‹ Eléments de géologieChapitre 198 sur 205 · CH. XXV.) DES ALPES SUISSES · texte numérisé non relu

CH. XXV.) DES ALPES SUISSES

formations, on rencontre aussi sur les flancs des Alpes orientales quelques dépôts tertiaires; mais dans les Alpes Suisses ou Centrales, les formations fossilifères primaires disparaissent , ainsi que les roches secondaires anciennes. Quant aux strates crétacées , oolithiques et Massiques, elles passent insensiblement aux roches métamorphiques, telles que le calcaire granulaire, le talc-schiste, le gneiss talqueux, le schiste micacé , et différentes autres. Pour ce cfui regarde l'âge de ces diverses strates cristallines , il n'y a qu'une chose qu'on puisse se hasarder à affirmer, c'est que quelques-unes de leurs portions supérieures consistent en dépôts secondaires récents altérés. La disparition des roches secondaires anciennes et des formations fossilifères primaires semble devoir être attribuée à ce que, dans cette région, les roches en question ont toutes été transformées en schiste cristallin.

Il est difficile de donner à ceux qui n'ont jamais visité les Alpes une idée exacte des diverses preuves qui motivent cette supposition. La première consiste dans la conversion en marbre granulaire , en gneiss et en différents autres schistes métamorphiques, qu'ont subie, en quelques endroits, les strates d'Oolithe, de Lias et de Craie, près de leur point de contact avec le granit ,— circonstance qui prouve incontestablement que Faction platonique a continué à s'exercer dans les Alpes jusqu'à une époque très-avancée, et même après la formation de certains dépôts se-»

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condaires récents. Une fois ce point établi , il me semble facile et même tout naturel d'admettre que plusieurs roches fossilifères inférieures qui , suivant toute apparence, ont été pendant plus longtemps exposées à une action semblable , ont dû acquérir un degré de métamorphisme plus considérable encore.

On observe aussi, dans certaines parties des Alpes Suisses, des masses énormes de strates du même âge que le Grès vert' et la Craie. Par suite de leur texture semi-cristalline que Werner appelait texture de transition, ces strates furent classées parmi les formations de transition, ou groupes plus anciens que les roches secondaires les plus inférieures, par les partisans de l'école Wernérienne , qui attachaient la plus grande importance aux caractères minéralogiques considérés isolément (voyez p. 305). Or, il est probable que ces strates ont été affectées, quoique à un moindre degré, par la même action plutonique qui altéra et rendit complètement métamorphiques un si grand nombre des formations sous-jacentes; car, dans les Alpes, cette action ne s'est pas, à beaucoup près, bornée .à agir dans le voisinage immédiat du granit. Bien que cette roche, ainsi que plusieurs autres d'origine plutonique , affleure rarement , malgré les ravins profonds qui mettent à nu la structure intérieure des montagnes en question, l'existence de ces roches à une profondeur peu considérable au-dessous de la surface ne peut néanmoins être mise en doute. On a déjà vu (p. 2V3) qu'en plusieurs endroits , tels

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entre autres que la Valorsine, près du Mont-Blanc, le granit et quelques veines granitiques se trouvent observables, perçant à travers le gneiss talqueux, qui, vers le haut, passe insensiblement à des strates secondaires.

C'est bien certainement dans les Alpes de la Suisse et de la Savoie, plus que dans tout autre district de l'Europe , que le géologue doit s'attendre à rencontrer les traces d une manifestation énergique de Tac* tien plutonique ; ces montagnes offrant les monuments les plus gigantesques de la violence mécanique à laide de laquelle des strates de plusieurs milliers de pieds d'épaisseur ont été courbées, pliées et bou^leversées (voyez p. 128). Là, aussi, ont été soulevées à la hauteur de 10,000, ou même de 12,000 pieds ( 3030 ou 360tm) au-dessus du niveau de la mer, des formations secondaires marines , d'un âge moderne , comparativement, telles que les masses oolithiques et crétacées que Ton observe dans ces districts: Des strates tertiaires, même, appartenant suivant toute apparence à la période Miocène , y ont atteint une élévation de 4 à 5000 pieds (ii» à 1585°*), — • circonstance qui les met à même de rivaliser en hauteur avec les montagnes les plus élevées de la Grande- Bretagne.

