ANGLETERRE ET GALLES
poor 1000 babilasti
Accroissement de fait
Excès des naissances sur les décès
(1) Ces chiffres s'apjpliquent respectivement aux périodes 1861-1871 et 1872-80 (Alsace-Lorraine éliminée des calculs). L excès des naissances a été 3,4 pendant la période 1861-1869 et — 7,5 pendant la période 1870-1871.
(2) Depuis 1816 ; ces chiffres sont empruntés au Rûekhliek de M. de Fircks.
Dans Tune et dans l'autre période, la France est (après l'Irlande) le pays où raccroissement de la population est le moindre.
Étudions de plus près encore la fréquence des décès, la fréquence des naissances, et aussi la fréquence des inariages, qui nous expliquera souvent les variations de la fréquence des naissances. C'est année par année que cette recherche doit être faite pour être fructueuse. On en verra les résultats dans le tableau 8 dans lequel nous ne considérons que les trois pays dont l'histoire statistique remonte le plus haut : la Suède, la France, la Prusse (1).
On en déduit les règles suivantes :
I. Toutes les calamités publiques, toutes celles qui rendent la vie plus chère, c'est-à-dire plus difficile à gagner, s'accompagnent immédiatement :
i^ D'une augmentation de mortalité ; 2o D'une diminution de nuptialité ; 3^ D'une diminution de natalité.
La disette et la guerre (toujours accompagnée de disette) se traduisent toujours par ces trois phénomènes. Ainsi, dès qu'un certain nombre de rations disparaissent au banquet de la nature : 1® un certain nombre de convives disparaissent, et 2® de nouveaux convives n'apparaissent pas pour prendre les places supprimées.
II. Si, au contraire, une heureuse récolte, une bonne campagne industrielle ont fait baisser le prix des vivres, on remarque que :
lo La mortalité s'abaisse; 2o La nuptialité s'élève ; S"" La natalité s'élève.
Ainsi, dès que des nouvelles rations sont servies au banquet de la nature, les convives en sont chassés moins violemment par la mort, et surtout des nouveaux convives surgissent rapidement pour occuper les nouvelles places, de sorte qu'elles ne restent pas longtemps vacantes.
III. Après la fin d'une redoutable calamité publique, la nuptialité et la natalité s'élèvent, et la mortalité s'abaisse, sans qu'il soit nécessaire que le prix des vivres devienne faible (1).
(1) Les lois que nous en dédaisons ont été reconnues applicables à tous les pays.
(2) Voir la France et la Prusse après les guerres du premier empire et malgré la clierté de 1817.^
Il suffit, pour que Ton constate ces heureux phénomènes, que la période nouvelle soit moins troublée que la précédente. Un certain nombre de rations avaient été supprimées au banquet de la nature, et un nombre proportionné de convives avaient été expulsés ou ne s'étaient pas présentés. Dès que ces rations sont servies à nouveau, de nouveaux convives surgissent pour les occuper, tandis que d'ailleurs la mort devient moins impitoyable pour les faibles, et les laisse quelque temps encore occuper leur place au festin.
Malthus avait observé que la mort, gardien vigilant, frappe les faibles en temps de disette, mais écrivant à une époque où la statistique n'existait guère, il ne pouvait supposer qu'en réalité la nature est plus clémente qu'il ne le croyait : lorsque les rations diminuent au grand festin de la vie, ^ans doute elle ouvre un peu plus grandes les portes de sortie, mais en même temps, elle rend un peu plus petite la porte d'entrée; en d'autres termes, en môme temps que la mortalité augmenté, la natalité diminue (1).
Si un désastre (guerre, épidémie, disette, chômage) en s'abattant sur un pays, diminue le nombre des mariages pendant le temps où il pèse sur le pays, il est vrai de dire que les années qui suivent sont marquées par une nuptialité toujours très élevée.
