PREMIER ORDRE
TBRKAIIIS HODlRIIia.
234. Caractères générauit.~hes terrains modernes sont principalement caractérisés par la présence des monuments de l'industrie humaine , et par celle de corps organisés semblables à ceux qui vivent actuellement. Les dépôts ■leuUes y sont beaucoup plus abondants que les dépôts cohérents, et ces derniers ne sont, en général, composés que de rodies calcareuses.
TERRAIN MADRSPORn^UE. 117
M}.l>foîM<m.— Noos les dirisoAs en tinq sroQpes,<iai se rapportent, ainsi qu*<m le verra dans le livre suivant, à einq modes diCKrents de formation, et que nous désignons par les dénominations de terrains madréporigt^e, touf^ beuœ, détritique, aihmen et Puffaoé.
pRBHiEB oaouPE. — Terrain madréporiquB ♦.
^B%,Cf»ractère9 minéraJogiqiees.—ïjesmBSsesqjae nous appelons ^«errom madréporiçue, ne sont pas composées de véritables substances minérales : aussi n'est-ce point dans les traités de minéralogie que l'on doit en chercher la description, mais bien dans ceux de zoologie ; W ces masses se composent des portions solides de polypes, appartenant principalement à la famille des madrépores, et notamment au genre astrée. Cependant, comme elles recouvrent des espaces considérables , on ne peut se dispenser de les faire figurer dans l'énumération des matériaux qui composent l'écorce solide de notre globe. Leurs parties supérieures présentent, en général, la structure bien nette des polypiers; et l'on reconnaît, dans leur composition, les matières gélatineuses qui accompagnent toujours le carbonate calcique dans les portions solides des polypes pierreux; mais, dans les parties inférieures, ce principe gélatineux diminue ou disparaît tout à fait ; les molécules calcaires se trouvent rapprochées, et la masse ressemble jusqu'à un certain point à du calcaire concrétionné, et même à du calcaire compacte. Du reste, on sent que la texture de la masse varie selon les espèces de polypes auxquelles elle appartient, et que les parties solides de ces animaux s'y trouvent ordinairement mélangées avec des restes d'autres êtres vivants, ainsi qu'avec des débris des dépôts inorganiques qui existent dans le voisinage.
5^. Gisement. — Les masses madréporiques se trouvent principalement dans les lies de l'Océanie ; elles y forment ordinairement , autour des lies , les espèces de ceintures interrompues, que l'on appelle récifs (17), et qui sont
* On doit, à Toccasion de cette dém>iliinaUon , ainsi que de plusieurs de celles qui seront employées pour les autres groupes, ne pas perdre de vue Tobservation contenue dans les pages 113 et 113, c'est-à-dire qu'il faut éviter de prendre ces noms dans un sens exclusif; car, quoique je donne au groupe qui nous occupe le nom de terrain madréporiques parce qull est te réwltât du travail des madrépores, on doit bien se garder d*en conclure que toutes les masses formées de cette manière^doivent se ranger dam ce groupe , puisque Je B*y place que ceUes postérieures aux dernières grandes catastrophes qui ont changé la surface de notre planète , et quHl y a dans les autres groupes beaucpup de masses qui ont un mode de formation analogue , mais qui appartiennent à des époques antérieures , ainsi qu'on le verra dans le livre suivant. Les marins emploient souvent le nom de banc de corail pour déligner les masses qui font le sujet de cet arUde.
lis GÉOGNC^IE.
«^[Nirées de la eôte par de petite bras de mer, dont elles dépassent rareinmit le niyeau. Cependant on voit quel^efois de ees masses sur les parties élevées des lies.
Parmiles autres contrées où des masses sont abondantes, on peut encoreeitep les côtes de la mer Rouge, notamment les environs de la ville de Djéda, où, d'après le rapport deForskal, on en extrait des pierres d*un volume énorme.
ir GROUPE. — Terrain tourbeux.
