‹ Éléments de géologie, ou, Seconde partie des éléments d'inorganomie particulièreChapitre 47 sur 56 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

684. Observation préliminaire. — Nous avons fait coniuittre, dans le livrer second, un terrain qui ordinairement se trouve immédiatement au-des* sous des dép6ts résultant des phénomènes qui ont fait le sujet du chapitre précédent , et qui est composé de débris qui paraissent avoir été transportés par les eaux dans des positions où les cours d*eau actuels ne peuvent atteindre ; et nous avons conservé à ce groupe le nom de terrain diluvien, sous lequel on Fa souvent désigné , parce que Ton a pensé qu'il devait son origine à une vaste inondation, dont la Genèse et d'autres monuments historiques font mention , sous le nom de déluge, comme ayant ravagé les terres habitées avec une violence et surtout avec une étendue dont on n'a plus eu d'exemple depuis lors. Toutefois il y a eu lieu de croire que les divers dépôts que nous avons rangés dans le terrain diluvien , sont le résultat de plusieurs et non d'une seule catastrophe ; mais cette circonstance ne s'oppose pas à ce que nous continuions à considérer le nom de déluge comme s'appliquant à la dernière de ces révolutions, et que nous en recherchions les causes, sans craindre de nous appuyer sur des effets qui proviendraient de catastrophes antérieures, puisque tout nous prouve, ainsi qu'on le verra ci- après , que ces catastrophes étaient des phénomènes de même nature, produits par les mêmes causes.

685. (kmses du déluge. — Or , ce qui se passe actuellement nous porte à eroire que le déluge ne peut avoir eu lieu que par l'effet de pluies immenses, par celui d'une sortie extraordinaire d'eau du sein de la terre , ou par le déplacement des eaux de la mer , occasionné soit par des vents violents, soit par l'attraction d'un corps céleste , soit par l'affaissement d'anciens continents , soit, enfin, par l'exhaussement d'une partie des continents actuels'^. Nous

* M. ÉUe de Beaumont , dans «oo important ouvrage sur Fàge relatif des montagnes (Annales deêêdenceê nai., tom. XVUI et XIX) suppose aussi que les énormes amas de débris

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aUons successivement passer en revue ces six hypothèses, pour voir cdle qui mérite le plus de confiance.

686. Hypothèse des pluies. — L'existence de pluies assez abondantes pour avoir inondé toutes les terres découvertes et pour avoir transporté des quartiers de rochers à des hauteurs considérables , peut difficilement , ou plutôt ne peut pas se concevoir d'après les règles de la météorologie; mais , en supposant le fait possible, l'hypothèse serait encore sujette à des difiicultés in* surmontables ; d'abord on ne concevrait pas comment la nature, après avofa* été douée d'une force évaporatrice aussi considérable, serait brusquement passée à son état actuel , qui en est si diCFérent sous ce rapport. Il est à re^ marquer ensuite que les eaux du déluge ont agi à l'inverse de ce qu'elles auraient dû faire si elles avaient tiré immédiatement leur origine des pluies; car les hautes sommités des montagnes , placées souvent au-dessus des nuages et qui , par leur position élevée et leur forme pointue, ne pourraient recevoir de puissants courants d'eaux, sont précisément les parties du globe où les traces des révolutions de celui-ci se manifestent le plus fortement, ainsi que le prouvent leur aspect déchiré et l'abondance de leurs débris dans les dépôts diluviens.

687. Hypothèse des 4jacuiaHons aqueuses. — L'hypothèse qui ferait sortir de l'intérieur de la terre une quantité d'eau suffisante pour inonder des continents entiers, ne parait pas plus compatible avec l'ordre actuel des choses que celle des pluies ; car, de même que nos pluies sont en rapport avec les eflPets del'évaporation, la quantité d'eauqui sort maintenant de Fintérieur de la terre est également en rapport avec celle que lui fournit l'imbibition des eaux pluviales , puisque les monuments historiques nous apprennent que le niveau de la mer n'a pas sensiblement changé depuis deux à trois mille ans. D*un autre côté , quand on a étudié l'état actuel de notre globe et les causes qui ont pu concourir à lui donner cet état , on sent que l'idée de faire sortir brusquement de l'intérieur de la terre une immense quantité d'eau et de l'y feire ensuite rentrer , est une hypothèse purement gratuite , qui ne peut s'appuyer sur les phénomènes qui ont lieu actuellement , et dont l'explication théorique ne peut s'associer avec les faiits qui nous mettent à même déjuger des phénomènes plus anciens.

688. Hypothèse des vents. — L'hypothèse qui attribuerait le déluge au

que Ton voit au pied des Alpes , ont dû leur transport à la fonte des neiges , occasionnée par la chaleur qui se serait dégagée lors du soulèTement de la partie orientale de ces montagnes : or, outre que ce phénomène ne doit être considéré que comme une circonstance particulière aux lieux où il existait déjà des montagnes assez élevées pour être couvertes de neiges , il est à remarquer qu'il rentre entièrement dans Thypothèse du soulèvement, doniU n^est qu*une des conséquences accidenteUes.

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déplacement des mers par raction des vents, présente les mêmes diffleultés que celle des plaies; car on ne conçoit pas quelle cause aurait pu produire de semblables vents , ni pourquoi cette cause aurait cessé brusquement avec le déluge; sans compter que ces eaux, ainsi déplacées, n'auraient pu produire tous les effets qui sont résultés de cette catastrophe.

689. Hypothèse de Pa4traotion céleste. — Cette dernière considération nous semble aussi devoir faire rejeter l'hypothèse du déplacement de la mer par l'action attractive d'un corps céleste, quoique ce phénomène pourrait être admis sous le rapport théorique.

690. Hypothèsedes affaissements. — L'hypothèse du déplacement des eaux par uni grand aîRiissement des anciens continents, pourrait expliquer plusieurs phénomènes qui ne peuvent se concilier avec les hypothèses précédentes ; nute elle est aussi sujette à une grande difficulté : c'est que l'état de l'écorce du globe est précisément l'inverse de ce qu'il devrait être, si la forme de cette écorce lui avait été donnée par des catastrophes de ce genre. En effet, dans ce cas, les sommets des montagnes seraient les parties des terres actuelles qui auraient été le moins dérangées de leur position primitive, et seraient, par conséquent , celles où le sol présenterait le moins de traces de bouleversement; ce qui est tout à fait contraire à l'état des choses, le sol de nos plaines paraissant, en général, avoir été beaucoup moins dérangé que celui des montagnes.

691 . Hypothèse des soulèvements. — Il nous reste maintenant à examiner rhypothèse du déplacement des eaux par suite du soulèvement de certaines parties de l'écorce du globe , et nous allons la considérer tant sous le rapport de la possibilité que sous celui de la concordance des effets qu'elle aurait dû produire avec ceux qui ont eu lieu.

Nous avons vu, dans le chapitre précédent, que les phénomènes volcaniques déterminent quelquefèis le soulèvement de certaines parties du sol , et nous avons MX sentir que si la fèrce qui produit l'ascension et l'éjaculation de matières fluides , dans les éruptions ordinaires , rencontrait sur son passage un obstacle tel qu'il fût plus difficile de traverser l'écorce que de la soulever, il devait s'opérer un soulèvement dans une partie de cette écorce.

Il ne s'agit donc, pour savoir si l'on peut admettre l'existence de soulèvements suffisants pour avoir occasionné un déplacement d'eau capalde de submerger une partie des continents, que d'examiner si l'observation des faits relatifs à l'histoire des volcans et les hypothèses que l'on fait pour expliquer leur origine , nous permettent de supposer l'existence de phénomènes aussi étendus , qui ne se seraient plus renouvelés depuis un grand nombre de siècles.

