Ortolan, t. I , n
37. — Appréciation de t œuvre de Justinien. — Pour apprécier la valeur de l'œuvre de Justinien , il faut l'envisager d'abord comme travail de codification. Or, il est certain que la pensée première d'une codification des Leges ne lui appartient pas. En ce qui concerne le Jus, il a été mieux inspiré que ses devanciers , car il a rompu définitivement avec l'autorité des prudents investis de la permissio jura condendi, en donnant aux compilateurs le droit de recourir aux écrits de tous les jurisconsultes anciens. Le plus grave reproche qu'on puisse adresser à ce point de vue aux commissaires chargés de ce travail, c'est le manque d'unité de leur œuvre. Ce défaut s'est traduit par des antinomies ou contradictions qu'ils n'ont pas songé à faire disparaître. Il est arrivé aussi qu'ils ont laissé subsister dans leur texte des solutions qui n'étaient plus en vigueur à cette époque. Enfin, reproduisant fidèlement les écrits des jurisconsultes, leurs raisonnements , leurs controverses et leurs doutes mêmes , ils ont fait parler à Justinien le langage de l'interprète et non celui du législateur qui ordonne et ne discute pas. Au lieu d'être originale et une, la codification Justinienne est donc une compilation d'une valeur médiocre, mosaïque de fragments précieux, empruntés à dos œuvres d'art anciennes, soudés les uns aux autres par des praticiens de la décadence (*). Quant au fond même des dispositions du Corpus, si on laisse de côté les emprunts considérables faits au droit ancien, pour ne s'attacher qu'à l'œuvre propre de Justinien , on ne peut nier les mérites de celle-ci. Sans doute, on trouve dans ses constitutions des défauts de rédaction qui caractérisent l'époque, un style où la prolixité et l'emphase le disputent au manque de précision et de logique. Mais, ses décisions s'inspirent d'une assez grande largeur de vues et réalisent des progrès sérieux. Il consacre définitivement la
37. — (1) Si la méthode qui a présidé à la composition du Corpus, et particulièrement du Digeste mérite des critiques , elle a du moins contribué à nous conserver d'importants extraits d'œuvres juridiques, qui, sans les compilateurs , seraient perdus pour nous.