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Il semble, d'après le peu que nous savons des États-Unis, que lorsqu'on traverse TOcéan on trouve pourtant des pays où la natalité est aussi faible que la nôtre. Il est vrai que nous n'avons de renseignements que sur les parties les plus peuplées de cette vaste république, et encore ces renseignements sont-ils médiocres. Les États-Unis recrutant surtout leur population parmi les immigrés, peuvent se dispenser d'élever des hommes, puisqu'ils leur arrivent tout faits du vieux monde. La France n'a pas cette ressource, et c'est avec eflroi qu'on doit considérer la faiblesse de sa natalité.
Variations annuelles de la natalité, — Nous avons étudié p. 43 les variations annuelles de la natalité, et nous avons vu qu'elle s'abaisse, à la suite de la nuptialité, lorsque la population subit quelque désastre (guerre, disette, chômage, etc.). La période de crise une fois passée, la natalité devient plus forte qu'elle n'était avant la crise, comme si la population éprouvait le besoin de réparer le temps perdu.
Nous avons vu que, en Suède, l'abaissement de la natalité pendant la désastreuse période 1790-1810 avait eu pour résultat un second abaissement de la natalité en 1825-40.
La natalité s'élève dans les années de prospérité.
Variations lentes de la natalité, — Nous avons étudié les variations de la natalité considérées par périodes décennales, de façon à dégager nos chiffres des fluctuations annuelles. Nous avons vu que la natalité tend à s'élever en Saxe, en Bavière, dans quelques autres pays, tandis qu'elle tend à diminuer sans cesse en Suède et surtout en France.
Natalité légitime. — Elle se calcule d'une façon analogue à la natalité générale : sur 1000 femmes^ mariées de 15 à 50 ans, combien de naissances légitimes (mort-nés compris) en un anl (colonne 7 du tableau 15).
Les différences qui séparent, au point de vue de la natalité légitime, les différents pays (la France étant mise à part) sont moindres qu'au point de vue de la natalité en général ; ce qui signifie que, une fois mariées, 1,000 femmes ont à peu près autant d'enfants dans tous les pays (excepté la France), à savoir, de 250 à 300 par an. Les différences entre la fécondité générale des différents pays tiennent donc le plus souvent à la proportion des femmes mariées (les naissances illégitimes n'apportant jamais qu'un appoint peu important).
Les pays dans lesquels la natalité légitime est forte sont les Pays-Bas, puis le Wurtemberg et la Bavière. Ces trois pays n'ont
qu*uiie proportion d'épouses médiocre, mais les femmes y sont très fécondes (308 naissances légitimes pour 1,000 femmes mariées de 15 à 30 ans, dans les Pays-Bas, 300 en Wurtemberg et 285 en Bavière).
La Belgique, l'Alsace-Lorraine , la Norvège, comptent peu d'épouses, mais elles sont assez fécondes (275 en Belgique, 264 en Alsace-Lorraine, 283 en Norvège). En Italie, au contraire, les épouses sont nombreuses, mais leur fécondité est faible (249). Elle est également faible en Suisse (249), en Autriche (250), en Suède (245) et en Danemark (248).
En Irlande, la proportion des femmes mariées est extrêmement faible, et de plus elles ne sont pas plus fécondes que celles de Suisse.
Mais il s'en faut de beaucoup qu'aucun des pays que nous venons d'énumérerait une natalité légitime aussi faible que la France (173). Les épouses sont nombreuses en France, mais elles sont extrêmement peu fécondes. La France est^ à ce point de vue, le dernier de tous les pays ; l'avant-dernier est la Suède ; entre les deux Técart est considérable (natalité légitime suédoise, 245, — française 173). Cela constitue pour l'avenir de la France un danger dont on ne saurait assez signaler la gravité.
Natalité illégitime. — La natalité illégitime ne contribue jamais que dans une faible mesure à l'accroissement de la population; mais son étude est importante au point de vue du moraliste et au point de vue de l'hygiéniste, car les enfants illégitimes sont soumis dès leur enfance à une mortalité extrêmement élevée.
Du calcul de la fréquence des naissances illégitimes, — Il existe deux méthodes pour calculer la fréquence des naissances illégitimes. L'une consiste à calculer le rapport suivant : sur 1,000 femmes non mariées aptes à concevoir, combien de naissances en un an ? L'autre, moins logique que la précédente, mais plus répandue peut-être, consiste à calculer : sur 1,000 naissances, combien de naissances illégitimes ?
Le premier de ces deux rapports est conforme à la règle générale qui veut que l'on compare les effets à leurs causes productives. Qui produit une naissance illégitime ? C'est une femme non mariée. C'est donc au nombre des femmes non mariées qu'il faut comparer le nombre des naissances illégitimes, et non pas au nombre total des naissances. Car une naissance légitime ne peut contribuer en rien à la production d'une naissance illégitime.
Nous pensons donc que le rapport qui exprime le mieux la natalité illégitime est le suivant : su/r i^OOO femmes non mariées [céliba-
taireSy veuves et divorcées) de 45 à 50 anSy combien de naissances illégitimes (mort-nés compris) en un an ?
De la natalité illégitime dans les diverses nations de l'Europe. — Les considérations précédentes expliquent pourquoi nous avons calculé dans le tableau 15 à la fois la natalité illégitime (col. 11 à 14) et la fréquence relative des illégitimes (col. 17 et 18).
