‹ Eléments de géologieChapitre 47 sur 205 · DÉPOSITION GRADUELLE (PARTI · texte numérisé non relu

DÉPOSITION GRADUELLE (PARTI

Peut-être ne serait-il pas inutile de rapporter encore un exemple de la manière dont un seul fossile peut quelquefois répandre de la clarté sur un ancien état de choses, ayant eu lieu, soit dans le lit de l'Océan , soit sur un continent voisin. À diverses profondeurs de l'argile sur laquelle Londres est bâti, on rencontre un grand nombre de fragments de bois percés par des vers marins. Dans la même argile, on trouve quelquefois aussi des branches et des troncs d'arbres entiers , de plusieurs pieds de long, qui, tout criblés de trous faits par ces espèces de vrilles, conservent encore dans leurs cavités cylindriques les tubes et les coquilles du mollusque, e (Fig. 13) représente un morceau de bois récent, percé par le Teredo navalis, ou ver marin commun, qui détruit les piliers de bois et les vaisseaux. Quand le tube cylindrique d est extrait du bois, Ton aperçoit vers sa plus grande extrémité, une coquille c, composée de deux pièces. C'est de cette manière aussi qu'un morceau de bois fossile ( a, fig. 12 ) a été perforé par un animal d'un genre à peu près semblable, mais éteint, auquel Lamarck a donné le nom de Teredina. Le tube calcaire de ce mollusque étant uni et comme soudé aux valves de la coquille (b) , il s'ensuit que ces valves ne peuvent pas être détachées du tube, comme celles du Teredo récent.Le bois de cet échantillon fossile se trouve avgourd'hui converti en une masse pierreuse, composée d'argile et de chaux ; mais jadis, à l'époque où les Térédines vivaient sur lui, le perforant dans tous les sens, il devait être flottant dans la mer. De plus,

CM. lll. j INDIQUEE PAR LES FOSSILES. 57

avant que la colonie pygméenne s'établît sur le bois Fig. 12

Fig.l ;

Bois fossile et récent percé par des mollusques perforants.

12. o. Bois fossile de l'argile de Londres, percé par la Teredina.

b. Coquille et tube de la Teredina personatay la figure de

droile représentant la partie ventrale, et celle de gauche, la partie dorsale.

Fig. 15. e. Bois récent percé par le Teredo.

d. Coquille et tube du Teredo navalis, provenant de la même formation.

c. Parties antérieure et postérieure des valves du même ani-

mal , détachées du tube.

flotté, il fallut d'abord qu'un arbre fût déraciné, soit par une inondation, soit par quelque autre cause, puis lancé dans les eaux par le vent; et qu'une de ses branches fût ensuite transportée à la mer par une rivière. En considérant les choses de la sorte, nos pensées se trouvent reportées vers l'époque antérieure , à laquelle l'arbre végéta durant plusieurs années sur la terre ferme, jouissant d'un sol et d'un climat favorables.

58 1NFUS0IRES DANS LE TRIPOLI . (pamt. I,

Déjà il a été remarqué que dans l'intérieur des continents il existe à diverses profondeurs de l'écorce terrestre, et à de grandes hauteurs au-dessus du niveau de la mer, des roches presque entièrement composées de débris de zoophyteset de testacés. Ces masses peuvent être comparées aux bancs d'huîtres et aux récifsde corail modernes; et, comme chez ces derniers, leur mode d'accroissement doit avoir été extrêmement lent. Mais, outre ces roches, la croûte du globe renferme un grand nombre de dépôts pierreux provenant d'animaux et de plantes, et dont l'origine organique, parfaitement reconnue aujourd'hui, n'avait pas même été soupçonnée par les naturalistes avant ces dernières années. Grande fut donc la surprise qu'occasionna la découverte récente du professeur Ehrenberg, de Berlin, savoir, qu'une certaine espèce de pierre siliceuse , appelée tripoli , était entièrement composée de squelettes ou carapaces d'animalcules microscopiques. Cette substance est depuis longtemps bien connue dans les arts, et employée sous forme de poudre, pour polir les pierres et les métaux. On la tire de divers lieux, entre autres de Bilin, en Bohême, où une seule couche, s étendant sur un très -grand espace , n'a pas moins de lk pieds (4 " 27) d'épaisseur. Quand on examine cette pierre avec un microscope puissant, on voit qu'elle consiste en carapaces siliceuses d'inftisoires, unies ensemble sans aucun ciment visible. Il est difficile de donner une idée de leur extrême petitesse; mais

CH m.) INFUSCHRES DANS LE TRIPOLI. 59

Ehrenberg estime que dans le tripoli de Bilin ,

Fig. l'#. Fig. 15. Fig 16.

Iliiliiiliiiliii]

Bacitlaria vulgaris? GaUlonetla distans. Gaifhnetla ferruginea.