Or, l'étude des volcans nous a fait connaître, sous le premier rapport, deux circonstances bien remarquables. L'une est le grand nombre de volcans éteints (659) qui prouvent que les phénomènes volcaniques ont été bien plus

5M GÉÛGlàNIB.

développés qu'tts ne le sont maintamt^ Fautre est riatemuttence des Tolcass et kur redoublea^nt d'énergie après des périodes de tranquillité (659).

Quant aux considérations théoriques, nons arons fn que l'observ^rtion dt la température de l'écorce du globe ^ combinée avee les lois sur réquiUbre de la chaleur , prouvaient que le eldbe jouit d'une chaleur indépendante de oeye que l'action des rayons du soleil développe à sa surfeœ, et que cette chaleur dtennue journellement par les effets du rayonnement vers les espaces planétaires. Nous avons vu également que c*est à ce refk*oidissemei^ constant que Ton doit attribuer l'existence des volcans et des autres phénomènes ignés. D nous fout donc examiner si nos observations et nos théories sur le refroidissement nous permettent de supposer, non -seulement l'existence de phénomènes beaucoup plus énergiques que ceux qui se passent actuellement dans le globe , mais encore la cessation brusque ou la suspension de ce déveloi^ement d'énergie.

692. Voyons d'abord ce qui se passe dans les corps exposés au refroidissement sous nos yeux, et prenons pour premier exemple cdui dont la soUdifi* cation s'opère le plus souvent autour de nous, c'est-à- dire, l'eau. Or, on sait que si de l'eau renfermée dans un vase est exposée à la gelée , on la verra passer presque entièrement à l'état solide avant d'avoir foit de mouvement sensible ; mais qu'il arrivera ensuite une espèce de révolution subite, telle que le vase se brisera , ou bien , s'il offre assez de résistance pour empêcher cet accident, telle qu'il se formera sur la surfoce de la glace des espècbs de protubérances qui, comparées à la masse, seront des élévations infiniment plus considérables que les plus hautes montagnes par rapport au volume du globe. Enfin, si le refroidissement continue après cette révolution, le morceau de glace n'éprouvera plus qu'une contraction thermométrique propœ-tionnée an nomlM*e de degrés.

On observe aussi de ces phénomènes instantanés, lorsçie l'on fait refroidir des matières métalliques ou terreuses passées à l'état de ftiidité ignée; et les personnes qui emploient ces matières sont souvent obligées de recourir à des précautions pour empêcher que , dans certaines périodes du refroidissement, la matière n'éclate et ne se fende en plusieurs pièces. Ces circonstances sont toujours plus prononcées à mesure que le volume est plus considérable, et que , tandis qu'une petite boule de verre se solidifie sans accident , une griuide masse de cette matière, abandonnée à elle-même , ne se refroidira pas sans se fendre en diva*s sens. On remarque également que plusieurs métaux fondus ne conservent pas , en se figeant , la surfoee plane qu'ils avai^ lors<pi*as étaient liquides, mais qu'il y a une certaine époque du refroidissement où il se forme à leur surface des aspérités, qui sont aussi bien plus considéraUes par rapport à la masse, que les montagnes par rapport à la terre.

Qumqne la physique nous apprenne qu'une partie de ces phénomènes est

due à des cireonstaioes qui ne peuvent se présenter dans le refroidissement du globe, il n'est pas moins vrai qu'ils nous familiarisent avec l'idée que oe refroidissement peut aussi offrir de ces accidents instantanés^ c'est-à-dve^ des révolutions qui agissent avec une grande énergie , et qui sont immédiatement suivies par des périodes beaucoup plus tranquilles.

693. Si nous examinons maintenant ce qui a dû se passer dans le refroidissement du g^obe, nous sentirons en premier lieu qu'il y a eu une époque où la ehaleur se perdait beaucoup plus rapidement qu'à présent, par la doubla raison qu'un corps chaud placé dans une enceinte froide se refroidit plus promptement dans le commencement que dans toute autre période , et ensuite parce que l'action solaire développe à la surface de la terre une chaleur particulière qui fait maintenant une espèce d'équSibre entre la communication de la chaleur intérieure à la surface, et le rayoïmement de la surfeoe vers les espaces pIanétaires(640).Nouspouvonsensuite déduire de cette première considération, deux autres conséquences : l'une est que le globe a été doué d'une température beaucoup plus élevée que celle dont il jouit nudntenant; la seconde, c*estque l'écorcesolideaété beaucoup moins épaisse qu'elle n'est actudlement.

694. Ces trois données une fbis établies, voyons ce qui a dû se passer dans chacuhe des deux hypothèses que nous avons rappelées à l'occasion des phénomènes volcaniques ( 665 et 666 ).

Dans la première, c'est-à-dire, dans celle de la simple compression, on conçoit que , quand la croûte du globe était plus mince , plus chaude et plus flexible, la force qui produit maintenant l'ascension des matières volcaniques devait opérer bien plus de soulèvement qu'à présent, et donner à ces soulèvements une étendue bien plus considérable. Car, d'un côté , la contraction devait se faire beaucoup plus rapidement , la production des gaz devait être bien plus abondante et la résistance de la croûte bien moindre ; tandis que , cette croûte «'épaississant continuellement , on conçoit un terme où , devenue trop épaisse, eDe ne se sera plus laissa soulever sur une grande étendue , et où les matières qui agissaient en dessous se seront seulement ouvert des canaux étroits pour parvenir à la surfoce, c'est-à-dire qu'au lieu de grands soulèvements, il n'y aura plus eu que des éruptions volcaniques , ou quelquefob de petits soulèvements, lorsque les canaux se seront trouvés obstrués dans certaines parties de l'écorce du globe.

695. Dans la seconde hypothèse , c'est- à -dire , dans celle qui suppose que la niasse intérieure du globe se contracte davantage , par le refroidissement , que son écorce extérieure, on sent que celle-ci deviendra trop grande pour celle-là. D'un autre côté, comme cette écorce est douée d'un certain degré de flexibilité (665) , elle suivra en grande partie , mais d'une manière tout à fait insensible, le mouvement de retrait de la masse fluide intérieure, sauf que, dans certains points, l'excédant de dimension de l'écoroe déterminera la

formation de rides qui se formeront d'abord d'une manière lente et presque insensible; mais il devra arriver un moment où le diamètre de Fécorce deviendra tellement différent de celui de la masse fluide, que cette action lente et insensible sera insufBsante, et qu'il se formera une fracture brusque, parla même raison qu'un arc que l'on courbe, après avoir fléchi pendant un certain temps , finit par se rompre d'une manière violente.

696. On voit , par ce qui précède , que les deux hypothèses que l'on a déduites de la théorie du refroidissement conduisent également à admettre que les élévations du sol ont été produites par des soulèvements dont la majeure partie s'opère par des révolutions brusques. Si maintenant nous examinons l'état actuel de la partie de l'écorce du globe que nous connaissons , nous verrons que les choses sont précisément telles qu'elles doivent être , dans lé cas où ces phénomènes auraient eu lieii ; mais qu'il y a même des faits absolument impossibles à expliquer dans toute autre hypothèse.

Tel est notamment celui de la présence, à plusieurs milliers de mètres, de roches qui , renfermant des restes d'anfanaux marins , doivent avoh* été formées sous les eaux de la mer. Or, quels que soient les phénomènes extraordinaires que l'on puisse supposer pour expliquer le séjour des eaux à une semblable hauteur, tels que le déplacement de la position astronomique da globe, ou l'existence d'une masse d'eau immensément plus considérable que ceUe qui existe actuellement, ces hypothèses sont tout à fait insuffisantes pour expliquer le fait qui nous occupe, depuis que l'étude de la géognosie nous a prouvé que les terrains tritoniens qui se trouvent à 6,000 mètres de hauteur dans les Alpes , se formaient sous la mer à la même époque où les plaines de la Bresse et celles des environs de Paris étaient couvertes par des lacs d'eau douce, dont les rivages étaient ombragés par des forêts de palmiers, habitées par une grande quantité d'animaux terrestres.

