‹ Eléments de géologieChapitre 69 sur 205 · CH. VI.) DÉNUDATION DES ROCHES STRATIFIÉES · texte numérisé non relu

CH. VI.) DÉNUDATION DES ROCHES STRATIFIÉES

qui existent entre les amas superficiels de vase, de sable et de gravier, auxquels on est convenu de donner le nom d'allavium , et les débris de pierres qui , dans la carrière, sont rejetés pomme inutiles par les ouvriers, ou qui tombent sur la route, entre la carrière et la construction, de manière à se trouver dispersés çà et là sur le sol.

Si donc la masse entière des dépôts stratifiés que renferme la croûte de la terre peut tout à la fois servir de monument et de mesure à la dénudation qui s'est produite , sur quelle immense échelle les traces de ce déplacement de matières ainsi transportées dans les âges anciens , ne doivent - elles pas se présenter ! Parmi les diverses classes de phénomènes qui attestent de la manière la plus frappante les vastes étendues mises à découvert par la force érosive de l'eau, je citerai d'abord les vallées sur -les deux flancs desquelles les mêmes strates se suivent dans le même ordre , et offrent la même composition minéralogique , en même temps qu'elles renferment les mêmes fossiles. C'est ainsi que dans l'exemple repré-

Fig. 80.

sente Fig. 80., les quatre formations désignées par les numéros suivants, savoir, 1, qui consiste en un conglomérat, 2, en argile, 3, en grès, et 4,

Vallées de dénudation. a. Alluvium. en ^alcaire ? se reproduisent toutes dans une série de collines séparées

14* DÉNUDÀTION. (part, i,

par des vallées de profondeurs diverses. Quant aux parties subordonnées de ces quatre formations , elles présentent aussi des lits distincts, qui, sous le double rapport de la composition et de Tordre d'arrangement, se correspondent des deux côtés de la vallée. D'après cela, on ne peut mettre en doute qu'à l'origine les strates aient été continues ; et il reste évident que si elles ont cessé de l'être, c'est qu'il est survenu quelque cause capable d'entraîner les parties qui jadis unissaient la série tout entière. Un' torrentqui s'échappe en suivant la pente d'une montagne suffit pour produire des effets analogues. D'un autre côté, l'homme lui-même, par ses travaux, donne lieu quelquefois à des phénomènes semblables : ainsi, par exemple, lorsque l'abaissement d'une route nécessite des tranchées artificielles dans le sol, on voit les lits que ces travaux mettent à découvert, se correspondre exactementdesdeux côtés des ouvertures. Dans la nature, ces apparences se présentent souvent dans des montagnes hautes de plusieurs milliers de pieds, et séparées les unes des autres par des espaces de

Fig. 81.

Dénudation du grès rouge tur la côte nord-ouest du Rou-Skire.

plusieurs milles, ou même de plusieurs lieues d'étendue. L'un des exemples les plus remarquables en ce genre s'observe en Ecosse , sur la côte nord-ouest du

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Koss-Shire, et a été décrit par le docteur MacCulloch (*) .

La roche fondamentale de cette contrée consiste en gneiss , sur les couches disloquées duquel reposent d'une manière discordante des lits de grès rouge près, que horizontaux. Ces derniers, qui souvent sont fort minces, forment de simples dalles à surface très-distinctement ondulée. Ils se terminent brusquement sur les déclivités de plusieurs montagnes isolées, qui tout à coup s'élèvent à la hauteur de 2,000 pieds (610*) environ au-dessus du gneiss de la plaine ou du plateau environnant , et se trouvent avoir une élévation moyenne de 3,000 pieds (915*) au-dessus du niveau de la mer, auquel, en général, atteignent tons leurs sommets. La base du gneiss varie en hauteur, si bien que les parties les plus basses du grès occupent des niveaux divers, et que l'épaisseur de la masse n'est pas partout la même : en quelques endroits elle a plus de 3,000 pieds (915*). Il est impossible de se livrer à la comparaison de ces portions éparses de la roche, sans que l'imagination se représente le pays entier comme ayant, jadis, été recouvert d'une masse de grès énorme, de laquelle des blocs de 1,000 à 3,000 pieds (305 à 915*) d'épaisseur se sont détachés.

Mais c'est peut-être à la surface unie de certains districts dans lesquels se trouvent de grandes Tailles, que les phénomènes delà dénùdation, produits sur une vaste échelle, se présentent dé là manière la plus frap-

(*) Western fclands, vol; u, p. 89, pi* 31, fig. 4.