Ces figures sont grossies à peu près $00 fois, excepté la ligure infèlievre de la G. ferruginea {Fig. 16, aly qui est grossie 8000 fois.

chaque pouce cube, pesant environ 220 grains , renferme 41,000 millions d'individus de la Gaillondla distans, ce qui fait à peu près 187 millions par grain. Ainsi donc , à chaque frottement produit avec cette poudre à polir, plusieurs millions, dix millions, peutêtre, de fossiles entiers sont réduits en atomes.

Les coquilles ou boucliers de ces infusoires sont de silex pur. Leurs formes , tout en étant variées , sont très-marquées et très-constantes dans les espèces et les genres particuliers. Ainsi, dans la famille desBacillariées ( Voy . Fig. 14) , les espèces fossiles conservées dans le tripoli offrent les mêmes divisions et les mêmes lignes transversales que celles qui caractérisent les coquilles vivantes de forme à peu près semblable. Celles-ci se trouvent aussi quelquefois mélangées avec les spicules siliceux, ou supports intérieurs de l'éponge d'eau douce, ou Spongilla de Lamarck. (Voyez les corps en forme d'aiguilles, représentés Fig. 18.) Ces carapaces et spicules siliceux, quoique durs , sont très-

60 INFUSOIRES DANS LE TRIPOLI. (part, i,

fragiles et se cassent comme du verre, de sorte que, lorsqu'on les frotte, ils se réduisent très-facilement en une poudre fine , propre à polir la surface des métaux.

Fig. 18.

Fig. 17

Fragment de demi-opale provenant du grand lit de tripoli de Bilin.

Fig. 17. Grandeur naturelle. Fig. 18. Le même, qui, étant grossi,

laisse apercevoir les articula lions circulaires d'une espèce de Gaillonella, et les spicules de la Spongilla.

Outre le tripoli qui est formé d'infusoires, exclusivement , on trouve encore dans la partie supérieure

ch. m.) INFUS01RES FOSSILES. 61

de la grande couche de Bilin , une autre pierre plus lourde et plus compacte ; c'est une espèce de demiopale dans laquelle des quantités immenses d'infusoires et de spicules des Spongilles sont remplis de matière siliceuse , et cimentés ensemble par cette même matière. On suppose que les coquilles des animalcules les plus délicats ont été dissoutes par l'eau, et ont ainsi donné naissance à cette opale , dans laquelle les fossiles les plus durables sont conservés comme des insectes dans de l'ambre. Cette opinion est confirmée par la diminution du nombre et de l'acuité, des contours des petites coquilles, proportionnellement à l'augmentation du ciment opalin.

Les espèces d'infusoires renfermées dans le tripoli de Bohême qui vient d'être décrit , ainsi que dans celui de Planitz, en Saxe, sont des espèces d'eau douce ; mais dans d'autres pays, tels que l'Ile-de-France, par exemple , les espèces que renferme le tripoli sont marines, et appartiennent toutes à des formations de 1 époque tertiaire, dont il sera parlé plus loin. (Voyez Part. IL)

Ehrenberg a démontré aussi qu'une substance bien connue, que l'on nomme minerai de fer limoneux, et que l'on rencontre souvent dans les gazons tourbeux, consiste en un nombre infini de filaments articulés , d'une couleur jaune d'ocre , composés en partie de silex et en partie d'oxide de fer. Ces filaments sont les carapaces d'un petit animalcule appelé Gaillonella erruginea (Fig. 16).

62 FOSSILES MICROSCOPIQUES. (part, i ,

Il est évident que des couches résultant de 1 accumulation de coquilles d'infusoires , de générations sans nombre , ont dû mettre un temps considérable à se former ; et ces découvertes nous conduisent naturellement à soupçonner que d'autres dépôts, dont les matières ont habituellement été considérées comme inorganiques , pourraient fort bien , en réalité , devoir leur origine à des corps organiques microscopiques. L'on a souvent imaginé que tel était le cas pour la craie blanche , l'observation de cette roche ayant fait reconnaître qu'elle renferme une multitude de fossiles marins, tels que des coquilles, des échinides, des coraux , des éponges , des crustacés et des poissons. Dernièrement, M. Lonsdale, en examinant dans le muséum de la Société Géologique de Londres , des morceaux de craie blanche tirés de diverses parties de, l'Angleterre, trouva, en les pulvérisant soigneusement dans de l'eau , que ce qui à l'œil nu paraissait n'être que de simples grains blancs, était en réalité des fossiles bien conservés. Chaque livre pesant de craie lui fournit environ un millier de ces corps , dont quelques-uns étaient des fragments de petites corallines, et les autres, des Cythérines et des Foraminifères entiers. Les dessins ci-joints donneront une idée de la beauté des formes de plusieurs de ces corps. Les figures a a représentent leur grandeur naturelle ; mais, tout petits qu'ils semblent , les plus petits d'entre eux , tels que a , Fig. 22 , sont gigantesques comparativement aux carapaces d'info-

cm. m.) INFUSOIRES DANS LES SILEX. 63

soires ci-des6iis mentionnées. De plus , on a tout lieu de croire que les cellules en lesquelles se divisent ces

Cytherines et Foraminifères provenant de la craie. Fig. 19. Fig. 20. Fig. 21 Fig. 22

Cytherina. Portion de Lenticulina.Lam. Discorbix.

