CHAPITRE I
DES QUATRE GRANDES CLASSES DE ROCHES SÉDIMENT AIRES,. VOLCANIQUES, PLUTON1QUES ET MÉTAMORPHIQUES.
Définition de la géologie.— Formation successive de l'écorce lerrestr*. —Classification des roches suivant leur origine et leur âge.— Roche* aqueuses : de leur stratification et des fossiles qu'elles renferment. —Roches volcaniques, avec et sans cônes et cratères.— Des roches plutoniques et de leur rapport avec les roches volcaniques. — Des roches métamorphiques et de leur origine probable. — Ca*se d» l'application erronée du mot primitive» aux formations cristallines. — Division de l'ouvrage en deux parties : la première renfermant la description des roches sans égard à leur âge, et la seconde traitant de leur chronologie.
Quelles sont les matières d*nt la terre se compose, et de quelle manière ces matières sont-elles disposées? Ce sont là les problèmes dont la solution fait l'objet de la géologie, — science dont le nom dérive du grec yfj, gc, la terre', et >©?©$, logos, discours. De telles re~
2 FORMATION SUCCESSIVE (part. I ,
cherches semblent, au premier abord, se rapporter exclusivement au règne minéral, ou aux divers terrains, métaux et roches, qui se rencontrent soit à la surface de la terre, soit à différentes profondeurs. Mais en poursuivant ces investigations, on est bientôt conduit à l'examen des changements successifs qui ont eu lieu dans l'ancien état de la surface et de l'intérieur de la terre, et des causes qui ont occasionné ces changements. Bientôt aussi, chose plus singulière encore et plus inattendue ! on se trouve engagé dans des recherches relatives à l'histoire de la création animée, ou des diverses familles d'animaux et de plantes qui, dans les temps anciens, ont, à différentes époques, habité la surface du globe.
Personne n'ignore que les parties solides de la terre cpnsistenten matières distinctes, telles que l'argile, la craie, le sable, la pierre calcaire, la houille, le schiste, le granit, et autres semblables ; mais lorsqu'on ne s'est point encore livré à l'observation, on croit communément que toutes ces substances sont toujours restées dans l'état où nous les voyons aujourd'hui, — qu'elles ont été créées avec leur forme actuelle et dans leur position présente. Les géologues en jugent tout au-r frement. Diverses preuves les ont mis à même de reconnaître qu'à l'origine des choses, la plupart des parties extérieures de la terre n'avaient été produites ni instantanément, ni dans l'état où elles sont à présent ; mais qu'au contraire elles avaient acquis graduellement leur configuration et leur condition d'exis-
chap. i.) DE L'ÉCORCE TERRESTRE. 3
tence actuelles sous l'influence d'une grande diversité de circonstances et à des époques successives, durant chacune desquelles des races distinctes d'êtres organisés, dont les débris sont encore enfouis dans la croûte du globe, avaient vécu sur la terre et dans les eaux.
Par la « croûte du globe » , on entend cette petite portion de l'extérieur de notre planète qui est accessible à l'observation des hommes. Elle ne comprend pas seulement les parties dont la structure est mise à découvert dans les précipices des montagnes, ou dans les rochers qui bordent les rivières ou la mer, ni tout ce que le mineur peut découvrir dans des excavations artificielles; elle embrasse encore tout l'ensemble de cette enveloppe extérieure de la planète , sur laquelle des observations faites à la surface, ou près de la surface, nous mettent à même de raisonner. Bien que ces raisonnements puissent s'appliquer à un espace de plusieurs milles, de dix milles (3 lieues 1/2 environ) de profondeur (1), peut-être, toujours est-il qu'une telle épaisseur doit être considérée comme extrêmement bornée , puisqu'elle ne forme que la 4.00e partie de la distance qui sépare la surface du centre. Quelque insignifiantes pourtant que puissent être les dimensions de cette croûte, comparativement
(1) Les lieues en lesquelles, dans le cours de cet ouvrage, sont convertis les milles anglais , sont des lieues françaises de 25 au degré , dont une égale 4441 mètres , ou 2280 toises.
(Note du traducteur.)
k CLASSIFICATION DES ROCHES. (part, i,
à l'ensemble du globe, elles ne laissent pas d'être d'une étendue considérable par rapport à l'homme et aux êtres organisés qui peuplent notre globe. Le géologue peut donc tout à la fois admirer les vastes limites de son domaine, et reconnaître que non-seulement l'extérieur de la terre, mais la planète tout entière ellemême, n'est qu'un atome au milieu des mondes sans nombre soumis à l'observation de l'astronome.
Les matières qui forment cette croûte ne sont pas mêlées confusément ensemble ; des masses minérales distinctes y occupent, sous le nom de roches, des espaces définis, et y offrent un certain ordre d'arrangement.
Le mot roche est appliqué indifféremment par les géologues à toutes ces substances, soit qu'elles soient molles ou de nature pierreuse, car l'argile et le sable sont compris sous cette dénomination ; quelques-uns rétendent même jusqu'à la tourbe. Les anciens auteurs anglais s'efforcèrent d'éviter cette confusion dans leur langage, en désignant les matières qui constituent l'écorce terrestre sous les deux noms de roches et de terrains. Mais le passage de l'état de mollesse et d'incohérence à l'état pierreux est souvent tellement insensible, que les géologues de tous les pays ont jugé indispensable d'adopter pour les deux cas un seul terme technique, lequel se rend en anglais par rock, en italien par rocca, et en allemand par felsart. Le commençant, toutefois, ne doit jamais perdre de vue (lue le mot roche n'implique nullement qu'une masse