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CHAPITRE XV11I

OOLITHE ET LIAS. - (Suite.)

Caractère minéralogique du Lias. — Origine du nom de a Calcaire à » Gryphites. » — Poissons fossiles. — Ichthyodorulites. — Reptiles du Lias. — Ichthyosaure et Plésiosaure. — Reptile marin nouvellement découvert dans les lies Galapagos. — Mort subite et enfouissement immédiat d'animaux fossiles dans le Lias. — Origine de FOolithe et du Lias, ainsi que des formations alternantes calcaires et argileuses. — Géographie physique. — Vallées d'argile. — Collines et escarpements de calcaire.

Lias. — Le nom provincial anglais de a Lias » a été généralement adopté pour désigner la formation de calcaire argileux, de marne et d'argile, qui sert de base à l'Oolithe, et qui, suivant toute apparence, a été considérée par plusieurs géologues comme faisant partie de ce groupe, parce que, mutuellement, ils passent de l'un à l'autre, en quelques endroits, où, comme près de Bath, une marne sableuse que Ton nomme marne endurcie du Lias, et qui participe des caractères minéralogiques du Lias supérieur et de l'Oolithe inférieure, se trouve interposée entre ces deux formations, auxquelles sont communs quelques fossiles, tels, par

ch. xviii.) LIAS. 451

exemple, que VAvicula inœquivalvis (Fig. 220). Le

Fig. 220 ^ias' n®anmoins» peut être suivi

sur une très- grande partie de l'Europe, comme groupe distinct et indépendant , d'une puissance considérable, variant depuis 500 pieds jusqu'à 1,000 (150 à 300m Avicuia inœquivalvis, euv.) , contenant plusieurs fos-

Sow

siles particuliers, et offrant un aspect lithologique très-uniforme. Quoique généralement sa stratification soit conforme à celle de l'oolithe, quelquefois, cependant, il se trouve discordant par rapport à ce groupe. C'est ainsi qu'aux environs de Lons-le-Saulnier, dans le Jura, les strates du Lias sont inclinées de 45° à peu près, tandis que les marnes oolithiques supérieures sont horizontales.

L'aspect particulier qui, en France, en Angleterre et en Allemagne, caractérise essentiellement le Lias, consiste en une alternance de lits minces de calcaire, dont la surface est colorée en brun clair par la décomposition atmosphérique. Ces lits sont séparés par des zones argileuses, étroites et de couleur foncée, disposition qui donne aux carrières de cette roche, vues de quelque distance, une apparence rayée et rubannée (*) .

Bien que la couleur dominante du calcaire de cette formation soit bleue, quelques lits, cependant, du lias inférieur sont d'un blanc jaunâtre, et ont été dési-

(') Conyb., and Ptul.,p, 261.

452 FOSSILES (pabt. il ,

gnés par la dénomination de lias blanc. M. E. de Beaumont a reconnu que dans quelques parties delà France, près des montagnes des Vosges , et dans le Luxembourg, le lias contenant des Gryphœa arcuata, des Plagiostoma giganteum, et autres fossiles caractéristiques, devient arénacé ; et qu'aux environs du Hartz, enWestphalie çt en Bavière , les parties inférieures du lias sont sableuses, et fournissent , parfois, une pierre à bâtir que les Allemands ont appelée quadersandstein. Le nom de « calcaire à Gryphites» a quelquefois été appliqué au lias, par suite du grand nombre de coquilles appartenant à une certaine espèce d'huître ou Gryphœa. qu'il renferme (Fig. 221). Plusieurs Céphalopodes, tels que des Ammonites, des Bélemnites et des Nautiles (Fig. 222) , prouvent aussi l'origine marine de la formation.

Fig. 221. Fig. 222. .

mim

jphœa incurva , Sow. NauHlw truncatut , Lias.

(G. ar ouata, Lam.)

