CHAPITRE m
DES PHÉNOMÈNES ANTEDILUVIENS.
729. Origine des dépôts neptvmens en génércU. -— L'examen des terrains formés avant la période moderne nous révèle l'existence d'un phénomène que celle-ci ne nous a présenté que sur une échelle infiniment plus petite, c'est celui de la déposition de puissantes masses minérales qui, par leur stratification et par la nature des débris d'êtres vivants qu'elles renferment , annoncent avoir été formées dans l'eau , tandis que la cohérence de la plupart de ces masses prouve qu'elles doivent , pour la plus grande partie , leur origine à deS phénomènes chimiques plutôt que mécaniques.
730. La première question qui se présente à ce sujet , c'est de savoir comment les eaux se sont chargées des matières qui ont donné naissance à ces dépôts. Mais si, comme on l'a vu ci-dessus , nous ne savons déjà expliquer ce phénomène pour les faibles dépôts qui se font dans nos eaux actuelles, on sent que nous avons encore moins de moyens pour connaître les causes qui donnaient aux eaux antédiluviennes la faculté de dissoudre et de précipiter les nombreuses masses qui se sont formées dans leur sein; cependant, de même que nous avons été conduit à supposer que cette propriété dans les eaux actuelles provient des émanations qu'elles reçoivent de l'intérieur de la terre, nous pensons que c'est la même cause qui a produit les résultats qui nous occupent, c'est même à peu près la seule manière de concevoir ce phénomène; car il nous parait impossible de l'attribuer à la seule action mécanique des eaux, et nous ne pouvons concevoir comment les eaux pouvaient être douées de la faculté d'exercer les actions chimiques qu'elles ont produites, si nous ne supposons pas une température plus élevée et des émanations gazeuses plus abondantes que celles d'aujourd'hui. Mais , lorsque l'on admet l'hypothèse de la chaleur centrale, et que l'on attribue les propriétés dissolvantes des eaux à des émanations gazeuses résultant du refroidissement de la masse intérieure, on conçoit très -bien pourquoi la formation des
dépàlsneptunieiis a été beaucoup plus importante dans les temps anciens que dans la période moderne ; car les émanations devaient être bien plus abondantes, lorsque le refroidissement se faisait avec plus de rapidité (695) <, et les réactions chimiques devaient être bien plus actives et bien plus importantes , lorsque les eaux superficielles étaient douées d'une température plus élevée.
Cette élévation de température a dû également donner beaucoup plus d'énergie aux phénomènes physiologiques qui influent sur Tétat de la croûte do globe; car nous avons vu que ce n'est que sous la zone torride qu'il se fdrme maintenant du terrain madréporique, tandis que l'étude géognostique des terrains anciens nous a montré, dans nos zones tempérées, une grande quantité de dépôts presque entièrement composés de débris d'êtres vivants.
731. Formation des terrains nymphéens et trit07uens. — Nous avons vu que les dépôts tériaires se divisaient, indépendamment du terrain diluvien , en deux groupes intercalés Fun dans l'autre, le terrain nymphéen et le terrain tritonien , qui se distinguent principalement , parce que l'un renferme des débris d'animaux d'eau douce ou de terre, tandis que l'autre renferme des débris d'animaux marins. Cette circonstance a donné lieu de p»ser que le premier de ces groupes avait été formé dans des lacs et des marate d'eau douce , tandis que le second avait été déposé dans la mer ; supposition qui ne répngue nullement à l'imagination , puisque cet état des choses a beaucoup de rapport avec ce qui se passe actuellement sur la terre. Cependant une grande difficulté se présente , dès que l'on veut considérer comme terrains lacustres, tous les dépôts renfermant des anhnaux d'eau douce, et comme terrains marins , tous ceiix renfermant des animaux de mer; ce soirt les alternatives de ces deux terrains qui, dans cette hypothèse, forcent de supposer que le même sol a été successivement, et à diverses reprises, k fond d'une mer et le fond d'un lac. Pour éviter cette difficulté , plusieurs géologistes * sont d'avis que l'on doit considérer les couches à animaux d*eaa douce, intercalées dans celles à animaux marins, comme ayant été également formées dans la mer, et que les animaux d'eau douce et de terre y auraient été transportés par de grandes inondations. On conçoit que ce système peut être soutenu, et qu'il a pour lui ce qui se passe dans quelques-uns de nos atterrissements , ainsi que le mélange d'animaux de mer et d'eau douée, que l'on observe quelquefois dans une même couche. Aussi sommes-nou» loin de vouloir contester que ce mode de formation n'ait pas eu lieu. Mais l'existeBoe de grands dépôts nymphéens où , comme dans la Limagne d'Auvergne , on ne
* Personne n*a mieux développé ce système que M. Constant Prévost dans son mémoire sur les submersions des continents actuels , inséré dans le tome IV àei Mémoires de la société d'histoire naturelle de Paris.
voit aueune trace de la présence de la mer, ne permet pas de douter qu'au moins une partie de ce terrain ait été formée dans des laes on dans des marais. D*un autre cAté , il y a tant de rapports entre le terrain nymphéen de ces lacs élevés et celui qui est recouvert par du terrain tritonien, qu'il doit être permis de rechercher si Ton peut concevoir comment le même sol a pu être alternativement recouvert par la mer et par des eaux douces.
732. Or, ce que nous avons dit à l'occasion des volcans et des tremblements de terre, conduit a supposer des exhaussements et des affaissements suffisants pour que le fond d'une mer devienne un lac, que ce lac soit ensuite transformé en un golfe, puis ce golfè en un kc, et ainsi de suite; de seaddablés résultats pouvant se produire de plusieurs manières et s'associer avec les diverses hypothèses indiquées ci-dessus.
En effet, dans l'hypothèse qui compare la partie supérieure de la croate du globe à une voûte composée d'éléments imparfaits (665) qui pèse sur une enveloppe flexible , on sent que certains voussoirs pouvaient s'affaisser , tan* disque d'autres s'élevaient, et que, de même que les tremblements de terre actuels affectent plus particulièrement les contrées qu'ils ont déjà secouées , ceux de cette époque devaient aussi avoir plus de tendance à agiter un même sol à diverses époques.
Si nous passons ensuite à l'hypothèse de la formation des rides successives (666) , nous ne verrons plus qu'une succession d'affaissements à cMé des soulèvements.
L'hypothèse des tassements (670) est encore pins fiivorable à cette combinaison de soulèvements et d'affaissements; car il est à remarquer à cet égard que l'objection que les tassements n'ont plus lieu sensiblement dans les con- ^ trées en couches horizontales, n'est d'aucune valeur à cet égard; puisque tout annonce que la plupart de ces dépôts horizontaux reposent sur des dépôts inclinés, c'est-à-dire qui ont été soulevés brusquement, et qui par conséquent ont âù éprouver les effets du tassement , eiféts qui d'ailleurs sont annoncés par les failles que l'on remarque dans les dépôts les moins bouleversés.
Enfin, l'hypothèse qui attribue l'origine des grandes vallées escarpées à des crevasses résultant du refiroidissemeut et du dessèchement de la croûte du globe, suffirait seule pour expliquer l'origine de changements de niveau, sans même recourir aux dégagements de gaz et aux éjaculations de matières liquides ; car on conçoit que, quand cette croûte se crevasse par suite de la contraction , la partie qui correspond à la fente devient moins pesante que ceUes qui sont sur ses côtés , de sorte que les masses molles et liquides qui se trouvent sons ces dernières étant plus comprimées que Celles qui correspondent à la fente , doivent se porter sous ces dernières et y déterminer un exhaussement, tandis que le sol plus éloigné de la crevasse doit s'affaisser; ce qui explique pourquoi les lèvres des anciennes crevasses , c'est-à-dire, les montagnes
escarpées qui bordent une large vallée , sont plus élerées que les {Aateaux qui s'étendent des deux côtés. Telle est la disposition des horàs du Rhin de Baie à Mayence^ où Ton voit les Vosges et le Schwarzwald dominer d'un cété les plateaux de la Lorraine et de l'autre ceux de la Souabe.
783. Bu reste ^ quelles que soient les causes qui ont produit les différences qui existent entre les terrains nymphéens et tritoniens , ainsi que celles qui ont amené les alternatives que l'on voit entre les roches qui composent ces deux groupes, nous avons déjà eu l'occasion de faire remarquer (696) que la position élevée de certains dépôts tritoniens ne pouvait s'expliquer d'une manière raisonnable , que par le soulèvement du sol dont ces dépôts font partie.
7S4. SaïUèvements de la période ternaire. — Quant aux soulèvements qui ont eu lieu pendant la période tériaire, nous ajouterons à ce que nous avons dit dans le chapitre précédent (715 et 716 ) ^ que M. Élie de Beaumont place aussi dans cette période sa dixième révolution, à laquelle il attribue le redressement des couches d'un système de montagnes qui comprend les M de Curie et de Sardaignej ainsi que d'autres élévations, dirigées également du nord au sud, telles que celles qui, dans le centre de la France, bordent les vallées de la Limagne d'Auvergne, de la Haote-Loire et de la Bresse. Il croit que l'on peut aussi rapporter à cette révolution quelques rameaux qui présentent la même direction dans l'Italie et la Slavogrèce, ainsi que les chaînes du Liban.