En Prusse, les guerres du premier empire sont suivies^ en dépit de la cherté des vivres, d'un grand accroissement de la nuptialité ; la natalité se montre également élevée. L'influence de la cherté ne paraît se faire sentir que lorsqu'elle a cessé, en 1819. Pendant la période calme 1820-29, la nuptialité et la natalité (les deux mouvements sont fidèlement parallèles), s'abaissent quelque peu, sans d'ailleurs cesser d'être élevées comme elles le sont toujours en Prusse; puis survient le choléra en 1831-32, et avec lui, la cherté. La mortalité s'élève tandis que la nuptialité et la natalité descendent. Aussi, en 1833, la nuptialité atteint 9,9, chiffre qu'on ne lui avait pas vu depuis 1820, et la natalité s'élève à 40,9.
Les époques de cherté, d'ailleurs modérée, de 1839-40 et 1842-43, n'ont pas eu d'influence sensible sur les mouvements de population. Mais en 1846-47, le prix des grains s'élève sensiblement, la nuptialité tombe à 8,6 et à 7,7; la natalité diminue pendant trois
(1) Deux autres mouvements de population cootribuent souvent à rétablir Téquilibre de la population et des subsislances (des convives et des rations). Ce sont rémigration et rimmigration. L'Irlande en 1847, la Suède et la Norvège en 1867, frappées par la disette, ont envoyé en Amérique de nombreux émigrants. L'immigration opère en sens inverse, mais dans une mesure moins visible. (Voir le cbapitre relatif aux migrations.)
ans. Dès 1849-51, le prix des grains étant redevenu normal, la nuptialité et la natalité s'élèvent, malgré le choléra, à des taux que Ton n'avait pas observés depuis les années 1833-34 mentionnées cidessus (et qui elles-mêmes doivent de les avoir au choléra de 183132).
Survient alors la désastreuse période 1852-56, où la Prusse est désolée par le choléra et surtout par la cherté des vivres qui devient presque aussi intense qu'en 1817. La nuptialité et la natalité redescendent aussitôt ; dès la fin de la crise, en 1857-58, elles se relèvent l'une et l'autre et atteignent des taux très élevés.
La cherté de 1861-62 et la guerre peu dangereuse soutenue par la grande Prusse contre le petit Danemark n'ont eu sur les mouvements de population aucune influence sensible.
La guerre de f866, à peine plus meurtrière (4,400 tués et 6,300 morts de maladie) jointe à un choléra extrêmement meurtrier, diminua la nuptialité en même temps que la mortalité s'élevait à un taux inconnu jusqu'à ce jour. L'année suivante, malgré la cherté, la nuptialité s'élevait notablement.
La guerre franco-allemande eut sur la nuptialité une influence bien plus déprimante ; elle tomba au taux le plus bas qui soit sur notre tableau. L»guerre fit perdre 30,124 hommes à l'armée prussienne (21,906 tués et 8,218 morts de maladie), mais la variole fit plus de victimes : 59,838 habitants de la Prusse y succombèrent. En 1872-73-74, la nuptialité s'éleva à un taux qu'on ne lui avait pas vu depuis 1816.
En résumé, on voit que la guerre a sur la nuptialité et la natalité plus d'influence qu'aucune autre perturbation sociale ; la cherté des vivres exerce une influence très nettement visible, lorsqu'elle est intense; les épidémies même les plus cruelles, et même lorsqu'elles sont plus meurtrières que la guerre, n'ont pas une influence très apparente.
Sous le premier empire, la nuptialité française dépend surtout des privilèges accordés aux hommes mariés au moment de la conscription. En 1813, les guerres terribles qui épuisaient la nation française engagent un grand nombre d'hommes dans les liens pro tecteurs du mariage, et par une réaction naturelle, la nuptialité s'abaisse l'année suivante en même temps que les naissances augmentaient quelque peu. Les années 1815 et 1816 sont marquées par une assez forte nuptialité que la cherté fait baisser pendant les années suivantes. Les années de cherté 1828,. 1829, 1839 et surtout 1847 sont marquées par un abaissement de lanuptialité, et par suite de la
BerUUon. — 2.