Les poissons fossiles ressemblent génériquement à ceux de TOolithe ; suivant M. Agassiz, ils appartien- . nent tous à des genres éteints, et diffèrent notablement des ichthyolithesdelapériodecrétacée. Parmi eux, l'on

eu. xviii.) DU LIAS. 453

remarque une espèce de Lepidolus (L. gigas, Ag.j (Fig. 223), qui se présente dans le lias français , anglais et allemand (*).

Fig. 223.

Écailles de Lepidolus gigas, Agas.

a. Deux des écailles détachées.

On suppose que ce genre, dont il a déjà été fait mention (p. 407) comme se rencontrant dans le groupe Wealdien, fréquentait les rivières et les côtes. Les dents d'une espèce d'Acrodus sont aussi très-abondantes dans le lias (Fig. 224).

Fig. 224.

Acrodus nobilis, Agas. Dent; communément appelé sangsue fossile. Lias, Lyme Régis et Allemagne.

O Agassiz, Pois. Fos., vol. n , tab. 28-29.

kh\ ICHTHYODORCLITES. (pabt. Il,

Mais de tous les débris de poissons trouvés dans cette formation, ceux qui ont excité le plus d'attention sont les ichthyodorulites ou grandes épines osseuses (a

Hybodut reticulatus, Agas. Lias, Lyme Régis.

a. Partie de nageoire, communément appelée Ichthj odorulile.

b. Dent.

Fig. 225). Ces fossiles que, jadis, certains naturalistes prenaient pour des mâchoires, étaient considérés par quelques autres comme des défenses analogues à celles des Balistesetdes Si lu rus vivants. Mais depuis, M. Agassiz a reconnu que ces deux suppositions étaient également erronées : chez les Batistes, comme chez les Silirus, les épines s'articulent avec l'os dorsal ; tandis que dans les ichthyodorulites on ne retrouve aucun signe de cette articulation. Ces dernières semblent avoir été des épines osseuses formant la partie antérieure de la nageoire dorsale , comme dans les genres vivants Cestracion et Chimœra ( Voyez a. Fig. 226 ) . Dans l'un et l'autre de ces genres, la face concave postérieure est armée de petites épines comme celle de l'Hibodus ( Fig. 225) , l'un des individus de la famille requin, trouvés fossiles à Lyme Régis. Ces

CH. XVIII.) ICHTHYODORULITES. 455

Fig. 226.

Chimœra momtrosa < a. Épine formant la partie antérieure de la nageoire dorsale.

épines, simplement enchâssées dans la chair, ne sont fixées qu'à de forts muscles. «Elles servent, » dit le docteur Buckland , « comme dans la Chimœra (Fig. 226), à soulever et à déprimer la nageoire, leur action ressemblant à celle d'un mât mobile qui élève et abaisse la voile d'un barge (**). »

Reptiles du Lias. — Ce ne sont pas, toutefois, les poissons fossiles qui forment le trait le plus frappant des restes organiques du Lias ; mais bien les reptiles, dont le nombre, la grandeur et la structure sont vraiment extraordinaires. Parmi les plus singuliers de ces animaux, on remarque, entre autres, plusieurs espèces d'Ichthyosaures et de Plésiosaures. Le genre Ichthyosaure, ou poisson-lézard, n'est pas limité à cette formation, car on Ta retrouvé à la hauteur de la craie tufau

. (*) Agassiz , poissons fossiles, vol, m, tab. C, Fig. 1. (") Bridgewater Treatise, p. 290.-

