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LA SOUVÊftAÎNETÉ NATIONALE 467
libfô suivant les milieux. Elle peut être dictée par les croyances religieuses, ou produite par l'esprit de tradition; mais p.-irtout elle existe en fait et aucun gouvernement ne pourrait subsister sans elle. Aussi Mirabeau appelait-il « l'opinion publique la souveraine des législateurs* » et le tyran le plus absolu *, Tocqueville écrit de son côlé : « On aurait bien tort de croire que Timmenâe pouvoir du tsar ne fût basé que sur la force. 11 était surtout fondé sur les volontés et les ardentes sympathies des Russes ; car le principe de la souveraineté du peuple résjde au fond de tous les gouvernements, quoi qu'on en dise, et se cache dans les institutions les moins libres' ».
Mais si l'opinion publique est ainsi la force politique primordiale et nécessaire, si elle est la souveraineté de fait, lorsque la souveraineté légale^ réside ailleurs que dans la nalioQ d'où sort cette opinion, celle-ci. ne peut exercer son empire que d'une façon imparfaite, irrégulière ourévolutîonnaire. L'opinion souveraine ne se traduit alors que par des expressions confuses ou par des vœux vagues ou inefficaces : elle ne peut se présenter au souverain légal que sous la forme d'hum blés requêtes ou s'imposer à lui que sous la forme d'une émeute ou d'une révolution. Il y a un manque d'harmonie entre le fait et le droit. Placer, au contraire, la souveraineté légale là oii réside nécessairetnent la souveraineté de fait ou d'opiaion, c'est rétablir l'harmonie, c'est traduire dans le droit aussi exactement que possible le fait inévitable. Reconnaître, organiser et respecter la souveraineté nationale, c'est donner à Topinion publique, force Supérieure, une expression précise, une valeur Juridique, une autorité légale. Pour compléter,
d'ailleurs, oe règne de Topinion, pour préparer son expression juridique, la liberté moderne lui donne aussi d'autres moyens
de sô manifester par l'initiative individuelle : la liberté de la
presse, et le droit de réunion.
1. Çotrtipondance mtn U comte de Mirâèeuu tl /• iHtfntê de tk^artfA, I. 1, p. 355 {8e Dote pour la Cour).