‹ Eléments de géologieChapitre 117 sur 205 · MOYENS l) ÉPREUVE P. CONNAÎTRE (l'AUT. il · texte numérisé non relu

MOYENS l) ÉPREUVE P. CONNAÎTRE (l'AUT. il

sives auxquelles les diverses formations fossilifères ont été déposées.

Or, il y a plusieurs moyens dépreuve pour reconnaître l'âge d'une série donnée de couches. Outre les principaux, qui sont au nombre de trois, et qui consistent dans la superposition, le caractère minéralogique et les restes organiques, un quatrième encore peut quelquefois venir en aide dans cette recherche : c est la présence de certains fragments provenant . d'une roche préexistante, dans les couches soumises à l'observation ; ces fragments suffisant seuls, en l'absence de tout autre témoignage, pour attester l'antériorité de la roche d'où ils proviennent, par rapport à celle qui les contient.

Superposition.— La principale etlapremière manière de déterminer l'âge d'un dépôt sédimentaire, comparativement à celui d'un autre dépôt, consiste dans l'examen de sa position relative. Déjà, il a été établi que, dans une série de couches horizontales, le lit supérieur est le plus récent de tous, de même que celui qui sert de base aux autres est le plus ancien. D'après cela, ne pourrait-on pas comparer une série de couches sédimentaires à une pile de livres d'histoire , entassés successivement les uns sur les autres, à mesure que chaque auteur y a consigné les annales de son temps, et placés de telle sorte que le dernier écrit se trouve toujours immédiatement au-dessus de celui qui renferme le récit des événements de l'époque précédente? De cette manière, une haute pile de chro-

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niques pourrait à la longue se trouver accumulée> en même temps que la position seule de chacune d'elles indiquerait son degré d'ancienneté.

Mais pour en revenir à la croûte de la terre, nous répéterons ici ce que nous déjà dit (Voy. pp. 128, 129), savoir, que dans certaines régions, les lits ont été dérangés de leur gisement primitif, et quelquefois même, renversés tout-à-fait. Un géologue exercé, néanmoins, ne se laisse pas tromper par ces circonstances exceptionnelles. Lorsqu'il rencontre des couches fracturées, courbées, inclinées ou verticales, il sait que Tordre de superposition primitif doit offrir du doute, et dès lors il tâche de trouver dans les lieux environnants quelques coupes dont les couches soient horizontales,, ou à peu près horizontales. S'il réussit dans cette recherche, il en conclut tout naturellement que la fracture, la courbure, l'inclinaison ou le redressementdespremièrescouches ne peuvent avoir une extension considérable, un tel dérangement n'ayant pu s'accomplir sur un très-vaste espace sans laisser des traces manifestes de déplacement et de dislocation.

Caractère minéralogique. — Certaines roches offrent souvent , dans la direction de leurs plans de stratification, les mêmes particularités minéralogiques , sur une étendue de plusieurs milles, ou même de plusieurs centaines de milles ; mais cette uniformité cesse presque immédiatement, quand on vient à les suivre dans une direction opposée. Alors, on peut à peint? pénétrer dans une masse stratifiée jusqu'à la distance

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d'un très-petit nombre de mètres, sans rencontrer une suite de roches calcaires, argileuses et siliceuses, extrêmement dissemblables entre elles. Ces phénomènes conduisent à conclure qu'à différentes époques successives, les rivières et les courants ont déposé dans les mêmes régions, et sur de très-vastes étendues, des sédiments divers dont la nature était subordonnée à celle des matières dont, à telle ou telle époque, ils se trouvaient chargés. Les premiers observateurs furent si étonnés de l'immense étendue des espaces sur lesquels ils pouvaient suivre horizontalement certaines roches homogènes, qu'ils s'empressèrent d'adopter l'opinion qu'à l'origine , le globe terrestre avait été recouvert d'une suite de formations aqueuses diverses, disposées autour de son noyau, à la manière des enveloppes concentriques d'un oignon. Mais bien qu'au fait, certaines formations demeurent continues sur des espaces aussi vastes, ou même plus vastes que la moitié de l'Europe , il n'en est pas moins vrai qu'elles changent souvent de caractère lithologique, ou que leurs limites, pour la plupart, sont extrêmement circonscrites. Quelquefois elles s'amincissent graduellement, comme si le sédiment était venu à manquer dans la direction de cet amincissement ; ou bien elles finissent brusquement, comme si, dans les endroits où elles se terminent ainsi, elles s'étaient trouvées arrêtées tout à coup, par lés bornes de l'ancienne mer ou de l'ancien .lac qui leur servit de réceptacle. Souvent aussi, il leur arrive de changer d'aspect et de composition minéralo-