456 REPTILES DU LIAS. (PART. Il,

et du gault d'Angleterre, ainsi qu'à la profondeur du muschelkack, formation qui. dans Tordre descendant, succède immédiatement au Lias (*). D'après l'analogie des vertèbres de ces animaux avec celles des poissons ; d'après la ressemblance de leurs rames avec celles des marsouins et des baleines ; d'après la longueur de leur queue ; et d'après, enfin, diverses autres parties de leur structure , il est de toute évidence que les Ichthyosaures devaient avoir des habitudes aquatiques. Leurs . mâchoires et leurs dents annoncent qu'ils étaient carnivores, et les restes à moitié digérés de poissons et de reptiles,quel'onatrouvésdansrintérieurdeleurs squelettes, indiquent quelle était la nature précise de leur nourriture (**)." En 1824, M. Conybeare, après avoir examiné avec un très-grand soiq plusieurs squelettes presque complets de ces animaux, fut à même de donner la reproduction idéale de l'ostéologie de ce genre, et de celle du plésiosaure (***). Ce dernier animal avait un cou d'une longueur extraordinaire ; une tête trèspetite, avec des dents semblables à celles du crocodile, et des rames analogues à celles de l'ichthyosaure, mais plus grandes. On suppose qu'il vivait dans les mers bassesetdans les estuaires, et qu'il respirait à la manière de l'ichthyosaure, et de nos cétacés modernes (****).

(*) Buckland, Bridge w. Treat., p. 168.

r)Ibid.,p. 187.

(•**) Geol. Trans., Second Séries, vol. i, pi. 49. (*'") Conybeare et De la Bêche , Geol. Trans. ; et Buckland-, Bridge w. Treat., p 203.

Cil. XVIII ;

BEPTILES DU UAS.

458 SAURIEX MARIN VIVANT (PART. Il,

Quelques-uns des reptiles ci-dessus mentionnés étaient d une grandeur formidable. Un débris ù'khthyosaurus platyodon, trouvé à Lyme, dans le Lias, et figurant actuellement dans le Muséum britannique, doit avoir appartenu à un animal de plus de vingt-quatre pieds de long (7m env.). Un autre fragment, provenant du plésiosaurus, et faisant partie de la même collection, a onze pieds (3m) de longueur. La forme de i'ichthyosaurus donne lieu de supposer que cet animal était, ainai que le marsouin, propre à fendre les flots ; quant au plésiosaurus (à l'espèce au long cou, du moins), on croit qu'il devait vivre dans des criques et des baies peu profondes, à l'abri des brisants tumultueux.

Bien que durant ces vingt dernières années Ton ne connût encore aucun reptile marin vivant, les anatomistes se sont accordés à penser que ces sauriens éteints avaient dû habiter la mer. Ils fondaient leurs arguments sur ce que, de même qu'à l'époque actuelle il existe des chéloniens, tels que les tortues , par exemple, dont les unes habitent les rivières, et les autres l'Océan , de même aussi, jadis, il put y avoir des sauriens appelés à vivre, les uns dans l'eau salée, et les autres dans l'eau douce. Au surplus, la découverte récente d'un saurien marin a rendu désormais inutile toute supposition à ce sujet. Cet animal a été trouvé dans les tles Galapagos, lors de la visite faite par le Beagle, en 1835, à cet archipel, où ses mœurs . furent observées par M. Darwin.

Les tles Galapagos sont situées sous l'équateur, à

en. xviu.) des Iles Galapagos. 459

600 milles (217 lieues env.), à l'ouest de la côte de l'Amérique du Sud. Elles sont volcaniques ; plusieurs ont 3,000 ou 4,000 pieds (915 ou 1 ,220m env.) de hauteur; et Tune d'elles, l'Ile d'Albemarle, a 75 milles (27 lieues env.) de longueur. Le Climat de ces îles est doux ; il y tombe très-peu de pluie, et dans tout l'archipel, un seul petit ruisseau atteint la côte. Le sol, en général, est sec et ingrat, et, par suite, la végétation rare. Bien que les oiseaux, les reptiles, les plantes et les insectes appartiennent, à très-peu d'exceptions près, à des espèces que l'on ne trouve en aucun autre lieu du monde, tous participent, sous le rapport de la forme générale, du caractère américain. Parmi les mammifères, une seule espèce, dit M. Darwin, parait être »é*gène : c'est une espèce particulière et trèsgrande de souris ; mais le nombre des lézards, des tortues et des serpents y est tellement considérable, qu'on pourrait, en vérité, donner à cet archipel le nom de Terre à reptiles. Cette abondance extrême, toutefois, ne se rapporte qu'aux individus, et non aux espèces, qui, au contraire, sont très-peu nombreuses, puisqu'on n'y compte qu'une tortue de mer, une grande tortue d'eau douce (Testudo Indiens), quatre lézards, à peu prèsle même nombre de serpents, et point de grenouilles, non plus que de crapauds. Deux des lézards appartiennent à la famille fguanidœ de Bell, et à un genre particulier (Amblyrhynchus) établi par ce naturaliste ; ce genre a été ainsi nommé de la troncature obtuse de la tête et du peu de longueur du museau