D'un autre côté , on conçoit que si des montagnes étaient soulevées du fond de la mer, le double mouvement des masses solides qui s'élevaient, et des masses liquides qui tendaient à reprendre leur niveau , a pu produire d'immenses inondations sur les terres découvertes , et y transporter une grande quantité de débris. Le phénomène du soulèvement explique aussi de la manière la plus satisfaisante l'aspect déchiré de la plupart des sommets de montagnes, et la ressemblance que la plupart de nos vallées offrent avec des fentes et des crevasses.

697. Origine des vallées. -—Cette dernière considération nous conduit a parler de l'origine des vallées, l'une des questions les plus importantes et en même temps les plus controversées de la géologie \ question que nous eussions été mieux à même d'étudier à la fin de cet ouvrage , mais dans laquelle les phénomènes diluviens jouent un si grand rôle que nous avons cru préféraNe de la traiter en ce moment.

L'une des q^inioiis qui ont été les pins répandues à ee sujet, c*est que tous ees enfèncements ont été creusés par les eaux; mais, si nous cherchons à reconnaître comment celles-ci ont pu produire de semblables résultats , nous trouverons que la théorie , aussi bien que l'observation de ce qui s'est passé depuis que l'état du globe est constaté par des monuments historiques , rendent cette opinion bien difficile à admettre.

En effet , l'eau ne peut couler que d'un point élevé vers un point plus bas ; de sorte que, si toutes les vallées étaient le résultat du passage des eaux, elles auraient toutes la direction de la pente générale du sol , et Ton ne verrait jamais une rivière traverser une chaîne de montagnes plus élevées que la plaine où elle prend sa source; ce qui a cependant lieu dans un grand nombre d'endroits (33).

698. D'un autre côté , si nous examinons les effets que les eaux exercent maintenant sur les matières qui forment la croûte solide du globe, nous verrons que cette action ne se fait sentir, d'une manière prononcée, que sur les matières meubles ou friables qui se désagrègent facilement , et que tous les nouveaux lits que se creusent nos rivières sont toujours pratiqués dans des sables ou dans d'autres dépOts meubles , tandis que les monuments historiques nous apprennent que les fleuves les plus forts et les flots les plus fougueux se brisent depuis des milliers d'années sur certains rochers, sans. leur avoir fait éprouver de changements sensibles; d'où il résulte, que si les vallées avaient été produites par l'érosion des eaux, elles se seraient établies bien plutôt dans les dépôts meubles que dans les masses cohérentes, ce qui est précisément le contraire de ce qui a lieu; car nous voyons non -seulement que les vallées les plus profondes et les mieux prononcées se trouvent toujours bordées de rochers escarpés très - cohérents , mais que ces mêmes vallées , ou plutôt les cours d'eau auxquels elles servent d'écoulement, sont arrêtés par des dépôts meubles, qui les forcent, pour ainsi dire, à rebrousser chemin. Cest ainsi, par exemple, que le Rhône qui, de Genève à Saint- Genis, en Savoie, coule du nord au sud, au mQieu de roches calcarenses très -cohérentes, change brusquement de direction, lorsqu'il rencontre les premières collines arénacées du Dauphiné, et rentre dans de hautes montagnes calcareuses qu'il traverse, en faisant un angle aigu avec sa première direction.

Ce même Rhône , ou plutôt le cours d'eau qui descend des Vosges dans la Méditerranée^ et qui porte le nom de Saône et ensuite celui de Rhône, présente une autre circonstance, qui est tout aussi défavorable à l'hypothèse du creusement des vallées par les eaux : c'est que ce cours d'eau , au lieu de s'être i^yé un chemin au milieu des dépôts' meubles qui recouvrent la vaste plaine qui sépare le Jura et les Alpes des montagnes du centre de la France , suit, au contraire, le pied de ces montagnes, en s'introduisant , pour ainsi dire, dans leur intérieur, de manière que l'on voit à Tournus, à Lyon et à Tain,

S9a GEOGÉNIE.

sur la rive gauche du cours d'eau , des colfiiies comîiosées des nénies roches cohérentes qui constituent les montagnes qui bordent la rive droite. Or, si l'on fait attention à la fiiciiité que les eaux auraient eue poor tourner autour de ces espèces de caps^ et aux difficultés, pour ne pas direii Timpossibilitt, de leur part , de se creuser un lit au milieu de rochers très- cohérents^ on demeurera convaincu que ces eaux, bien loin d'avoir creusé un semblable lit, ont profité d'une ouverture qui se trouvait dans le massif de rochers. Le Danube et beaucoup d'autres fleuves offrent aussi la même dispodtion.

699. Une autre difficulté que plusieurs vallées, surtout celles des terrains primordiaux , présentent contre l'hypothèse de l'érosion , c'est l'existence des barres ou étranglements (31) qui donnent souvent aux vallées l'aspect d'une série de bassins unis par des défilés ou couloirs étroits , tandis que, la masse d'eau qui coule dans une vallée allant généralement en augmentant, les vallées faites par érosion doivent tendre à s'élargir continuellement, depuis leor origine jusqu'au point où elles se perdent dans une plaine ou dans la mer.

700. Nous pourrions citer aussi les lacs qui présentent des enfoncements plus profonds que les points où l'action érosive des eaux superficielles a pu s'étendre. A la vérité, on répondra qu'il est inutile de combattre l'opinion que les lacs n'ont pas été formés par cette action, puisque les géologistes qui lui attribuent le plus d'importance , sentant qu'elle aurait dû combler les lacs plutôt que de les creuser, ont été obligés de chercher une autre origine à ces enfoncements ; mais cette dernière circonstance est elle-même un a)^gument contre le système qui voit l'efiet de l'érosion dans toutes les vallées , puisque c'est avouer que ce système est insuffisant pour rendre raison de l'origine de certaines vallées; car les lacs ne sont que des vallées ou des bassins qui n'ont pas, comme les vallée^ ordinaires, une ouverture plus basse que la partie la moins élevée de leur fond.

701. Il s'agit donc de rechercher si l'étude des phénomènes qui se passent encore et de ceux qui se sont passés dans l'écorce solide de notre planète, ne nous indique pas des causes plus propres à expliquer l'origine des vallées barrées et étranglées. Or, ce que nous avons dit dans ce chapitre et dans le précédent, sur l'origine des montagnes et sur le mode de formation des roches, nous donne les moyens de concevoir facilement l'origine de ces vallées; on plutôt l'état de la plupart de .nos vallées , surtout de celles des contrées formées de couches inclinées, est une des plus grandes preuves que l'on puisse produire en faveur de l'hypothèse que les montagnes sont le résultat de soulèvements déterminés par une force agissant de bas en haut.

702. Foliées d'écartement. — On àent, en elfet, que si un massif de roches cohérentes a été fortement soulevé, il a dû non-seulement se fendre sur un grand nombre de points, mais ses parties ont dû souvent s'écarter et hisser par conséquent entre elles de^ fentes ou enfoncements bordés par des

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escarpements rapides; tandis que , si la causé soulevante 4 agi sur des masses meubles, les éboulements n'auront pas permis aux fentes de s'établir ; ce qui explique pourquoi les cours d'eau traversent des montagnes élevées etrebrous^ sent chemin devant de petites arêtes arénacées. On conçoit également que dans le système de l'écartement, les flancs d'une vallée présentent un angle saillant vis-à-vis d'un angle rentrant , et qu'ils soient formés des mêmes ont-* ebes, disposées dans le même ordre, puisque souvent ces flancs n^ sont que les parois d'une fente pratiquée dans une même masse. D'un autre côté, si la eause soulevante, au lieu d'agir de manière à former de longues fentes, n'a, pour ainsi dire, poussé que sur un point, il en sera résulté une espèce d'ècartement circulaire qui aura produit de ces bassins et de ces cirques , àoai l'origine a tant embarrassé les partisans de l'érosion , et que M. de Bueh nomme cratère de soulèvement, ainsi que nous l'avons vu ci* dessus (654).

