ÀLUJVHJM. (PAUT, f
tion diluvienne, pourvu, toutefois, que quelque circonstance pût indiquer te transport dé ces fossiles au lieu où on les trouve. Mais si plusieurs d'entré eux, tels, par exemple, que des coquilles marines ou d'eau douce, semblaient avoir vécu et être morts à l'endroit où ils sont enfouis, le dépôt, alors, quoique consistant principalement en matières transportées, ne serait plus considéré comme un dépôt alluvien, mais bien comme une formation régulière d'eau douce ou marine, Néanmoins, on comprend aisément qu'il doit y avoir diverses transitions entre les dépôts alluviens et les dépôts réguliers , tant pour ceux qui se produisent dans la mer, que pour ceux qui se forment dans les estuaires des rivières; et il est soo vent trèsdifficile de les distinguer les uns des autres, vu que dans certaines formations, composées de sable poreux, de gravier et de glaise, — substances qui se laissent facilement pénétrer par l'eaù de pluie, — les débris organiques sont très-souvent détruits
D'après ce qui vient d'être dit au sujet* des rapports existant entre le phénomène de la dénudation et la production des terrains d'alluvion , relève s'attendra à trouver à toutes les hauteurs au-dessus du niveau de la mer, des terrains de ce genre, formés avant et durant l'émersion des continents. Ces terrains ont du se produire à des époques diverses , mais cependant en plus grande proportion, lorsque, par suite de révolutions souterraines, le niveau d'un pays a subi quelque changement ; circonstance qui, en effet, n'a pu^man-
eu* vt.) DILUVIUM. 153
quer souvent de déranger la direction des eau* gourantes, soit marines, soit fluviales, etd'augmenter beaucoup Faction des vagues de l'Océan contre les continents. . Avant que la doctrine du soulèvement et de l'abaissement produits sur de grandes étendues continentales, tant insensiblement que par suite de secousses brusqués et multipliées, fût admise comme se rapportant à des phénomènes actuels, tous les anciens terrains d'alhition étaient classés, par quelques auteurs, sous la dénomination générique, de « diluvium, » et considérés comme n'ayant aucun rapport avec les causes existantes. On pensait que pour établir cette proposition il suffisait de démontrer que les rivières, capables aujourd'hui d'épuiser un canton donné, n'avaient pu, dans le cours de plusieurs milliers de siècles, donner naissance aux vallées dedénudation dans lesquelles elles coulent actuellement , ni transporter tout le gravier et les cailloux roulés, si évidemment liés à d'anciens phénomènes de dénuda tion, dans les lieux qu'ils occupent aujourd'hui, tels, entre autres, que les sommets de montagnes et les plateaux élevés, sur lesquels on en rencontré si souvent. L'origine des terrains de diluvium était donc attribuée à un seul ou à plusieurs déluges que l'on supposait s'être précipités sur les continents avec une effroyable violence, lorsque ceux-ci eurent acquis leur configuration présente, et atteint leur hauteur actuelle au-dessus du niveau de la mer. On allait jusqu'à imaginer que non-seulement le menu gravier, mais aussi de très-gros blocs de
1 54 DENUDATION . (paiit. i,
pierre, avaient été transportés de distancée plus ou moins considérables jusqu'aux sommets des montagaes, par ces vagues ou flots dévastateurs.