146 DÉNUDÂT ION. (PA«T. I ,

pante. Les figures 78 et 82 font voir couraient on a été naturellement conduit à chercher sur la surface qui repose immédiatement sur de grandes failles, ces masses de roches anguleuses et saillantes* quoi» que, au fait, il ne s'y en trouve, que très-rëtre-r ment. Ce phénomène offre une étude facile dans le* lieux où la houille a été exploitée tris en grand, parce qu'en de tels endroits, l'ancienne concordance des lits qui ont changé de position peut se déterminer avec beaucoup d'exactitude. Nous ea donnerons pour exemple le terrain houiller d'Âshby de la Zouçh, dans le Leicestershire (voyez Fig* 82), où se

Fig. 82.

Failles et eouchei de charbon dénudées, Âshby àe la Zôuch.

trouve une faille, de l'un des côtés de laquelle les lits de charbon abcd atteignent une hauteur de 500 pieds ( 152m environ ) au-dessus des lits correspondants du côté opposé. Les strates" les plus hautes, toutefois, ne s'élèvent pas à 500 pieds (152m) au-dessus de la sur* face générale du pays ; cette surface , exprimée par la ligne z z, est, au contraire; uniforme et sans nulle

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fracture ; quant à la masse indiquée par la ligne extérieure ponctuée, tout porte à supposer qu'elle a été enlevée (*). Certains pays de plaines, où, sur des étendues de plusieurs centaines de milles carrés, des masses compactes de strates ont disparu , offrent des exemples de ce genre.

Le district houiller de Newcastle renferme plusieurs failles qui , à ce qu'on a reconnu , n ont pu être produites par un mouvement de bas en haut, ou de haut en bas, plus petit que 140 toises (fûthoms) (256m), — quantité de mouvement telle , que si elle eût affecté d'une manière égale la configuration de la surface, il en fût inévitablement résulté des montagnes excessivement escarpées et de 1,000 pieds (305m) environ d'élévation , ou des précipices d'une profondeur semblable* Au lieu de cela , le niveau actuel du pays est d'une uniformité complète, et n'offre aucune trace de révolution souterraine (**) •

Les lieux .d'où ces matières ont été enlevées sont ordinairement tout couverts d'amas de sable et de gravier, lesquels, eux-mêmes, sont les débris des roches qui ont disparu. Ainsi, dans les localités cidessus mentionnées, on rencontre des fragments roulés et angulaires de grès dur, de calcaire et de minerai de fer» avec quelque peu d'arfcfle schisteuse de la nature la plus friablp, et jusqu'à des fragments arrondis de

(*) Voyez Mammafs Geological faets, etc., p. 90, et la planche. (M) Conybeare's Report to Brit. Àssoc. 1Q38, p. 381.

U8 ÀLLUVIUM. (PART.I,

charbon., dont la forme, ainsi que celle de ces autres débris, indique évidemment que c'est l'eau qui a été. l'agent de la dénudation*

Bans les descriptions géologiques, les mots «alluvium » et « diluvium » étant souvent employés par opposition aux mots « strates régulières , » ou « roches fixes, » ou « roches en place, » il devient nécessaire d'en donner ici l'explication. La surface des parties solides du globe offre généralement une couche de terre végétale , laquelle doit son origine, en partie , à des débris de plantes, et en partie à cette action des vers, de terre qui consiste à rejeter à la surface du sol les parties les plus fines de la terre qu'ils sont sans cesse occupés à séparer des plus grossières (*) . Quelquefois il arrive qu'immédiatement au-dessous de cette terre végétale se présentent les roches régulières ou fondamentales, soit stratifiées soit non stratifiées, du district soumis à l'observation ; mais le plus ordinaire-* ment, on rencontre, entre la première couche et ces rpches,, sinon une masse diluvienne, du moins une certaine quantité de fragments brisés et angulaires provenant de la roche sous-jaceute, et que dan* certaines provinces de l'Angleterre on désigne sous les noms de rubble oubrash. Ces fragments peuvent être attribués en partie a l'influence atmosphérique, ou -a la désagrégation de la pierre sur place, produite par

(*) Voy. Darwin on Formation of.Mould. ProceecUngs ofGeol. Soc. n° 52, p. 574.