M. de Beaumont place entre la formation des terrains tériaires et celle is& terrains ammonéens, sa neuvième révolution, qu'il considère comme ayant donné naissance à la chaîne des Pyrénées , à ceux des chaînons des Apennins dirigés parallèlement de l'ouest-nord- ouest à l'est-sud-est, et qui présentent des couches inclinées de terrain crétacé , tandis que les couches tériaires qui les avoisinent conservent en général leur position horizontale. Il pense que les effets de cette révolution ont été extrêmement étendus , et qu'indépendamment de plusieurs rameaux qui se remarquent dans l'AUemagne, la Hongrie, la Slavogrèce, on peut y rapporter quelques chaînons de l'Atlas, en Afrique, la chaîne du Mont-Carmel, en Syrie, les montagnes de Mésopotamie, plusieurs chaînons du Caucase, peut-être même la chaîne des Ghates, dans l'Inde, celle des AUeghanis, dans l'Amérique septentrionale , etc.
736. Ét(U du globe pendant la période tériaire. — Si nous cherchons maintenant à reconnaître quel a été successivement l'état du globe pendant la période tériaire , nous ajouterons à ce que nous avons déjà dit sur cette matière ( 725) que, plus on avance dans cette période, moins il y avait de grandes chaînes de montagnes, d'où il résulte que nos continents devaient être successivement moins étendus. Cependant les dimensions des terres découvertes étaient suffisantes pour que la répartition et la nature des êtres organisés qui les habitaient , se rapprochassent déjà beaucoup de ce que nous voyons
Digiti
sur nos eontinents actuels. Néanmoms, toul indique que plus on avanee dans cette période, plus les fermes compliquées, celles que les naturalistes mettent à la tète de leurs méthodes , diminuaient ; et nous voyons que toutes les espèces, et ensuite tous les genres, différentes des espèces et des genres actuds, tendent, toujours à s'éloigner davantage des êtres que les naturalistes appellent les plus pardits, et à se rapprocher au contraire de ceux qu'ils placent à la fin de chaque type. C'est ainsi que , parmi les mammifères, nous voyons successivement diminuer les carnassiers et augmenteras pachydermes, et que, parmi les végétaux, les plantes dicotylédones paraissent aussi diminuer, tandis que les monocotylédones augmentent. Cependant , sauf la présence de l'homme, à l'égard duquel nous avons déjà donné quelques réflexions (728), l'existence de tous les grands types actuels d'organisation se trouve constatée pendant toute la période tériaire.
D'un autre côté, on a pu remarquer que la faune et la flore de cette période se réunissent pour prouver que nos contrées tempérées ou glaciales avaient alors une chaleur plus forte que celle dont elles jouissent actuellement , et qui, ne pouvant être un efl^et de l'action solaire, doit être une suite de l'état antérieur du globe. Ce n'est pas encore cette végétation extraordinaire du terrain houilier, ni ce développement des formes animales de la période ammonéenne ; mais c'est un ordre de choses analogue à ce qui a maintenant lieu dans la zone torride. Du reste, nous avons déjà eu l'occasion de faû*e connaître (726) que diverses ch*constances annoncent que, dans les derniers temps de la période qui nous occupe , la température était déjà en rapport avec les effets de la chaleur solaire, et que si nos contrées nourrissaient encore des êtres à formes tropicales, ces formes avaient déjà subi quelques altérations, et n'attendaient, pour ainsi dire , qu'une catastrophe violente pour disparaître tout à fait.
736. Faune et Flore de la période ammonéenne. —^ Si nous passons ensuite à la période ammonéenne , nous remarquerons que la plus grande différence qui existe entre les terrains formés pendant cette période et ceux de la période tériaire, consiste dans la nature des corps organisés qu'ils renferment. Nous verrons notamment que les débris d'êti*es vivants dans l'eau douce et sur la terre, si communs dans les dépôts nymphéens, sont devenus très-rares dans les terrains ammonéens, et ne s'y trouvent presque Jamais seuls, de sorte que Ton n'y rencontre presque plus de terrains d'eau douce.
Nous remarquerons également que cette nature vivante s'éloigne davantage de celle de la période actuelle. On n'y voit plus ou presque plus d'animaux jouissant de la respiration aérienne, et au lieu de ces grands mammifères qui caractérisaient la période tériaire, les terrains ammonéens nous présentent d'énormes reptiles, dont les formes sout très -différentes de celles des reptiles actuels , et des mollusques ,d'une taille véritablement gigantesque ,
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par rapport aux dimensions des moUosques d'anjourdliai . et àfM ptasieurs diffèrent tellement de ces derniers, ainsi que nous l'avons dé|ja fiait remarquer, que les zoologistes n'ont pu encore se mettre d'accord sur Vmsemble de leurs fermes. D'un autre cOté , la grandeur des animaux de la période ammonéenne, l'abondance de leur nombre, et leurs affinités zookq;iques, annoncent un ordre de choses bien moins éloigné de ce qui se ?oit maintenant sons la zone torride , que de ce qui a lieu dans nos zones tempérées.'
Les végétaux sont rares dans les terrains ammonéens, mais le petit nombreqoi a été observé jusqu'à présent *^ annonce , comme les animaux, la dJminuti§B des formes que les naturalistes considèrent comme les plus parfiaites; aussi n'y trouve- 1- on presque plus de véritables dicotylédones, et les phanérogaflies gymnospermes, c'est-à-dire, les conifères et les cycadées, dans lesquelles M. Adolphe Brongniart voit un intermédiaire entre les véritables phanérogames et les cryptogames , s'y trouvent dans une proportion si considérable, qu'elles forment la moitié des espèces connues de cette petite flore, tandis qu'elles ne composent que 177 des espèces actuelles ; et, ce qui est encore plus remarquable, la famille des cycadées, qui ne forme pas la millième partie des espèces actuelles, et qui est reléguée dans les pays les plus chauds , compose près de la moitié des espèces qui ont été observées dans les terrains ammonéens de l'Angleterre.
737. Conséquence en faveur de la chaieur centrale. — On voit par ce qui précède que l'étude des animaux et celle des végétaux de la période ammonéenne conduisent également à confirmer les circonstances les plus importantes de la théorie que nous avons adoptée pour expliquer la formation de l'écorce solide de notre planète; savoir : l'existence, dans les temps ancâens, d'une 4chaleur supérieure à celle qui aurait pu provenir du soleil, et le soulèvement des montagnes occasionné par la diminution de cette chaleur ordinaire.
La première de ees conclusions n'a pas besoin d'autre explication que ee que nous avons dit du rapprochement des corps organisés ammonéens avec les êtres qui vivent maintenant sous la zone torride.
Quant à la seconde, nous ferons d'abord remarquer que la rareté des animaux à respiration aérienne semble annoncer, ainsi que l'a fait observer M. Adolphe Brongniart, que l'atmosphère de cet^e époque était chargée de gaz qui la rendait impropre à ce genre de respiration, et nous verrons effectivement, dans la suite dece chapitre, que, d'après l'hypothèse du refroidissement
* Il faut remarquer qu'en parlant ici de la flore ammonéenne , je n*entends indiquer que celle de la partie principale des dépôu de cette période, et non celle de ses extrémités ; car on peut se rappeler que nous avons dit que le peuxie végétaux observés jusqu'à présentdasi le terrain pénéen ressemblaient à ceux du terrain bouUler.
successif, plus on avance dans la série des temps , plus les émanations gazeuses devaient être abondantes à la surface du globe. Du reste , il ftint éviter de donner à cette non-existence , pendant la période ammonéenne , des animaux à sang chaud, une importance trop grande comme fiiit exclusif, puisque de nouvelles observations pourraient renverser les conséquences que l'on voudrait en tirer, ce qui parait avoir déjà lieu pour quelques-uns des groupes formés pendant les dernières époques de cette période *. Il est à observer en second lieu, que la diminution des corps organisés lacustres et ter^ restres annonce que la quantité des terres découvertes était àioins considérable que dans la période suivante ; or, d'après ce que nous avons dit sur l'origine et l'apparition successive des montagnes, l'espace occupé par les mers a dû devenir moins étendu, à mesure qu'il s'éle?ait de nouvelles terres; car on conçoit que si l'écorce du globe était unie , elle serait entièrement recouverte par une mer universelle. D'où il résulte que, dans l'hypothèse des soulèvements, l'étendue des terres a toujours dû aller en augmentant, tandis que dans l'hypothèse de l'érosion, elle devait aller en diminuant, puisque les eflRets de l'érosion tendent à aplanir la surface dn globe.