L'écartement des masses minérales a dû aussi être occasionné par une cause agissant dans un sens différent de la force que nous supposons avoir domié naissance aux soulèvements. On a pu remarquer, en effet , par ce que no»i aTons déjà dit sur la formation des roches , que ces masses ont été plus chaudes et plus imbibées d'eau qu'elles ne le sont maintenant. Or, on sait que le refroidissement et le dessèchement produisent, sur les matières qui en sih bissent les effets, des retraits, qui, pour les corps de même nature , sont dans la proportion du volume; on sait également que, dès que les masses qui subissent ces retraits sont telles que la force de cohésion est surpassée par celles qui agissent dans d'autres sens , il se forme dans ces masses des fentes plus ou moins considérables, et on sentira aisément que, si le dessèchement de la boue d'une petite mare produit quelquefois des fentes de plus d'un centimètre d'ouverture , le dessèchement d'un dépôt qui couvre une contrée entière aura pu produire des écartements aussi larges que certaines vaDées. Il est à remar quer aussi que ce genre d'écartement était dans le cas d'agir énergiquement sur une assise supérieure , tandis qu'il pouvait être insensible sur une assise inférieure : ce qui explique comment certaines vallées s'arrêtent à certain ter-^ raln , sans s'enfoncer dans le terrain inférieur.

^ 703. Fàllées de plissement. — On conçoit également que quand la forée soulevante agissait sur des masses assez flexibles pour plier plutôt que de se fendre, il devait se former des espèces de plis ou de rides, c'est-à-dire, des montagnes composées de couches qui s'élèvent d'un côté avec la pente de la montagne, qui se courbent au sommet et qui redescendent de l'autre côté avec une incUnaison en sens contraire , ainsi que nous l'avons déjà indiqué en pariant de la stratification arquée (206). Or, lorsque deux ou un plus grand nombre de ces plis se trouvent placés à côté les uns des autres, les dépressions qui les séparent forment aussi des vallées que l'on pourrait désigner par la dénomination àe vallées de plissement ^ par opposition à celles ré^iitant

de Véoariement des parties ; tel est le eas de beaucoup de vallées longitudi* nales, et notamment de plusieurs de celles qui séparent les dialnons du Jura.

704. Vallées d'éruption. — Les éruptions ou éjaculations de matières liquides et solides qui sont poussées de Fintérieur de la terre par des phénomènes analogues à ceux des volcans, sont aussi dans le cas de donner naissance à un troisième mode de formation de vallées, mais beaucoup plus circonscrit que les deux autres. Nous avons vu, en eflFet, que lorsque les laves sortent des volcans , elles ne sont pas assez fluides pour s'étendre sur le sol comme une nappe d'eau , mais qu'elles IFbrment des espèces de bourrelets ou d'éminences longitudinales plus ou moins élevées , que Ton appelle coulées. Or, on sent que ces coulées peuvent donner naissance à des vallées , soit en se ramifiant par la rencontre de quelque obstacle, soit eu se plaçant lune à eôté de l'autre , soit en s'étendant au milieu d'une vallée qui se trouverait de cette manière divisée en deux. Les éjaculations de matières sèches, en élevant de nouvelles éminences , sont aussi dans le cas de IFbrmer de nouvelles vallées.

705. Vallées d'érosion. — Du reste , nous sommes loin de prétendre que Faction érosive des eaux n'ait pas, de son côté, donné naissance à un grand nombre de vallées , soit pendant le déluge , soit après , soit avant cette catastrophe; on sent, en effet , que dans les dépôts meubles ou dans ceux composés de couches peu cohérentes, qui ont conservé leur position originaire, les vallées n'ont pu être formées ni par écartement, ni par plissement; mais qu'elles peuvent, au contraire, avoir été creusées par les eaux; aussi les vallées qui se trouvent dans ces dépôts, sont précisément telles qu'elles doivent être si elles ont été formées de cette manière, c'est-à-dire qu'elles suivent la pente générale du sol , qu'elles sont plus étroites et moins enfoncées dans leurs parties supérieures que dans leurs parties inférieures , et qu'elles out dévié de leur direction par la rencontre d'un rocher solide , de même que l'on fait dévier le cours de nos rivières en construisant des ouvrages destinés à préserver certaines parties de leurs bords.

D'un autre côté , nous avons fait voir que les soulèvements ont pu donner naissance à des dépressions en forme de bassins qui, n'ayant pas de débouché, ont dû naturellement se remplir d'eau. Or, on sent que dans certaines circonstances favorables , ces amas d'eaux se seront creusé des couloirs à travers les digues qui les séparaient des sols inférieurs.

706. Vallées de refoulement. — Indépendamment de ces vallées dues aux phénomènes qui ont lieu dans l'intérieur du globe ou à l'action érosive da eaux à sa surface, ce qui se passe dans la nature actuelle nous apprend qu'il a pu s'en former d'une manière analogue à cette espèce de re/ôu/am^n/ qui a lieu dans les eaux courantes. On sait, en eifet, que quand des courants rapides transportent des matières en suspension, ces matières se déposent en

dehors du courant, au lieu de s'étendre uniformément en couches planes, comme celles qui se f6nt dans des eaux tranquilles * c'est ainsi , par exemple, qu'il se forme , sur les hords d'une rivière gonflée , des espèces de bourrdets élevés au-dessus du fond du lit de la rivière, et que la présence, au milieu d'un cours d'eau , de quelque obstacle qui divisera le courant en deux branches, sulBra pour donner naissance à un dépôt qui, recevant des accroissements à chaque gonflement des eaux , deviendra , pour les temps ordinaires, une île élevée au-dessus du niveiiu des eaux, et, sauf ses dimensions, cette lie sera une montagne isolée au milieu de deUx vallées qui la séparent de deux chaînes de plateaux , c'est-à-dire des bords de la rivière.

Le phénomène du refoulement a lieu d'une manière encore plus sensible, lorsqu'il tombe de la neige par un grand vent , et les personnes qui voyagent dans de semblables moments ont souvent eu l'occasion de remarquer que tandis qu'il ne se fixait pas de neige dans cer|;ains endroits frappés par le vent, il s'élève à côté d'épais massifs terminés par des flancs verticaux, et même en surplomb, d'une hauteur considérable. On remarque également que la présence d'un arbre ou d'un autre obstacle, divisant le courant de vent, devient l'origine d'un amas de neige qui s'élève comme une lie entourée d'endroits sur lesquels le sol demeure à découvert. Or, si nous faisons aussi abstraction des dimensions , cette disposition de la neige nous donnera absolument ridée de plateaux sillonnés par des vallées , et sur les bords desquels se trouvent des caps, des presqu'îles et des montagnes isolées.

Si , à ces phénomènes qui se passent dans un fluide élastique aussi rare que l'atmosphère, ou dans des amas de liquides aussi petits que nos fleuves, nous comparons ceux qui ont dû se passer dans de vastes mers , dont les eaux déposaient de puissantes couches minérales , nous sentirons que la force des courants a dû souvent refouler les matières de ces couches dans les endroits où l'eau était plus tranquille , et par conséquent donner naissance à des collines et à des valléçs plus ou moins considérables. Il est donc très-probable qu'il y a beaucoup de vallées de ce genre, nous pensons même que c'est la manière la plus plausible d'expliquer ces collines isolées et ces échancrures qui, dans certaines contrées , comme la partie nord-est du bassin de Paris , forment la bordure d'un plateau qui domine une plaine et dont les couches ont conservé leur position originaire, ou du moins ne paraissent pas avoir subi des dérangements suffisants pour expliquer le relief du pays.

