CH. XXV.) DANS LES BOCHES MÉTAMORPHIQUES
cane, des centaines de sources, tant froides que thermales, dont les eaux, jaillissant du granit et de diverses autres roches , sont fortement chargées de carbonate de chaux. La quantité de matière calcaire que ces sources transportent des parties les plus basses de la croûte du globe jusqu'aux parties supérieures ou nouvellement formées, doit, par la suite des temps, devenir prodigieuse (*) .
Si , au lieu de se trouver pour ainsi dire insignifiante , la quantité d'éléments siliceux et alumineux , amenés à la surface par ces sources, était considérable , on pourrait en conclure que la matière minérale, ainsi expulsée de l'intérieur du globe, indique simplement la décomposition des roches souterraines ordinaires ; mais l'excès prodigieux du carbonate de chaux, relativement à toutes les autres substances dégagées de la sorte, doit, dans le cours des siècles , priver la partie inférieure de la croûte terrestre de ses éléments constituants calcaires. D'un autre côté, on sait que la même action communique aux dépôts récents, qui se forment incessamment dans les mers et dans les lacs , un excès de carbonate de chaux ; et comme la matière calcaire se répand dans ces lacs et dans l'Océan par des milliers de sources et de rivières , il s'ensuit naturellement que presque toutes les roches calcaires récentes , chimiquement précipitées , doivent , ainsi qu'un très-grand nombre
(•) Voyae à l'Index des Principles, « Calcartous Springs. »
614 RARETÉ DBS FOSSILES (part, il,
de récite de pierre coquillière etcoralline, provenir, en partie , de la matière minérale soutirée par l'action plutonique , et dégagée des roebes en fusion contenues dans les entrailles de la terre , par l'intermédiaire des gaz et de la vapeur.
Dans les régions de volcans actifs et éteints , tels que les environs de Naples et l'Auvergne , le soi et les fissures des roches laissent échapper du gaz acide carbonique à l'état de liberté, outre le carbonate de chaux qui s'en dégage. Il est assez probable que les coraux ou les coquilles fossiles perdent souvent leur acide carbonique de cette manière; et que la chaux restante contribue à la formation du pyroxène , de l'amphibole, du grenat, et de divers autres minéraux hypogènes. Ce qui prouve que les coquilles fossiles abandonnent souvent leur matière calcaire , c'est que très-fréquemment il arrive que ces restes organiques sont remplacés par de la silice, ou par quelque autre minéral, et que l'espace originairement occupé par le fossile devient vide quelquefois , ou reste simplement indiqué par une faible empreinte. On ne peut, en vérité, être surpris de l'absence générale des restes organiques dans les Strates cristallines, lorsqu'on se rappelle combien , dans toutes les formations anciennes, et même dans lés formations tertiaires, il doit y avoir de fossiles détruits, soit partiellement, soit entièrement; — combien de masses énormes de grès et d'argile schisteuse , d'âges divers, et de plusieurs milliers de pieds d'épaisseur, sont
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complètement dépourvues de fossiles ; — combien de strates durent être privées d'une partie dé leurs fossiles lorsqu'elles acquirent une structure semi-cristalline , c'est-à-dire lorsqu'elles passèrent à l'état de transition de Werner ; — et comment les débris organiques restants durent se trouver entièrement effacés lorsque ces mêmes strates devinrent métamorphiques. Enfin, pour terminer, j'ajouterai qu'il est de toute probabilité que quelques-unes des roches cristallines ont été plusieurs fois exposées à l'action plutonique.
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Dans le treizième chapitre de cet ouvrage , j'ai dit que les additions importantes qui avaient été faites aux collections de coquilles vivantes et de fossiles tertiaires, dans le cours de ces dix dernières années, avaient rendu nécessaire la révision de cette partie dé la classification des formations tertiaires qui repose principalement sur la proportion relative d'espèces récentes trouvées à l'état fossile dans chaque groupe.
Depuis que le chapitre ci-dessus mentionné de l'édition anglaise a été imprimé , je me suis empressé de faire des recherches à ce sujet; et déjà ces recherches mont conduit à la modification et à l'amplification de quelques-unes de mes premières idées , — changements dont je vais essayer de donner, dans cet Ap-
pendice , l'explication d'une manière aussi abrégée que possible.
D'après des investigations récentes , il paraît que le Crag anglais, que j ai rapporté en totalité à la formation Pliocène ancienne (Voyez p. 349) , appartient à diverses périodes, savoir : le Crag Rouge et le Crag Corallin de Suffolk, dont les fossiles représentés pages 353-356, sont caractéristiques, à l'époque Miocène ; et le Crag de Norwick seul à la période du vieux Pliocène. Les considérations suivantes ont déterminé ce changement d'opinion.
1° Les lits coquiliiers de sable et d'argile que l'on a désignés sous le nom de Crag , et qui , dans le comté de Norfolk, reposent sur la craie, consistent en un dépôt fluvio-marin , Lequel a fourni 90 espèces environ de coquilles marines, et 20 à peu près de coquilles terrestres et d'eau douce. Parmi ces coquilles, le nombre des espèces récentes est, quant à présent, dans la proportion de 50 à 60 pour cent. Cette formation peut donc être attribuée à la période Pliocène ancienne , dans laquelle je plaçais autrefois tout le Crag anglais.
2° Les coquilles fossiles du Crag Rouge de Suffolk figurent au nombre de 214 , à l'exclusion des annulata et des cirripeda , dans la collection de M. Searles Wood. Sur ce nombre, 64 appartiennent à des espèces récentes, ce qui établit, à l'égard des espèces éteintes, une proportion de 30 pour cent environ.