Du reste , il faut aussi éviter d'entendre dans un sens trop absolu ce que nous disons du peu d'étendue des terres pendant la période ammonéenne ; car, les soulèvements se faisant par révolutions successives, il n'a pas dû y avoir de très- grandes différences entre deux périodes voisines; et la petite flore ammonéenne vient, à cet égard, nous révéler un fait que sa nombreuse ftiune nous laissait ignorer : c'est que l'ensemble de cette flore, ayant plus de ressemblance avec la végétation des continents qu'avec celle des lies, annonce qu'il existait déjà, à cette époque , des continents étendus. D'un autre côté , la circonstance que nous voyons si peu de restes des êtres qui habitaient ces continents, semble annoncer que ceux-ci ont été submergés, ce qui est une présomption en faveur de la supposition que nous avons faite à l'occasion des alternatives de terrains marins et de terrains d'eau douce (732); c'est-à-dire que les soulèvements, en mettant de nouvelles terres à découvert, occasionnaient la submersion d'une partie de celles qui étaient déjà au jour.
738. Soulèvements de la période afnmonéenne.—Si nous passons maintenant à la recherche des divers soulèvements qui ont eu lieu pendant la période ammonéenne , nous nous apercevrons bientôt que cette recherche
* Cette observation se rapporte à la découverte d^ossements de knammifères, faite dans le calcaire jurassique de Stonesfield, en Angleterre (voir la note du n« 380) ; mais ce £ait, étant encore unique , ne peut être considéré comme suffisant pour renverser la règle que ces animaux étaient excessivement rares pendant la période ammonéenne , et n'existaient même pas encore lors de la formation des premiers groupes.
,^ooglc
5»i GÉ0GÉN1£.
présaite encore plus de difficultés que pour les périodes portérieures, etoeb doit ttre ainsi. Car, outre que la théorie nous oMdnit, comme nous Vvwm déjà ftiit voir (718), à conclure que les effets des premiers sdulérements ont dû être moins sensibles que ceux des derniers, on sent que c«ix-ct ont 41 ^hcer en partie les effets de ceux-là. Du reste , M. Élie de Beanmont plioe dans notre période ammonéenne ses 4*, 5*, 6*, 7* et 8* révolutimis.
La dernière de ces catastrophes aurait produit des élévations que M. de Beaumont appelle système du Mont Viso, lesqueUes sont dhîgées du sudsud-est , au nord-nord-ouest , et qui comprennent, outre le Mont Yiso, une série de crêtes qui courent des environs de Nice à ceux de Lons-le*-Saulnier ; élévations qui paraissent avoir été soulevées entre la fmtnation de l'étage supérieur et celle de Fétage moyen du terrain crétacé.
La septième aurait eu lieu entre la formation du terrain crétacé et ceUe du terrain jurassique , et aurait donné naissance à une série d'accidents dirigés du nord-est au sud-ouest , et notamment au Mont PilM dans le Forei^ a la côte d'Or en Bourgogne, à plusieurs chaînons du Jura, aux Gévennes, i YErzgébirge , etc.
M. de Beaumont place sa sixième révolution entre l'époque de la formation du terrain jurassique et celle du terrain triasique, et il lui attribue le redressement des couches d'un système de montagnes qui comprend notanunentk Morvan, le Thuringencald et le Bœhm^rttcUd, montagnes qui sont en général dirigées du nord- ouest au sud -est.
La cinquième révolution aurait eu lieu entre la formation du grès de Nébrt et du grès des Vosges, et aurait donné naissance aux montagnes qui bordent la vallée du Rhin, entre Bàle et Mayence, d'où M. de Buch les a appelées système du Rhin, et qui sont dirigées du nord-uord-est au sud-sud-ouest ^
La quatrième révolution aurait donné naissance à des accidents que H. de Beaumont appelle système des Pays-Bcu et du sud du pays de Galks, parce qu'elle a disloqu.é les couches de terrain houiller qui se dirigent de l'est à Touest , depuis les environs d'Aix-la-Chapelle jusqu'aux petites lies de la baie de St.-Bride dans le pays de Galles. Cette révolution n'a point agi sur les dépôb
' Je suis loin de prétendre qif il n*y ait point eu de révolution dans les contrées du Bbio vers la fin de la période où s'est déposé le grès des Vosges ; mais Je suis porté à croire, ainsi que j*ai essayé de le démontrer ailleurs (Bulletin de la société géologique de France , tomeTI, page 51), que la grande fracture qui a formé la plaine qui s'étend de Bâle à Mayence et qui a séparé les Vosges du Schwarzwald , la Hardt de TOdenwald , est moins ancienne que Vépoque dont il s'agit , et je fonde cette opinion sur ce que des lambeaux de terrain jurassiqBC se trouvent en couches très-inclinées sur les flancs de ces montagnes, comme si ces lambeau s'étaient éboulés sur les bords de l'escarpement. D'un autre côté, la plaine renfermant des dépôts ténaires en couches boriiontales, il est bien probable que la fracture s'est opérée entre la déposition du terrain jurassique et celle des terrains tériaires.
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de rétage supérieur du terrain pénéen qui se trouve dans les environs de Bristol; mais comme les systèmes qui en ont subi les effets ne sont point en eontact avec l'étage inférieur de ce groupe, M. de Beaumont suppose que cette révolution a eu lieu entre la formation du grès des Vosges et celle du Tt>d^
Enfin, la troisième révolution, qui parait avoir agi entre la formation du terrain houfller et celle du terrain pénéen, a formé dans le terrain bouiUer du nord de P Angleterre une série d'accidents dirigés parallèlement du nord au sud , en s'écartant un peu vers le nord-nord-ouest et le sud-sud-ouest.
739. Moitières gui ont occasionné ces souiévements.—'Ce que nous avons dit ci- dessus (717) sur la difficulté de reconnaître les dépôts plutoniens qui ont déterminé les soulèvements de la période tériaire , s'applique également aux derniers soulèvements de la période ammonéenne; aussi existe -t- 11 des montagnes rapportées à ces soulèvements où l'on ne voit aucun dépôt plutonien, tel est le Jura. Mais, d'un autre côté, les grandes liaisons que nous avons signalées entre le terrain pénéen et le terrain porphyrique , annoncent qu'une partie des matières qui composent ces deux groupes a été déposée aux mêmes époques, et semblent indiquer que de nombreux épanchements porpbyriques sont venus s'étendre sur les couches pénéennes dans les temps où elles se formaient.
740. Origine du TodtHegende. —Nous sommes même porté à considérer les dépôts de Todttiegende qui avoisinent des dépôts porphyriques, comme étant arrivés au jour avec ces derniers ; origine qui se conçoit facilement, car on sent que, quand des masses liquides ou molles sont poussées de bas en haut , le frottement de ces masses contre les parois des canaux qu'elles traversent, doit donner naissance à une grande quantité de fragments, dont les uns se détachent des roches traversées et dont les autres résultent de la solidification partielle des parties extérieures de la matière soulevée *.
741 . Importa/nce de la révolution qui a eu lieu à cette époque. — Nous sommes loin de prétendre que toutes les roches fragmentaires que l'on a rapportées au Todtliegende appartiennent à la même époque , et nous avons déjà fait remarquer que l'on avait reconnu 'des arkoses, des pséphites et des poudingues qui se rangent dans presque tous les groupes postérieurs, ce qui doit être ainsi , puisque nous avons vu qu'il y avait eu des révolutions dans toutes
* On voit que, d*après cette manière de voir, ces Todiliogende seraient au porphyre dans les mêmes rapports que les roches meubles et conglomérées des terrains basaltique et trachy* tique aux roches massives et cristaUines de ces terrains. Nous avons cependant laissé les uns dans la classe des terrains neptuniens, et les autres dans ceUe des terrains plutoniens ; ce qui n*est pas rationnel : mais, comme le rapprochement taidiqué ci-dessus n^est qu*hypothétique , je n*ai pas voulu m*écarter à cet égard de Tusage ordinaire.
les périodes correspondant à ces groupes; mais on ne peut disconvenir que la production de ces roches fragmentaires n'a été, à aucune époque, aussi abondante et surtout aussi générale, qu'après la formation du temîD houiDer.
D'autres circonstances se réunissent aussi pour annoncer que la révolution qui a donné naissance au Todtiiegende, a été une des plus importantes et des plus générales qui aient agité la surface du globe , et justifient ainsi la marche que nous avons adoptée en plaçant entre les terrains pénéen et houiller la ligne de démarcation entre l'ordre des terrains ammonéens et celui des terrains hémOysiens, ou entre la classe des terrains secondaires et celle des terrains primordiaux *.
Nous ne voyons notamment dans aucune autre partie de la série des terrains un diangement aussi complet et aussi brusque de la nature organique que celui que l'on remarque entre les fossiles du terrain houiller et ceux du terrain trîasique , ce qui semble annoncer une destruction plus complète des êtres vivants que celles qui ont eu lieu dans les autres révolutions.
D'un autre cAté^ les dépôts inférieurs au terrain pénéen qui sont demeurés en couches horizontales , sont beaucoup moins communs que ceux qui ont éié relevés ou renversés; tandis que le contraire a lieu ponr les dépôts postérieurs au terrain houiller.