Si le lecteur veut se donner la peine de consulter les ouvrages de plusieurs géologues célèbres qui ont exploré les Alpes, tels entre autres que ceux de MM. de Beau mont, Studer, Npçfcef et Boue, |1 verra que tous

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ces savants partagent plus ou moins complètement les opinions ci-dessus exposées. MM. Studer et Hugi ont établi qu'il existe, sur une très-vaste échelle, dès alternances parfaites de strates secondaires , contenant des fossiles , avec du gneiss et diverses autres roches d'une structure entièrement métamorphique. J'ai visité quelques-unes des localités les plus remarquables citées par ces auteurs ; mais , quoique d'accord avec eux sur ce fait, qu'à une assez grande distance du point de contact du granit ou de toute autre roche plutonique , il existe une certaine gradation entre les séries fossilifères et les séries métamorphiques, il m'a été impossible de me convaincre que les alternances distinctes de strates éminemment cristallines avec des couches non altérées , telles que celles auxquelles il vient d'être fait allusion , ne pouvaient admettre une autre explication. M. Studer a décrit plusieurs coupes des Alpes Bernoises , entre autres celle du Roththal , vallée située dans la partie la plus élevée de ces montagnes, et qui longe la limite des neiges perpétuelles sur le flanc septentrional dé la Jungfrau. Dans l'une de ces coupes , j'ai observé une masse de gneiss de 1000 pieds (305111) d'épaisseur, et de 15,000 pieds (4.575") de longueur, laquelle repose entre des strates renfermant des fossiles oolithiques. Ces circonstances anomales peuvent en partie s'expliquer par la supposition que de grandes masses solides de gneiss , en forme de coin ; se sont introduites laté-

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ralement entre les strates par rapport auxquelles je les ai trouvées discordantes dans plusieurs coupes. La superposition du gneiss , relativement à l'oolithe , peut aussi, dans une région où les convulsions se sont manifestées sur une échelle si prodigieuse, être attribuée quelquefois au renversement de la position primitive des lits.

On peut également, je pense, rapporter à un dérangement mécanique quelques-unes des intercalations de gneiss qu'on observe dans les strates fossilifères du Sattel, à la base du Gestellihorn , au-dessus d'Enzen , dans la vallée d'Urbach , près de Meyringen ; presque toute hypothèse qui admet des changements de position répétés pouvant être adoptée dans un lieu où règne une si magique confusion. N'estil pas en effet très-possible que les strates secondaires aient été verticales, d'abord; puis, que certaines portions de ces strates soient devenues métamorphiques (l'influence plutonique se manifestant de bas en haut) , en même temps que des couches intermédiaires seraient restées inaltérées ; et qu'ensuite , la série tout entière des lits s' étant retrouvée dans une position presque horizontale, cette circonstance ait donné lieu à la superposition de formations cristallines par rapport à des strates fossilifères?

Il a été remarqué , dans le chapitre précédent , que comme la cristallisation originelle des roches hypogènes , tant stratifiées que non stratifiées , s'opère à une certaine profondeur de l'écorce duglobe, ces ro-

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ches doivent toujours, avant d'être soulevées et avant de se montrer à nu à la surface, être d'un âge extrêmement ancien , relativement k une très-grande partie des roches fossilifères et volcaniques. Leur formation peut s'effectuer à toute époque quelconque; mais pour devenir visibles, il faut non-seulement qu'elles soient élevées au-dessus du niveau de la mer t mais , en outre, que quelques-unes des roches qui les recouvraient d'abord soient préalablement emportées par la dénudation. Si le lecteur examine le frontispice, il verra que les strates A , qui furent les dernières déposées, se trouvent partout inaccessibles à l'observation des hommes, étant recouvertes par la mer; et que les roches métamorphiques contemporaines C , sont, ainsi que les formations platoniques D du même âge , situées à une profondeur bien plus grande encore. H observera aussi que les strates G , devenues métamorphiques récemment , n'appartiennent ni aux formations A, ni même aux groupes a, b, cf qui, sous le rapport de l'âge , précèdent immédiatement les strates A, mais qu'elles font partie des formations bien plus anciennes tf , e> f, g, h, t. Or, supposons que cette portion de la croûte terrestre que représente le frontispice soit sujette, en divers endroits, à une longue série de soulèvements et de dépressions : dans cette hypothèse, les lits A seront, çà et là, partiellement élevés et convertis en terre ferme; mais les roches hypogènes C , D , quoique rapprochées de la surface , resteront, très-probablement, cachées à l'œil de Fob-

