ALTERNATION DES FORMATIONS. (PART.I
Les débris de poissons servent quelquefois à déterminer l'origine fluviatile des couches : certains genres , tels que la carpe, la perche, le brochet et la loche (Cyprmu8t Perça, Esox et Cobitis), étant, ainsi que le Lebias , particuliers à l'eau douce. D'autres genres, comme le Cottus, le Mugil et VAnguilla, ou anguille, renferment quelques espèces fluviatiles, et quelques espèces marines. Les autres appartiennent tant aux rivières qurà la mer, comme le saumon ; ou sont exclusivement caractéristiques de l'eau salée. Les observations ci-dessus, relatives aux poissons fossiles, ne sontapplicables qu'aux dépôts les plusmodernes ou tertiaires ; car , dans les roches les plus anciennes , les formes s'éloignent tellement de Celles des poissons existants , qu'il est très-difficile , au moins dans l'état actuel de la science , de tirer de$ ichthyolithes aucun indice , relativement à l'élément dans lequel les strates ont été déposées.
L'alternation des formations marines et d'eau douce, soit qu'elle ait lieu en grand, soit qu'elle s'offre en petit, est un fait bien établi en géologie. Quand elle se présente sur une petite échelle , on peut alors la considérer comme résultant de l'occupation alternative de certains espaces par des eaux de rivière et par la mer ; car dans le temps de l'inondation , la rivière repousse l'Océan, le dessale sur une grande étendue , et dépose en même temps son sédiment; après quoi l'eau salée revient , et , en reprenant sa première place, amène avec elle du sable, du limon, et des coquilles marines.
eu ni.) ALTEBNAT10N DES FORMATIONS, 77
Il y a aussi aux embouchures de plusieurs ri- 'vières, telles que le Nil et le Mississipi , des lagunes séparées de la mer par des barres de sable, et qui , alternativement, se trouvent remplies d'eau salée et d'eau douce. Ces lagunes, souvent, communiquent avec la rivière durant des mois, des années , ou même des siècles , exclusivement ; mais si une brèche, ensuite, vient à être faite dans la barre de sable , elles sont pendant longtemps remplies d'eau salée.
LeLiim-Fiord, dans leJutland, offre un frappant exemple de changements analogues : dans le cours de ces derniers mille ans, l'extrémité occidentale de ce grand bras de mer, qui , en comprenant ses sinuosités, a 120 milles (13 lieues environ) de longueur , a , par suite des destructions et des reformations, quatre fois répétées, d'une barre de sable entre elle et l'Océan, été remplie d'eau douce quatre fois , et quatre fois d'eau salée. La dernière irruption d'eau salée eut lieu en 1824, alors que la mer du nord, se frayant un passage à travers cette barre, occasionna la destruction de toutes les coquilles, ainsi que celle de tous les poissons études plantes d'eau douce. Depuis ce temps, les Fucus vcsiculosus ont, avec les huîtres et divers autres mollusques marins, succédé aux Cyclas, aux Limnea. aux Paludina et aux Chara (*).
Mais les changements du genre de ceux qui ont lieu dans le Liim-Fiord et aux embouchures des grandes
(*) Voyez à l'index des « Principles, » « Lym-Fiord. »