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GROUPEMENTS ET IMPERFECTIONS DES CRISTAUX

106. Groupements accidentels. — Les cristaax simples que nous avons étudiés jusqu'ici sont toujours des polyèdres convexes. Lorsqu'on rencontre des angles rentrants, on peut être certain d'avoir affaire à des groupements d'individus cristallins distincts.

Quelquefois ces groupements sont absolument fortuits. Deux ou plusieurs cristaux qui ont pris naissance en des points plus ou moins éloignés, arrivent en se développant indépendamment les uns des autres à se rencontrer et à se souder. Leur position relative est tout à fait arbitraire, et leur étude ne présente pas d'intérêt spécial.

107. Groupements parallèles. — Mais dans beaucoup de cas, les individus cristallins sont accolés dès le début de leur formation, ou bien un cristal commence à se former en un point de la surface d'un autre cristal. Si les forces moléculaires sont tout à fait libres d'agir, les deux cristaux se développent alors parallèlement, l'un n'est en quelque sorte que la continuation de l'autre, bien que leurs surfaces puissent rester distinctes, et même présenter des formes différentes, s'il ne se sont pas déve-

GBOUPEHENTB ET IHPEBFECTIONS. 133

loppés simultanément. Les cristaux individaels peuvent être minces et allongés et le minéral apparaît alors comme an ensemble de fibres parallèles.

108. Hâcles. — Souvent aussi, aartout lorsque la cristallisation est pins ou moins gênée, les molécnles n'obéissent pas complètement aux forces qoi les sollicitent et se placent, relativement aux molécules qui sont déjà déposées, non pas parallèlement, mais seulement symétriquement par rapport à nn plan. Le groupement prend alors le nom de mâde ou hémitropie ' . Le plan par rapport auquel les deux cristanx sont symétriques est appelé filan de mâde, et l'on peut se représenter commodément leur position relative en supposant qu'un individu unique ait été coupé en deux suivant le plan de m&cio, et que l'une des moitiés ait ensuite tourné de 180° autour d'un axe de mâcle perpendiculaire à ce plan. U est clair que cette supposition n'a aucune signification réelle et n'est qu'un moyen géométrique de concevoir le groupement.

109. Le plan de mâcle est le plus souvent 1 nne face possible du cristal. Exemples :

Fig. 243. Deux cristaux de gypse, en prismes | rhomboldaux obliques, sont. accolés symétriquement par rapport à nne face (100); leurs plans 1 de symétrie coïncident, leurs arêtes verticales sont parallèles, mais ils sont placés comme i l'un d'eux avait tonmé de 180° autonr d'une ng. zta.

* Le mot de mâde a été introduit par RoHi di Lisli, Crietattographie, Paris 1783, I, 93; celui dftimitropit par EUtlT, TraiU de minéndogie, Paris 1801, I, 103.

Pour la elaaiificatioD et la théorie moléculaire des groupements cristallins, TOjei Brâtais, Étudtê efigtaUographiquee ; Malurd, Bidl. Soc. min. 1885, TUI, 462; 0. TscaxRxu, Ttdterm. Mitth. 1879, U, 4.99; Schdstir, ZeitmA. f. Kriftt. 1887, %U, lU.

131 CBIBTALLOGKAPBIB aÉOMÂTSHtDB.

droite coQtenne dans le plan de symétrie et perpendicolaîre aux arêtes h.

Fig. 244. Deoz octaèdres de spineUe sont joints symétriquement par rapport & une face de l'octaèdre.

Kg. J«.

Kg. 2*8.

Fig. 245. Deux scalénoèdres de caicUe sont joints symétriquement par rapport à la base du prisme hexagonal.

Fig. 246. Deox prismes biobliques d'albite sont m&clés parallèlement à nue face (010) dn prisme. Les deux faces j) et j/, inclinées en sens inverse, forment nne sorte de gouttière i, la partie supérienre.

Il arrive quelquefois aussi que le plan de m&cle est perpendiculaire à une arête possible du cristal, sans être Ini-méme nne face possible ; la iiiâcle d'auorthite figorée an paragraphe suivant en offre nn exemple' ; on que le plan de mâcle soit perpendiculaire h nne face possible et parallèle à. une arête possible. Ces deux cas sont beaucoup moins fréquents que le premier.