ou. Mil.) L AGE DES ROCHES AQUEUSES. 31U

jrique, même en suivant une direction horizontale. C'est ainsi , par exemple, qu' une formation calcaire , après être restée calcaire sur un e étendue de cent milles (36 lieues) , devient ensuite de plus en plus arénacée, jusqu'à ce qu'enfin elle passe tout-à-fait au sable ou au grès. A . son tour, ce grès, qui, en servant de prolongement au calcaire, indique qu'il est du même âge, se continue sur un nouvel espace de cent milles, ou même plus.

Restes organiques. — Ce caractère peut, aux mêmes exceptions près, en quelque sorte, que la composition minéralogique, servir de moyen d'épreuve pour reconnaître Tâge d'une formation, ou l'origine contemporaine de deux dépôts si uis en des lieux différents.

Premièrement, lorsque l'on suit les couches dans la direction de leurs plans, on retrouve quelquefois les mêmes fossiles, sinon sur des espaces illimités, du moins sur de très-grandes étendues. Ce résultat pouvait aisément se prévoir ; car, bien que plusieurs espèces d'animaux et de plantes occupent des régions géographiques extrêmement vastes, chaque espèce, toutefois, n'habite, en général, qu'une très-petite partie du globe, hors de laquelle, souvent, elle ne saurait vivre. Mais lorsqu'il* y a diversité dans les fossiles, le caractère minéralogique de la roche reste presque toujours constant ; quelquefois, au contraire, les fossiles conservent leur uniformité, et la nature lithologiqije de la roche varie. De cette manière, on est, pour ainsi dire, certain de pouvoir reconnaître l'origine contemporaine de la même formation, puis-

3*20 moyens d'épreuve p. connaître (i»aut. h

qu'à défaut de l'un des moyens d'épreuve, l'autre existe presque toujours.

Secondement, tandis que les ipêmes fossiles se rencontrent dans des séries de eouches dont l'étendue horizontale embrasse jusqu'à plusieurs centaines de milles, rarement on retrouve en sens vertical, c'est-àdire, transversalement par rapport aux couches, les mêmes débris sur un espace de plusieurs toises, et bien moins encore, de plusieurs centaines de mètres. Ce fait, qui a été vérifié dans presque toutes les parties duglobe, a donné lieu à la conviction la plus intime qu'à des époques successives, les mêmes étendues de terre et d'eau ont été jadis habitées par des espèces d'animaux et de plantes aussi différentes les unes des autres que le sont entre elles les espèces qui, aujourd'hui, vivent aux Antipodes , ou celles qui habitent les zones arctiques, tempéréesetdu tropique. Il paraît que, dès les temps les plus reculés, non-seulement il y a eu constamment à la surface de la terre, d'une part, production de formes organiques nouvelles , et de l'autre, extinction des formes préexistantes ; mais que toujours aussi, certaines de ces espèces ont subsisté plus longtemps que d'autres, en même temps que jamais aucune d'elles n'a été reproduite après avoir disparu de la surface du globe. La loi qui préside à la création et à l'extinction des espèces se trouve parfaitement exprimée dans le vers du poète :

Natura il fece e poi ruppe la slampa— Ariosto. La nature le fit, puis en brisa le moule.

CH.Xlll.) i/age des roches aqueuses. 321

C'est, du reste, cette circonstance qui, en conférant aux fossiles leur plus grande valeur comme moyen d'épreuves chronologiques, leur donne,. aux yeux du géologue, une autorité semblable à celle qui, en histoire, appartient aux médailles contemporaines

L'on ne saurait en dire autant de toutes les diverses variétés de roches; car, quelques-unes d'entre elles, telles que la marne rouge et le grès rouge, par exemple, peuvent tout à la fois se rencontrer au sommet , au milieu, et à la base de la série sédimentaire , offrant , dans ces diverses positions, une si parfaite identité d'aspect minéralogique, qu'il est impossible de reconnaître en elles la moindre différence. Mais outre que des répétitions aussi exactes des mêmes mélanges de sédiment, ayant eu lieu à des intervalles de temps considérables, dans les mêmes points du globe précisément , soient des exceptions assez rares , on peut encore, à l'aide des fossiles et de la position relative des couches, presque toujours éviter de confondre les monuments des temps anciens.