On y voit que les pays où les naissances illégitimes sont le plus rares sont la Serbie, la Russie, la Grèce, llrlande, les Pays-Bas, la Suisse et les quelques Etats américains que nous connaissons.
Dans ces différents pays, la natalité illégitime ne dépasse guère 10 naissances illégitimes pour 1,000 femmes non mariées de 15 à 50 ans.
En France, ce chiffre atteint 17, chiffre qui doit être considéré comme peu élevé. La Belgique 20, TAlsace Lorraine 20, la Finlande 22, la Suède 22, la Norvège 20, le dépassent un peu.
Lltalie a un chiffre notablement plus élevé, 25, mais ce sont les pays allemands, autrichiens et hongrois qui se distinguent par une forte natalité illégitime.
Nous allons passer en revue les causes auxquelles on a attribué les différences que Ton remarque de pays à pays ou entre les diverses provinces d'une même nation.
Prétendue influence de la législation. — On a souvent discuté la question de savoir si la recherche de la paternité multiplie ou diminue la fréquence des naissances illégitimes. Voulant m'éclairer sur ce point, j*ai classé les pays en deux catégories, suivant que la recherche de la paternité y est interdite ou suivant qu'elle y est permise ou prescrite. La Russie ne peut être rangée dans aucune de ces deux catégories, parce que la masse de ce peuple immense y est régie suivant des usages locaux qui ne nie sont pas connus.
Dans la plupart des pays.la recherche de la paternité est prescrite ou permise soit en termes formels par la loi, soit, comme en Espagne, par la jurisprudence. Dans sept pays seulement (France, Alsace-Lorraine, Belgique, Pays-Bas, Italie, Roumanie, Grèce et en outre quelques cantons suisses et quelques provinces prussiennes) la recherche de la paternité est interdite. Parmi eux la Grèce et les Pays-Bas ont peu de naissances illégitimes, maisjion pas moins que rirlande, la Suisse et les quatre Etats d'Amérique sur lesquels nous sommes renseignés.
Parmi les pays où la recherche de la paternité est interdite, nous voyons l'Italie dont la natalité illégitime, sans être considérable,
dépasse celle de TEspagne, de la Prusse, de la Suède, de la Norvège, de la Finlande, les pays allemands et autrichiens lui restant seuls très supérieurs.
La Suisse est un pays particulièrement favorable à une étude de ce genre, puisque les législations les plus diverses se rencontrent sur son territoire. Cependant on ne voit, au point de vue de la natalité illégitime , aucune différence constante entre les cantons soumis au Code civil français et les autres. Dans les uns comme dans les autres les naissances illégitimes sont presque également rares. Bâle (ville) et Genève présentent seuls des chiffres élevés, ce qui tient à ce que leur population est presque exclusivement urbaine.
Ainsi il nous paraît qu'on ne saurait attribuer à la recherche de la paternité ou à son interdiction aucune influence sur la natalité illégitime.
Existe-t-U une relation entre la iiuplialité et la natalité illégitime? — Il semble au premier abord logique que, dans les pays où les mariages sont nombreux, les naissances illégitimes soient rares, et réciproquement
Cependant l'examen des chiffres dp confirme pas cette manière de voir, ainsi qu'on le verra en consultant nos tableaux. (Étudiez notamment la Suisse et l'Irlaude, — la Hongrie, — la Saxe, etc.)
lien est de même lorsqu'on étudie les différentes parties d'un même pays. J'ai calculé la nuptialité et la natalité illégitime pour chaque département de France. Entre les deux cartes qui représentent ces deux faits, il n'y a aucune ressemblance.
Existe t-il une relation entre la fréquence des naissances illégitimes et l'âge au nuiriage? — Cette relation est peut-être plus apparente que la précédente. La Russie, la Roumanie, la Croatie-Slavonie se distinguent par la précocité des mariages et par la faiblesse de la natalité illégitime. Plus de la moitié des hommes qui se marient ont dans ce pays moins de 25 ans. On en peut dire autant de l'Angleterre et même de l'Ecosse et des États américains qui nous sont connus. En Irlande, les mariages, quoique moins précoces, sont assez hâtifs. Or, tous ces pays comptent peu de naissances illégitimes. Au contraire, en Bavière, en Wurtemberg, en Autriche, les mariages sont assez tardifs, surtout ceux des femmes; or, les naissances illégitimes sont fréquentes dans ces pays.
Existe t-il une relation entre la natalité légitime et la natalité illégitime? — Quoique les pays allemands présentent presque tous une
forte natalité légitime et souvent aussi une forte natalité illégitime, la lecture de notre tableau montre qull n'existe entre ces deux natalités aucun rapport constant.
Il semble donc qu'entre la natalité légitime et la natalité illégitime il n'y ait aucune relation.
De la fécondité. — Les pays Scandinaves sont à peu près seuls à relever la fécondité des femmes selon leur âge (tableau 16).
Considérons d'abord la fécondité légitime : elle est à son maximum à Tâge le plus jeune et ne diminue rapidement qu'à partir de 35 ou 40 ans.
La fécondité légitime, il faut l'ajouter, dépend plus de la durée antérieure du mariage que de l'âge de la mère; si la fécondité des femmes mariées est très élevée de 15 à 25 ans, cela tient en grande partie à ce que, à cet âge, la plupart d'entre elles sont nouvellement mariées.
Tableau i6. — Pour i,ooo femmes de chaque groupe d'âge et de chaque catégorie, combien de naissances en un an?
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