ORIGINE DES GALETS ISOLÉS (PART II
mais la rencontre des galets isolés de quartz et de schiste vert, que Ton trouve çà et là dispersés dans la partie sud-est de l'Angleterre, et dont plusieurs ont deux ou trois pouces (5ou6cent) de diamètre, a excité, à juste titre, la plus grande surprise. On se demande comment , si ces galets avaient été apportés par des vagues et des courants, des terres qui jadis bordaient la mer crétacée, dans les lieux où on les voit aujourd'hui, comment, dis-je» il se ferait que ni sable ni limon n'eussent été transportés en même temps dans les mêmes endroits. D'un autre côté, on ne saurait admettre que ces pierres arrondies aient été amenées par la glace, comme les blocs erratiques (*) ; car cette supposition entraînerait celle d'un climat froid durant la période crétacée, et une telle circonstance ne pourrait s'accorder avec la croissance luxuriante des grands univalves cloisonnés, des coraux nombreux, des poissons et des divers autres fossiles de formes tropicales qui caractérisent les formations de cette époque.
Le capitaine Ross ayant trouvé dans l'île Keeling , l'un des massifs madréporiques qui s'élèvent dans l'océan Pacifique, un fragment isolé de grunstein , là où tout le reste était calcaire, M. Darwin en conclut que ce fragment devait avoir été transporté en ce lieu par les racines d'un grand arbre, dans lesquelles, probablement, il s'était trouvé enlacé. A l'appui de cette
(•) Voyez, p. 155.
eu. xv.) QU'ON TROUVE DANS LA CRAIE. 377
supposition il rappelle ce que Chamisso, naturaliste distingué qui accompagna Kotzebue , rapporte à ce sujet, savoir , que les habitants de l'archipel Radack, groupe d'tles à lagunes situé au milieu de la mer Pacifique, trouvent quelquefois des pierres propres à aiguiser leurs instruments, dans les racines d'arbres que la mer rejette sur le rivage (*).
Peut-être objectera-t-on à cela que le bois fossile étant très-rare dans la craie , un tel mode de transport ne peut avoir eu lieu dans la mer crétacée. Quelque rare, cependant, que soit le bois fossile dans cette formation , on y en trouve quelquefois , et cela dans les mêmes parties où se rencontrent les galets , c'està-dire dans la pierre tendre, et à l'état silicifié, dans les silex. L'apparence qu'il offre dans ces cas-là doit faire supposer qu'il a flotté pendant longtemps ; car il est ordinairement percé par des coquilles perforantes telles que les Teredo et les Fistulana (**).
Le seul autre mode de transport qui se présente à l'esprit est celui qui peut s'opérer à l'aide des plantes marines. Le docteur Beck m'informe qu'en Danemark, dans le Lim-Fiord , le Fucus vesictUosus atteint quelquefois jusqu'à la hauteur de dix pieds (S10), et que les branches provenant d'une seule racine forment une touffe de plusieurs pieds de diamètre. Quand les gousses sont enflées, la plante devient si légère qu'elle
(•) Darwin, p. 459. Kotzebue's First Voyage, vol. m , p. 155. (*') Mantell, Geol. or S. E. of England, p. 96.
.178 RÉCIF DE CORAIL CRÉTACÉ. (part, il,
peut alors transporter, en flottant, des pierres poreuses de plusieurs pouces de diamètre, lesquelles sont souvent jetées au loin sur le rivage par les vagues. Le Fucus giganteus, de Solander, si commun dans la Terra del Fuego (la Terre de Feu), atteint, suivant le capitaine Cook, la longueur de 360 pieds (ilOm) , bien que sa tige ne soit guère plus épaisse que le pouce d'un homme. Souvent on rencontre cette plante, flottant en mer et emportant avec elle des coquilles qui s'y sont attachées, à plusieurs centaines de milles des lieux où elle a pris naissance. En 1834, durant le voyage du Beagle, on trouva, dit M* Darwin, dans les canaux intérieurs de la Terre de Feu, quelques Fucus adhérant à de grosses pierres poreuses avec une telle force , qu'à laide de ces plantes les pierres furent enlevées du fond des canaux et transportées à bord , bien que pourtant elles fussent assez pesantes pour qu'une personne seule pût à peine les soulever (*). On a trouvé, dans la formation crétacée, quelques plantes marines fossiles, mais dont aucune ne dépasse des dimensions ordinaires.
Récif de corail crétacé du Danemark, — * Après mètre étendu autant que je l'ai fait sur l'origine de la craie, que tout porte à considérer comme résultant 4e la décomposition de coraux et de coquilles, je crois ne pouvoir pas me dispenser de faire mention d'un certain calcaire jaune . lié intimement avec la craie, et
C) Darwin , p. 303. (Pour plus de détails, voyez p. ihl.)