GU. XXIII.) DES ROCHES VOLCANIQUES
de la texture que sous celui de la composition minéralogique, qu'à l'égard des roches volcaniques, ces deux caractères doivent être considérés comme ayant Lien peu d'importance, comparativement au rôle qu'ils jouent dans la chronologie des roches fossilifères*
La description suivante fera voir qu'en Europe, les roches trappéennes de divers âges offrent entre elles, sous le rapport du caractère lithologique , des différences semblables à celles que présentent, mutuellement aussi, les laves modernes du Vésuve, de l'Etna et du Chili. (Voyez p. 181.)
On a remarqué qu'en Auvergne, dans l'Eiffel, et en divers autres pays où le trachyte et le basalte se rencontrent simultanément, les roches trachytiques sont, pour la plupart, plus anciennes que les formations basaltiques. Ces roches, il est vrai, alternent quelquefois partiellement, comme dans le volcan du Mont-Dor, en Auvergne ; mais , dans ce cas-là même , la grande masse de trachyte occupe généralement une position inférieure, et est coupée et recouverte par le basalte. Quoi qu'il en soit, on ne saurait conclure de cette circonstance que le trachyte et le basalte aient prédominé d'une manière notable , et chacun à son tour, à telle ou telle période de l'histoire de la Terre ; car l'on sait très-bien qu'il y a eu production de laves trachytiques à diverses époques successives, et qu'actuellement, encore, plusieurs cratères actifs en émettent; mais il semble que, dans toutes les régions où une longue suite d'éruptions ont eu lieu, les laves les plus
554 MANIÈRES DE RECONNAITRE L'AGE (PART. Il,
feldspathiques ont été émises les premières, et que les plus pyroxéniques ne l'ont été qu'ensuite. L'hypothèse suggérée par M. Scrope parait de nature à donner la solution de ce problème. Les minéraux , dit-il , qui abondent dans le basalte , ont une pesanteur spécifique plus grande que ceux dont se composent les laves feldspathiques : ainsi, par exemple, l'amphibole, le pyroxène et Tolivine , ont plus de trois fois la pesanteur spécifique de l'eau ; tandis que le feldspath commun , l'albite , et le feldspath labrador , ont à peine plus de 2 1/2 fois cette même pesanteur. La différence se trouve augmentée par l'excès de fer à l'état métallique que renferment le basalte et legrunstein, comparativement aux trapps, au trachyte et aux autres laves feldspathiques. Si donc , une masse de roche considérable venait à être fondue dans les entrailles de la terre par la chaleur volcanique , les éléments les plus denses du fluide en ébullition tomberaient dans le fond , tandis qu'au contraire les plus légers, restant en dessus, arriveraient les premiers à la surface , poussés par la force expansive des gaz-. Les matières , par conséquent , qui occuperaient les points les plus bas du réservoir souterrain , en sortiraient les dernières , et se trouveraient ainsi placées sur toutes les autres, à la partie extérieure de la croûte terrestre.
Mode d'épreuve par les fragments étrangers que renferment quelquefois les roches volcaniques. — II arrive assez souvent que Ton peut reconnaître l'âge relatif de deux
ch. XXIII.) REL. DES BOCHES VOLCANIQUES. 555
roches de trapp,ou d'undép&t aqueux et du trapp sur lequel ce premier repose , en trouvant dans l'un des parties de l'autre ; cette circonstance devient surtout d'un grand secours dans les cas où , comme ceux auxquels il a été fait allusion précédemment , la superposition seule est insuffisante. Quelquefois, aussi, on rencontre, dans le voisinage des masses trappéennes produites par injection , des conglomérats presque exclusivement composés do cailloux roulés de trapp. associés à des roches stratifiées. Quand les cailloux, en général, offrent le même caractère minéralogique que le trapp voisin , on peut dès lors , si on connaît l'âge des strates fossilifères associées au conglomérat , déterminer celui de la roche envahissante. Les bancs de galets de trapp qu'on observe, soit dans les fies volcaniques modernes , soit à la base de l'Etna, expliquent l'origine de ces conglomérats.