Mais les rivières, ainsi que nous l'avons déjà vu, ne sont pas les seules causes existantes, ni même les agents les p^us énergiques à laide desquels peut s'accomplir la dénudation. Si le mouvement de bas en haut de la terre était très-lent, les vagues pourraient aisément, pendant le temps qu'elles mettent à s'élever, et avant d avoir atteint la surface , entraîner une strate composée de matières peu résistantes. D'après cela, on voit que le phénomène de la dénudation est susceptible de se produire sur une étendue vaste et non interrompue , et que des masses de plusieurs centaines de pieds ou de mètres, peuvent, dans l'espace de plusieurs milliers de siècles, se trouver réduites, pouce par pouce, à un état complet de destruction. Mais si des récifs composés d'une pierre plus réfractaire finissaient à la longue par s'élever, les brisants, en vomissant leur écume sur eux , parviendraient encore à en arracher des fragments, qu'ils entraîneraient en les roulant, jusqu'à ce que le fond de la mer fût tout jonché de bloc* de pierre et de galets. Cet alluvium d origine marine s'élèverait lorsque enfin la conversion des récifs en terre ferme aurait lieu; et, alors, il pourrait constituer le recouvrement des sommets de diverses coilin/es et de certains plateaux ou terrasses élevées. En même temps, il serait possible que ce gravier vînt jâ manquer non-seulemfcnt.dans toutes les vallées cret*-
en. VI.) BLOCS ERRATIQUES. 135
sées durant le soulèvement du continent , par des conrants marin» se précipitant entre des fies, mais dans celles aussi qui auraient été érodées ou excavées par des rivières après l'émersion du continent Au fond de ces vallées plus modernes oa trouverait un alluthmi particulier qui , tout en étant composé principalement des débris de roches détachés pendant l'érosion des vallées récentes, renfermerait peut-être quelques galets provenant du gravier plus ancien des terrains élevés.
Il ne tout pas perdre de vue que, lorsque nous présentons une telle hypothèse, et que nous tentas pour admise l'émersion des continents hors de la taer, nous ne faisons que supposer ce que, depuis la découverte des, fossiles marins, nous savons être arrivé mainte et mainte fois à des époques anciennes.
Blocs erratiques. — Le volume considérable des cailloux roulés que l'on trouve quelquefois associés aux anciens alluviums, dans des lieux séparés de la roche dont probablement ils ont.été détachés, soit par des vallées profondes, soit même par des mers, a été considéré par quelques géologues comme une circonstance propre à offrir des objections insurmontables à toute théorie qui ne fait pas intervenir de causes trèsviolentes dans l'explication de leur déplacement. Parmi ces blocs, auxquels on a donné le nom de blocs erratiques, les uns n'ont que quelques pieds, tandis que d'autres ont jusqu'à plusieurs mètres de diamètre. Ils sont répandus par myriades sur les régions sablon-
156 TRANSPORT PAft LA GLACE (PART I ,
neuseé du nord de l'Allemagne ,' et dans diverses parties de la, Suède, du Danemarck, de la Finlande et de la Russie. Quelques-uns d'entre eux , si même ce n'est tous, ne doivent avoir été transportés à la place qu'ils occupent actuellement, que depuis le commencement d'une époque géologique très-moderne; car, près de Stockholm et en différents autres lieux, ils reposent sur des couches de sable et de marne qui renferment des coquilles appartenant aux espèces vivantes de la Baltique.
Quoique ces blocs erratiques soient incomparablement plus nombreux dans les pays du nord que partout ailleurs, il arrive quelquefois, cependant, que Ion en rencontre dans des régions bien moins septentrionales que celles que nous venons de citer. Ainsi , par exemple, on en trouve quelques-uns dans le Jura suisse, où, suivant toute apparence, ils ont été amenés des Alpes, — chaîne qui aujourd'hui est séparée du Jura par Tune des vallées les plus larges et les plus profondes du monde.
Or, la vitesse qu'il faudrait à l'eau pour transporter au-delà des mers et des vallées, des masses aussi énormes que plusieurs de ces blocs , ne peut se calculer ; mais la difficulté d'un tel transport s'efface devant la supposition qu'il a pu s'effectuer à l'aide de la glace , alors que les continents sur lesquels on les trouve disséminés étaient recouverts par la mer.
Comme il serait possible que le lecteur éprouvât quelque doute sur l'exactitude de la cause à laquelle
ch. VI.) DES BLOCS ERRATIQUES. 157
il est fait allusion ici, je citerai plusieurs faits qui, mis au jour récemment , prouvent d'une manière incontestable le rôle important que joue la glace dans le transport de l'alluvium , — de cet alluvium, surtout, qui renferme des masses de rocbes considérables. Toutefois, je me bornerai à la description succincte d'un petit nombre d'exemples, le but de cet ouvrage n'étant pas d'entrer dans de longs détails sur les changements qui peuvent servir à expliquer les phénomènes géologiques dont l'accomplissement a lieu de nos jours à la surface de la terre.