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servateer. Si une seconde période vient à s'écouler, il est à croire que les» roches A se trouveront, en quelques points, élevées jusque la hauteur de plusieurs milliers de pieds, bien que, malgré cela, les roches C et D puissent demeurer encore presque partout cachées. Enfin , lorsque durant une troisième période les formations stratifiées A auront été mises à sec sur de vastes étendues continentales , et qu'elles auront atteint les sommets de quelques chaînes Alpines, les formations hypogènes C D pourront, à leur tour aussi, et par suite de causes semblables, être soulevées et se montrer à nu sur des niveaux supérieurs à celui de l'Océan ; mais dès lors, elles ne pourront plus prendre rang parmi les roches modernes , le géologue sachant fort bien qu'il existe des groupes plus récente, tant fossilifères que volcaniques. L'étudiant verra aussi comment alors il peut être impossible de prouver que les strates G devinrent métamorphiques à répoque à laquelle les couches A furent déposées ; et combien il est difficile de ne pas exagérer l'ancienneté des strates C , comme roches métamorphiques, lorsqu'une fois l'époque reculée de leur précipitation se trouve établie , et que celle de leur cristallisation, comparativement moderne, reste incertaine.

Ordre de succession des roches Métamorphiques. — Bien que l'ordre de superposition des roches métamorphiques ne soit ni universel ni invariable , quelquefois, cependant, ces roches présentent, sur de très-

608 RAPPORTS CHRONOLOGIQUES (part. If,

grandes étendues, un certain arrangement particulier, résultat nécessaire de eeJui qui existe dans les formations sédimentaires, aux dépeps desquelles ont été produites les strates cristallines. Ainsi , par exemple , nous ayons vu que dans les Apennins, près de Carrare , la série descendante consiste, là où elle est métamorphique , 1° en marbre saccharoïde ; 2" en schiste talqueux ; 3° en quartzite et en gneiss ; et que là où elfe n'est pas altérée, elle se compose, 1° de calcaire fossilifère ; 2° d'argile schisteuse ; et 3° degrés.

Mais si nous venons à examiner différentes chaînes de montagnes, nous trouverons que le gneiss, le micaschiste, le schiste amphibolique, le schiste chloritique; le calcaire hypogène et diverses autres roches, se succèdent et alternent mutuellement en observant tous les ordres de position possibles. Quoique assez généralement le membre supérieur des séries métamorphiques consiste en quelque variété de schiste argileux, il n'est pas à dire pour cela que tous les schistes argileux aient été formés à la fin d'une période imaginaire , alors que la précipitation des strates cristallines fut remplacée par celle dès dépôts sédimentaires ordinaires. Par suite de la variabilité de leur composition, et par suite aussi de leur alternance accidentelle avec des strates fossilifères, ces schistes argileux peuvent être considérés comme appartenant presque également à l'ordre des roches sédimentaires et à celui des roches métamorphiques. Si l'action plutonique qu'ils ont subie eût été plus intense, il

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est probable qu'elle eût déterminé leur transformation en schiste amphibolique , en schiste chloritique feuilleté, en schiste talqueux esquilleux, en micaschiste, ou en certaines autres roches plus complètement cristallines, telles que celles qui d'ordinaire accompagnent le gneiss.

Uniformité du caractère minéralogique des roches Hypogène*. — M. de Humboldt a remarqué, en insistant beaucoup sur cette remarque, que lorsqu'on change d'hémisphère, tout dans la création, à l'exception d'une seule classe d'objets, se trouve changé. Ainsi, par exemple, non-seulement on rencontre à la surface de la terre de nouveaux animaux et de nouvelles plantes, mais dans le ciel même, de nouvelles constellations viennent frapper la vue ; ce n'est que dans l'intérieur de l'écorce du globe que Ton retrouve d'anciennes connaissances , — le granit, le gneiss, le schiste micacé, le quartzite et toutes les autres roches, enfin , que Ton était accoutumé à voir dans le premier hémisphère , étant exactement les mêmes dans le second. Malgré la ressemblance générale très- marquée qui existe entre les principales sortes de roches hypogènes, quels que puissent être, d'ailleurs, leur âge et le pays où on les trouve, il n'en a pas moins été prouvé que chacune de ces différentes espèces constitue des familles géologiques de roches, et non des composés minéralogiques définis. Elles offrent un aspect bien plus uniforme que les strates sédimentaires, qui, très-souvent, consistent en fragments

010 DIFFÉRENCE DE COMPOSITION (part, ii,

dont la forme, la dimevsion et la couleur varient ex-* trêmement , en même temps qu'elles renferment des fossiles très-différents entre eux sous le rapport de la forme et de la composition minéralogique , et acquièrent une grande variété de teintes par suite du mélange des diverses sortes de sédiment dont elles sont formées. Fondus et cristallisés, les matériaux de ces strates se trouveraient soumis à des lois chimiques, qui, simples et uniformes dans leur action, seraient les mêmes dans tous les climats, et resteraient à Tabri de toute influence de la part des causes mécaniques et organiques.