Période Pliocène récente et moderne. — Pour bien convaincre le lecteur de l'action soutenue des causes ignées, à toutes les époques de l'histoire du monde, et des changements qu'en tout temps cette action a oc* casionnés dans les lieux où elle s'est manifestée à la surface du globe, je crois utile de citer quelques exemples de roches volcaniques , contemporaines de diverses époques géologiques. Une portion des laves , des tufs et des dykes trappéens de l'Etna , du Vésuve et de l'tled'Ischia, ont été engendrés depuis les temps historiques ; tandis qu'une autre partie bien plus considérable de ces mêmes produits ont été, les uns émis,
550 DIFFÉRENCE D'AGE (part. II.
et les autres formés, à des époques immédiatement antérieures à la période actuelle , et alors que les eaux de la Méditerranée étaient déjà peuplées par les espèces de testacés qui y vivent aujourd'hui. Quant aux divers soulèvements de volcans occasionnés par la même cause , nous citerons , entre autres , celui de l'Etna et de 111e d'Ischia, dont les fondations, originairement sous-marines, atteignirent jusqu'à la hauteur énorme de 500 à 1,500 pieds (152 à 456 met.) au-dessus du niveau de la mer; celui de plusieurs volcans actifs, dont jadis les bouches étaient sous-marines; et celui, enfin, du Stromboli, qui, après avoir été à moitié submergé . devint atmosphérique , lorsque l'ancien lit de la mer eut été mis à sec par suite de son élévation.
Période Pliocène Ancienne. — En Toscane et dans le territoire de Rome, on rencontre des tufs volcaniques sous-marins , dont l'interstratification avec les couches Pliocènes Anciennes des collines subapennines , ne permet nullement de douter qu'ils furent les produits d'éruptions dont la date remonte à l'époque où les marnes coquillières et les sables des collines subapennines étaient en voie de se déposer.
Période Miocène. — Les roches volcaniques les plus anciennes de l'Eifel Supérieur et Inférieur, consistent principalement en trachyte, et sont intercalées entre les strates de la période Miocène, de manière à prouver leur contemporanéité avec ces dernières. Les éruptions de ce district, toutefois, continuèrent jusqu'à la pé-
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riode du Nouveau Pliocène, ou, tout au moins, elles se renouvelèrent à cette époque , et donnèrent lieu à des ondées de cendres. Ces cendres , provenant des volcans situés sur les bords du Rhin , se retrouvent interstratifiées avec le loess, formation dans laquelle, ainsi que cela a été déjà établi , on rencontre des coquilles terrestres et des espèces d'eau douce identiques à celles qui existent actuellement en Europe (*).
Période Éocine. — Les volcans éteints de Y Auvergne et du Cantal , régions situées dans la France centrale, commencèrent leurs éruptions durant la période Éocène , mais leur plus grande activité ne se manifesta que lors de l'époque Miocène. La formation des couches inférieures des dépôts lacustres voisins de ces anciens volcans eut lieu, suivant toute apparence, avant qu'aucun d'eux eût fait éruption. Ces dépôts consistent en grès et en conglomérats , lesquels renferment des cailloux roulés de quartz , de micaschiste, de granit, et de diverses autres roches hypogènes, formant les bords des anciens lacs ; quant à des produits volcaniques, on n'y en rencontre pas la moindre trace. Aux conglomérats ci-dessus mentionnés, succèdent des marnes argileuses et calcaires, durant la précipita, tion desquelles quelques faibles signes d'action volcanique commencèrent à se manifester. Au-dessus de ces formations qui contiennent des coquilles de l'époque Éocène , on trouve des calcaires et des marnes
O Voyez ci-dessus, p. 316; et « Principles, » livre îv.
