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CH. XVI.) DE LA FORMATION WEALDIENNE

Fig. 193.

Vallée de Wardonr. Wilts

Hauts. Sus.'cx.

F<>n Wealdienne.

F^n Wealdienne.

toute évidence que les lits se prolongent dans la direction des lignes ponctuées. (Fig. 194.)

Fig. 194.

Hauts. Susses.

Déjà on a donné à entendre que durant l'accumulation du grès vert il s'était opéré un abaissement graduel et une submersion de Ja terre ferme , et que ces circonstances avaient donné lieu à la production de la mer crétacée. Mais la position des terrains wealdiens, et les apparences surtout qu'ils présentent à leur point de jonction avec la formation oolithique sur laquelle ils reposent, conduisent d'une manière bien plus certaine encore à cette conséquence. A l'égard, d'abord, de leur jonction avec les couches supérieures du grès vert inférieur, le docteur Fitton observe que dans la partie sud-est de l'Angleterre , ces dernières reposent en stratification concordante sur l'argile wealdienne

M 2 COUCHE DE BOUE (pabt. il,

sous-jacenle. Rien dans ces formations n'indique donc le moindre dérangement : ce Selon toute apparence , le changement qui eut lieu entre la précipitation des restes d'eau douce et celle des coquilles mannes, est dû tout simplement à un abaissement tranquille des couches qui renferment ces débris, à une plus grande profondeur au-dessous de la surface des eaux (*). »

Couche de boue de Portland, et preuves de l'abaissement de certaines portions de terre ferme. — Le contact des couches de Purbeck, ou division inférieure du groupe Wealdien, avec la pierre de Portland, ou membre supérieur de la formation oolithique, donne lieu à l'observation de très -singuliers phénomènes. Dans l'île de Portland se trouve intercalée entre les deux formations marine et fluvialile, une couche d'une certaine matière noirâtre, que les carriers appellent « Boue, » ou « Boue noire. » Cette couche, qui, suivant toute probabilité, constitua jadis un sol végétal, a de douze à dix-huit pouces (3 à k 1/2 déc. environ ) d'épaisseur; sa couleur est dun brun foncé ou noir, et elle contient une grande proportion de lignite terreux. On y trouve aussi une telle quantité de fragments de pierre arrondis, de trois à neuf pouces (7 à 20 cem* environ ) de diamètre , qu'on serait presque tenté de lui donner le nom de couche de gravier. Plusieurs troncs d'arbres conifères sont enfouis dans cette couche, ainsi que des débris de plantes alliées

(*) Geol of Hastings, p. 28.

cil. xvi.) DE PORTLAND. 413

au Zamia et au Cycas. (Voyez la Figure du Zamia vivant).

Fig. J95.

Zamia spiralis; Australie Méridionale (*).

Ces plantes doivent s'être fossilisées aux lieux mêmes où elles ont vécu. Les troncs des arbres, restés debout, s'élèvent à la hauteur d'un à trois pieds (3 à 9<,écim à peu près); l'un d'eux atteint jusqu'à six pieds ( 1,8 déc environ). Les distances qui, dans le sol, séparent leurs racines les unes des autres, sont à peu près égales à celles qui , dans une forêt moderne, séparent les arbres entre eux (**). C'est immé-

O Voyez Flinder's Voyage.

('•) M. Webster est le premier qui ait signalé la position droite des arbres et décrit la Couche de bouc. Les détails ici donnés sont empruntés au docteur Buckland et à M. De la Bêche, Geol. Trans., Second Séries, vol. iv, p. 1 ; à M. Mante! I , Geol. of S. E. of

414 FORÊT FOSSILE (PART, il,

diatement autour des troncs et des débris des Cycadées fossiles que la matière charbonneuse est le plus abondante (*).