258. Caractères généraux. —Le terrain tourbeux est à peu près dans le même cas que le terrain madréporique , c'est-à-dire que les matières qui lui donnent son caractère principal appartiennent plutôt au règne organique qu'au règne minéral; car, ainsi que nous l'avons déjà fait observer (^m.406), ce n'est que par tolérance que la tourbe est admise à figurer dans la série des minéraux.
' Les dépôts de tourbes présentent trois modifications principales : la première n'est presque qu'un tissu ou espèce de feutre spongieux, formé de racines, de fibres et de parties végétales encore très -reconnaissables; quelquefois même elle n'est qu'un tas de plantes ou de parties de plantes flétries et serrées les unes contre les autres.
La seconde modification présente une matière d'un brun plus foncé, où Ton ne distingue plus que quelques filaments végétaux.
La troisième n'offire en général qu'une substance noire, homogène, habituellement molle, qui a beaucoup de ressemblance, dans son aspect et dans sa manière de brûler, avec les lignites et les bitumes.
Cette dernière est plus estimée comme combustible; mais, en général, dans les contrées où l'on peut se procurer du bois ou de la houille, la tourbe n'est employée que par les classes peu aisées.
239. Gisement— Le^ trois modifications de tourbe que nous venons d'indiquer, se trouvent souvent dans une même tourbière, et alors la première occupe la partie supérieure ; la seconde, le milieu , et la troisième, le fond. La tourbe forme quelquefois des amas très -puissants; d'autres fois elle s'étend en couches plus ou moins épaisses ; elle se trouve de préférence dans des lieux marécageux, quelquefois aussi dans des étangs et dans des lacs; elle n'est ordinairement recouverte, que par de l'eau ou par des végétaux croissants. Il y a cependant des contrées où la tourbe se trouve dans des endroits secs et où elle est recouverte, quelquefois même séparée en assises différentes, par des lits de sable et de limon. Tel est le cas des toiu*bières nommées hooge veenen dans le nord-est du'royaume des Pays-Bas.
Les tourbières sont souvent situées dans des vallées; telles sont celles des bords de la Somme en Picardie. D'autres fois elles se trouvent snr le sommet
TERRAIN DETRITIQUE. 119
des montagnes , pourvu Déamnotas qu'il y ait des ptateaux ou de légMes dépressions dans le sol; mais les gttes de tourbes ks plus ét^idus et les plus abondants sont ceux des plaines basses et sabl^ises des contrées septentrionales, et notamment celles des plaines de la Basse- Allemagne et de la Hollande. Ces tourbières ferment souvent de vastes marais qui , dans certaines saisons, ressemblent à des prairies, prêtes à engloutir Fimprudent qui voudrait y pénétrer. En général , on remarque que la tourbe ne se trouve que dans des contrées humides et où la température n'est pas f6rt élevée.
240. Corps étrtmgers. — Les tourbes renferment fréquemment des corps étrangers; on y voit souvent des arbres, et même des fôréts entières compo^ sées d'arbres analogues à ceux qui existent actuellement, et notamment des sapins et des chênes. On y trouve des débris d'animaux, tels que des coquilles et des ossements de mammifères , qui aussi appartiennent prindpalement à des espèces vivant actuellement sur les lieux. On y rencontre également des monuments de l'industrie humaine, tels que des outils, des armes, des médailles, des fragments de bateaux, etc.
iir GROUPE. — Terrain détritique *.
241. Caractères généraux.. — Les matières que nous désignons par le nom de terrain détritique ne sont pas encore de véritables roches, dans le sens que Ton donne ordinairement à ce mot; mais ce sont des assemblages, ordinairement meubles , de fragments plus ou moins reconnaissables de ro* ches et de débris de corps organisés.
Ce terrain recouvre la majeure partie de la surface du globe ; mais il n'y forme communément qu'une couche superficielle peu épaisse. Il présente beaucoup de variations tant sous le rapport de sa nature que de sa texture et de sa puissance; mais on peut y distinguer trois modifications principales, que nous désignons par les noms de terres végétales , de terres arides et d'ébotUis.