Moyen de reconnaître l'âge relatif des roches sédimentaires par les fragments étrangers quelles renferment quelquefois. — Déjà il a été établi que l'âge relatif de deux roches peut accidentellement se déterminer par des fragments de la plus ancienne renfermés dans la plus récente. Ce moyen d'épreuve devient d'un grand secours, lorsqu'à défaut de coupes qui indiquent nettement Tordre de superposition véritable de deux formations, ou quand, par suite

322 moyens d'épreuve p. connaître (part u ,

de la position verticale des couches dont se composent leurs groupes respectifs, un géologue( ne pourrait, sans cçla, parvenir à établir leur âge relatif. Dans de tels cas, on reconnaît quelquefois que la roche la plus moderne doit en partie son existence à la dégradation de l'autre. Ainsi, par exemple, lorsqu'en une certaine localité on rencontre de la craie avec des silex , et que, dans une autre partie de la même contrée, on trouve une série distincte de couches alternantes d'argile, de sable et de galets, on peut, si quelques-uns de ces galets consistent en silex , et s'il s'y joint , en outre , des coquilles fossiles d'espèces semblables à celles que renferme la craie , on peut , dis-je, se tenir pour assuré que, des deux formations, c'est la craie qui est la plus ancienne.

Le nombre de groupes en lesquels les couches fossilifères peuvent se diviser est plus ou moins considérable, selon les divers modes de classification que suivent les géologues ; mais lorsqu'une fois on a adopté un certain système d'arrangement, on reconnaît de suite que, parmi les différents groupes qui forment la série, quelques-uns seulement se trouvent superposés les uns aux autres dans une même coupe, ou dans un même district.

L'amincissement des couches individuelles ayant été déjà décrit (p. 4-3) , il ne nous reste plus ici qu'à considérer l'amincissement des groupes en masse. Dans le milieu de la figure ci-jointe, laquelle représente sept groupes fossilifères, au lieu d'un nombre

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Fig. 127.

égal de couches, on aperçoit tous ces groupes divers; tandis qu'en raison de l'amincissement de quelquesuns d'entre eux , les nos 2 et 5 manquent à Tune des extrémités de la coupe, de même que le n° 4 manque à l'autre.

En jetant un coup d'œil sur le frontispice, il est aisé de reconnaître que, par suite de la manière discordante dont les couches A reposent sur les groupes anciens, a, b, c, e, f, g, des sections verticales pratiquées en divers endroits de la surface A offriraient des différences très- marquées dans la succession des couches; A reposant ici sur c immédiatement; là, sur g, et ainsi de suite. Or, ces différences sont dues, en très-grande partie, à la dénudation, ainsi que les formations a, b, qui, jadis, s'étendaient bien plus loin vers la gauche, et qui, sans la dénudation, auraient partout été interposées entre A, et les roches e, f, g, en présentent l'exemple. Dans certains cas, l'absence complète, entre deux groupes tels que A et c (voyez le frontispice , d une seule ou de plusieurs formations d'époques intermédiaires, doit être attribuée, non à l'action de là dénudation , mais à ce qu'aucune couche d'un âge intermédiaire ne fut ja-

IHk CLASSIFICATION CHRONOLOGIQUE (PAKT. Il,

mais déposée sur c , soit parce que durant l'intervalle (fui s'écoula entre la formation des groupes c et A , cette région appartenait au continent, soit parce qu'elle faisait partie d'une mer ou d'un lac dans lesquels aucun sédiment ne se trouvait entraîné.

La première chose qu'un géologue doit faire pour se mettre à même de déterminer l'ordre chronologique des groupes fossilifères , est de- se livrer à l'examen d'une coupe isolée offrant plusieurs séries de couches superposées les unes aux autres. Il commencera d'à» bord par suivre ces diverses formations, eu égard à leur caractère minéralogique et à leurs fossiles, d une manière aussi continue que possible, à compter du point de départ; puis, chaque fois qu'il rencontrera de nouveaux groupes, il établira, à l'aide de la superposition, leur âge relativement aux premiers groupes observés, et apprendra ainsi à leur assigner la place qu'ils doivent occuper dans un tableau général.

C'est de cette manière que les géologues allemands, anglais et français, ont déterminé l'ordre des couches dans une grande partie de l'Europe ; et c'est par suite de cette détermination qu'ils ont assez généralement adopté les groupes suivants, dont presque tous ont leurs représentants dans les Iles-Britanniques.

«ES ROCHES AQIKI'SKS.

Groupes de couche* fossilifères observé a dans la partie occidentale de l'Europe, et classés par ordre de série descendante, c'est-à-dire, en commençant par les plu* modernes.

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