558 ROCHES VOLCANIQUES (part. il.
d'eau douce, alternant fréquemment avec des tufs volcaniques, et rerî^rniant quelques fossiles de la période Miocène. Après te, comblement ou le dessèchement des anciens lacs , d'énormes piles de roches trachytiquès et basaltiques , assistées à des conglomérats et à des brèches volcaniques, s'accumulèrent, et formèrent, au-dessus, du granit ou des st^tes lacustres contiguës, d'une épaisseur de plusieurs miluSr de pieds. La plupart de ces roches ignées semblent avHy* été produites durant la période Miocène , période qn{ fut témoin aussi de l'ensevelissement de divers quadrupèdes éteints, appartenant aux genres mastodonte, rhinocéros et autres , dans des cendres et dans des lit* de sable et de gravier alluviens, lesquels durent leur conservation aux nappes de lave qui se répandirent sur eux.\
Période Crétacée. — Bien que l'on n'ait aucune preuve que des éruptions volcaniques se soient manifestées en Angleterre durant la période de la craie et du grès vert, il ne faut pas supposer pour cela qu'aucun autre lieu n'ait été, pendant la formation du groupe crétacé, le théâtre de l'action ignée. M.Virlet, dans son Mémoire sur la géologie de la Morée, a trèsclairement démontré qu'en Grèce, certains trapps auxquels il a donné le nom d'ophiolites , datent de cette époque ; tels sont ceux, par exemple, qui, entre Kastri et Damala , en Morée , alternent en stratification concordante avec le calcaire crétacé et le grès vert. Ces trapps consistent , en très-grande partie , en euphotide , en serpentine et en une certaine amygda-
eu. xïlti.) DE LA PÉRIODE CRÉTACÉE. 559
loïde à rognons calcaires et à base de serpentine.
Dans certaines parties de la Morée , on détermine Page de ces roches volcaniques à l'aide des preuves suivantes, savoir : l'intersection des calcaires lithographiques ( voyez p. 400 ) de la période crétacée avec le trapp ; puis, la présence à Nauplie et en divers autres lieux, d'un conglomérat qui renferme dans son ciment calcaire plusieurs fossiles bien connus, de la craie et du grès vert, ainsi que des cailloux formés de fragments routés d'ophiolite , tels que ceux que Ton reucontre dans les dykes auxquels il a été fait allusion ci-dessus.
Nous avons déjà vu qu'à Terris , près de Dax , dans le département des Landes , en France, se trouvent certaines couches de calcaire et de marne qui , fortement inclinées et renfermant les fossiles de la craie , sont cachées en très-grande partie par des formations tertiaires qui reposent sur elles en stratification discordante. J'ai observé, dans une coupe de ce même district, des couches minces de tuf volcanique alternant avec des lits crétacés verticaux parfaitement concordants. Ces tufs provenaient, sans doute, de quelques éruptions sous-marines ayant eu lieu dans la mer crétacée.
Les trapps de cette contrée et de la partie voisine des Pyrénées sont généralement ophitiques, et ont été considérés par plusieurs géologues français comme ^tant plus récents que la période crétacée , c'est-àdire comme étant tertiaires ; quant à moi , je n'ai jar
.560 ROCHES VOLCANIQUES CRÉTACÉES, (part ll7
Adour R.
Craie et tuf volcanique aux environ* de Dax.
E. Lits inclfnés de craie et de tuf volcanique en stratification concordante.
a. b. c. d. Gravier, sable, et strates tertiaires.
mais vu de coupe qui justifiât cette opinion. H. Charpentier a prétendu que les ophites des Pyrénées étaient plus modernes que toutes les couches secondaires de cette chaîne, par la raison que dans les conglomérats qui, sur les flancs des Pyrénées, constituent les parties supérieures de la série crétacée , on n'a point trouvé de cailloux d'ophite roulés (*). Mais ce fait négatif peut s'expliquer en supposant que dans la mer crétacée , qui remplissait l'espace qu'occupent actuellement les Pyrénées , les éruptions étaient sous-marines et ne formaient jamais d'îles ou de hauts-fonds exposés à la dénudation.
L'âge du trapp d'Ântrim , en Irlande, dont il a déjà été question au sujet de l'altération produite par ses dykes sur la craie (p. 20k), est incertain. Ce que Ton sait , par exemple , à n'en pouvoir douter, c'est que ce trapp est plus récent que la craie de cette région, qu'il traverse et qu'il recouvre ; on a aussi quelque raison de croire qu'il appartient à l'une des époques
(*) Charpentier, Essai Géol. sur les Pyrénées, p. 52*.