Nodotaria . ( Operculina, D'Orb. )

Foraminifères, sont souvent remplies de plusieurs centaines d'infusoires ; car, à laide d'un microscope puissant, il a été reconnu que beaucoup des petits grains qu'elles renferment et qui composent l'enveloppe de craie, consistent en disques circulaires, comme les articulations de la Gaillonella , représentée Fig. 18. Les corps en question étaient calcaires; mais Ehrenberg en a découvert d'autres dans les silex de la craie, qui, ainsi que les infusoires du tripoli , sont siliceux. C'est surtout dans l'enveloppe Manche des silex que ces corps , souvent accompagnés d'une multitude innombrable de spicules d'épongés à forme d'aiguille , sont le plus apparents ; quelquefois aussi ils se laissent apercevoir dans les parties centrales des silex de la craiç, dans lesquelles ils sont d'une couleur plus pâle. En réfléchissant à ces découvertes, on est naturellement conduit à supposer que, de même que le ciment sans forme de la demi-opale de Bilin résulte de la .décomposition de débris d'animaux , de même aussi les parties des silex de la craie dans lesquelles

6i PÉPOSITION LENTE DES STRATES, (pabt. i,

on ne retrouve aucune trace de structure organique , peuvent néanmoins avoir constitué une multitude d'animalcules microscopiques.

u The dust we tread upon was once alive! » — Byron.

« La poussière que nous foulons aux pieds fut jadis vivante! »

Quelque énergique que soit cette exclamation du poète, elle ne donne pourtant qu'une bien faible idée des vraies merveilles de la nature : car ici nous acquérons la preuve que non-seulement la poussière calcaire et siliceuse dont les montagnes sont composées fut jadis vivante , mais que chaque molécule , pour ainsi dire , quoique invisible à l'œil nu , conserve encore la structure organique qui , à des époques incalculablement éloignées , lui fut imprimée par la puissance de la vie.

M étant appesanti, comme je l'ai fait, sur les preuves de la lenteur avec laquelle les couches fossilifères ont, en général, été produites, je ne puis passer sous silence l'opinion de quelques auteurs qui , d'après les apparences qu'offrent certains dépôts contenant de la houille, ont conclu que des roches sédimentaires d'une grande épaisseur se sont accumulées rapidement. Cette conséquence résulte principalement d'un phénomène remarquable , savoir, la position oblique et souvent même perpendiculaire des troncs d'arbres fossiles, par rapport aux plans d'un grand nombre de couches. Comme cette question sera traitée à fond dans le chapitre relatif aux formations carbonifères, ici je me bornerai à dire que, bien que dans les lieux

eu ni ) DIFFÉRENCE ENTRE LES FORMAT. MAR. ,• etc. 65

où ces arbres fossiles se rencontrent, des dépôts partiels aient été formés dans un laps de temps trèscourt, comparativement, Fob ne peut en conclure, cependant, que l'augmentation des roches carbonifères ait eu lieu simultanément, avec la même rapidité, sur une étendue considérable. D'un autre côté , l'origine végétale du charbon est universellement admise aujourd'hui par les géologues ; et; quand on discute la manière probable suivant laquelle les plantes terrestres dont il tire son origine ont pris place dans les argiles schisteuses et les grès marins, on est conduit nécessairement à supposer une longue suite d'opérations.

Fossiles marins et d'eau douce. — Soit que les strates aient été déposées dans l'eau salée ou dans l'eau douce, elles ont les mêmes formes ; mais dans les deux cas, les fossiles sont très-différents, et cela par la raison que les animaux aquatiques qui fréquentent les lacs et les rivières diffèrent de ceux qui habitent la mer. Comme exemple de strates anglaises caractérisées par des fossiles d'eau douce, je citerai une formation qui s'étend sur la partie septentrionale de l'île de Wight, et qui, dans une épaisseur de plus de cinquante pieds (15 n- 25), est composée de marne et de calcaire. La plupart des coquilles qu'on y trouve, pour ne pas dire toutes, appartiennent à des espèces perdues, analogues, quant aux genres, à celles qui abondent dans les étangs et dans les lacs, soit en Angleterre, soit dans des latitudes plus chaudes.

Dans plusieurs parties de la France, comme en Au-

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