Enfin, la couleur rouge, qui est bien plus fréquente dans les terrains pénéen et triasique que dans les autres dépôts neptimiens, ainsi que la circonstance qu'une très -grande quantité de iilons métallifères paraissent être contemporains de ces groupes, annoncent qu'à cette époque il a paru à la surface de la terre beaucoup plus de fer et d'autres métaux proprement dits que dans les autres tempe; oe qui nous conduit à parler ici de l'origine des Ifilons proprement dits , afin de feire voir que la présence des métaux est un indice d'émanations de l'intérieur de la terre plus fréquentes et plus abondantes que celles des temps ordinaires.
* Oa pourrait dire , à la vérité , que , sous le rapport paléontologique , la ligne de détosucation serait mieux placée entre le terrain triasique et le terrain pénéen , qu'entre celui-ci et le terrain bouiller ; mais les rapports géognostiques annoncent que la révolution a com* menée avec la fin des dépôts houillers , et cette circonstance ne me semble pas positivement en opposition avec ce rapprochement qui existe entre les fossiles hémilysiens et ceux du ter rain pénéen ; car on conçoit que la nature organique n'a pas dû être brusquement changée au moment où la révolution s'est fait sentir, mais que les débris des êtres antérieurs oat dA se trouver encore dans les dépôts formés après le commencement de la révolution , et que , si les changements dans les formes organiques sont, ainsi que nons rindiquerons ci-après, le résultat de Tinfluence des causes extérieures sur les êtres vivants , il a faUu un certain temps pour que la nature vivante se mit en rapport avec le nouvel état du globe ou d*une contrée en particulier.
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7^ Origine iie$ fiions proprement dite. — Nous ne pouvons discon?enir cependant, que l'origine des filons proprement dits est encore un de ces mystères que Ton est loin d'avoir deviné d'une manière satisfaisante. II n'y a pas longtemps que la plupart des géologistes pensaient, avec le célèbre Wemer, que ces filons étaient des fentes remplies de haut en bas , par l'effet des eaux qui baignaient la surface de la terre; mais , dans ce cas, on doit se demander comment, à ces époques , il ne se faisait pas, hors de ces fentes, des dépôts analogues à ceux qui se formaient dans leur intérieur. On peut aussi se demander, comment les eaux pouvaient dissoudre une si grande quantité de métaux, et, en admettant la possibilité de la dissolution , où ces eaux superficielles trouvaien^elles les matières métalliques à dissoudre?
D'un autre c6té, on a remarqué qu'un grand nombre de ces filons n'avaient point d'ouverture à l'extérieur , et qu'il en existe dans les roches plutoniennes, aussi bien que dans les roches neptuniennes. Or, ces diverses circonstances nous portent à croire qu'il est plus probable que les filons proprement dits ont été remplis , comme les dykes, de bas en haut, mais qu'au lieu de consister dans une masse molle, la matière des injections se composait de gaz , de vapeurs et d'autres matières analogues à celles qui s'échappent de nos volcans et de nos fourneaux de fusion ; matières qui forment quelquefois, par voie de sublimation, des dépôts cristallins qui ont de l'analogie avec ceux des filons. En concevant de cette manière l'origine de ces filons, on fait rentrer ces gisements de minéraux dans le même ordre de phénomènes que ceux auxquels sont dus les principaux événements qui se passent encore à la surface de notre planète, et on évite la plupart des difficultés qui s'opposent à l'adoption des autres hypothèses. On conçoit^ en effet, pourquoi les matières métalliques sont concentrées dans des fentes au Heu de former de vastes nappes à la surfece de la terre, et la source de ces matières est toute trouvée; car la circonstance, que la pesanteur spécifique de la terre est à peu près le double (Âst. 36) de celle de la plupart des roches qui composent sa surface , prouve qu'il' y a dans son intérieur beaucoup de matières plus pesantes que ces roches; matières qui, d'après ce que nous connaissons de la nature , doivent être des métaux proprement dits.
743. Origine dee filons fragmentaires^ — Quant aux filons fragmentaires, les corps organisés qu'ils renferment, leur largeur plus considérable en haut qu'en bas, et la nature des roches dont Hs sont composés, anumcent qu'ils ont été remplis de bas en haut par l'effet du mouvement des eaux. Cette origine parait hors de doute pour ceux de ces filons qui , comme les brèches osseuses , dont il.» déjà été parlé ei- dessus (723 ) , ne présentent que des débris de roches ou d'animauii dont l'existence préalable à la surface du globe se trouve constatée pap d'autres monuments; mais elle présente certaines difficultés pour ceux qui renferment beaucoup de masses cristallines de
pyrite, de gdlène, de calamine, de quartz , etc. ; car la plupart de ces masses amioncent évidemment qu'elles n'ont pas été transportées, mais qu'elles ont cristallisé dans le filon même; or, on se demande alors, si le liquide qui baignait le filon , avait la propriété de donner naissance à ces cristaux, pourquoi ce liquide n'en a -t- il pas déposé hors des fentes oti le filon s'est formé? Praiétre , que , dans ces filons , le remplissage de haut en has par le transport des eaux, se combinait avec les phénomènes que nous supposons avoir donné naissance aux filons proprement dits.
744. Origine des veines. — Les veines doivent peut- être quelquefois leur origine à des phénomènes analogues à ceux qui ont produit les iilODS ; mais nous croyons qu'ordinairement elles proviennent de la force de cristallisation qui porte les molécules de même nature à se rapprocher en se dégageant, pour ainsi dire, des molécules d'autre nature qui les enveloppaient. Indépendamment de ce qui se passe dans un liquide qui tient plusieurs sels en dissolution, on peut prendre une idée plus exacte de ce phénomène, lorsque de la boue se gèle avec lenteur; car on y remarque que les molécules d'eau, au lieu de demeurer dans l'état d'imion où elles étaient avec les molécules de terre, se réunissent et forment souvent de petites veines au milieu de la masse. Cet effet se remarque surtout au moment où la boue commence à gder, on y voit alors des veines superficielles de glace qui forment, au mflieu de la masse non gelée, le même effet que les filets de glace qui commencent souvent la congélation de l'eau. D'un autre côté , les fissures de retraits qui se forment dans les masses minérales par le refroidissement et par la dessiccation , doivent aussi faciliter cette tendance des molécules similaires à se réunir.
745. Origine des cavernes. — L'origine des cavités qui existent dans la croûte du globe présente encore plus de difficultés dans son ensemble que celle des filons , non pas toutefois celle de toutes les cavités; car nous avons déjà eu l'occasion de parler de celles qui se font encore sous nos yeux , par le simple effet de la poussée des matières volcaniques et de celles qui résullent de l'écartement d'une masse minérale. On conçoit aussi, dès que l'on admet que les montagnes ont été formées par soulèvement, que le mouvement imprimé aux masses qui les composent , et surtoiït les renversements qui en ont été la suite, ont dû donner naissance à un grand nombre de vides dans l'amas de décombres qui en résulte. Mais ces divers genres de phénomènes sont insuffisants pour expliquer l'origine des cavernes les plus communes, celles qui se prolongent sous la forme de couloirs plus ou moins étranglés. On a souvent cherché à rendre raison de cette origine par l'érosion des eaux , et il est bien probable que ce genre d'action a exercé une certaine influence sur plusieurs cavernes; mais, outre que, pour supposer le mouvement des eaux dans Fintérieur de l'écorce du globe, il faut aussi supposer l'existence de vides
' préalables, c'est-à-dire, de caveraes, l'existence des étranglements dans 1^ cavernes semUe annoncer qu'dles ne peuvent être le résultat de l'action m^ canique des eaux.
Pour pouvoir attribuer à l'action des eaux l'origine des cavernes à étranglements, il fout supposer que des eaux éjaculées de l'intérieur de la terre exerçaient une action dissolvante, soit que l'espace, maintenant vide, fût originairement occupé par des amas de matières qui , comme le selmarin, fussent solubles dans les eaux ordinaires, soit que les eaux qui auraient creusé les cavernes fussent imprégnées de principes qui leur donnaient la propriété de dissoudre les masses qu'elles traversaient. Mais cette explication laisse aussi à désirer ; car dans la plupart des terrains à cavernes on ne voit aucun indice de l'intercalation de matières plus solubles que la masse principale. D'un autre côté, on conçoit difficilement l'existeiice d'une eau susceptible de dissoudre les roches silicatées, dans lesquelles se trouve la caverne que M. Yirlet a observée dans l'Ile de Thermia, en Grèce, et, tout en admettant la possibilité qu'une eau chargée d'acide carbonique ou d'acide hydrosulfurique dissolve les roches calcareuses, on conçoit difficilement que l'action de ce liquide ait creusé des cavités considérables , qui n'ont d'autres issues que des ouvertures excessivement étroites, ainsi qu'on en remarque dans la plupart des cavernes.
