâtre qui montre que dans ces directions la Voie Lactée est réellement impénétrable.
La Voie Lactée, avons-nous dit, se déroule sur le fond du ciel, à peu près le long d'une circonférence de grand cercle do la sphère étoilée, abstraction faite, bien entendu, des irrégularités de sa forme et des inégalités de largeur qu'elle présente. Néanmoins, elle divise la \oûte céleste en deux parties qui n'offrent pas tout à fait la même étendue, la plus petite des deux étant celle qui renferme les Poissons, la Baleine, ou si l'on veut les constellations voisines du point équinoxial du Printemps.
Il résulte évidemment de cette apparence générale, que la Voie Lactée entoure de toutes parts le lieu que le Soleil occupe dans l'espace.
C'est à peu près au centre de cette gigantesque agglomération d'étoiles, vers le milieu de l'épaisseur, et près de la région où a lieu la séparation de la zone en deux couches ou lames principales, que se trouve, perdu dans ce tourbillon de mondes, notre petit monde solaire, dont les dimensions nous ont semblé d'abord si grandes, qu'un second aperçu de l'univers stellaire nous a montré comme une étoile de second ou de troisième ordre, et qui maintenant se trouve n'être plusf qu'un atome dans la poussière lumineuse de la Voie Lactée.
La position du Soleil dans la zone rend compte de l'aspect général de tout le firmament, et démontre en outre que toutes
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les étoiles (à et là disséminées, et en apparence éloignées de la grande nébuleuse, en font vraisemblablement partie.
En effet, quand du point oii nous sommes situés, le rayon visuel est dirigé dans le sens de la longueur de la couche stellaire, il rei^contrè des files pour ninsi dire indéfinies d'étoiles et d'amas d*étoiles, qui donnent à la Voie Lactée sa densité et son éclat maximum. Si, au contraire, l'œil regarde dans des directions de moins en moins inclinées, le rayon visuel traverse des couches de moins en moins épaisses, et la densilé doit décroître avec une grande rapidité. Enfin, dans le sens perpendiculaire à l'épaisseur de la couche, les
Fig. 157. Coupe géométrique tle la Voie Lactée. Position du Soleil d'après Herschel.
étoiles doivent paraître dispersées, comme cela a lieu dans les parties du ciel les plus éloignées en apparence de la grande zone nébuleuse, c C'est ainsi, dit J. Herschel, dans ses OiUlines of Astronomyy qu'on voit une faible brume répandue dans l'atmosphère en couches d'une mince épaisseur, paraître à l'horizon comme un banc nébuleux d'une densité très-prononcée, par le simple effet de l'accroissement rapide du rayon visuel. »
La figure 157, qui représente d'après les vues d'Herschel, une coupe de la Voie Lactée , perpendiculaire à son épaisseur et dans le sens du grand diamètre qui passe par le
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lieu da Soleil, rend Texplicatioii précédente très-aisée à concevoir.
£û comparant Téclat photométrique des étoiles des divers ordres de grandeur, avec l'ordre des distances probables, W. Herschel est arrivé aux plus étonnantes considérations sur les dimensions de la Voie Lactée.
Les étoiles visibles à l'œil nu comprennent, on le sait, les six premiers ordres de grandeur. L'illustre astronome de Slough établit qu'en moyenne celles du sixième ordre, c'està-dire les plus petites étoiles visibles à l'œil nu, sont 12 fois plus éloignées que les étoiles de première grandeur. Partant de là, et calculant la puissance de pénétration de ses télescopes dans l'espace, il arrive à cette conséquence, qu'il aperçoit dans les profondeurs du ciel des étoiles situées à une distance 2300 fois plus considérable que la distance moyenne des étoiles de premier ordre. Et cependant, Herschel reconnaissait que l'étendue visible de la Voie Lactée, dans certaines de ces régions, ne faisait qu'augmenter avec la puissance des instruments, que même son grand télescope de 40 pieds ne parvenait point aux limites de la nébuleuse qu'il déclare insondable.
Maintenant, qu'on se rappelle la dislance efi'rayante oii nous sommes déjà de l'étoile la plus rapprochée de notre monde, distance telle que la lumière met des années à la franchir, et l'on arrivera à ce résultat prodigieux, que la I Voie Lactée, dans la direction des plus lointaines régions j accessibles à notre vue, exigerait pour être traversée de part en part par un rayon lumineux, plus de dix mille années. Ainsi, lorsque mettant l'œil à l'oculaire d'un des grands instruments d'astronomie, nous percevons sur le fond noir du ciel les points lumineux les plus faibles, nous recevons sur notre rétine l'impression d'un mouvement ondulatoire, parti, il y a dix mille ans, de la masse incandescente de soleils pareils au nôtre, et Ëdaant comme lui partie du même groupe nébuleux.
Évaluant l'épaisseur de la Voie Lactée, d'après sa largeur apparente, Herschel arrive à ce résultat que cette épaisseur est environ 80 fois plus grande que la distance des étoiles
de première grandeur. Ainsi, la couche stellaire déborde de beaucoup, dans ce sens, l'étendue de la vue simple. D'ob résulte cette conséquence, déjà énoncée plus haut, que < nonseulement notre Soleil, mais toutes les étoiles que nous pouvons voir à Toeil nu, sont profondément plongées dans la Voie Lactée et en font une portion intégrante^ »
t. Struve, Éiudeë d'astronomie s^tUaire,
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