707. Confusion dans les causes originaires des vallées, — On voit par ce qui précède que les diverses causes auxquelles nous attribuons l'origine des vallées , ont été dans le cas d'agir dès les temps les plus reculés , et qu'elles n'ont pas encore cessé entièrement, d'où l'on sent que ces diverses causes agissant soit successivement, soit simultanément sur une même contrée, ont dû confondre leurs résultats, de manière qu'il est souvent très -difficile de

nu GEOGÉAlfi.

recwiiattre quel est celui des diTers modes de formation qui a donné naissance à certaines vallées. Tel serait, par exemple, le cas d'une contrée où H Y aurait eu originairement beaucoup de vallées de refoulement, qui aurait ensuite subi Feifet de soulèvements sous-marins, lesquels auraient naturellement été accompagnés de grands mouvements dans les eaux , par conséquent de 4brtes érosions , et où de fréquentes éruptions auraient ensuite répandu dé puissantes coulées de laves et élevé de nombreux cônes volcaniques.

706. Origine des blocs erratiques. — L'origine des blocs erratiques se conçoit, aussi plus facilement dans l'hypothèse des soulèvements que dans 1^ autres systèmes imaginés pour expliquer les catastrophes diluviennes; mais elle ne laisse pas de présenter beaucoup de difficultés. La plus importante provient des enfoncements que ces blocs ont dû traverser pour remonter ensuite sur un sol plus élevé. C'est ainsi que la Baltique parait s'opposer an passage des blocs erratiques de la basse Allemagne, que diverses circonstances rappelées ci -dessus (274) annoncent venir de la Scandinavie, et que la vallée de l'Aar paraît mettre un obstacle insurmontable au passage des Uoes des Alpes qui se trouvent à une hauteur considérable sur le Jura. Cette difficulté disparaîtrait si l'on pouvait supposer que le sol sur lequel reposent les blocs erratiques n'a été soulevé au-dessus du m'veau des enfoncements qu'après l'arrivée des blocs; mais nous verrons , au contraire, que les recherches de M- l^e de Beaumont l'ont porté à conclure , que le Jura a été élevé bien avaAt l'arrivée des blocs erratiqnes. Du reste , cette difficulté est encore bien plus insoluble par l'hypothèse de l'érosion des vallées ; car , outre que dans cette hypothèse on ne peut concevoir comment les eaux auraient détaché des fragments aussi volumineux, on sent qu'il est impossible qu'un phénomène semblable au creusement de la vallée de l'Aar ou du bassin de la Baltique, ait eu lieu après la mise en place des blocs erratiques, sans que ceux-ci n'aient pas été enfouis dans de nouveaux débris , du moins ceux qui ne sont pas dans une situation très -élevée.

On a objecté contre l'origine septentrionale des blocs de la grande plaine du centre de l'Europe , que le peu d'élévation de quelques-unes des montagnes d'où l'on suppose que ces blocs proviennent , ne suffisait pas pour expliquer la force d'impulsion nécessaire pour détacher et transporter ces blocs dans les lieux où ils sont maintenant. Cette difflcnlté nous parait efFèctivement insc»luble dans l'hypothèse de l'érosion des eaux ; mais elle n'est d'aucune force dans l'hypothèse des soulèvements ; car , quoique les montagnes dont il s'agit soient peu élevées au-dessus du niveau de la mer , il ne s'ensuit pas que lecur soidèvement n'ait pas été aussi considérable qne celui de montagnes beaucoup plus importantes, puisque cette circonstance dépend du point de départ, qni pouvaK être lui^éme plus ou moins enfoncé.

" 789. D'un autre côté , ce que nous avons dit sur l'origine des soulèvements

feit sentir que ees phénomènes d<Hyent quelquefois amener à la surface une grande quantité de débris plus ou moins usés.

Nous ayons tu, en eflFet, que les soulèvements et les éruptions devaient être également occasionnés par la poussée d'un fluide intérieur, qui tend à gagner la surfaee de la terre. Mais, entre les éruptions proprement dites et les grands soulèvements qui ne se manifestent au jour que par le plissement ou l'écar* tement d'une partie de la croûte du globe , il y a un intermédiaire, c'est celui où , comme au Monte-Nuovo (655) , il arrive à la surface des matières solides qui ne sont pas lancées avec violence. Or, ces matières doivent avoir, en génèrali, des formes fragmentaires; car on sent que , si des masses en fusion cherchent à se fah*e un passage à travers des masses solides , le frottement de ces masses et le refroidissement qu'éprouvent les parties supérieures du liquide^ doivent donner naissance à une grande quantité de fragments qui précèdent la masse liquide d'une manière analogue à ces fragments de scories que nous voyons précéder dans nos fourneaux les coulées de métal en fusion. On conçoit donc que des montagnes n'ont pas eu besoin d'éprouver un soulèvement très- considérable au-dessus du niveau du sol antérieur pour qu'elles aient fourni une immense quantité de débris , et si le soulèvement s'est opéré sous la mer , le moyen de transport, ainsi que la force à imprhner à ce véhicule, s'y seront trouvés sous des circonstances beaucoup plus favorables que dans des montagnes plus hautes qui se seraient élevées dans les terres.

710. Diverses époques de soulèvement. — Maintenant que nous avons fait voir qu'il est très -probable que le déluge est le résultat du soulèvement dPune partie de la croûte du globe qui était couverte par les eaux , nous devons nous faire la question de savoir s'il n'y a eu qu'un seul soulèvement de ce genre, ou s'il y en a eu plusieurs, et, dans ce dernier cas, quel est celui qui a donné lieu à l'inondation diluvienne, ou , en d'autres termes, quelles sont les montagnes dont l'exhaussement a produit ce déplacement des eaux. Il y a peu d'années encore que la première de ces questions ne pouvait être traitée que théoriquement, et que l'on n'aurait , pour ainsi dire, pas osé penser à la seconde ; mais les progrès que la géologie a faits dans ces derniers temps ont non -seulement démontré que l'observation, d'accord avec la théorie, prouvent qu'il y a eu plusieurs soulèvements successif, mais ont même rendu très-fbndé l'espoir que l'on parviendra un jour à déterminer l'époque relative de l'exhaussement de chaque chaîne de montagnes.

Les considérations sur lesquelles ces recherches sont fondées exigent, pour bien être appréciées, la connaissance de plusieurs feits , qui feront plus par* ticulièrement le sujet du chapitre suivant ; mais , comme la réponse aux deux questions ci-dessus forme une partie importante de l'histoire du déluge, nous ne pouvons nous dispenser de faire connaître ici les bases sur lesqudles est établie cette nouvelle et importante branche de la géologie.