On a aussi supposé que les cavernes sont le résultat du passage de gaz qui cherchaient à se dégager de l'intérieur vers l'extérieur, soit que ces gaz agissent d'une manière purement mécanique en traversant des masses encore molles, soit qu'ils fussent dans le cas de dissoudre ou de corroder les masses à travers lesquelles ils s'insinuaient au moyen des fentes ou. fissures qui existaient dans ces masses. Cette hypothèse a au moins l'avantage de faire rentrer l'origine des cavernes dans le même ordre de choses que les autres grands phénomènes qui ont agi sur la surfece du globe; mais, si nous concevons plus aisément l'existence d'un gaz qui aurait, comme le iluoridesilicique, la propriété de dissoudre les roches silicatées , cette hypothèse ne rend pas mieux raison de l'existence des étranglements que celle des eaux acidulées sur les roches calcareuses. L'action mécanique des gaz sur une matière molle expliquerait mieux ce dernier phénomène , à cause de la propriété expansive de ces fluides, qui, comprimés sur un point, auraient étendu l'espace qu'Os occupaient, jusqu'à ce qu'ils trouvassent une issue par laquelle ils se seraient échappés, quelque resserrée que fût cette issue; de même que nous voyons une simple crevasse dans une chaudière, suffire pour laisser échapper une masse de vapeur qui, auparavant, produisait des efl^ts inunenses. Du reste, nous sommes loin de dire que cette explication n'est pas aussi sujette à de grandes difficultés ; on pourrait notamment se demander comment il se fait que les couches qui auraient éprouvé une semblable dilatation dans leur intérieur.
588 QÉOGÉNIE.
ne se fessent pas gimflées dans les parties qui la subissaient? et l'on de?fait s'étonner de ce que l'on voit, notamment dans le calcaire ammonéen de la Franconie, des cavernes qui se prolongent horizontalement sur une grande étendue, tandis qu'il aurait été beaucoup plus facile pour les gaz d'arriver directement au jour.
746. Altération des roches pa/r la chahur. — Avant de quitter cette espèce de récapitulation de quelques effets dont les causes ne sont pas bien connues, nous croyons devoir parler des altérations que l'on suppose que les roches neptuniennes ont éprouvées par l'action des roches plutoniennes ou des matières gazeuses qui accompagnaient ces dernières, lorsqu'elles étaient poussées à travers les premières.
Nous avons déjà eu l'occasion de faire remarquer (584}, et il y a longtemps que l'on a observé, que certaines roches neptuniennes présentaient, dans le voisinage des basaltes, des caractères différents de ceux qu'elles ont habituellement, et même de ceux que les mêmes masses ont un peu plus loin : on avait observé, par exemple , que des bancs de craie ou de calcaire compacte prenaient une texture saccharosde ou lamellaire, lorsqu'ils s'approchaient des basaltes , et que de la houille se trouvait transformée en un lignite semblable à du coke, d'où l'on a cru pouvoir attribuer ces propriétés à l'action de la chaleur communiqui&e par le basalte.
Gomme les roches calcau*es des contrées en couches inclinées, et surtout celles des terrains talqueux, ont plus communément la texture saccharofde que celles des terrains en couches horizontales, on a aussi été conduit a attribuer cette propriété à la chaleur que ces calcaires ont éprouvée.
747. Cémentation des roches. — Mais M. de Buch a été beaucoup plus loin : ayant observé dans les Alpes orientales d'énormes dépôts de roches calcareuses, qu'il croit avoir été soulevées par les mélaphyres , et qui sont criblées de fissures et de fentes , lesquelles semblent avoir été occasionnées par le soulèvement et réchauffement, et ayant reconnu que ces dépôts sont formés de dolomie , tandis que d'autres dépôts , qui paraissent faire partie des mêmes assises, mais qui n'ont pas été dans le cas d'avoir également éprouvé l'action des agents intérieurs , sont formés de calcaire^ il en a condu que les dépôts de dolomies avaient aussi été originairement du calcaire ^ mais que, lors de la poussée des mélaphyres, de la magnésie sublimée, aidée par l'action dilatante de la chaleur, s'était introduite dans les pores du calcaire, et s'était combinée avec ce dernier par une opération analogue à la cémentation de l'acier. Une opinion aussi hardie, et à laquelle on n'était nullement préparé, a dû trouver beaucoup de contradicteurs et beaucoup d'admirateurs; peut-être que parmi ces derniers il en est qui, voulant en généraliser l'application à toutes les dolomies quelconques, lui ont fait plus de tort que les contradicteurs.
Du reste, cette hypothèse, qui présente sous un point de vue tout à ikit
PHÉNOMÈNES ANTEDILUVIENS. SttO
nouveau la formatiODi de plusieurs espèces de roches ^ n'a pas été restreinte à la seule dolomie^ et plusieurs géologistes sont maintenant d'avis que beaucoup d'autres roches qui renferment de la magnésie sont dans le même cas. Ils voient, par exemple, dans les quartz taldques et dans les stéaschistes , des grès et des schistes qui ont été chauffés et imprégnés de magnésie par l'action des ga% qui accompagnaient les o{riiiolites qui ont soulevé ou traversé ces roches.
On ne s'est pas borné non plus à appliquer cette hypothèse à l'action de la magnésie, mais on suppose maintenant que beaucoup d'autres substances ont agi d'une manière analogue , et ont changé la nature des roches neptuniennes exposées a leur action. C'est ainsi, par exemple, que l'on voit dans plusieurs dépôts gypseux le résultat de l'altération d'un calcaû-e attaqué par des émanations sulfuriques.^
748. Origine des minéraux disséminés. —On suppose aussi que l'action des agents intérieurs ne s'est pas bornée à ces espèces de cémentation , de sublimation ou d'altération des roches, mais qu'ils ont aussi déterminé, dans l'intérieur de celles-ci, la formation de corps tout à fait nouveaux, qui s'y seraient formés par suite des facilités que réchauffement , et , par conséquent la dilatation des molécules , ont données pour que le jeu des affinités produise de nouveaux corps cristallins par un phénomène analogue à ce que nous voyons dans les corps fondus qui refroidissent sous des circonstances favorables, et à ce que nous remarquons quelquefois daqs les matériaux de nos fourneaux qui ont subi les effets d'une forte chaleur. Cette hypothèse expliquerait très-bien pourquoi les minéraux disséminés sont , en général, si abondants dans les roches calcareuses, schisteuses et quartzeuses des montagnes en couches inclinées, tandis qu'ils sont si rares dans les mêmes roches des plaines en couches horizontales; elle expliquerait également pourquoi ces minéraux disséminés présentent, en général, les espèces qui se trouvent de préférence dans les roches plutoniennes , ou même qui en forment la base, comme le feldspath, l'amphibole, le pyroxène, etc.; elle expliquerait, enfin, comment les masses porphyriques intercalées dans des roches neptuniennes, peuvent avoir une origine plutonienne, quoique la présence du feldspath, de l'amphibole et du pyroxène dans ces roches neptuniennes , établisse de véritables rapports de composition entre celles-ci et les porphyres.
En résumé, et sans prétendre que Ton doive regarder la cémentation des roches et la sublimation des minéraux comme des faits constatés, et encore moins que l'on doive y voir un mode exclusif de formation , nous ferons remarquer que ces hypothèses expliquent de la manière la plus satisfaisante une foule de faits qui paraissaient à peu près inexplicables lorsque l'on n'admettait que des formations purement aqueuses et purement ignées.
749. Flore du terrain hauil/er. — Reprenant actuellement l'examen des
5fiO GÉOGÉNIE.
principales périodes de Thistoire de notre globe , nous remarquerons que celle où s'est formé le terrain houiller est pour nous d'un grand intérêt, parce qu'elle nous a laissé non-seulement un des produits les plus utiles pour nos arts, mais aussi une grande quantité de végétaux remarquables, tant par leur différence avec les végétaux actuels , que par les conséquences que l'on peut en tirer pour connaître l'état du globe à cette époque reculée et le mode de formation de son écorce extérieure.
Nous avons vu (498) que M. Adolphe Brongniart avait reconnu que sur deux cent cinquante-huit espèces observées dans le terrain houiller, deux cent dix- neuf appartiennent aux cryptogames vasculaires , dix- huit aux phanérogames monocotylédones , et que, quoiqu'on n'ait pas encore pu déterminer la classe des vingt-une autres espèces , elle^ paraissent aussi se rapprocher beaucoup plus de ces deux classes que des autres , de sorte qu'il semble que la classe des phanérogames dicotylédones, qui compose plus des trois cinquièmes des végétaux vivants, n'existait pas à cette époque reculée, tandis que les cryptogames vasculaires , qui ne forment qu'un trentième de la végétation actueUe, constituent à elles seules les cinq sixièmes de la flore houillère.
Nous avons vu également que , tandis que les^ cryptogames vasculaires qui vivent maintenant dans nos zones tempérées sont, en général, des plantes basses et rampantes, celles du terrain houiller se distinguaient par des tiges de très -grandes dimensîpns.
Nous avons vu enfin (498) qu'autant que l'on puisse en Juger par le petit nombre d'échantillons de la zone glaciale observés jusqu'à présent , sa fltore houillère avait les mêmes caractères principaux que celle de notre zone tempérée , et que l'on avait quelques indices pour penser que celle de la zone torride était aussi dans le même cas.
