‹ Eléments de géologieChapitre 34 sur 205 · CHAP. I.) ROCHES AQUEUSES · texte numérisé non relu

CHAP. I.) ROCHES AQUEUSES

minérale soit dans un état pierreux ou de durcissement.

Ou a trouvé que pour classer les diverses roches qui composent la croûte de la terre , le mode qui convient le mieux est d'avoir égard, premièrement, à leur origine, puis ensuite à leur âge. Je m'efforcerai donc d'abord d'expliquer succinctement comment toutes les roches peuvent être divisées en quatre grandes classes par rapport à leur origine différente , ou , en d'autres termes , par rapport aux différentes circonstances et causes qui les ont produites.

Les deux premières divisions dont nous nous occuperons d'abord , comme étant naturelles, sont celles qui comprennent les roches sédimentaires et les roches volcaniques, c'est-à-dire les produits de l'eau et de l'action ignée.

Roches aqueuses. — Les roches aqueuses , quelquefois appelées roches sédimentaires ou fossilifères, couvrent une plus grande partie de la surface de la terre qu'aucune autre. Ces roches sont stratifiées, ou divisées en couches distinctes, .ou strates. Le mot strate signifie simplement un lit, ou une chose quelconque étendue ou répandue sur une surface donnée. C'est ce que nous voyons se passer journellement près de l'embouchure des rivières, ou sur la terre, durant des inondations passagères , qui nous fait supposer que ces couches ont en général été formées par l'action de l'eau. Chaque fois que la vitesse d'un courant chargé de limon ou de sable se trouve diminuée ,

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comme par exemple , lorsque ce courant entre dans un lac, ou dans la mer, ou quand il inonde une plaine, le sédiment, qui d'abord était tenu en suspension par le mouvement de l'eau, tombe au fond , par l'effet de son propre poids. C'est ainsi que s'opère le dépôt des couches successives de limon et de sable.

Quand on dessèche un lac qui a été alimenté par un petit ruisseau, il arrive souvent que le fond de ce lac offre une série de dépôts, disposés les uns au-dessus des autres avec une régularité remarquable. Ainsi , par exemple , le dépôt supérieur, ou le premier de tous , en allant de haut en bas , consiste quelquefois en une couche de tourbe; le second, en une espèce plus dense et plus solide de la même matière ; le troisième, en une marne coquillière laminée , alternant avec de la tourbe ou du sable ; les suivants , en divers autres lits de marne, séparés par des couches d'argile. Si, un peu plus loin, on vient à creuser encore dans la même formation lacustre , on retrouve ordinairement, à quelques petites différences près, la même série de couches ; ainsi , quelques-uns des lits de sable, d'argile ou de marne, de la première série, peuvent manquer dans la seconde , et y être remplacés par d'autres, un ou plusieurs de ces premiers ayant diminué de puissance au point de finir par disparaître entièrement; tandis qu'au contraire, une des masses observées dans le premier cas augmente quelquefois d'épaisseur dans le second, aux dépens d'autres lits, même au point de les exclure.

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Le mot formation, que j'ai employé dans l'explication précédente , exprime en géologie un assemblage de roches qui , sous le rapport de l'origine , de l'âge , ou de la composition, ont quelque trait commun de ressemblance. Ainsi , Ton dit des formations stratifiées et non-stratifiées, des formations d'eau douce et marines , sédimentaires et volcaniques , anciennes et modernes, métallifères et non-métallifères.

Dans les estuaires des grands fleuves , tels que le Gange et le Mississipi, on peut, à la basse mer, observer des phénomènes analogues à ceux des lacs desséchés, ci-dessus mentionnés, mais s'offrant sur une plus vaste échelle , et «'étendant sur des surfaces de plusieurs centaines de milles, tant en longueur qu'en largeur. Quand les eaux des inondations périodiques se retirent , la rivière creuse un canal de plusieurs mètres de profondeur dans des couches horizontales d'argile et de sable, dont les extrémités se trouvent à découvert «sur des falaises verticales. Ces couches varient en couleur, et renferment quelquefois du bois ou des coquilles , ce qui alors les caractérise. Les coquilles peuvent appartenir à des espèces particulières à la rivière; quelquefois cependant, ce sont celles de testacés marins qui, durant des orages, ont été poussés dans la bouche de l'estuaire.

Les inondations annuelles du Nil , en Egypte , sont bien connues, ainsi que la fertilité due au dépôt de limon qu'elles laissent sur les plaines. Ce limon est stratifié; la couche mince déposée dans une saison diffère

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légèrement en couleur de celle déposée durant une autre année , et peut en être séparée, ainsi que cela a été observé, 49ns certaines excavations, au Caire, et en divers autres lieux (*).