. Examinons d'abord la distribution des blocs erratiques..Bien que dans les deux hémisphères on rencontre* souvent entre les quarantièmes parallèles de latitude et les pôles, des blocs de cette nature^ il ne s'en trouve point dans les régions intermédiaires» plus ou moin* voisines de l'équateur (*). Cette circonstance, tout d'abord, fait naître la pensée que la grande chaleur qui règne dans certaines parties.de l'Asie, de l'Afrique et de l'Amérique, par suite de la proximité de la ligne, est défavorable au transport de ces masses. D'un autre côté, leur rencontre fréquente dans les régions les plus froides de l'Amérique du nord, telles que le Canada et quelques autres pays plus septentrionaux encore, ainsi que dans les contrées du nord de l'Europe et dans l'A;
(*) Voir au Journal des Voyages dans l'Amérique du Sud, etc., de 1832 à 1836 , ce que dit M. Darwin , dans le voyage du Beagle, p. 289, au sujet de quelques exceptions supposées par rapport à cette règle générale.
158 TRAN&POHT PAR LA GLACfi (PAttï. I,
mérique méridionale, où or les retrouve au Chili et dams la Patagonïe, entre le 41e degré de latitude sud et le cap Horn , doit nous porter à Croire qu'un climat froid , au contraire, est favorable à leur production '(*)..
Or , c'est un fait bien connu que, chaque année, les glaces de la Baltique transportent des pierres d'une place à une autre place. Tout récemment encore, il a. été constaté que sur lès bords du golfe dé Finlande , de très-gros fragtnents ont éprouvé un déplacement sensible. Lorsqu'au printemps, la ceinture de glace qui durant l'hiver entoure la côte du golfe, de Bothnie, ainsi que plusieurs parties de la Suède , de la Norwège et du Danemark, vient à se rompre, on voit flotter, jusqu'à une certaine distance, de grosses pierres, accompagnées de menu gravier et de glace , qni , en se gelant fortement sur le rivage, ont formé une masse solide. Au Canada, dès phénomènes semblables , mais produits sur une échelle plus grande, ont été observés par le capitaine Bayfiekl. Durant lhirer, qui est la saison des basses eaux, la glace s'accumule sur les hauts-fonds de la rivière Saint-Laurent ".Or, dans un climat où la température est quelquefois de 3fc°, 4 centigr., au-dessous de zéro, on conçoit aisément que des fragments de glace soient bientôt réuni* et forment en très-peu de temps des masses plus ou mtâi&considérables. On conçoit également que si, durant la formation
. {■•) Darwin , Jpvrttrt ricsVoyagesdaiis l'Amérique du Sud, ett\, de 1832 à 1836, voyage du Bcagle ; p. 289. . ' .
ca.-Ti.) BES BLOCS ERRATIQIËS. 159
de ces musses, des graviers ou des blocs quelconques viennent à les rencontrer, il» peuvent s'y enchâsser, et, par suite, être transportés à de grandes distances,* quand, au printemps, la fonte des neiges, en grossissant les eaux de la rivière , met les glaçons à flot. Durant la dernière reconnaissance qui fut Faite en 1837, un Woe de granit de 15 pieds [h 1/2") de long , sur 10 (3m) de large et de haut , et contenant au moins 1 ,500 pieds cubes (457*) de pierre , descendit ainsi la rivière, jusqu'à la distance de plusieurs centaines de mètres. Quelquefois aussi on a vu des ancres de vaisseau, très-pesantes, être arrachées du rivage par des niasses de glace, qui, en les enveloppant, les entraînaient avec elles. En octobre 1836, des pieux de bois forent enfoncés de plusieurs pieds en terre , sur les bords de la rivière Saint-JLaurent , au point de la plos grande hauteur des eau* ; puis , sur ces pieux , on empila des blocs de pierre d'une grosseur telle , que, pour les faire rouler, une force égale à celle de six hommes réunis était à peine suffisante. Eh bien! malgré ee poids énorme, et la manière solide dont les pieux étaient dfejjosés, l'année suivante, tout avait disparu. A la place des pierres que lès glaces avaient emportées, on en retrouva d'autres.