110. Dans les exemples qui viennent d'être donnés, le plan de mâcle se trouve être en même temps le plau de jonction des dens cristaux i^mâcles par juxtaposition). Mais ce n'est là qu'un cas très particuher; souvent les cristaux, symétriques par rap-

' G. vosc RiTB, Pogg. Ann. 1869, CXXXVIII, 449.

OROUPRUKNTS ET IHPEaFECTlONS. 135

port ion certain plan, sont juxtaposés suivant an antre plan, on même enchevêtrés complètement l'an dans Tantre (màcles par pénétration). Exemples :

Fig. 247. Denx cristaox tricliniqnes d'anorthite symétriques par rapport & an pian normal à l'arête op, sout joiots en réalité par nne face (307) indiquée par une ligne ponctuée.

Fig. 347.

Fig. 248. Deux cristaux rhornboïdaux obliques d'orthose, màdés comme les cristaux de gjpse de la fig. 243, sont accolés parallèlement au plan de symétrie, et encUevétrés l'un dans l'antre.

Fig. 249. Deux cubes de fluorine, niâclc'S comme les octaèdres delà fig. 244, se pénètrent complètement.

Fig, 250. Deux prismes rhombiques de staurotide sont orientés symétriquement par rapport à nne troncature sur les angles

136 CBiBTÀLLOflaAPEnE oioidrrBiQtJE.

e faisant avec la base an angle roisin de 45°, et se pénètrent en

formant une croix rectangalaire.

111. Dans les cristanz hémiédriqaes, il arrive sonvent que deux individas, présentant chacun l'une des formes conjngaées, soient associés dans ta position relative qae ces formes ont dans le polyèdre holoédriqae correspondant ' . Exemples :

Fig. 251. Mâcle avec pénétration complète de deux dodécaèdres pentagonaux de pyrite, symétriques l'nn de l'antre par rapport à une face qaelcoQqne da dodécaèdre rhomboldal.

Fig. 252. Màcle avec pénétration complète de deux tétraèdres de diamant, symétriques par rapport à une face dn cabe.

Fig. 253. Màcle avec pénétration complète de deux cristaux de quarti non superposables (§ 94), symétriques par rapport à une face du prisme de deuxième espèce.

Bans ce genre de mâ.cle, le groupement reproduit la symétrie do polyèdre holoédrique.

112. D'autres fois, les deux cristaux hémiédriqaes appari;ien-

' ErgHiizungBEwilliDge de HitDiHant, Handb. d. bestim. Minerolog. Tienne, 1860, 256 ; MAcIbb par hémitropie moléculaire ; Biutiib, Étudta cristalloffrafhiques, 251. Si les deux formea ne sont pas superposables, il n'y a ploa d'axe de m&cle proprement dit: M&cles par inversion molécnlaire; BkjIt*ib,p. 263.

OBOUPBKSKTS ET IMPERFECTIONS. 137

neat toas deux & la même forme conjngnée, et sout infLctés comme le seraient les polyèdres hoioédriqaes correspoodaDts, par Qoe rotation de 180° autonr d'un axe de m&cle. Les polyèdres hoioédriqaes seraient alors symétriques par rappoi-t an plan de mâ^le, mais il peat en être aatremcnt des hémièdres. Exemples :

Fig. 254. Màcle de deax octaèdres développés tétraédriqoement.

Fig. 251. Fig. sas.

Fig. 255. Màcle de deux cristaux de quarts de même espèce, dont ran a tonmé de 180° autour de l'axe principal.

113. Hâcles multiples. Himésle '. — Toos les gronpemeoits que nous venons de voir présentent le caractère commun et général de posséder une symétrie réelle ou apparente plus élevée que celle des cristaux simples dont ils sont formés. L'ensemble des deux cristaux hémiédriques des fig. 251 et 252 reproduit la symétrie du système cubique holoédrique ; le groupement (fig. 243) de deux cristaux rhomboïdaux obliques présente dans son ensemble, non ptos un seul, mais bien deux plans de symétrie.