242. Terre végétale. — La première doit son nom à la circonstance que
* M. Brongniart , qui ne connaissait le présent travail que par une note manuscrite qu'il m'ayait permis de lui adresser au commencement de lSd9 , cite, dans son tableau des ter* rains, mon groupe détritique comme synonyme de celui auquel il a donné le même nom ; mais ce dernier lait partie du groupe auquel j'ai conservé la dénomination de terrain dilu- Hm, tandis que mon terrain détritique appartient , ainsi que mes groupes tourbeux et alluvien , à la classe des terrains alluviens de M. Brongniart. Du reste , je répéterai encore ici que Ton doit éviter de donner à ce mot détritique une acception exclusive dans le sens de sa signification ;-car on verra, dans le cours de cet ouvrage, que beaucoup d'autres parties de récoree du globe sont f&rmées de débris, aussi bien que mon terrain détritique.
rm GfoGii08iE.
c*68tdaii8 cette matière que eroisseiit presque tons les fégétaux qui ornent la •urfece de la terre* Elle forme une crache siq[ierioielIe, ordinairemeBt trèsmince, qui est principalement composée de satde ou d'argile plus ou mo&is mélangés de terreau*, c'est-à-dire, de snbrtances végétales ou animales passées à l'état terreux. Dans les pays calcareux , cHe contient aussi du ^rt)onate caleique. Bn général , la terre végétale participe toujours de la nature des dépMs mr lesqads elle rq>ose ; elle renferme aussi des fragments plus ou moins gros des roches cohérentes qui l'aToisinent.
Les terres végétales se distinguent par la nature des principes qui se font remarquer dans leur composttion. Ainsi on dit qu'elles sont sablonneuses, argileuses ou calcaires, selon que le sable, l'argile ou le calcaire in0uent principalement sur les effets qu'elles produisent sur la végétation. En général, les meilleures terres végétales sont celles formées du mélange de ces trois substances et d'une certaine quantité de terreau. L'art de la culture cherche à amener artificiellement à cette composition les terres qui sont naturellement composées d'une autre manière.
Il est à remarquer, à cet égard, que, quoique l'on parle ordinairement de l'aridité des sables et de la fertilité des terres argileuses ou calcaires, le sable pur est plus favorable à la végétation que l'argile pure ou le calcaire pur. La manière dont on s'exprime à cet égard provient de ce que , la nature présentant abondamment des dépôts de sable pur, et rarement des dépôts terreux d'argile pure ou de calcaire pur, on est dans l'habitude d'appeler terres argil^ises ou terres calcaires celles où l'argile et le calcaire sont déjà mélangés avec le sable. En effet, de tous les dépôts terreux naturellement stériles , le sable est celui que l'on peut le plus aisément rendre fertile.
Il y a encore des substances, autres que celles indiquées ci-dessus, qui, par leur nature ou par l'état dans lequel elles se trouvent , favorisent la végétation d'uœ manière plus ou moins puissante ; et sans parler ici des cendres et de quelques engrais particuliers que l'expérience ou le raisonnement ont fait connaître aux cultivateurs, les terrains volcaniques contiennent quelquefois des matières terreuses extrémcnnent favorables pour la végétation.
S43. Terres arides.— On voit aussi à la surface du globe des dépôts terreux qui ressemblent beaucoup à la terre végétale, mais auxquels ce nom ne peut convenir, parce que , dans l'état où ils se trouvent , ils sont impropres à la végétation. C'est principalement au-dessus des roches schisteuses et fdidspathiques que l'on rencontre ces dépôts, lesquels sont moins généralement répandus, mais sont ordinairement plus puissants que la terre végétale.