CH. vi.) ALLLVIUM. U9

les effets de l'air et de l'eau, du soleil et de la gelée, et parla décomposition chimique ; et en partie à la force expansive dés racines d'arbres qui , bien qu'actuellement n'existant plus, peut-être, ont pu jadis s'étendre et prendre de la croissance dans de petites fissures. Il est possible aussi qu'à quelque époque ancienne , les vibrations et les ondulations des tremblements de terre aient eu assez de force pour briser une surface préalablement crevassée et éprouvée par Faction des éléments. C'est ainsi qu'en Calabre, les dalles d'un pavé de pierre furent lancées en l'air par l'effet de secousses souterraines (*). M. Darwin rapporte que, par suite des vibrations du grand tremblement de terre <iui, en février 1885, eut lieu dans rtlé de Quinquina. au Chili, quelques crêtes étroites du schiste primitif dur qui constitue la roche fondamentale de ce district , ftiretit aussi complètement brisées que si on les eût fait sauter au moyen de la poudre. L'effet produit de la sorte ne fat toutefois que superficiel ; car, bien qu'il eût donné lieu à de nouvelles fractures et à un certain déplacement du sol, le schiste inférieur resta solide et n'éprouva aucune altération (**).

L'alluvium diffère du rubble ou brash, dont il vient d'être parlé, par sa composition, qui consiste non-seulement en sable et en gravier , plus ou moins roulés et en partie locaux , mais très-souvent aussi en ma-

C) Voyez Princ. of Geol., Index, « Calabria. »

(*•) Darwin, p. 370. (Pour le titre, voyei la noie, p. i57 )

150 ALLl VltfM* (PMiT. i,

tières transportées d'une certaine distance ; Le mot alluvium dérive d'allmio, inoodatian, ou athu>9 laver . Rarement le gravier est consolidé; quelquefois il est divisé en couches obliques- et ondulée*, qui indiquent les dépôts successifs opérés par les eaux ; mais le plus ordinairement , il n'offre aucune apparence de stratification, et ressemble, quant à la disposition f à des tas de gravois qui seraient tombés d'une charrette. Cet alluvium est répandu tant sur des couches inclinées et horizontales, que sur des roches non stratifiées. Bien qu'on le trouve dans les vallées en plus grande abondance que partout ailleurs, néanmoins, il se rencontre aussi sur des plateaux élevés et même surdk très-hautes montagnes ; celui des terrains élevés diffère ordinairement de celui qu'on retrouve à des niveaux, plus bas. La surface inférieure d'un dépôt diluvien est souvent très-irrégulière, en ce qu'elle est conforme à toutes les

Fig. 83.

a. Sol végétal, h. Alluvium. c. Masse du même, en apparence détachée.

inégalités de la roche sur laquelle elle repose (Fig.83). II arrive quelquefois qu'une petite masse, telle que c, parait détachée et comme si elle était renfermée dans la formation sousjacente. Ces portions isolées sont ordinaire-

ment des sections de conduits souterrains sinueux , remplis d'alluvium, que l'on peut supposer avoir servi,

€».▼!.) ALfctVllîW. loi

j^dis, dé lits à des sources ou à de petits cours d'eau souterrains, qui, en coulant dans ces conduits, agrandirent, sans doute, les fractures naturelles. D'un autre e6të\ quand ces sections se présentent sur une petite écbeUé, elles peuvent être considérées comme des espaces anciennement occupés par les racines de quelques gros (Satires, dans lesquels le sable et le gravier pesant introduits après la destruction de ces racines.

H xfetâ pas aussi facile qu'il le semble d'abord, d'établir un© ligne de démarcation bien prononcée entre les roches /àrea, ou strates régulières (roches in situ, ou en place), et l'altavium composé de matières transportées, qui les recouvre. Lorsque le lit d'un torrent ou d'une rivière est mis à sec; on donne le nom <Talluvium au gravier , au sable et au limon qui restent dans leurs canaux, ou aux matières quelconques que, durant leurs inondations , ils ont pu répandre sur les piétines voisines. Les mêmes matières prennent le nom de strates régulières lorsque, transportées dans un lac ou dans la infer, l'eau y opère leur triage et les dispose en couches plus distinctes.

On peut aussi comparer le gravier , le sable et les coquilles brisées répandues sur toute l'étendue d*un courant marin, aux strates formées par la précipitation annuelle de matières semblables dans quelque partie delà mer plus profondé et plus tranquille.

Lors même que dansune formation analogue à celtes dont il vient d'être question , on rencontrerait des fossiles, la masse conserverait encore la dénomma-

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