On a observé aussi que le courant qui longe la eôte
du Labrador amène en très-grand nombre , chaque
* année, des lies de glacje, qui , après s'être détachées
très au loin vers le nord, comme dans la baie de Baffin,
par exemple, se trouvent souvent entraînées dans le
160 TRANSPORT PAR LA GLACE (pabt. I,
détroit de Belle-Ile, entre Terre-Neuve et le continent américain. A leur sortie du détroit , on les voit remonter quelquefois, en flottant, le golfe de Sainte- Laurent , et parcourir ainsi, entre les M)* et 50« degrés de latitude nord, plusieurs centaines de milles dans la direction du sud-ouest. Des amas de cailloux roulés , de gravier et de pierres, ont été vus dans Tune de ces montagnes de glace.
Les mêmes phénomènes de transport par les glaces se reproduisent dans l'hémisphère sud à des latitudes plus, basses encore. M* Darwin nous apprend qu'à l'entrée ' de toute les baieâ qui bordent la côte occidentale de l'extrémité sud de l'Amérique méridionale, on rencontre jusqu'au 46* degré de latitude, et plus loin même encore, des glaciers tout couverts de gros fragments de roches. Quoique ces glaciers parviennent jusqu'à la mer, il est à remarquer que les montagnes d'où ils descendent, tout en n'étant pas plus éloignées de l'équateur que les Alpe?, n'ont cependant que la moitié de leur élévation. On a vu quelquefois , dans la baie de sir George Eyre,au même parallèle de latitude que Paris, des fragments détachée de ces glaciers de l'Amérique du sud , qui , chargés de gros blocs de granit, se dirigeaient, en flottant, vers l'Océan (*)*
Il est donc tout naturel de supposer que par 1 intermédiaire de montagnes de glace et de canaux profonds, des masses de roches peuvent très-souvent se
tC) Darwin , p. 283. (Pour le titre, voyez p. 457.)
en vi.) DES BLOCS ERRATIQUES. 161
trouver transportées du pied des Andes, dans cette partie de l'Amérique méridionale, et que souvent aussi, il peut leur arriver d'échouer sur des îles voisines de la mer Pacifique, telles que Chiloé, par exemple, où Ton rencontre aujourd'hui de très-gros blocs erratiques venus des Andes. De plus, il est infiniment probable qu'une élévation générale du continent et des Sles, accompagnée de la mise à sec des baies intermédiaires , deviendra pour les géologues des âges a venir un problème aussi difficile à résoudre qu'aucun de ceux qui, à l'époque actuelle , se présentent aux recherches des savants européens (*).
D'après ce qui précède, on voit que les bancs de glace détachés des glaciers peuvent, conjointement avec la glace des côtes, conduire à plusieurs centaines de milles , des blocs de pierre , des cailloux roulés , du sable et de la vase ; et qu'ensuite, lorsqu'ils viennent à fondre, ils cessent de soutenir ces corps, qui, en tombant sur des vallées ou sur des montagnes sousmarines, se trouvent constituer, lors de l'émersion du continent hors de l'Océan, quelques portions de cet alluvium transporté au loin , dont l'origine a été attribuée à l'action diluvienne (**) .
(*) Darwin, p. 286. (Pour le titre , voyez p. 157) (•*) Voyez les « Principles of Geology, » livre i, au sujet des diverses théories, émises sur les. causes d'un changement de climat tant local que général , dû à certaines modifications dans la géographie physique. Voyez le même livre, relativement aux preuves de la conversion de mer en terre, qu'à des époques comparativement modernes , une très-grande portion de l'Europe a subie.