Outre les troncs encore debout, ci-dessus mentionnés , la couche de boue contient aussi des tiges d'arbres sûicifiées et couchées horizontalement , lesquelles sont en partie enfoncées dans la terre noire , et en partie enveloppées par un schiste calcaréo-siliceux, qui recouvre la couche de boue. Ces fragments d'arbres ont rarement plus de trois ou quatre pieds (9 à 12 dicim environ) de longueur; mais en en réunissant plusieurs ensemble, on est parvenu à rétablir des troncs entiers; dont la longueur s'élève de 20 à 23 pieds (6 à 7 "* env.) depuis la racine jusqu'aux branches. Ces troncs ne forment qu'une seule tige jusqu'à la hauteur de 17 ou 20 pieds (5 à 6ra), point auquel ils se bifurquent. Près des racines , leur diamètre est d'un pied (3 dùcim •) environ (**). Le professeur Henslow a observé des cavités en forme de racines , qui , s'étendant depuis la partie inférieure de la couche de boue jusque dans la pierre de Portland sous-jacente, indiquent que les lits supérieurs du calcaire de Portland, bien qu'actuellement solides, étaient dans un état de mollesse et de

Kngland , p. 336 ; et au docteur Fitton , Geol . Trans . , Second Séries, vol. iv, p. 220. '

(*) Fitton , ibid , pp. 220, 221 .

(**) Fitton , ibid. , pp. ibid.

eu. XVI.) DE L'ILE DE P01TLAND. M5

pénétrabilité à l'époque où ces arbres vécurent (*). Les couches minces de schiste calcaire (Fig. 196) ,

Fig. 196.

Schiste calcaire d'i-au douce.

Couche de boue et ancienne forêt.

Pierre de Portland «Information mnriiie.

Coupe prise dans l'Ile de Portland, Dorsel. (Buckland et De la Bêche.)

qui , suivant toute apparence , furent déposées tranquillement, auraient été tout-à-fait horizontales sans la saillie produite par les troncs d'arbres, autour du sommet desquels ces couches forment des concrétions hémisphériques.

La couche de boue ne se rencontre pas exclusive* ment dans l'île de Portland. On la retrouve encore , occupant la même position relative, dans une certaine falaise située à Test de Lulworth Cove, dans le Dorsetshire. Là, les couches ayant été dérangées de leur gisement primitif, et étant actuellement inclinées de 45° , les troncs d'arbres qu'elles renferment se trouvent inclinés de la même quantité dans une direction opposée, circonstance qui offre un des plus beaux exemples du changement de position que peuvent subir

('") Buckland et De la Bêche, Geol. Trans., Second Séries , vol. iv, p. 16.

416 FOÇÉT FOSSILE (PART. Il,

des lits originairement horizontaux. (Voyez Fig. 197.)

Fig. 197.

Schiste calcaire d'enu

douce Couche t'e boue.

Pierre de Portland de foi mal ion marine.

Coupe prise dans une falaise à l'est de Lultcorlh Cote. (Buckland et De la Bêche.)

Le docteur Buckland a observé quelques traces de la couche de boue, à deux milles (à peu près les 2/3 d'un^lieue) environ, au nord de Thame, dans l'Oxfordshire ; et le docteur Fitton en a également retrouvé quelques lambeaux dans les falaises du Boulonnais, sur la côte de France : ce dépôt d eau douce, toutefois, est, ainsi qu'on devait s'y attendre, d'une étendue très-limitée, comparativement à la plupart des formations marines.

Des faits ci-dessus mentionnés, on peut conclure, d'abord , que les lits supérieurs de l'oolithe qui sont remplis de coquilles marines, furent, après un séjour plus ou moins prolongé sous la mer, transformés en terre ferme, et couverts de forêts, sur une portion de l'espace actuellement occupé par la partie méridionale de l'Angleterre, et dont alors le climat était propre à la végétation du zamia et du cycas ; secondement, que

ch. xvi.) de l'Ile de portland. 417

cette portion de terre fut ensuite recouverte, avec ses forêts, par des eaux douces, dont le sédiment, en se déposant , enveloppa des coquilles fluviatiles. De plus , « l'uniformité et la régularité de cette mince couche de terre noire, conservées sur une étendue de plusieurs milles, indiquent évidemment que la transformation de la 'terre ferme en un lac d'eau douce ou en un estuaire , ne fut accompagnée d'aucune dénudation violente, ni d'aucun mouvement tumultueux des eaux ; car il est bien certain que si une telle catastrophe eût eu lieu , la terre noire incohérente et les arbres couchés à sa surface eussent inévitablement été emportés (*). »