711. Ce que nous avons déjà dit de la structure de la croûte du globe et des phénomènes qui s*y passent, suffit pour nous avoir appris qu'une grande partie des roches qui composent cette croûte ont été formées dans un liquide. On sent, en conséquence , qu'elles ont dû s'étendre par couches à peu près horizontales, sauf quelques ondulations résultant de la forme du sol sur lequel ces couches se déposaient ; mais il est impossible que ces couches se scient déposées originairement en surplomb et même dans une position verticale ou fortement inclinée , de sorte que les couches qui ont pris des positions de ce genre, les doivent évidemment à des catastrophes postérieures à l'époque de leur formation , et , d'après ce que nous avons dit, ces catastrophes doivent avofa* été des soulèvements; nous avons aussi eu l'occasion de faire voir que la majeure partie de la croûte du globe se compose de diverses associations de roches successivement superposées l'une à l'autre, et que Ton voit quelquefois des assises horizontales reposer en stratification discordante sur des assises inclinées. Or , on concevra aisément que, dans ce cas , ces dernières assises étaient déjà redressées lorsque les autres ont été formées ; c'est ainsi, par exemple, que, dans une contrée comme les pays entre l'Escaut et la Roer, où l'on voit du terrain crétacé en couches horizontales reposer sur . du terrain houiller en couches inclinées , on peut dire que ce dernier a été remué entre l'époque de sa lk)rmation et celle du terrain crétacé , tandis que dans les Alpes, où l'on voit la molasse tritonienne et le lignite nymphéen en couches fortement inclinées , on peut dire que le soulèvement a eu lieu après la formation de ces roches , d'où l'on voit que si ce soulèvement n'est pas celui qui a occasionné l'inondation diluvienne , il en est au moins fort peu éloigné. 712. Du reste, il faut éviter d'entendre ce que nous venons de dire sur le soulèvement des couches inclinées, dans un sens qui porterait à croire que les couches horizontales n'ont pas éprouvé d'exhaussement ; nous avons seulement dit que, quand on voit des couches horizontales reposer sur des couches inclinées, on doit en conclure que ces dernières avaient déjà été relevées lorsque les autres ont été déposées; mais il ne s'ensuit pas que celles-ci n'aient point aussi éprouvé l'eii^et des soulèvements ; au contraire, ce que nous avons dit de l'état de l'écorce du globe et de la cause des soulèvements, nous fait concevoir que, si, dans certains lieux, ces phénomènes relèvent brusque* ment, renversent même, des parties de cette écorce, il est d'autres endroits où ils ne font qu'exhausser quelques-unes des pièces séparées que nous avons dit composer la croûte du globe , sans d'ailleurs que la position, par rapport à l'horizon , des couches qui composent ces assises soit sensiblement dérangée. Or, cette conséquence, que la théorie nous montre comme indispensable, nous est prouvée par r<d)servation; car on voit fréquemment des failles dans fes terrains horizontaux, et on^ent, d'après ce que nous avons > dit de ces accidents, qu'ils ne sont que le résultat du jeu des pièces séparées qui

composent Técorce du globe, jeu dont les tremblements de terre nous donnent tant de preuves.

713. Des considérations d'une autre nature ont encore porté M.Élie de Beaumont à pousser plus loin les rapprochements de ce genre. Nous ayons déjà fait connaître (666) qu'il supposait que, par l'effet du refroidissement, la masse intérieure du globe prenait un diamètre plus petit que son écorce, ce qui forçait celle-ci de se rider, ,et que ce phénomène se faisait par des ré* volntions brusques. Or, H a paru à M. de Beaumont qne la loi de simpitdté qui préside à toutes les opérations de la nature , devait donner à toutes les rides qui se formaient par une même révolution , une direction parallèle à un même grand cercle de la terre , d'où il résulterait que toutes les montagnes formées à la même époque, devraient avoir la même direction. Partant de cette idée , M. de Beaumont a fait des recherches qui lui ont paru confir* mer ses prévisions et qui lui ont prouvé , dit-il , que les montagnes dont on reconnaît que le soulèvement s'est opéré à la même époque, ont eflEtetlvo^ ment la même direction , et que les chaînes dans lesquelles on voit des directions différentes, ont été formées par des soulèvements différents.

714. C'est ainsi que la chaîne des Alpes, par exemple, présentant deux directions différentes , savoir : celle de la partie orientale ou principale de la Hongrie au Mont-Blanc , dirigée de l'E. i N. £. à VO. i S. 0., et ceUe de la partie occidentale de Zurich à Marseille, dn*igée du N. N. £. au S. S. 0., M. de Beaumont en conclut que cette chaîne a été formée à deux époques différentes. Il a en conséquence cherché à reconnaître des dépôts qui, relevés par l'une de ces révolutions, n'auraient point été atteints par l'autre, et comme ces deux portions des Alpes oflrent également des dépôts tériaires en couches inclinées , ce ne pouvait être que dans les derniers termes de ce groupe que l'on devait trouver des traces de cette distinction. Aussi , M. de Beaumont a effectivement reconnu que les dépôts de transport contenant des débris d'éléphants et de rhinocéros, qui sont placés au pied occidental des Alpes, peuvent se distinguer en deux systèmes différents; l'un, tout à feit superficiel, qui n'est dérangé dans aucune partie de la contrée et qui a été transporté par des eaux qui coulaient dans le même sens que les eauxaotuelles; l'autre, inférieur, que M. de Beaumont appelle limon caiUouieuœ de la Bresse, et qu'il considère, d'après la disposition de ses masses et la nature des cailloux, comme ayant été déposé dans de grands lacs, dont l'un occupait la vaste plaine de la Bresse , et dont les eaux s'écoulaient dans la direction actuelle du Rhin ou du Danube. Or, ce dépôt, qui n'est nullement dérangé dans le voisinage des montagnes dirigées du N. N. £. au S. S^. 0., présente des couches inclinées dans le voisinage du Yentoux, du Léberon et de la Sainte- Beaume; faits qui annoncent qu'il est postérieur au soulèvement des Alpes occidentales, mais qu'il est antérieur à celui du Yentoux , du Léberon et de

la Sainte -Beaume; et, comme ces montagnes ont, de même que les Alpes orientales, la direction de l'E. i N. £. à l'O. j S. 0., M. de Beaumont en tire la double conséquence qu'elles doivent leur origine à une même révolution, et que cette révolution a eu lieu lorsque les éléphants habitaient le sol de nos contrées.

715. Ce genre de recherches a conduit M. de Beaumont à distinguer parmi les montagnes de l'Europe douze époques différentes de soulèvement, dont la dernière est ceUe des Alpes orientales mentionnée ci-dessus , et dans lafuelle M. de Beaumont range aussi plusieurs des chaînes de l'Espagne, le Balkan, la partie centrale du Caucase, l'Himalaya, l'Atlas, etc. : quant au soulèvement des Alpes occidentales, il appartient à la onzième époque, à laquelle M. de Beaumont rapporte aussi le KJœlfieldt, en Scandinavie , les côtes occidentales de Barbarie , les côtes orientales du Brésil , ^.

716. Montagnes dont le soulèvement a occasionné le déluge. — La révolution qui a soulevé les Alpes orientales, et que M. de Beaumont considère, ainsi qu'on vient de le voir, comme la dernière catastrophe qui a changé le relief de l'Europe, est-elle aussi la dernière de celles qui ont changé la forme des autres parties de la terre? C'est là une question à laquelle le peu d'étendue des observations faites d'après les principes indiqués ci -dessus, ne permet pas encore de répondre d'une manière positive ; mais la vaste chaîne des Andes qui traverse toute la longueur de l'Amérique méridionale dans la direction du nord au sud , qui est presque entièrement composée de terram tracbytique , et qui présente encore nne grande quantité de soupiraux volcaniques, « forme, dit M. de Beaumont, le trait le plus étendu, le plus tranché et pour ainsi dire le moins effacé de la configuration actuelle du globe terrestre, n D'où ce savant est porté à voir dans l'apparition de cette chaîne de montagnes , la cause de cette terrible inondation dont nos monuments historiques nous ont conservé le souvenir sous le nom de déluge ; et on conçoit, en effet, que le soulèvement d'une chaîne de montagnes aussi puissantes, a pu occasionner aux eaux de la mer une agitation suffisante pour qu'elles vinssent inonder les autres continents.