460 SAURIEX MARIN VIVANT (part, il,

des individus dont il se compose (*). L'un de ces deux lézards a des mœurs terrestres ; il se creuse un, abri dans le sol, et abonde sur tous les points de l'archipel qui constituent la terre ferme ; sa queue est ronde, et sa gueule ressemble un peu, quant à la forme, à celle de la tortue. L'autre , qui est aquatique , a la queue aplatie latéralement, ce qui le rend propre à nager (Voyez Fig. 229). « Ce saurien marin, » dit

Fig. 22».

Amblyrhynchus crietatue, Bell. Longueur variant de Se 4 pieds (ft,4ft d. a 4,22 m.). Seul lézard marin vivant, actuellement connu.

a. Dent du même, de grandeur naturelle, et grossie.

M. Darwin, «est extrêmement commun dans toutes les îles de l'archipel. Il vit exclusivement sur les rochers qui bordent la mer, et jamais je n'en ai vu un seul à 4ix mètres du rivage. Sa longueur ordinaire est d'un mètre, bien que quelques-uns, cependant, atteignent

C, apttvf, ttmbtys, obtus, et pvyx*?, rhynchus. museau.

Ol. xviu.) DES ÎLES GALAPAGOS. 461

jusqu'à quatre pieds (1 ,22"). Il est d'un noir sale ; lent dans ses mouvements lorsqu'il est à terre, il devient, dans l'eau, d'une vivacité très-grande, nageant avee une facilité extrême et beaucoup de vitesse, par suite de l'aplatissement de sa queue, et d'un certain mou* vement analogue à l'allure du serpent ; quant à ses jambes, elles restent immobiles et étroitement serrées contre ses côtés. Ses membres et ses ongles forts et crochus lui donnent une facilité merveilleuse pour se traîner sur les masses de lave remplies de rugosités et de fissures qui partout forment la côte. C'est dans ces lieux que parfois on aperçoit sur dé noirs rochers, un peu au-dessus du ressac , des groupes de six ou sept de ces hideux reptiles, se chauffant au soleil; les jambes étendues. L'estomac -de plusieurs d'entre eux ayant été ouvert , on le trouva rempli d'une herbe broyée menu, dont l'espèce crott au fond de la mer, à une petite distance .de la côte. Quelquefoîs-on voit ces lézards aller à la mer, par bandes, pour se procurer cette planté. L'un d'eux ayant été plongé durant une heure dans l'Océan, avec un poids capable de l'y maintenir à une certaine profondeur; en fut retiré sain et sauf, et plein d'agilité. Les habitants ignorent encore en quels lieux cet animal dépose ses œufs, ce qui est d'autant plus singulier que/ Je nombre de ces lézards est immense, et que les naturels savent très-bien où trouver les œufs de Vamblyrhynchus terrestre, lequel, aussi, est herbivore, : quoique se nourrissant de plantes très-différentes de

W2 FOSSILES (PART. Il ,

celles dont se repaft Vamblyrhynchus aquatique (*). » Dans les dépôts auxquels donne naissance, à l'époque actuelle, le sédiment provenant de l'usure des rivages des lies Galapagos, peuvent se trouver, associés à des coquilles marines, mais sans aucun mélange d'ossements de quadrupèdes terrestres, ou de reptiles batraciens, des restes de sauriens, tant terrestre» que marins, ainsi que des débris de chéloniens et de pois- ■ sons. On pourrait même s'attendre à trouver dans les couches nouvelles des restes de mammifères marins; car, outre plusieurs espèces de cétacés, on rencontre aussi des veaux marins sur les rivages des îles en question. A cet égard, le parallèle entre la faune moderne ci-dessus mentionnée, et la faune ancienne du lias, manquerait d'exactitude.