244. ÉboiUis. — Nous désignons parle nom ^ébovlis un troisième genre de dépôts qui diffère des terres végétales et arides , parce qu'au lieu de former des assises superficielles , il compose souvent des talus de montagnes et quel* quefoisdes fiions ou des amas. Du reste, la nature, l'état, la forme et la
TERRAIN MTRITIQUE. Itl
puIssaMe de ces dépMs dépendent de la nature des roches qtû eomposent lea montagnes anxqudles ils sont adossés on intercalés , ainsi que de la lianteur' et de la ferme des flancs de ces 'montagnes. Quelquefois les éboulis ne sont composés que de fragments de roebes cohérentes^ pfais ou moins volumineux, souvent anguleux, rarement arrondis. Ailleurs ces fragments sont mélangés avec des matières terreuses, dont la nature rappelle celle des roches altérables qui constituent la montagne; enfin, lorsque cette dernière est uniquement composée de roches facilement altérables, son talus ne présente ordinairement que des dépMs terreux.
S4fi. Moraines.— On donne , en Savoie, le nom de moraineM à des dépôts qui se trouvent au pied des glaciers (16) et qui sont, comme les éboulis, eom* posés de fragments plus ou moins gros de ro<^es analogues à celles qui envi' ronnent le glacier.
246. Sablei ëoHféres. —Le sol de plusieurs contrées sableuses , et notamment celui de quelques parties des steppes ou des déserts du centre de l'Asie, est fanprégtté d'une grande quantité de sel marin qui, à Tétat de dissohitmi pendant la saison humide , est quelquefois assez abondant pour former, pen« dant les temps secs , une croûte cohérente \ la surface du sol. Du reste , tout en mentionnant id ce fait, nous sommes loin d'assurer que ces dépôts doivent être placés dans le terrain détritique plutôt que dans l'un des groupes suivants.
Les sables salifères contiennent très- souvent du salpêtre , qui d'ailleurs se montre assez généralement dans tous les dépôts détritiques renfermant des matières animales en décomposition.
S47. Corps organisés.— lAt terrain détritique contient beaucoup de corps organisés; les uns appartiennent irdes espèces qui vivent encore sur les lieux, les autres à des espèces qui n'existent plus. Nous avons déjà eu l'occasion de faire connaître que les parties solides des premières ont, en général, peu diangéde nature, les ossements et les coquilles ayant conservé leur composition ainsi que leur texture. Les débris d'espèces perdues ont, au contraire , sauf qud^ ques exceptions rares, éprouvé de grands changements, et sont transformés an matières pierreuses ou en matières charbonneuses qui ont perdu leur tex* ture ligneuse. Du reste , nous n'indiquerons id aucune de ces espèces, parce quel'énumération des premières ne serait que la répétition de ce que nous apprend la zoologie etla botanique dans re]q>osition des ftaunes et des flores actuelles, et que les secondes devant se représenter successivement dans la série des autres terrains et ne servant pas plus à caractériser le terrain détritiipe que les fragements de roches qui les accompagnent , leur indication fmiit on double emploi qui n'aurait aucune utilité.
248. Monuments industriels. —On sent, d'après ce que nous avons dit, que le terrain détritique doit renfermer une grande quantité de traoesde
13â GEOGNOffll.
rindustrie humaine, ou plutôt que la majeure partie des monomeats de cette industrie qui sont enfouis dans l'éeoree du globe, se trouvent dans ee groupe.
nr' GROUPE. — TwTcàn, aUwmn *•
249. Ga/mct&res génércmx. — Le terrain alluvien est, comme le terrain détritique, généralement formé de dépôts meubles, composés de fragments dont le yolume et la forme sont très-variables ; aussi est-il souvent très -difficile de le distinguer du terrain détritique. Son principal caractère distinctif est de ne pas s'étendre , comme le terrain détritique, sur les montagnes ni sur les plateaux élevés. Il se trouve ordinairement dans les vallées et dans les plainés placées à Tembouchure des grands fleuves , ainsi que sur les bords de la mer, d'où on peut le diviser enfluviatiie et marin.
250. Allumons fluviatiles. — Le terrain alluvien des plaines est ordinairerement déposé en couches horizontales qui s'étendent sur un espace plus ou moins considérable , tandis que celui des hautes vallées est souvent disposé en amas irréguliers, plus ou moins puissants, qui s'adossent quelquefois le long des escarpements, de manière à y former des talus.