Jusqu'ici la couche de boue a été présentée sous sa plus simple forme ; mais dans quelques sections elle offre une apparence plus compliquée. La forêt de la couche de boue n'est pas, sur toute l'étendue de cette région, la première végétation qui y ait pris naissance. Au-dessous ont été trouvés deux autres lits d'argile charbonneuse , dont l'un renferme des Cycadées debout (**),— circonstance qui implique nécessairement d autres oscillations dans le niveau du même sol , et l'alternance plusieurs fois répétée de 1 occupation de ce sol par la terre et par l'eau. Les coraux et les coquilles de l'oolithe y indiquent, d'abord, le séjour de

O Buckland et De la Bêche, Geol. Trans., Second Seiicfc, vol. iv, p. 16.

(*•) Fitton, Geol. Trans., Second Séries , vol. iv, p. 223.

M8 FORMAT. DES COUCHES WEALDIENNES (part. Il,

la raer; puis la présence de la terre ferme s'y manifeste par des Cycadées; viennent après des formations d'eau douce , lesquelles attestent évidemment l'existence d'un lac ou d'un estuaire ; d'autres cycadées apparaissant ensuite, avec les débris d'une forêt d'arbres dicotylédones, prouvent le remplacement de l'eau douce par la terre ferme , qui , encore une fois à son tour, fit place à de nouvelles eaux lacustres ou fluviales dans lesquelles les couches wealdiennes se formèrent graduellement, jusqu'à ce qu'enfin, lors de la période crétacée , l'Océan revint envahir cet espace.

Ceux qui ignorent que de semblables changements s'accomplissent dans le cours ordinaire de la nature, et qu'à Tépoque actuelle même, de grandes étendues continentales voisines de la mer sont tantôt mises à sec et tantôt submergées, après être restées, durant des années entières, couvertes d'arbres et de maisons, ceuxlà, dis-je, trouveront peut-être qu'il est de la dernière extravagance ^'admettre comme faits véritables une série d'événements tels que ceux qui viennent d'être énumérés (*).

Quelques-unes de ces révolutions modernes, comme celles, entre autres, qui ont eu lieu dans le delta de l'Indus, dans le Cutch, offrent des exemples de certaines étendues de terre, qui, tout en étant recouvertes

(') Voir à l'Index des Principles ofGeology, Les mots « Cutch, » « Sindree, » etc. , pour le récit de certains mouvements de terre récents, accompagnés de circonstances de ce genre

ch. XTi.) DANS UNE EAU BASSE. 419

d'une manière permanente, tant par les eaux du fleuve" que par celles de la mer, n'ont été privées ni de leur sol, ni même des arbustes qui tenaient à ce sol. Une telle circonstance, il est vrai, doit être considérée comme une rare exception à la règle générale ; car ce sol n'aurait pu manquer d'être détruit par le pouvoir dénudant des vagues et des courants, si les terres en question ne se fussent abaissées subitement à de grandes profondeurs , ou si leur forme n'eût été de nature à les garantir de la libre entrée de la mer.

Malgré l'épaisseur énorme du terrain Wealdien, qui en de certains endroits excède 1000 pieds (300n environ), peut-être y a-t-il plusieurs raisons de croire que ce dépôt fut formé dans une eau de profondeur moyenne , et souvent même extrêmement basse. Quelque surprenante que cette idée puisse sembler d'abord, il suffirait pourtant de l'abaissement graduel et continu d'une étendue quelconque de terre ferme dans un estuaire ou dans un golfe qui recevrait les eaux troubles de quelque grande rivière , pour qu'elle se trouvât réalisée. A chaque pied de dépression , la roche fondamentale , telle que l'oolithe de Portland, s'abaisserait d'un pied de plus au-dessous de la surface de l'Océan ; mais si à mesure que cette dépression aurait lieu, de nouvelles couches de vase et de sable venaient, en s'accumulant sur les strates déjà formées, élever le fond, d'un pied, la baie alors n'éprouverait aucun affaissement. Cette vase et ce sable pourraient fréquemment, au contraire, être mis à sec