Destruction subite de Sauriens, etc. — On a remarqué, et avec raison, que beaucoup dos poissons et des Saurfens trouvés fossiles dans le Lias, ont dû être frappés de mort, subitement, et ensevelis immédiatement après ; et que cette circonstance destructrice, quelle qu'en puisse être la nature, s'est souvent répétée.

« Il est bien rare , » dit le docteur Buckland , « qu'un os, ou même une écaille seulement, se trouve dérangée de la place qu'elle occupait durant la vie de l'animal auquel elle appartenait, — circonstance, » ajoute-t-il, « qui n'aurait pas lieu, si les corps des Sau-

O Darwin's Journal, chap. xix (Pour le titre entier, voyez la noie, p. 157 )

cil. xviii.) DU JLUS. 463

riens en question fussent restés, même peadani un trèspetit nombre d'heures, non enfouis, et par suite, exposés, dans le fond de la mer, à la putréfaction, et aux attaques des poissons et autres animaux plus petits (*) . » Non-seulement les squelettes des Ichtnyosaurus sont entiers, mais quelquefois, aussi, on trouve entre leurs cdtes des restes d'aliments que eontenaitleur estomac, ce qui met à même de reconnaître les espèces de poissons dont ils se nourrissaient, ainsi que la forme de leurs excréments. Assez fréquemment on rencontre des couches de cescoprolithes, à diverses profondeurs, dans le Lias» et à quelque distance des squelettes entiers des lézards marins qui les ont produits, «comme si, » dit M. De la Bêche, « le fond vaseux de la mer avait de temps à autre, et soudain, reçu de petites additions de matières propres à recouvrir, et recouvrant, en effet, les coprotithes et autres dépouilles animales qui, dans les intervalles de ces dépôts, s'étaient accumulées (**). » De plus, il est établi qu'à Lyme Régis, les surfaces supérieures des coprolithes reposant sur le fond de la mer, ont, par l'action de l'eau, éprouvé quelque altération, alors que ces corps n'étaient point encore recouverts et protégés par le sédiment vaseux qui, plus tard, finit par les envelopper d'une manière permanente (***).

(•) Bridgcw. Treat., p. 125.

(**) Geological Researches, p. 334.

(***) Buckland, Bridgew. Trcat., p. 307.

VG4 FOSSILES (PART H,

L'on a rencontré aussi, dans le Lias de Lyme, des sèches \Sepia loligo, Un. y Loligo vulgaris, Lam.)dont les poches à encre (ink-bags), conservaient encore leur forme primitive, et contenaient une encre sèche, laquelle, composée de carbone, principalement, n'était que très-légèrement imprégnée de carbonate de chaux. L'état dans lequel on a trouvé ces céphalopodes prouve que , de même que les Sauriens , ils durent être privés de vie subitement, et enfouis instantanément dans le sédiment ; car, si après leur mort ils fussent restés exposés à Faction de l'eau, la membrane renfermant l'encre eût été infailliblement détruite (*).