La composition du terrain alluvien fluviatile est extrêmement variée, et sa nature participe toujours de celle des autres terrains qui composent la partie du bassin hydrographique qui est au-dessus du lieu où se trouve le dépôt alluvien. En le considérant sous le rapport de la t^ture , on peut y distinguer les six modifications sup^antes; savoir : le limon, les dépôts arén€U)és, le gror vieTj, les dépôts caillouteux, les gros débris et les roches conglomérées; mais ces modifications se lient et se mêlent si intimement entre eUes, qu'il est difficile d'y établir des limites et de les trouver isolées Tune de l'autre.
251. Umon. — Le limon est une terre argileuse, qui est rarement assez pure pour être considérée comme une véritable argile. Il se trouve principalement dans les plaines et dans les vallées basses. Il renferme souvent du terreau , et forme alors une excellente terre végétale.
252. Dépôts arénacés. — Les dépôts arénacés du terrain alluvien fluviatile portent ordinairement le nom de saAles de rivière, mais ce sont rarement de véritables sables, c'est-à-dire qu'ils sont rarement composés exclusivemmit de grains de quartz; on y reconnaît, au contraire, beaucoup de grains d'autres substances minérales. Ces dépôts se trouvent principalement, de même que le limon, dans les plaines et dans les vallées basses. On remarque que ces deux gmres de dépôts forment souvent des couches alternatives, et que, quand ils sont situés vers l'embouchure de grands cours d'eau, ils atteignent quelquefois
* Mon (erraiti alluvien ne comprend , ainsi que je Pai déjà fait observer, qu*UDe partie des terrains afluviens de M. Brongniart et de la plupart des autres géologistes.
TERRAIN ÂLLUYIEIf. * 1S5
BfM pnissafiee trè^-^onsidérable; tels sont ceux qui se trouvent à Tembouchure de l'Escaut^ de la Meuse et du Rhin^ et qui constituent le sol de la Hollande, de la Zélande et de quelques parties des provinces voisines. Ces dépôts sont tellement puissants, dans certains lieux, qu'un puits a été enfoncé en 1605, à Amsterdam, jusqu'à la profondeur de 73 mètres, sans en atteindre le fond.
253. Gravier. — Le grapkr alluvien ne diffère en général des dépôts arénacés que parce que les grains qui le composent sont plus gros. Il se trouve plus rarement dans les plaines , et plus souvent dans les vallées.
254. Dépôts caiiioutetiœ. — Les d^ts caiUouteiMi! sont très- communs dans les lits des rivières dont ils recouvrent ordinairement le sol ; on les trouve aussi dans d'autres parties des vallées ; mais ils sont généralement rares dans les plaines ; ils ne diffèrent des graviers que parce que les fragments qui les composent sont plus volumineux. Ces fragments ont ordinairement leurs bords arrondis; mais on remarque que ceux qui se trouvent dans le voisinage des montagnes sont souvent moins arrondis que ceux qui en sont plus éloignés.
255. Gros débris. --Le& gros débris se trouvent principalement dans les vallées des montagnes. Leur nature dépend, encore plus que celle desautres modifications, de la nature des roches qui existent en masses dans les lieux plus élevés qui les avoisinent, ou qui forment la partie supérieure du bassin hydrographique. Leur volume est aussi subordonné à la nature de ces roches et souvent à leur éloignement, les fragments de roches tenaces et solides étant généralement plus gros que ceux des roches friables ou altérables , et ceux dont les roches semblables se trouvent dans le voisinage étant ordinairement plus gros et ayant des formes plus anguleuses, tandis que ceux qui ressemblent à des roches éloignées sont moins volumineux et ont des fermes plus arrondies.
£n général, les gros débris alluviens ont beaucoup de rapport avec les éboulis à gros fragments, dont il est difficile de les distinguer; ils sont d'ailleurs peu abondants, passant bientôt aux dépôts caillouteux.