fc20 GROUPE WEALD1EN. (pamt. il,

à la basse mer, ou se trouver couverts, durant un certain temps, d'une végétation marécageuse. On retrouve souvent, à différentes hauteurs du sable de Hastings , dans le milieu du groupe Wealdien , des dalles de grès fortement ondulées, et séparées entre elles par des couches d'argile de plusieurs mètres d'épaisseur. En quelques lieux, tels que Stammerham, près de Horsham, plusieurs indices font connaître que par suite de sa mise à nu , c'est-à-dire , de son exposition à l'air, cette argile s'est séchée et fendue avant qu'ait eu lieu sur elle la précipitation de la couche suivante. Les fissures ainsi produites dans l'argile ont servi de moules, dont les empreintes se voient en relief sur la surface inférieure du grès (*). (Voyez Fig. 198.)

Fig. 198.

Surface inférieure d'une datte de grès d'un mètre environ de diamètre; Stammerham , Sussci.

;')CefaitaétéobservéparM.Manicll el par moi-même, en 1831.

en xvi ) GROUPE WEALD1EN. ' 421

Près du même endroit on rencontre un grès rouge&tre qui renferme des traces innombrables d'un certain végétal fossile ( le Sphenopteris, suivant toute apparence), dont les tiges et les branches indiquent, par leur position, que le sable s'est déposé sur elles et autour d'elles d'une manière tranquille ; cette position étant en tout semblable à ce qu'elle serait, si les plantes fussent restées debout au lieu même de leur croissance. Cette formation présente encore divers autres exemples analogues (*). On a découvert, à Cuckfield, dans la même division du groupe Wealdien, un lit de gravier ou de conglomérat, consistant en galets de quartz et de jaspe usés par l'eau, et mélangés avec des ossements arrondis de reptiles. Tout porte à croire que ces matériaux ont été poussés par un courant dans une eau peu profonde.

Les huîtres que Ton rencontre accidentellement dans le calcaire de Purbeck, ainsi que dans le sable de Hastings et dans l'argile Wealdienne, indiquent que les eaux de la mer ont quelquefois trouvé accès dans l'estuaire (**) , soit par l'effet de quelque abaissement, soit par suite de la diminution du volume de la masse d'eau douce.

Étendue géographique. — Les couches Wealdiennes ont été suivies de l'ouest à l'est sur une étendue de 200 milles anglais (72 1.) environ , depuis Lulworth

(*) Mantell, Geol. of S. E. of England, p. 24*

(**) Fitton , Geol. Trans., Second Séries, vol. iv, p. 321,

fc22 ÉTENDUE GÉOGRAPHIQUE (part, il,

Cove jusque près de Boulogne, en France ; et du nordouest au sud-est, sur un espace de 220 milles ( 80 1. à peu près), depuis Whitchurch , dans le Buckinghamshire, jusqu'à Beauvais, en France. Lors même que la formation serait continue sur toute cette étendue, ce qui, dans tous les cas, est très-douteux, il ne s'ensuivrait pas, pour cela, que le tout eût été déposé contemporainement ; car la géographie physique de la région a , selon toute probabilité , éprouvé de fréquents changements durant cette période : l'estuaire, par exemple, peut avoir changé de forme, et même de place. Quelques deltas modernes, cependant, sont très-grands : témoin entre autres , en Afrique , celui du Niger, ou Quorra, récemment découvert. Ce delta s'étend à plus de 170 milles (52 1. environ) dans l'intérieur, et occupe, le long de la côte, à ce que Ton suppose, un espace de plus de 300 milles $1 1. à peu près), formant ainsi une surface de plus de 25,000 milles carrés (7625 1. carrées environ), c'est-à-dire, une étendue égale à la moitié de Y Angleterre, àpeu près(*). Je viens de dire que la formation Wealdienne a été observée près de Beauvais, en France. Cette localité, que Ton nomme « le pays de Bray , » est indiquée dans la coupe représentée p. 367, et ressemble, quant à la structure, au Weald anglais situé entre les dunes du nord et celles du midi. Là affleurent de la même

O Fitton, Geol. of Hastings, p. 58; ouvrage dans lequel cet auteur cite les Voyages de Lander.

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