Comme personne n'ignore que, pendant les inondations, un grand nombre de poissons de rivière sont quelquefois étouffés dans leur propre élément, par de l'eau bourbeuse, on comprendra sans peine comment la décharge périodique d'énormes masses d'eau douce trouble, dans la mer, peut être plus fatale encore à des tribus marines. J'ai fait voir dans les « Principles of Geology, » comment de très-grandes quantités de boue et d'animaux noyés peuvent , durant des tremblements de terre, être transportés à la mer par des rivières, ainsi que cela eut lieu à Java, en 1699; et comment, après une émission de vapeurs malfaisantes survenue à la suite de convulsions semblables, on a vu, quelquefois, des multitudes prodigieuses de poissons morts flotter sur la

O Buckland, Bridgew. Treat., p. 307.

en. jviri.) DIT LIAS. 465

mer (*) ; cela, néanmoins, ne doit pas empêcher d'admettre que dans les intervalles compris entre des catastrophes de cette nature, des strates formées principalement d'une .certaine sorte de coquilles, les unes d'ammonites, et les autres de gryphites, par exemple, nient pu s'accumuler lentement dans la mer du Lias. Plantes fossiles. — Parmi les fossiles végétaux du Lias, on cite, entre autres, plusieurs espèces de Zamia, trouvées à Lyme Régis, et des débris de plantes conifères découverts à Whitby. Fréquemment aussi , l'on rencontre, dans cette formation, des fragments de bois, lesquels, souvent, sont convertis en calcaire argileux. La preuve que quelques-uns de ces fragments, actuellement pétrifiés, ne Tétaient point encore lorsqu'ils furent déposés dans le fond de la mer, nous est Fj o30 fournie par un échantillon

qui figure aujourd'hui dans le Muséum de la Société géologique (Voy. Fig. 230) :

à la surface de ce fragment est incrustée une forme d'ammonite.

Origine de VOolithe et du Lias. — Si nous nous reportons en esprit à la condition où se trouvait l'espace occupé par l'Europe à l'époque de l'OoIithe et du Lias, nous nous représenterons une mer dans laquelle

(") Voyez à Y Index des « Principes, » Lanoerote, Graham Island, Calabrin.

i66 OBIGINE (FAUT, il,

la croissance des récifs de corail et des calcaires coquilliers, après s'être produite sans interruption durant plusieurs siècles, se trouva tout à coup arrêtée par la précipitation d'un sédiment, argileux. Cette nouvelle matière, dépourvue de coraux, continua à se déposer pendant plusieurs siècles ; puis, lorsqu'elle eut donné naissance à des couches de plusieurs centaines de pieds d'épaisseur, ui»e autre formation analogue à la première, et consistant en sable calcaire, ou en roches solides de coquilles et de coraux, la remplaça ; celle-ci, à son tour, fut suivie d'un nouveau dépôt argileux. M. Conybeare a remarqué que le groupe entier de l'Oolithe et du Lias se compose d'alternances répétées d'argile, de grès et de calcaire, se succédant dans le même ordre. Ainsi, par exemple, après* les argiles du Lias viennent les sables de l'Oolithe inférieure, auxquels succèdent le calcaire coquillier et corallin (l'Oolithe de Bath, etc.) ; puis, dans l'Oolithe moyenne, on rencontre l'argile d'Oxford, que suivent le grès calcaire et le « coral rag; » et enfin, dans l'Oolithe supérieure , l'argile de Kimmeridge, qui se trouve recouverte par les sables de Weymouth et le calcaire de PortIand(*).Les lits d'argile, toutefois, ainsi que le remarque M. De la Bêche, ne peuvent être suivis sur d'aussi grandes étendues que les sables ou les grès (**). Il faut aussi se rappeler qu'en même temps

OCon. and Phil.,p. 166.

(••) Gcol. Researchcs, p. 337

eu. xviii.) DE L'OOLITHÇ ET DU LIAS. 467

que, dans le Yorkshire, le système oolithique devient arénacé et offre une apparence analogue à celle de la houille, dans les Alpes il prend un caractère, pour ainsi dire, exclusivement calcaire, s'y trouvant dégagé des sables et des argiles. Bien que dans les espaces intermédiaires, il soit, en général, plus compliqué et plus variable que les descriptions ordinaires ne tendent à le faire croire , cela n'empêche pas que plusieurs des argiles et des calcaires compris dans ces espaces ne conservent un caractère assez uniforme sur des étendues de WO à 600 milles (145 à 217 I. env.) de lest à l'ouest, et du nord au sud.