3° Dans la même collection , sur 329 coquilles pro-
venant do Crag Corallin , les espèces récentes sont au nombre de 62, c'est-à-dire dans le rapport de 19 pour cent.
Je fos aidé dans ces comparaisons de coquilles fossiles et récentes par deux naturalistes très-distingués : M. Searles Wood , qui possède une connaissance trèsapprofondie des coquilles Britanniques tertiaires ; et M. G.-B. Sowerby, dont les connaissances, en fait de coquilles récentes surtout, sont justement appréciées par tous les conchyliologistes.
La prédominance ci-dessus mentionnée des espèces éteintes dans le Crag Rouge et dans le Crag Corallin indique une différence si grande arec la faune actuelle de la mer la plus rofcine de ces deux formations, que je me sens porté à les attribuer à différentes époques de la période Miocène. Cette différence , à Tégard de la faune rivante de l'Océan Allemand, ne se borne pas aux espèces ; elle s'étend aussi à plusieurs genres qui , actuellement , sont étrangers aux mers adjacentes : tels sont, entre autres, une grande Cassis, et une Voluta dans le Crag Rouge; une Pyrula, une Voluta , une Lingula, une Pholadomya et une Glyximeris, dans le Crag Corallin. On rencontre aussi dans ce dernier dépôt plusieurs coraux (Stone-corals), dont Tune des espèces appartient au genre intertropical Ànthophyllum.
Après avoir, en 1825, soigneusement examiné le Crag de Snffblk et les faluns de la Touraine, M. Desnoyers déclara que , suivant son opinion , ces deux
formations devaient être d'origine contemporaine. Cette conclusion , que je considère aujourd'hui comme étant fort probable , a , dans le principe, été combattue par moi sous le double rapport de la grande proportion supposée de coquilles récentes dans le Crag de Suffolk, et de la distinction presque complète qui existe entre les espèces de coquilles fossiles dje la Touraine et celles de Norfolk et de Suffolk. Le premier de ces arguments était fondé sur une erreur, laquelle, à son tour, résultait principalement de ce que Jes coquilles du Crag de Norfolk le plus récent étaient confondues avec celles de Suffolk , et attribuées à la même période, — circonstance qui donnait pour la proportion des coquilles récentes un chiffre plus élevé que celui qui convient pour le Crag Rouge ou pour le Crag Corallin de Suffolk; pris chacun séparément. L'autre argument, savoir, la distinction des espèces fossiles de Suffolk et de la Touraine, présente encore une très-grande difficulté , puisque sur cent de ces espèces, il n'y en à pas dix qui soient communes aux deux formations.
Après avoir examiné, conjointement avec M. G.-fc. Sowerby, une collection de 236 espèces de coquilles de Touraine, réunies par M. Dujardin, et décrites par lui dans les Mémoires de la Société géologique de France (Voyez cet ouvrage , tome II, page 211), nous avons trouvé que, parmi ce* coquilles, la proportion des espèces récentes était de 26 pour cent. Quant aux espèces fossiles, de même que dans le Crag de Suffolk
elles étaient pour la plupart identiques à celles des régions Britanniques et des climats arctiques, de même, ici, elles se rapportaient aux espèces de la Méditerranée ou du nord de l'Afrique. On aurait dit qu'à 1 époque à laquelle furent produites les deux formations en question , une barrière géographique détendant au travers de la Manche, servait de séparation à deux golfes, l'un ayant son ouverture du côté du nord , et l'autre du côté du sud.
M. Sowerby a aussi examiné avec moi 400 espèces de coquilles provenant des formations Eocènes marines et d'eau douce d'Angleterre. Sur ce nombre, nous n'en avons trouvé que quatre qui fussent identiques à des espèces récentes. Cette proportion de un pour cent pourra peut-être par la suite se trouver légèrement augmentée ; mais ce qui nous fait croire que dans aucun cas cette augmentation ne saurait être très-considérable, c'est que les collections de coquilles vivantes que, dans le cours de nos recherches, nous avons eu occasion de visiter , font partie des plus riches qui existent en Europe.
D'un autre côté , quelques-uns des dépôts les plus récents de l'Angleterre contiennent1 en coquilles, tant lacustres que marines , plus de 90 ou 95 pour cent d'espèces actuellement vivantes ; et je ne doute pas que Ton ne finisse par découvrir, dans les différents dépôts tertiaires de l'Europe , presque toutes les proportions intermédiaires entre celle qui caractérise les Strates Eocènes anglaises ci-dessus mentionnées, dans
lesquelles il se trouve à peine un pour cent d'espèces récentes; et le terme opposé, qui donne tout au plus la même proportion d'espèces éteintes. Déjà, trouvant qu'il devient nécessaire d'établir une ligne de démarcation arbitraire entre les dépôts auxquels j'ai donné les noms d'Ancien et de Nouveau Pliocène , je rapporterai à ceux-là , c'est-à-dire aux plus anciens de ces groupes, les strates qui contiennent de 40 à 70 pour cent d'espèces récentes de coquilles ; et aux plus modernes, ceux dans lesquels cette proportion excède 70.
Toutefois, en même temps qu'il est devenu nécessaire de subdiviser les deux périodes ci-dessus mentionnées, j'ai trouvé que les termes destinés à désigner ces subdivisions étaient d'une longueur ppqmmode , et je me suis proposé d'employer à l'avenir le mot Pliocène pour Ancien Pliocène , et de substituer à la dénomination de Nouveau Pliocène celle plus abrégée de Pleistocène, tirée du grec pleiston, plus, et kainos, récent.