in. Matières qui ont occasionné ces soulàvements.—Vne autre question se présente maintenant : c'est de savoir si ces soulèvements ont concouru avec l'éjaeulation de dépôts plutoniens? On a cru , en effet, que le soulèvement des Andes était le résultat de l'éjaeulation des trachytes, que celui des Alpes orientales était dû au terrain porpbyrique noir, et que c'était au terrain porphyrique vert que l'on devait attribuer le soulèvement des Alpes occidentales. Nous sommes loin de contester ces rapprochements ; mais nous ferons remarquer que les observations qui ont eu lieu, depuis qu'ils ont été faits, tendent è les infirmer plutôt qu'à les confirmer. C'est ainsi que nous avons vu ei-desfliis (679) que, d'après M. Boussingault, il y a lieu de croire que les

traekytes des Andes ont été eux-mêmes fracturés et soulevés lorsque ces montagnes ont pris leur relief actuel, plutôt que d'aTOir été les tg^its éa soulèvement. D'un autre c6té, MM. Studer '^ et HoAnann ** ont ftiît dans les environs de Lugano des observations qui annoncent que le p<Hpliyre noir de cette localité aurait été poussé au jour avant la formation du calcaire qui l'avoisine et qui constitue une grande partie de cette portion des Alpes. L'idée de faire concorder les grands soulèvements de montagnes avec l'éjaculation de puissants dépôts plutoniens , a quelque chose de séduisant au premier abord ; mais, lorsque l'on y réfléchit plus attentivement, on sent que, quand les matières qui poussent de bas en haut parviennent à se faire jour au travers des masses qui les recouvrent, leur action soulevante doit devenir à peu près nuUe ; de sorte qu*il parait assez probable que le soulèvement des hautes montagnes n'a pas été accompagné de l'éjaculation de dépôts plutoniens , et que les grandes éjaculations de ce genre n'ont pas produit de hautes montagnes.

718. Si nous recherchons théoriqu^nent l'époque qui a dû être, dans lliypothèse du refroidissement successif du globe, la plus fevorable à larprodu^ tion des hautes montagnes , nous trouverons que c'est précisément celle des derniers soulèvements ; car, dans les commencements de la consolidation, la croûte du globe, trop mince pour opposer une grande résistance, devait se rompre au moindre effort, et les matières qui poussaient de bas en haut, se trouvant mises de suite au jour, pouvaient se répandre à la surfttce , tandis que plus la croûte du globe est devenue épaisse , plus son soulèvement aura donné lieu à des élévations considérables. Or, il est bien remarquable que cette considération purement théorique conduit an même résultat que des observations fèndées sur un tout autre ordre de faits, et que les unes et les autres comcident k faire considérer les montagnes les plus élevées comme étant les plus nouvelles : rapprochement d'autant plus favorable à l'hypothèse de la formation des montagnes par voie de soulèvement, que les autres hypothèses que l'on a faites pour expliquer l'origine de ces élévations, conduisaient à admettre que les montagnes les plus élevées étaient les plus anciennes.

719. D'un autre côté, si fapparition des éruptions volcaniques a dû en quelque manière coïncider, comme il a été dit cr-dessus (694) , avec la cessation des grands soulèvements, ces éruptions ont dû s'établir de préférence sur ces lignes soulevées en dernier lien, parce que l'état des débris accumulés snr ces lignes devait présenter plus de fticilité pour l'établissement des canaux par où s'édiappent les matières intérieures, que celui des lieux où les décombres

* Bulletin de la société géologique de France , tome IV, page 94. "^/Méin, page 105.

340 GÉOGENIE.

avaient déjà pu se tasser^ ce qui expliquerait pourquoi les volcans sont si fréquents dans les Andes.

720. Origine des dykes et des culots tritoniens.— On ne doit cependant pas prendre cette distinction entre la période des éruptions et celle des soulèvements d'une manière plus tranchée que les autres divisions que l'on établit pour l'étude de la nature : car, outre que nous avons vu qu'il s'opère encore de petits soulèvements, malgré nos éruptions volcaniques, il y a un mode d'éjaculation des matières plutoniennes , qui se rapproche des éruptions et qui parait avoir toujours eu lieu ; c'est celui où ces matières, au lieu d'être lancées dans l'air avec violence, ou d'être retenues dans l'intérieur de la terre, s'injectent au milieu des masses solides, ou percent ces dernières de manière à donner naissance à des dykes et des culots. Or, la théorie nous eonduit à admettre que ce mode d'éjaculation a pu se faire aux époques les plus favorables aux grands soulèvements ; car on conçoit que , quand une chaîne de montagnes se soulevait, il pouvait y avoir quelques points faibles qui permettaient le passage des matières molles ou liquides , sans qu'il se produisit une éruption ou un épanchement suffisant pour empêcher le soulèvement. Aussi l'observation nous montre, ainsi que nous l'avons déjà indiqué aux articles des terrains basaltique, trachytique et porphyrique, qu'il y a de ces dykes et de ces culots qui traversent toute la série des terrains tériaires , ammonéens et hémilysiens.

721. Du reste, si on conçoit bien que, dans certaines circonstances, les matières molles et liquides, poussées de bas en haut, ont pu former des dykes et des culots, nous ne ccmiprenons pas pourquoi on ne voit pas de cratères d'éruption dont l'antériorité aux derniers dépôts tériaires soit bien constatée : en a supposé , à la vérité , que ces cratères avaient été détruits par les inondations diluviennes ; mais nous ne pouvons admettre que ces inondations aient été suffisantes pour faire disparaître tous ces cratères , si ceux-ci n'avaient au moins été fort rares par rapport à la quantité des dykes et des culots pluloniens.

722. Origine des brèches osseuses et des ossements des ca/vemes. — Les brèches osseuses et les ossements des cavernes jouent un rôle trop important dans la série des dépôts que nous avons rangés dans le terrain diluvien . pour que nous ne disions pas ici quelques mots de leur origine.

72^. Celle des'brèches osseuses ne parait pas difficile à concevoir, car la position et la nature de ces dépôts se réunissent pour nous porter à ccorrt qu'une eau qui, de même que celle qui forme nos tuft, jouissait d'une certaine propriété dissolvante , a entraîné dans des fentes de rochers des fragments de roches et des ossements d'animaux. La circonstance que ces dépôts se trouvent de préférence dans les roches calcareuses, s'explique aisément, par la double raison que ces roches présentent bien plus de fentes que les autres , et que les

eaux des contrées calcareuses sont bien pins généralement chargées de principes terreux que celles des autres contrées. L'état fracturé des ossements, le mélange continuel de fragments qui proviennent d'espèces et d'individus ditFérents, prouvent que les animaux ne sont pas tombés entiers dans les fentes, mais que leurs ossements déjà brisés y ont été entraînés par les eaux.- D'un autre côté , ces dépôts se trouvant dans des positions où les cours d'eau actuels ne peuvent plus atteindre , il en résulte que les brèches osseuses , ainsi que les dépôts diluviens superficiels, doivent leur origine à des cours d'eau qui existaient à une époque où le globe n'était pas entièrement dans le même état qu'aujourd'hui , ou , en d'autres termes , que cette époque correspond au déluge ou aux temps antérieurs. Enfin, la grande ressemblance des animaux des brèches osseuses avec ceux du terrain diluvien superficiel , annonce égde» ment que l'époque de leur formation correspond à celle des dernières grandes révolutions que le globe a éprouvées.

724. Cette dernière circonstance rapproche aussi de la même période le temps où vivaient les animaux des cavernes; mais la manière dont leurs ossements sont arrivés dans les lieux où ils se trouvent, n'est point une question aussi Caicile à résoudre. Une des premières opinions que l'on a eues à ce sujet a été^ que ces cavernes avaient servi d'habitation aux carnassiers , et que les herbivores y avaient été entraînés par les carnassiers auxquels fls servaient de nourriture; mais cette opinion est sujette à beaucoup de difficultés. Il parait noUunment que si les carnassiers étaient morts naturellement dans les cavernes , leurs ossements ne seraient point aussi disséminés ni aussi brisés qu'ils le sont; il est donc plus probable que les ossements des cavernes y ont été apportés par les eaux , de la même manière que ceux des brèches ont été amenés dans les fentes. M. Marcel de Serres , qui a donné le plus de développement à cette opinion , assure même qu'il c'y a d'ossements que dans les cavernes qui ont des ouvertures disposées de manière à recevoir des alluvions, et que l'on n'en trouve pas dans celles dont les ouvertures sont disposées de façon à ce que les alluvions n'aient pu y entrer.