256. Boches conglomérées4 — L'existence de masses cohérentes dans le terrain alluvien est un fait qui laisse encore des doutes, quoique l'on ait souvent cité des roches de ce genre dans les terrains d'alluvion ou de transport; mais comme ces dénominations s'appliquent aussi à notre terrain diluvien, nous ne pouvons nous arrêter aux citations dont il s'agît. Du reste , on ne peut contester l'existence, dans le terrain alluvien, de petites portions de roches conglomérées qui forment des espèces de rognons au milieu des dépôts caillouteux de nos rivières, et qui consistent dans la réunion , au moyen d'un ciment ferrugineux, de quelques-uns des fragments qui composent ces dé^ pots. Ces matières paraissent setrouver de préférence dans la partie des lits de
1S4 GEOCWOSm.
vvniTtB <tiii trato^sent des Iteux habités , et oa voit orâûiairem^t dans kar intérieur un morceau de fer plua ou moins oxydé , ou la traoe de morceaux de fer détruits par la rouille *i
On trouve aussi dans le terrain aUuvien des roches composées de noyaiu unis par un ciment ordinairement siliceux et quelquefois calcaire. Ces roches, qui sont très-voismes des poudingues ou des gompholites^ forment aussi des rognons, des blocs et qudquefois de petits bancs au milieu des dépôts caillouteux; mais leurs relations avec le terrain alluvien ne sont pas aussi éri* dentés que celles à ciment ferrugineux, dont nous venons de parier; car il n'est pas aussi démontré que tous les dépôts où on les trouve appartiennent à ce groupe, et il se pourrait que les blocs de ces roches qui existent dans dn terrain alluvien ne fussent eux-mêmes que de gros débris comme les antres fragments qui les accompagnent.
357. Dépôts méMlifères.-^n a cité beaucoup de dépôts métalliferesdans les terrains d'alluvion; mais, comme ces citations ont été généralement biles par des personnes qui réunissaient , sous ce nom , nos terrains alluvien et diluvien, et que d'ailleurs la distinction à faire entre ces deux groupes est fort difficile, nous ne nous trouvons pas à même de nous prononcer d'une manière positive à ce sujet ; cependant, à Tinstar de la plupart des géologistes modernes , nous parferons de ces dépôts à Tartide du terrain diluvien. Dn reste, il y a des dépôts incontestablement alluviens , qui donnent lieu à des exploitations de métaux; mais comme les substances métalliques ne s'y trouvent qu'en petites quantités et mélangées avec d'autres débris, elles ne peovent couvrir les ft*ais de recherches qu'autant que celles-ci aient pour otjet des métaux d'un prix élevé , que l'on sépare des autres débris par le la/vagB) mssi cette opération n'est-elle appliquée qu'à l'or , au platine, à l'étain, et ne donne-t-elle que des produits peu importants. Les seules contrées de l'Europe où elle ait encore lieu d'une manière régulière, sont la Hongrie, pour l'or, et le Comouailles, en An^^eterre, pour l'étain.
n est probaMe que l'on peut aussi rapporter au terrain alluvien qoeI<iues gîtes de minerai de fer, notanmient ceux des variétés de limonite, exploitées dans la Basse- Allemagne sous les noms de Ra$eneisen$tBin et de Moror iierz, mais les rdatîons géognostiques de ces dépôts ne sont pas encore bien
* Les irayauxque Ton a exécutés, en 1838 , dans le Ut de la Sambre , à Namur, ont M| découvrir beaucoup de ces rognoot conglomérés, parmi lesqueb U y en avait plusieurs qtn paraissaient devoir leur origine à des épingles à cheveux , qui , en s'oxydant , avaient ftwnu le ciment nécessaire pour Uer les fragmenU. Quelquefois les morceaux de fer s'étant exclusivement trouvés en contact avec des débris d'ardoises jetés dans la rivière par des couvreur», Us ont donné naissance k des rognons qui ressemblent à certaines roches conglomérées des Camins ardoîsier ou takpieux.