Si maintenant nous comparons la flore houOlère avec celle des diverses régions du globe , nous verrons que c'est non-seulement dans la zone torride que nous devons chercher le moins de différence, mais que plus les flores actuelles appartiennent à des espaces de terre cvconscrits au milieu d'étendue d'eau plus vaste, c'est-à-dire, à des Iles plus petites et plus éloignées des continents, plus elles se rapprochent de ce que nous connaissons dans les terrains houUlers, tant par la proportion numérique des espèces des différentes classes , que par le développement que prennent ces espèces. On remarque donc que non-seulement les fougères et les lycopodiacées sont plus nombreuses et plus développées dans la zone torride que dans la zone tempérée, mais que les lies l'emportent sous ce rapport de beaucoup sur les continents.
Ainsi , tandis que sur le continent de l'Europe ces plantes forment au plus un quarantième de la végétation totale , elles composent souvent le vingtième
de la végétation des contments de la zone torride. Dans les Antilles elles approchent du dixième, dans les Hes de TOcéanie elles atteignent le quart ou même le tiers , et a l'Ile de r Ascension il parait y avoir égalité entre les plantes phanérogames et les cryptogames vasculaires.
750. État du globe pendant la période houillère. — Ce rapprochement nous conduit à supposer que non-seulement nos contrées étaient, à l'époque de la formation du terrain houiUer, douées d'une températurebeaucoup plus élevée que celle dont elles jouissent maintenant; mais aussi qu'au lieu d'appartenir à de grands continents, elles formaient des archipels, composés d'Iles peu étendues au milieu d'une vaste mer : conséquence qui reçoit encore une nouvelle confirmation de l'absence de débris d'animaux terrestres dans les terrains primordiaux en général ; car, quand il n'y avait qu'un iounense océan parsemé d'Iles basses qui devaient être fréquemment inondées, et que la chaleur du globe ajoutait aux causes actuelles de puissants motifs d'humidité, la nature vivante ne devait pas encore avoir adopté les formes qui sont devenues propres à nos continents. Or, ces deux circonstances viennent encore à l'appui de l'hypo* thèse que nous avons adoptée; car la haute température de la surface du globe à cette époque reculée, est une preuve de sa chaleur originaire, et l'absence de grands continents est, comme nous l'avons déjà fait remarquer, une preuve que les montagnes ont été formées par soulèvements successil^.
751. Origine de la houille. — L'étude de la flore houillère a conduit aussi à des conchisions très -intéressantes sur l'origine de la houille, sur la nature de l'atmosphère dans les temps anciens, et sur le développement des êtres vivants.
Les différences qui distinguent la houille des roches ordinaires , ses rapports avec le charbon végétal et avec la tourbe, ainsi que l'abondance des restes de végétaux qui l'accompagnent , ont fait supposer, depuis longtemps, qu'elle doit son origine à la décomposition des végétaux; mais on objectait, contre cette hypothèse , qu*il était difficile de supposer, surtout dans nos contrées tempérées , une force végétative suffisante pour produire des masses aussi importantes que nos couches de houille. Or, cette difficulté se trouve en partie levée par le fait que la flore de cette époque est presque exclusivement composée de ces plantes simples , dont le développement a lieu avec rapidité sous des circonstances favorables, circonstances dont l'hypothèse de la chaleur primitive du globe nous* donne déjà l'une des plus nécessaires. Mais la considération de cette immense quantité de carbone qui a été fixée dans l'écorce solide du globe, a conduit M. Adolphe Brongnlart à supposer que, dans ces premiers temps , Tatmosphère contenait une proportion d'acide carbonique beaucoup plus forte que celle qui existe dans notre atmosphère, et l'on va vota* comme cette ingénieuse hypothèse est avantageuse pour expliquer plusieurs phénomènes de l'histoire de notre globe.
On sait, notamment par les expériences de M. Théodore de Saussure , que la proportion d'acide carbonique que renferme notre atmosphère, est loiii d'être la plus favorable à la vie des végétaux; qu'une quantité beaucoup plus considérable , jusqu'à 2 , 3 , 4 et même 8 pour cent , rend la végétation plus active, lorsque les plantes sont exposées à l'influence du soleil. Une proportion d'acide carbonique plus grande que celle qui existe actuellement dans l'atmosphère , devait donc rendre la vie des végétaux plus active et plus indépendante d'un sol encore stérile et chargé de peu de terreau , en permettant à ces végétaux de vivre presque uniquement aux dépens de l'atmosphère. D'un autre côté , la présence de cette plus grande quantité d'acide carbonique dans l'air, devait s'opposer, en partie du moins , à la décomposition des végétaux morts et à leur transformation en terreau , qui est due presque entièrement à la soustraction de leur carbone par l'oxygène de l'air* Les restes de végétaux morts devaient donc se conserver plus longtemps, ou perdre seulement leur partie aqueuse, et se transformer ainsi en une matière plus riche en carbone que le tçrreau , et qui aurait été l'origine de la houille.
Nous concevons donc maintenant , très-facilement , que la végétation puisse avoir donné naissance à la houille : mais il nous reste à examiner de quelle manière cette substance a été formée, et à cet égard se présente deux hypo- Uièses : l'une, que la houilft a été formée , conune nos tourbes , sur la place même où croissaient les végétaux; l'autre, que les substances végétales ont été réduites en bouillie et transportées par les eaux. Mais, outre que cette dernière supposition est tout à Mi contraire à ce qui se passe dans les phénomènes actuels qui ont le plus de rapport avec ceux qui nous occupent, il est à remarquer que la présence, dans le terrain houiller, de végétaux très-délicats, qui ont conservé toutes leurs parties, semble peu favorable à l'hypothèse d'un transport. Il est donc probable, ainsi que le pense M. Adolphe Brongniart, 91e le terrain houiller a été formé à la manière des tourbes , dans les lies lusses sujettes à des inondations qui déposaient, au-dessus des dépôts végétaux, les couches de schistes et de psammites qui séparent ordinairement les couches de houille. La rareté des animaux aquatiques dans le terrain houiller est aussi une présomption en faveur de ce mode de formation. De même que l'absence des animaux terrestres dans les terrains hémilysiens en général, prouve en faveur de l'hypothèse que l'atmosphère contenait à ces époques reculées une proportion d'acide carbonique qui ne permettait pas la respiration aérienne, telle que la possèdent maintenant les mammifères, les oiseaux et peut -être même les reptiles.
Si on objectait que l'inclinaison et les plis anguleux du terrain houiller ne sont pas compatibles avec l'hypothèse de l'origme terrestre de la houille, noos répondrions que , quelle que soit l'hypothèse que l'on adopte , il est diAeile ou plutôt impossible de supposer que ces plis soient le résultat de la position
originaire des couches , mais qu'H est bien probable , ainsi que nous l'avons TU , que ces plis et les fortes inclinaisons des couches sont le résultat de soulèvements et de glissements postérieurs à la formation de la roche, mais dont les premiers effets ont en Ueu à une époque où les couches avaient encore une mollesse qui leur permettait de se plier. Or, dés que Ton admet ce mouvement postérieur, on conçoit que les houilles peuvent être aussi bien le résultat de la croissance tranquille des végétaux , que celui d'un dépôt amené par les eaux.
752. SmUèf)ement» de la période hémifysienne. — Nous avons déjà fiiit remarquer que plus nous remontons danâ les temps anciens , plus il est difficile de reconnaître les soulèvements que nous supposons avoir donné naissance aux principaux traits de la configuration actuelle de notre globe , et les difficultés que ce genre de recherches nous a déjà présentées pour la période ammonéenne, sembleraient annoncer qu'il fout renoncer à l'appliquer à la période hémilysienne. Cependant, voulant faire connaître l'ensemble des idées du savant géologiste qui a donné tant d'importance à cette branche de la science , nous dirons que M. Élie de Beaumont place dans notre période hémilysienne ses deux premières révolutions. L'une, qui aurait agi vers l'époque de la formation du terrain anthraxifère, aurait donné naissance à des accidents que M. de Beaumont appelle système des ballons des Fosges et des coltines du bocage du Calvados, parce qu'il lui attribue le soulèvement d'une partie des Vosges, notamment de deux cônes accolés l'un à l'autre, que l'on appelle ballon d'Alsace et ballon de Comté , ainsi que celui d'une partie des collines du bocage de la Basse-Normandie, également dirigées de l'ouest \ nord-ouest à l'est \ sud-est. Enfin, la première révolution aurait relevé les couches du fTest-Moreland et du Hundsrûck, dirigées du nord-est i est au sud-ouest i ouest, et qui auraient subi cette action avant la formation du terrain anthraxifère. •
L'existence de soulèvements antérieurs à la formation du terrain houiller, nous paraît un fait qui ne peut être contesté ; car, outre que toutes les considérations théoriques se réunissent pour faire admettre ce fait , plusieurs géologistes rapportent que l'on voit des dépôts houillers reposer en couches horizontales sur les tranches d'un terrain plus ancien. Mais n'y aurait -il eu que deux révolutions pendant la période hémilysienne? c'est là une opinion qu£ nos idées théoriques ne nous permettent pas d'adopter, quoique , dans l'état actuel de la science, nous ne soyons pas à même de démontrer le contraire.