725. État du globe lors du déluge. — Si nous cherchons maintenant à connaître quel était l'état de notre globe au moment du déluge, nous sentirons bientôt que sa division en terres et en eaux tient à des circonstances trop variables (19), pour que nous puissions dire positivement si les continents de cette époque avaient le» mêmes formes que ceux d'aujourd'hui. Cependant, si , comme on l'a supposé ci - dessus , le déluge historique était dû au soulèvement des Andes, la configuration du sol de l'Europe devait déjà être à peu près telle qu'elle est actuellement , puisque Ton considère tontes ses principales chaînes de montagnes comme antérieures à celles des Andes.

726. D'un autre côté, la grande quantité d'animaux et de végétaux terrestres qui se trouvent dans le terrain diluvien, et leurs rapports avec ceux qui existent

S4a GiOGÉNIE.

actuellement ^ portent également à croire que les terres qui correspondent à nos continents ^ avaient ^ lors de la formation de ce terrain «^ des dimensions qni les rapprochaient de l'ordre de choses actuel. On a tu toutefois que^ dans nos zones tempérées et glaciales^ les animaux diluviens ressembbioit beaucoup plus à ceux qui vivent actuellement dans la zone torride , qu'à ceux qui habitent maintenant sur les lieux , ce qui porterait à croire que nos contrées jouissaient alors d'une température ^us élevée. Cependant îl ne £aut pas perdre de vue que ce rapprochement n'est pas aussi marqué que les noms génériques des animaux semblent l'indiquer; car ces animaux^ appartenant à des espèces différentes^ pouvaient bien avoir supporté des températures plus froides que leurs congénères actuds^ et c'est ce que prouve l'éléphant de la Léna^ sur lequel on a trouvé de longs poils et du duvet. Toutefois la seule présence de ces énormes animaux herbivores dans une contrée maintenant couvre de glaces , comme le nord de la Sibérie , est une présomption bien forte en feveur du refroidissement du globe. Si on objectait que le déluge' n'a pu Caire changer brusquement la température qui régnait dans nos zones septentrionales, nous rép<mdrions que rien , dans notre hypothèse, ne force à admettre ce changemrat brusque , car on conçoit aisément que les êtres vivants étaUis dans une contrée, aient pu s'y conserver longtemps après que la température de cette contrée leur était devenue moins convenable ; tandis que le rq^plement qui aura eu lieu après la catastrophe , se sera mis complètement en harmonie avec la température qui régnait alors. D'un autre côté, il n'est point impossible qu'une révolution, telle que nous supposons avoir été le déluge, ait changé brusquement le climat d'une contrée; car on a pu voir par ce que nous avons dit de la température de la terre (Met. 93 à 107) , que quelques mètres d'élévation de plus ou qu'une exposition différente exercent souvent sur la température d'un Ueu , une influence plus considérable que plusieurs degrés de latitude. On sent donc , pour ne pas quitter l'exemple dté d-dessns, qu'il est très-possible que le soulèvement de l'immense chaîne de l'Himalaya, ait non -seulement douné aux eaux une impulsion suffisante pour inonder toutes les plames de la Sibérie , mais aussi qu'il les ait élevées à un niveau supérieur à celui qu'dies avaient auparavant , en même temps qu'il leur donnait l'exposition vers le nord qu'elles ont maintenant , et qu'il établissait un obstade à ce que les vents chauds du midi continuassent à soutHer sur cdte contrée.

U est possible aussi que cette partie de la croûte du^lobe ait éprouvé , Ion de cette révolution , dans sa structure , et même dans sa nature, des diangemeats qui l'aient rendue moins propre à conduire la chaleur, et aient, par conséquent, diminué l'influence que la température intérieure exerçait sur cdie de la surface. D'où l'on voit que le soulèvement de l'Himalaya a pu, non-seule- DMBtMcasionner la destrudion de tous les animaux terrestres qui vivaient en 8ibérie,maisencorechangerbrusquementlatempérature de cette vaste région.

Digiti

DiLUGE. 94S

,797. Époque du déluge. — Il nous reste encore à examiner jusqu'à qud point on peut déterminer géologiquement Tépoque où le déluge a eu lieu; or on sent, d'après ee que nous avons dit sur le soulèvement des Andes, que nous avons encore trop peu d'observations mx ses effets pour pouvoir praidre cette révolution pour point de départ de cette étude ; mais si nous ^minons dans les Alpes les résultats des actions qui ont dû commencer lorsque ces montagnes ont eu pris leurs formes actudles , telles que la formation des éboulisou talus des montagnes (244 et 619} , et celle des moraines des glaciers (245); si nous étudions les atterrissements formés par nos rivières actuelles (€20) , et si nous prenons en considération que les talus et les atterrissements devaient se faire bien plus rapidement lorsque les escarpements étaient plus abruptes qu'ils ne sont maintenant, nous serons porté à conclure, avec les Deluc, les Guvier, les Buckland, que les révolutions qui ont donné à ces montagnes leurs formes actuelles , et à ces fleuves le cours qu'ils ont maintenant, ne remontent pa^ à des époques excessivement reculées , de sorte que la distance de quatre mille ans du moment actuel , que la Genèse donne à son déluge, pourrait fort bien s'accorder avec les conséquences tirées de l'étude des chronomètres naturels, surtout si, comme M. de Beaumont Ta supposé , cette révolution correspond tu soulèvement des Andes et serait postérieure à celui des Alpes.

728. Une autre question importante qui se présente maintenant, c'est de savoir si l'homme existait lors de ces révolutions. Or, le rapprochement du soulèvement des Andes avec le déluge de la Genèse annonce que nous sommes porté à résoudre affirmativement cette question pour ce qui concerne cette dernière catastrophe. A la vérité, on a nié l'existence de restes de l'homme ou de son mdustrie dans le terrain diluvien, et les exemples que l'on en cite depuis quelque temps, sont loin d'être exempts de contestations. Mais, en supposant même que l'on n'eût jamais trouvé de traces de l'homme dans le terrain diluvien , ce ne serait là qu'un fait négatif peu important, dès que Ton fait attention à la petite étendue du globe qui a été explorée géologiquement; d'autant plus que l'espèce humaine , qui ne parait pas avoir jamais été douée d'une grande force reproductive, doit avoir été très- peu nombreuse dans les commencements de son existence. Au surplus , si le déluge historique est le résultat du soulèvement des Andes, on concevra aisément comment l'homme pouvait déjà exister et même s'être étendu dans l'Europe à cette époque, sans que nous voyions de traces de son existence dans les dépôts diluviens de cette partie de la terre ; car il est bien probable , dans cette hypothèse, que les principaux dépôts diluviens de l'Europe doivent leur origine aux deux systèmes de soulèvements qui ont produit les Alpes orientales et les Alpes occidentales , tandis que le déluge, c'est-à-dh*e, l'inondation causée parle soulèvement du système des Andes , n'aurait laissé que des dépôts peu

puissants^ qui se confondent le plus souvent avec les allavions modernes. Or, il serait très -possible que rhomme existât lors du soulèvement des Andes ^ et qu'il n'eût pas encore paru lors des révolutions antérieures ; mais , nous le répétons, cette partie de la géologie est trop peu avancée pour que l'on puisse émettre aucune opinion à ce sujet; ce ne sera que quand l'étude des terrains diluviens aura été faite sur de plus grandes étendues , et surtout quand on aura cherché à faire concorder cette étude avec les époques de soulèvements , que l'on pourra raisonnablement former quelques conjectures sur l'époque géologique où l'homme a paru sur la terre.

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