Suivant M. Thirria, le groupe oolithique entier du département de la Haute-Saône, en France, peut avoir une épaisseur égale à celle qui caractérise ce même groupe en Angleterre ; mais dans ces deux pays, les divisions argileuses de l'Oolithe sont en raison inverse les unes des autres, sous le rapport de l'importance. En Angleterre, leur épaisseur égale deux fois environ celle des calcaires ; tandis que dans la partie de la France dont il vient d'être question , elles n'atteignent à peu près que le tiers de cette puissance (*). Dans le Jura, les argiles sont encore plus minces ; et dans les Alpes, elles s'évanouissent presque entièrement.

Pour bien se rendre compte d'une telle succession d'événements, il faut d'abord se représenter le lit de l'Océan comme ayant, durant plusieurs siècles, servi

(•) D'Aubuisson (publié par Burat), tome il, p.* 456.

ORIGINE (PART il,

de réceptacle à un sédiment argileux très-fin, transporté par des courants océaniques qui, suivant toute apparence , communiquaient avec quelques rivières , ou avec certaine partie de la mer, voisine d'une côte en voie de dégradation ; puis, il faut imaginer que ce limon ayant cessé d'être amené dans la même région, soit par suite de la dépression ou de la submersion de la portion de terre ferme qui le produisait par sa dénudation; soit par l'effet d'un changement survenu dans la direction du courant, à la suite de quelque altération dans la forme du lit de l'Océan et du continent voisin, l'eau redevint claire, et se trouva propre, de nouveau, au développement de zoophytes pierreux; et qu'enfin, il se forma un sable calcaire résultant de débris de coquilles et de coraux. Quelquefois, dans ces dépôts, la matière arénacée remplace l'argile , — circonstance qui est due à ce que, d'ordinaire, le sédiment le plus fin étant entraîné loin des côtes avant le plus grossier, celui-ci se trouve recouvrir le premier, lorsque la mer devient basse, ou lorsque 1? terre, augmentant d'étendue, se rapproche des points occupés d'abord par le sédiment fin.

Pour s'expliquer la superposition d'une autre grande formation, telle que l'argile d'Oxford, par rapport à des strates de calcaire corallique, il faut nécessairement supposer qu'un abaissement semblable à celui qui, à l'époque actuelle, s'opère dans quelquesunes des régions de corail situéçs entre l'Australie et

en. xvili.) DE LOOLITHE ET DU LIAS. 469

l'Amérique du Sud, eue lieu jadis (*). Cette supposition admise, on comprendra aisément que des dépressions produites sur une aussi vaste échelle, aient pu faire prendre, de nouveau, au lit de l'Océan et aux terres adjacentes , sur toute retendue occupée par l'Europe, une forme favorable à la production d'une autre série de couches argileuses ; et qu'à ce changement ait succédé une suite d'événements, analogue à celle qui a déjà été exposée ; puis, à celle-ci, une autre encore, disposée dans un ordre semblable. D'un autre côté, comme il est très-probable que les mouvements de soulèvement et de dépression se sont effectués aussi lentement que ceux qui, de nos jours, sont en voie d'accomplissement dans la mer Pacifique ; et que, de plus, chaque couche de corail, celles même dont l'épaisseur n'excède pas un petit nombre de pieds, ont . mis plusieurs siècles à se produire, il est à croire que, durant cet intervalle, certaines espèces d'êtres organisés ont disparu de la terre, en même temps que d'autres s'y sont introduites; et que, par conséquent; chaque série de couches comprise entre l'Oolithe supérieure et le Lias doit renfermer quelques fossiles particuliers et caractéristiques.

Géographie physique. — L'alternance produite sur une si vaste échelle , de formations distinctes d'argile et de calcaire, a donné lieu à certains traits bien

{*) Voyez Darwin, chap. xxu. (Pour le titre, voyez la note, p. 157.)

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