TBRRAIN TUFFÂCé. 195
détermmées, et i! fêonltt qoi*û en existe qni appartiennent au terrain dibiTien. Quant au phoq[>hate de fer qœ nous avons décrit sous le nom de terre bleuê (Min. 785) , il appartient éTidemment aux terrains modernes.
258. Carpe organisée et monumente industriele. — Le terrain alluvien fluyiatfle est absolument dans la même cas que le terrain détritique sous le rapport des corps organisés et des monuments de Tindustiie humaine. Nous ne pouvons donc que renvoyer à ce que nous avoiis dit à ce sujet dans Tarticle précédent. Nous ajouterons seulement que les débris de végétaux y sont plus abondants ou plutôt mieux conservés, et que Ton y trouve souvent des arbres entiers qui sont quelquefois passés à l'état de charbon ou de Ugnite, mais qui, d'autres fois, ont conservé leur Ussu ligneux et leur solidité, de manière que l'on peut encore les employer dans les arts. Ces arbres sont ordinairement renversés; on dit cependant en avoir vu qui étaient droits et encore attachés à leur racine; on parle même de fbrêtê entières, que l'on a epjfeléessouterrainesetsiniS'marinesjtelles sont celles que l'on a observées dans l'Ile de Man , ainsi que sur les côtes du comté de Lincoln et sur cdles de Bretagne; mais il est probable que ces dépôts doivent être rapportés aux allu* vions marines ou alluvions diluviennes bien plutôt qu'aux alluvions iluviatiles.
259. Alluvions marines. — Le terrain eUluvien marin est beaucoup moins connu que le fluviatile, puisqu'on n'a pu l'examiner que sur les bords de la mer, où il forme soit des plages basses , soit des espèces de talus au pied des falaises , soit de petites collines que l'on appelle dunes. Il présente à peu près la même composition et les mêmes modifications de texture que le terrain fluviatile ; les dépôts arénacés y sont les plus c<nnmuns ; on y voit aussi des dépôts caillouteux que l'on y appelle souvent galet, et d'autres d^ts que l'on nomme coquillierSy parce qu'ils sont presque entièrement composés de parties solides d'animaux invertébrés et surtout de coquilles. Quelquefois ces coquilles sont presque intactes , et on les recueille pour faire de la chaux; d'autres fois elles sont tellement brisées qu'elles passent à l'état arénaoé.
Nous ajouterons , à l'occasion de ces dépôts de coquilles , que dans quelques localités, peu éloignées de la mer à la vérité, mais à des niveaux plus élevés que celui où atteignent les eaux marines, on trouve des dépôts de coquilles semblables à celles qui vivent actuellement dans les mers voisines; tel est notamment le dépôt observé à Uddevalla en Suède, par M. Al. Brongniart.
v* GROUPE. — Terrain tuffpcé.
260. Division en deuœ systèmes. — Les dépôts que nous appelons terraht tuffaeé présentent deux modifications , que l'on pourrait distmguer par les épithètes de terrestre et de m^nine, parce que l'une se trouve dans l'intérieur des terres , et l'autre sur les bords de la mer.
td6 GÉOGNOSIE.
261. TBrram (Mffacé terrestre. — Le terrain tuffaoé terrestre nt forme en général que des dépôts isolés , peu étendus. Il présente quelqoefèis une stratification très - prononcée , d'autres fois il constitue des amas ^ où Ton ne distingue pas de couches régulières. Il est principalement composé de calcaire concrétionné , passant quelquefois au calcaire compacte , et plus souvent aux dépôts arénacés et terreux des terrains détritique et alluvien. Ces dépôts forment même quelquefois des lits intercalés au milieu des assises de tuf. £d général, le terrain tuffacé se lie intimement avec les terrains détritique, allavien , diluvien et nymphéen , dont il est souvent difficile de le distinguer.