< Huj.iRi>, Atui. dea Mina, 1B76, X; Thmskiiib, Zeitteh. d. d. geol. 6es., 1879, XXXI, 637; Dn CLOtmnx, Ann. de ehim. 1876, IX, 433; BiDHBAon, Zeit*àt. f. Krygt. 1B60, IV, 187. De nombreux tr&Tans, publiés pendant le> dix dernièrea «iinéeB d^u toos Ub jonrcaux acientiâques, ont montré l'importance dea idées éntiiei inr ce injet par M. Mallard.

138 CKISTALLOGRAPHIE GÂOUÉTBIQmC.

Ce fait acquiert noe grande importauce lorsqae les eristaox màclés sont complètement enchevêtrés, comme dans la fig. 253, le groupement a alors l'apparence d'un cristal miiqae de symétrie pins élevée. Ce phénomène a reçu le nom de tmmésie.

1 14. — En général, d'ailleurs, les groupements ne sont pas aossi simples, mais résultent de la réunion de plusieurs màcles successives. Exemples : Bans le feldspath microdine, la m&cle de la fig. 246 se répète habituellement par la juxtaposition d'une série de cristaux tricliniqnes réunis suivant le même plan de màcle. Les cristaux individuels sont très minces, leurs faces à peine perceptibles sons foi-me de stries sur les faces du cristal total qui offre alors tout à fait la symétrie du prisme rhomboldal oblique ; cette tendance à la symétrie s'accusant même dans le développement des faces secondaires (fig. 256.)

Le carbonate de clianx aragonite cristallise dans le système rbombique ; l'angle des faces antérieures do prisme est de 116° et ne diffère pas beaucoup de l'angle de 120° d'un prisme hexa-

gonal. C'est ce que l'on appelle un cristal h forme limite. Souvent trois de ces cristaux se mâelent par rapport à une face du prisme, de manière à produire un groupement qui est à peu pr^ lin prisme lie.'iagonal (fig. 257).

Dans les cas de ce genre, l'analogie est encore augmentée par

OSODPElUIinV ET UIPERFEimONB. 139

ce qae l'on appelle l&pseud4)symétrie. Un cristal rhombiqne, par exemple, doot les faces fonnent on angle voîsîq de 120°, possède une structure molécnlaire à pea près hexagonale ; cette simititnde de structure entralue très souvent une similitude dans le développement des diverses faces. Â c6té des faces m, b, se développent souvent les faces g, e, qui complètent la symétrie hexagonale (fig. 258). Lorsque plusieurs de ces cristaux sont màclés et enchevêtrés les uns dans les autres, les petites différences d'angles se compensent, et il peut être assez difficile de savoir quelle est la véritable symétrie de l'objet que l'on a entre les mains.

Les cristanx de grcTtat topazolite ont extérienremeut l'apparence du dodécaèdre rhomboldal (fig. 259), mais sont en réalité composés de 48 cristaux tricliniques dont la structure possède à peu près la symétrie cubique, et qui sont groupés autour du centre du crwtal de ^'^' ^'*' telle manière que quatre d'entre eux viennent former chacune des faces du dodécaèdre.

Dans ce cas, les cristanx élémentaires sout distincts et simplement juxtaposés, on pent les reconnaître par an examen optique.

Dans le grenat (nmarotoite, suivant M. Mallard, les quatre cristanx tricliniques aboutissant à une même face du dodécaèdre, seraient complètement enchevêtrés et pénétrés l'an dans l'autre, de façon & donner tm cristal mimétique rhomboidal droit ; le dodécaèdre de grenat serait ainsi formé de 12 cristaux rhombiqnes en apparence. Dans d'autres grenats, entin, ces 12 cristaux rhombiqnes s'enchevêtreraient à leur tour pour donner un cristal résultant qui possède complètement les caractères du système cuhiqne'.

■ Haixuw, toe. cit. — E. Bibtund, Butl. Soc. min. 1881, lY, 12.

1^ ORISTÀLLOOaAPHIB GÉOMÉTRIQUE.

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