753. Age relaUfdes groupes hémilysiens.— fions nous bornerons donc à examiner si nous pourrons nous former une opinion sur l'âge relatif des divers groupes hémilysiens : mais cette recherche elle-même nous présentera beaucoup de difficultés; car, plus nous avançons dans la série des terrains, plus
nous perdons les jalons qai nous ont serri de guide dans l'examen des terrains plus nouveaux. En effet, ce que nous avons dit des soulèvements successifs éprouvés par Fécorce du globe et de la position des terrains primordiaux placés ordinairement sur leur tranche, fait sentir que les superpositions sont tout à fait insignifiantes parmi ces terrains qui, simplement relevés par un premier soulèvement peuvent avoir été renversés en sens coùtrairepar une seconde révolution , puis relevés par une troisième , et ainsi de suite , de sorte que les superpositions sont généralement dans le cas de nous égarer plutôt que de nous éclairer. Quant à l'étude des corps organisés, ce guide nous manque tout à fait pour le dernier groupe , et ce que nous connaissons des fossiks des terrains anthraxif ère et ardoisier, sufftt bien pour nous indiquer un ordre de choses plus ancien que ceux des terrains secondaires, mais nous donne peu de notions sur l'âge relatif de ces terrains. Nous ne pouvons même mettre les corps organisés du terrain houiller, presque entièrement composé de débris de végétaux, en comparaison avec ceux du terrain anthraxifère , presque entièrement composé de débris d'animaux, et pourcequi est des fossiles du terrain ardoisier, ils sont encore si peu connus, et ceux que l'on a observés diffèrent si peu de ceux du terrain anthraxifère, que nous nie pouvons, jusqu'à présent, en tirer aucune conséquence sur l'âge relatif de ces groupes. Aussi avons-nous déjà fait remarquer (492) qu'il serait possible que la division que nous avons établie dans les terrains hémilysiens fût plutôt déterminée par des rapports rainéralogiques que par de véritables époques de formation ; opinion à l'appui de laquelle on peut invoquer quelques observations faites dans ces derniers temps; telle est celle de M. Yeaver, qui croit avoir reconnu en Irlande, audessous du mountain limesUme^ ou calcaire anthraxifère de notre méthode, un terrain houiller très -bien caractérisé; tels sont aussi plusieurs dépôts de calcaire semblable au calcaire anthraxifère, et qui paraissent intercalés dans le terrain ardoisier ; telle est enfin la ressemblance qui existe entre le terrain talqueux et les roches.de la Tarentaise, que M. Élie de Beaumont considère comme faisant partie de nos terrains ammonéens.
* 754. Cependant la division que nous avons adoptée est conforme, sauf les dénominations, à la plupart de celles que les auteurs donnent comme correspondantes à des époques chronologiques , et nous pensons qu'il y a effectivement de puissants motifs pour croire qu'au moins les principaux systèmes qui composent nos quatre groupes hémilysiens, ont été formés dans l'ordre que nous avons indiqué. Cette opinion se trouve appuyée , en ce qui concerne le terrain houiller, par ses liaisons avec le terrain pénéen , et par des observations directes qui ont été facilitées par les travaux d'exploitation. Le terrain anthraxifère doit être mis à la suite du terrain houiller, à cause de ses nombreuses liaisons avec ce dernier; et le terrain ardoisier parait pouvoir être placé en troisième ligne, parce qu'on le voit fréquemment se lier, de la manière la plus
intime; avec les terrains anthrazifère et talqueux^ tandis qu'il parait être ordinairement séparé du terrain boniller par le terrain anthraxifère. Une autre considération , qui conduit aussi au même résultat, c'est que les corps organisés sont beaucoup plus rares dans le terrain ardoisier que dans les deux autres groupes , d'où l'on pourrait supposer que les êtres vivants comment çaient seulement à paraître à la surfoce de la terre, lors de la formation de ce terrain; mais on doit éviter démettre trop d'importance à cette considération, car l'étude de la géognosie nous a fiait connaître que les débris d'êtres vivants sont, pour ainsi dire, cantonnés dans l'écorce du globe, et que certains systèmes de roches formés dans les eaux longtemps après l'apparition des êtres vivants , ne présentent pas de débris de ces êtres, et que cette circonstance a principalement lieu pour les roches de nature siliceuse , comme si les êtres organisés n'avaient pu vivre dans les eaux qui déposaient de la silice. Or, il est à remarquer que la silice forme aussi le principe dominant du terrain ardoisier.
Enfin^ nous sommes conduit à voir dans le terrain talqueux le dernier terme de la série neptunienne, tant parce qu'il parait ne pas renfermer de corps organisés , que parce qu'il est de tous nos groupes neptuniens celui qui ressemble le plus au terrain granitique, que l'on est dans l'habitude de considérer comme la base sur laquelle reposent tous les terrains neptuniens. Mais , pour apprécier les conséquences que l'on peut tirer de cette considération , il est nécessaire que nous quittions la marche que nous avons suivie jusqu'à présent, et qu'au lieu de nous borner à remonter successivement des phénomènes qui se passent actuellement à ceux qui ont dû se passer anciennement, nous arrivions brusquement à l'état primitif du globe, pour examiner ce qui a dû se passer à cette époque reculée.
755. État primitif du globe. -— On a pu remarquer, par ce que nous avons dit des observations faites sur la température intérieure de l'écorce de la terre, ainsi que des recherches faites pour expliquer les causes des volcans , des tr^nblements de terre , du déluge , de la formation des montagnes et de l'origine des roches, que nous avons été conduit à supposer que non-seulement llntérieur du gliAe est à l'état de iluidité ignée , mais que son éeoroe solide a aussi été fluide , et tend encore à s'épaissir par suite du refroidissement. D'un antre eèté, le calcul a prouvé aux astronomes que notre planète a précisément la ferme qu'elle aurait dû prendre si elle avait été fluide. De sorte que deux ordres de considérations , tout à fait différentes , nous conduisent à supposer que notre planète a été à l'état de fluidité.
Or, c'est là le terme où nous devons nous arrêter ; car, outre que ïes recherches sur Torigine des astres nons semblent hors du domaine de la géologie, nous avons déjà eu l'occasion de faire cùnnaAre (jist, 79) , que Ton ne pouvait former sur cette question que des hypothèses qui ne s'appuient sur aucun fait positif. Nous devons , en conséquence, nous borner à examiner jusqu'à quel
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point on peut foire concorder ce qui a dû se passer dans une sanUable masse fluide avec Tétat des choses que l'étude géographique et géogaostique du globe nous a montré.
756. Premiers effets du refrcidissement. Coagulation. — On sent, diaprés ce que nous connaissons des lois de la chalav^ qu'aussitôt qu'aura eessé la cause qui avait pu donner aux matières qui composent notre globe une température si différente de cdle des espaces planétaires, la partie extérieure deoe globe aura tendu à se rei^otdir, et qu'un des premiers effets de cette diminution de chaleur a dû être la coagulation d'une croûte solide autour de la masse liquide , d'où est résulté un premier mode de formation de roches qui s'q^ de haut en bas , et qui doit se continuer jusqu'à ce que l'abaissement de la température intérieure du globe, qui tend à se mettre en équilibre avec les effets que la chaleur solaire occasionne à la surface, ait permis la consolidation de toute la masse; mais ce phénomène a dû aller plus rapidement dans les commencements qu'il ne va maintenant, par la raison que la partie extérieure d'un bain de métal fondu se refroidit plus rapidement que la partie intérieure.
757. Précipitation atmosphérique. — On sent également que, quand b surface du globe était assez chaude pour que sa masse fût à l'état de fluidité ignée, elle devait être entourée d'une atmosphère qui, indépendanunentdes fluides élastiques de notre atmosphère actuelle, devait contenir l'eau qui est maintenant à la surface de la terre , et une foule d'autres matières suUtaaées. Or , dès que la température aura commencé à diminuer, ces matières auront commencé à se précipiter à la surface de la terre , et auront ainsi contribué à la formation de sa croûte solide par l'addition de nouvelles parties , qui s'ajoutèrent dans un sens différent de ceUes résultant de la consolidation intérieur^ c'est-à-dire, de bas en haut Ce second mode de formation a dû se prolonger assez longtemps; car, demémeque lerenouvellementdes évaporations a toujours entretenu et entretient encore le renouvellement des pluies, il devait se pa^er^ lorsque l'eau ou des matières humides touchaient les matières {dus chaudes de la surface du globe, des phénomtoes chimiques qui ont dû lancer dans l'atmosphère de nouveaux gaz, et, quoique ce phénomène ait dû diminuer d'intensité aussitôt que le globe aura été entouré d'une écorce solide, on sent qu'il aun encore dû continuer à avoir beaucoup d'énergie pendant tout le temps i|ue cette écorce a conservé une température élevée, puisqu'il a même encore lieu , nos phénomènes météorologiques étant quelquefois accompagnés de b précipitation de matières solides.