Le calcaire tuffacé est ordinairement rempli de pores et de cavités , et présente une série de passages , depuis des assemblages de petits filets qui ressenh blent à de la mousse pétrifiée, jusqu'au calcaire compacte. Les cavités que Ton y remarque sont de diverses espèces ; les unes semblent n'être que le résultat de l'assemblage de petits systèmes particuliers de concrétions qui se sont seulement unies par une partie de leurs surfaces ; les autres représentent la place de tiges de végétaux qui, après avoir été incrustées par la matière calcaire, ont fini par se détruire. Les troisièmes , qui se trouvent dans les parties compactes ou voisines de l'état compacte, consistent dans des espèces de tubulures verticales qui donnent l'idée du résultat du passage d'un gaz à travers une masse molle. Ce calcaire donne de bonnes pierres à bâtir; celui qui est celluleux est, à cause de sa légèreté et de la manière dont il prend le mortier, recherché pour certaines constructions , telles que les cheminées et les voûtes, où ces deux qualités sont particulièrement avantageuses ; celui qui se rapproche de la texture compacte donne d'excellentes pierres de taille.
La pierre connue sous le nom de travertin, que l'on extrait aux carrières de Ponte -Lucano , entre Rome et Tivoli , et qui a si puissamment contribué à la magnificence des monuments de Rome ancienne et moderne , paraît appartenir au terrain tuffacé , mais pourrait cependant devoir être rangée dans le terrain nymphéen.
Le terrain tuffacé, surtout celui qui est à l'état meuble ou peu cohérent^ renferme une grande quantité de corps organisés, principalement des coquilles d'eau douce ou de terre et des plantes aquatiques. En général , tous ces débrfe appartiennent à des espèces actuellement vivantes sur les lieux. On dit cependant que l'on a trouvé dans les tufs d'Allemagne des ossements d'éléphants, de rhinocéros , de mégathères et d'autres animaux qui n'existent plus dans ces contrées; mais il parait qu^ les dépôts dans lesquels ces débris ont été trouvés doivent être rapportés au terrain nymphéen plutôt qu'au terrain tuffacé.
262. Terrain tuffacé marin. — Le terrain tuffacé marin a beaucoup de rapport avec les dépôts alluviens qui se forment sur les côtes de la mer ; il est peu connu, et n'a encore été observé que dans un petit nombre de lieux. M. Moreau de Jonnés dit cependant qu'il est assez commun dans les Antilles^
TERRAINS TÉRIÂIRES. 1S7
OÙ a forme des espèces de glacis ou de plages qui s'élèrent quelquefois audessus du niveau ordinaire des eaux. Il y consiste en une roche que les nègres connaissent sous le nom de maçonne-bon-dieu, et qui est un calcaire grena passant quelquefois au compacte , de couleur jaune-gris&tre ou gris-Jaunàtre , a?ec quelques nuances de rougeâtre. Lorsque l'on examine cette roche à la loupe , on reconnaît qu'elle est principalement composée de débris de coquflles et de madrépores semblables à ceux qui vivent dans les environs et qui sont réduits en grains trèsrmenus. On trouve quelquefois dans cette roche des traces de l'industrie humaine , telles que des débris de vases , des haches, etc.; mais ce qui l'a rendue célèbre , c'est que l'on a trouvé , au port du Moule à la Guadeloupe, des ossements humains qui y étaient incrustés. L'analyse de ces os a feit connaître qu'ils n'étaient pas pétrifiés , mais qu'ils contenaient encore des parties animales et tout leur phosphate de chaux.
Saussure * a aussi observé une roche qui se forme au bord de la mer, sur le phare de Messine, auprès du gouffre de Carybde. Cette roche , qui devient assez dure pour servir à faire des meules, est composée de grains ^de sable unis par un ciment de calcaire.
On a également observé à la baie des Chiens-Marins, dans la Nouvelle- Hollande , un calcaire grossier qui renferme des coquilles marines , absolument semblables à celles qui vivent dans la mer environnante.