Néanmoins, ce serait une très-grande erreur de supposer que la composition des roches hypogènes , considérées comme desagrégats de minéraux simples, soit réellement d'une nature plus homogène que celle des divers membres de la série sédimentaire ; car, non-seulement on rencontre dans de» pays différents des assemblages différents de roches hypogènes, mais , de plus , les roches auxquelles , dans un même district, on donne le même nom , sont souvent extrêmement variables sous le rapport de leurs éléments constituants, ou, du moins, à l'égard de la proportion dans laquelle s'y trouve chacun de ces éléments. Ainsi , par exemple , le gneiss et le micaschiste , si abondants dans les Grampians, manquent dans le Cumberland , dans le pays de Galles et dans le Cornouailles; le gneiss et le granit, qui sont micacés en Ecosse, sont talqueux dans certaines parties de la

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Suisse et des Alpes Italiennes ; l'amphibole domine dans le granit d'Ecosse , — le scborl dans celui du Cornouailles , — l'albite dans les roches plutonkpies des Andes , — et le feldspath commun dans celles de l'Europe. Il est une partie de l'Ecosse où le micaschiste est rempli de grenats , et une autre , au contraire, où il en est entièrement dépourvu. Dans l'Amérique du Sud , c'est , suivant M. Darwin , le gneiss, et non le micaschiste, qui très-souvent est grenatifère. Outre que les quantités proportionnelles de feldspath , de quartz , de mica , d'amphibole et de divers autres minéraux , sont très-variables dans les roches hypogènes qui portent le même nom , il est une autre circonstance beaucoup plus importante encore, c'est que les éléments d'un même minéral simple ne sont pas, ainsi que nous l'avons déjà vu, toujours constants (Pages 169 et 192 ) .

Raison pour laquelle Us strates Métamorphiques sont moins calcaires que les strates fossilifères. — On a remarqué que la quantité de matière calcaire contenue dans les strates métamorphiques, ou même, en général, dans les formations hypogènes, est bien moindre que celle que l'on trouve dans les dépôts fossilifères. Ainsi , par exemple , en Ecosse, les schistes cristallins des Grampians, qui consistent en gneiss, en micaschiste, en schiste ampbibolique et en diverses autres roches de plusieurs milliers de pieds d'épaisseur, renferment un très-petit nombre de lits calcaires interstratifiés,—circonstance dont on a pu s'assurer par les

612 RABBTÉ DE LA CHAUX (part. II.

recherches qui , dans un but industriel, mit été faites à cet égard arec un très-grand soin. Le calcaire . cependant, ne manque pas dans les Grampians; il y est associé tantôt avec du gneiss, tantôt avec du micaschiste, et tantôt, enfin, avec quelque autre membre de la série métamorphique. Mais là, où comme à Carrare et dans quelques parties des Alpes , le calcaire se montre en très-grande abondance , conjointement avec des roches hypogènes, il forme presque toujours l'un des membres supérieurs du groupe cristallin.

La rareté du carbonate de chaux dans les roches plutoniques et métamorphiques semble donc , ordinairement, être le résultat de quelque cause générale. Tant que l'on crut les roches hypogènes antérieures à la création Ses êtres organisés , rien n'empêcha d'imputer l'absence de la chaux , dans ces roches, à la non-existence des mollusques et des zoophytes qui sécrètent les coquilles et les coraux ; mais lorsqu'on vint à attribuer les formations cristallines à l'action platonique, il fut tout naturel de rechercher si cette action elle-même ne tendait pas à expulser l'acide.carbonique et la chaux des matériaux qu'elle réduit à l'état de fusion ou de demi -fusion. Or, on peut en quelque sorte. suppléer, sous ce rapport, à l'impossibilité où l'on est de descendre dans les régions souterraines où la chaleur volcanique se développe, par la facilité que Ton a d'Observer dans certaines régions de volcans éteints , telles que l'Auvergne et la Tos-

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