Lorsque des lits dé sable , d'argile et de marne , renfermant des coquilles et des matières végétales, se rencontrent disposés de la même manière dans Tintérieur de la terre , on leur attribue une origine semblable; plus on examine avec soin et détail leurs caractères , plus on trouve d exactitude dans leur ressemblahce. Ainsi , par exemple , à diverses hauteurs au-dessus de la surface de la terre , à diverses profondeurs au-dessous, et loin souvent de toutes mers, de tous lacs et de toutes rivières, on rencontre des lits de cailloux roulés, composés de différentes roches, mêlés ensemble. Ces cailloux sont semblables à ceux qui se forment dans les lits des torrents et des rivières, et sont entraînés dans la mer partout où ceux-ci descendent de terrains élevés a voisinant une côte. Là, le gravier est étendu par les vagues et les courants de l'Océan sur un espace considérable ; mais pendant les saisons de sécheresse , les torrents et les rivières sont presque à sec, et ne conservent d'autre force que celle nécessaire pour transporter à la mer du sable fin et du limon. De là il suit que dans l'intérieur de tous les continents , les géologues rencontrent des couches al-

(*) Voyez Silliman's Amer. Journ. of Sci. vol. xxvm, 1835; et Principles of Geology, Index , " Nile, " " Rivcrs, " etc.

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tentantes de gravier et de sédiment fin accumulés sous l'eau (*)•

Bien qu'un arrangement stratifié et les formes arrondies des cailloux suffisent seuls pour nous amener à conclure que certaines roches ont pris leur origine sous l'eau, cette opinion se trouve encore confirmée par le témoignage aussi distinct qu'indépendant des fossiles, répandus en si grande abondance dans la croûte du globe. Par fossile, on entend tout corps, ou les traces de l'existence de tout corps, soit animal, soit végétal, qui a été enfoui dans la terre par des causes naturelles. Or, presque partout , Ton trouve dans les roches stratifiées, des débris d'animaux, surtout d'espèces aquatiques. Souvent, aux coquilles et aux coraux , qui sont ceux qu'on rencontre le plus fréquemment , se joignent des ossements et des dents de poissons , des fragments de bois , des impressions de feuilles, et diverses autres substances organiques. Des coquilles fossiles, de formes semblables à celles qui abondent aujourd'hui dans la mer, se trouvent très-avant dans l'intérieur des terres , soit près de la surface , soit à toutes les profondeurs au-dessous , jusqu'à celles du moins auxquelles le mineur peut atteindre. II s'en présente aussi à toutes les hauteurs connues au-dessus du niveau de l'Océan ; car, dans les

O Voyez les mots : * Magnan, ' et ' Conglomérâtes, ' à Y Index de différentes éditions des " Principles of Geology,"par l'auteur de ces" Eléments. "

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Alpes et les Pyrénées, on en a rencontré à 8 ou 9,000 pieds (1) (2, MO ou 2,745 met.) d'élévation ; à plus de 13,000 pieds ( 3,965 met. ) dans les Andes , et au-delà de 15,000 pieds ( 4,575 met. ) dans l'Himalaya.

Ces coquilles appartiennent pour la plupart à des testacés marins ; mais dans quelques localités leurs formes indiquent exclusivement des espèces caractéristiques de lacs et de rivières. De là, on est amené à conclure que quelques-unes des couches anciennes ont été déposées au fond de la mer, tandis que d'autres ont été formées dans des lacs et des estuaires.

A l'époque où la géologie commença à être cultivée, il était de croyance générale que ces coquilles marines et autres fossiles étaient tout à la fois les effets et les preuves du déluge universel. Mais ceux à qui il a été donné d'étudier soigneusement les phénomènes, ont depui§ longtemps rejeté cette doctrine. On pourrait supposer qu'une inondation passagère laissât après elle, sur la surface momentanément couverte par les eaux, des amas de limon, de sable et de galets, avec des coquilles confusément mélangées; mais les strates rénermant des fossiles ne sont pas des dépôts superficiels , et ne couvrent pas la terre : elles constituent la masse entière des montagnes. Quelques écrivains mo-

(1) Les pieds dont il est question dans cet ouvrage, sont des pieds anglais. Leur valeur est égale à 3,048 décimètres.

(Note du traducteur.)

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deroes qui savent très-bien que les corps fossiles ne peuvent; pas tous être attribués au déluge, ont adopté l'opinion que la déposition de ces corps dans le lit de l'Océan, peut, ainsi que celle des couches dans4esquelles ils sont enfouis, s'être accomplie durant la période de plusieurs milliers d'années qui s'est écoulée entre la création de l'homme et le déluge. Ils imaginent que le lit antédiluvien de l'Océan, après avoir été le réceptacle de plusieurs dépôts stratifiés, fut? à l'époque du déluge, converti en continents ( ceux que nous habitons aujourd'hui), et que les anciens continents, submergés dans le même temps, devinrent le lit de la mer actuelle. Cette hypothèse, quoique préférable à la théorie diluvienne, en ce qu'elle admet que toutes les couches à fossiles ont été déposées lentement et successivement par l'eau, est encore tout-à-fait insuffisante pour expliquer les révolutions multipliées que la terre a subies, et les traces que dans la plupart des régions du globe, les continents actuels présentent de l'époque de leur émersion de l'océan, traces qui prouvent que cette émersion eut lieu longtemps avant les quatre mille ans de date qu'on lui assigne. L'on verra aussi daps la suite qu'un grand nombre de séries distinctes de couches sédimentaires, de plusieurs centaines, ou même de plusieurs milliers de pieds d'épaisseur chacune, sont entassées les unes sur les autres dans la croûte de la terre, renfermant chacune leurs espèces particulières d'animaux et de plantes fossiles, — espèces qui,

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