758. Précipitation<»çî$eusé. — En troisième lieu, aitôsitAt que le refroidissement de la surface du globe a été suffisant pour qu'il y demeurât de l'ean, un nouveau mode de formation sera venu se joindre aux autres , c'est cdui des précipitations et des cristallisations chimiques par la voie humide, et on conçoit toute l'énergie avec laquelle ces phénomènes devaient s'opérer^
PHÉNOMÈJSES ANTÉDILUTIENS. 967
qatfid (m foit attention à la haate température dont ce liquide était doué, et à toutes les substances gazeuses avec lesquelles il était en contact.
759. Éjaculation. — Enfin , la théorie que nous avons adoptée pour ^qpliquer les phénomènes volcaniques et Forigine des montagnes, nous a conduit à admettre un quatrième mode de formation, qui n'a pas dû tarder longtemps, après la consolidation de l'écorce : c'est Y^acuiation ou la poussée en dehors d'une portion du liquide intérieur.
760. liaison entre ces gtuUre modes déformations.— Du reste, ces quatre modes de formations n'ont pas dû produire, dans les premiers temps, des matières aussi différentes les unes des autres que celles qui résultent maintraant desphénom^nes analogues qi|i ont encore lieu , parce que l'état des choses , à cette époque, établissait, entre ces divers modes de formations, des reports qui n'existent plus. On sent , par exemple, qu'il ne doit pas y avoir beaucoup de différence entre les matières qui , lors du commencement de la consolidation de la croûte du globe , se coagulaient directement à la surface, et celles qui, dégagées par voie de sublimation de la même masse, se précipitaient de l'atmosphère , ou se cristallisaient par la voie aqueuse sous une température à peu près aussi élevée que celle dont jouissaient les liquides ignés. D'un autre cété, les précipitations atmosphériques ayant dû commencer avant que la masse liquide ait été recouverte d'une croûte solide, les matières précipitées se seront mêlées avec celles qui se coagulaient, et auront ainsi augmenté les rapports qui devaient déjà résulter de l'origine commune de ces matières, de sorte qu'il a dû se former , au point de contact, des systèmes qui participaient autant des caractères des roches formées parcoagulation que de celles formées par précipitation.
Une autre cause de mélange, et par conséquent de liaison , a dû résulter des fréquentes ruptures qu'ont sans doute éprouvées ces premières oroMes solides. En effet, pour juger de ce qui a dû se passer lorsque l'écorce du globe a commencé à se former, nous ne devons pas nous borner à examiner ce qui a lieu dans un fourneau de fusion dont on a laissé éteindre le feu, ou dans un vase rempli d'eau que l'on a exposé à l'action de la gelée; car, indépendamment de beaucoup d'autres circonstances, une cause à peu près insensible pour nos petits réservoirs, a dû occasionner, lors du refroidissement de renvek^ipe extérieure du globe, des effets puissants en ce qui concerne la nature et la structure de cette enveloppe. Cette cause est l'actiOB d'une atmosphère dans laquelle il devait se passer des phénomènes bien plus énergiques que ceux qui se passent dans la nôtre; et cependant la seule action denos vents suffit souvent pour rompre les ^aees qui se forment sur un «nas d'eaii^ pour faire refouler ces glaces dans diverses dûrecUons , les accumuler les unes sur les autres, et élever des espèces de montagMa formées déglaçons disposés dans tous les sens. On conçoit donc que les mouvwients extérieurs de l'atmosphère ont dû rompre les premières croûtes qui se fbnMîent à la snr^
568 GEÛOÉNIE.
fiice de la masse liquide do globe, que ces frag^œls solides, nageant la masse liquide, se seront mélangés atec cette masse, y seront même quelquefois repassés , en tout ou en partie, à Tétat liquide , et d'autres fois se seront amoncelés les uns sur les autres , en se plaçant aussi bien sur leurs tranches que sur leur plat, de manière à former à la surface du globe des inégalités et des aspérités plus ou moins sensibles. On sent encore que les prraiières précipitations atmosphériques, ayant dû être accompagnées de pluies violentes, ne devaient pas dilférer beaucoup de celles qui se sont fiiites , quelque temps après , au milieu des eaux.
On conçoit enfin que , quand la croûte aura acquis assez de solidité pour ne plus se laisser rompre par les phénomènes météoriques, les contractions résultant du refroidissem^t et du dessèchement auront produit des fentes qui auront mis au jour des parties liquides ou molles de rintérieur, qui ne devaient pas différer beaucoup de celles qui avaient formé les premières assises de Técorce, puisqu'elles provenaient à peu près des mêmes profondeurs, qu'elles n'avaient pas été dans le cas d'être modifiéespar un long trajet, et que la consolidation des unes et des autres s'était fsiite sous des températures peu différentes. • 761. jipplioation de cette théorie a'ux terrains observés. — Cet e^>osé théorique de la manière dont les premières parties de la croûte solide de notre globe ont dû se former, doit , en quelque façon , nous faire désespérer de pouvoir jamais déterminer, d'une manière positive, quels sont les systèmes de rodies qui doivent leur origine à chacun de ces modes de formation en particulier^ et se trouve d'aiOeurs parfaitement d'accord avec la confusion que l'étude géognostique des terrains nous y a fsiit reconnaître. Cependant la structure non stratifiée et la texture cristalline du terrain granitique nous portent à y voir les résultats des premières coagulations ; d'un autre cMé, la stratification du terrain talqueux, la liaison et la ressemblance de quelqaesuns de ses membres avec le terrain granitique , ainsi que l'absence des corps organisés, nous font voir dans ce groupe les résultats des premières précipitations, et surtout des précipitations atmosphériques; tandis que la présence de quelques corps organisés marins dans le terrain ardoisier, et^ liaison intime avec le terrain talqueux, nous y montrent les résultats des précipitations qui se sont formées dans des eaux habitées par les premiers êtres Tivants.
On sentira que, dans cette manière de voir, on explique assez aisément plusieurs ciroonstances qui pourraient paraître difficiles à concevoir, lorsque l'on ne fiiit attention qu'à la différence qu'il y a entre les produits qui se font maintenant par la voie aqueuse et par la voie ignée. Telle est , par exemple , la grande ressemblance et la liaison intime qui existe entre le gneisse et le granité , puisque nous avons vu que les premiers effets de la coagulation et les premiers effets de la précipitation devaient donner des résidtats bien peu différents. On concevra de même le mélange et la liaison de ces systèmes de
Digiti
roches par les fractures qui auront fait nager des masses de gneisse, de mica* schiste et d'autres roches talqueuses , encore molles , dans des pâtes destinées à deyem'r du granité en se refroidissant. La diversité et le mélange des roches du terrain talqueux , leur ressemblance avec celles qui composent les terrains agalysiens, et la présence presque générale de la magnésie dans ces roches^ sont, en quelque manière, des conséquences de leur formation par voie de précipitation, occasionnées, sous des températures excessivement élevées, par de fréquentes sublimations émanant de matières mcandescentes.
762. Origine des granités. — Nous ne disconviendrons pas cependant que cette explication théorique est susceptible de quelques objections , surtout en ce qui concerne le granité, qui, dans cette manière de voir est le premier résultat de la consolidation de la croûte du globe, et a dû être entièrement recouvert par les dépôts hémilysiens; tandis que l'observation a fait voir des granités injectés sous la forme de liions dans des dépôts hémilysiens, et que cette roche se présente souvent à découvert et forme quelquefois le sol de massif^ considérables. Mais il nous semble qu'il y a des difficultés beaucoup plus difficiles à résoudre dans toutes les autres hypothèses qui ont été fermées pour expliquer l'origine du granité; nous ne nous arrêterons pas à l'hy* pothèse, admise pendant si longtemps, que le granité était dû à une cristallisation par la voie humide ; car c'est là une de ces suppositions qui ne s'appuient sur aucun des phénomènes que nous présente la nature actuelle ; mais passant à l'hypothèse qui voit dans les granités, comme dans les porphyres et dans les roches pyroldes, le produit d'éjaculations de matières liquides, nous répondrons que, si la matière des granités avait été poussée au jour à l'état liquide lorsque la croûte du globe était déjà formée , il y a tout lieu de croire, d'après ce que nous connaissons des lois de la cristallisation et du refroidissement, qu'ils n'auraient pu prendre, d'une manière aussi générale, la texture granitolde qui les caractérise; tandis que cette texture est un résultat naturel d'un refroidissement aussi lent que celui qui a dû se faire lors de la première coagulation de la croûte. On conçoit également que , si les granités avaient encore conservé un certain état de mollesse lorsqu'ils ont été sou* levés, ils pouvaient, sans perdre leur texture granitolde, être mis à découvert par le glissement des dépôts supérieurs , être rejetés sur ces dépôtset même être injectés dans les fentes qui se trouvaient ou se formaient dans ces derniers : explication qui parait d'autant plus satisfaisante, que les granités ont dû conservei:' longtemps après leur coagulation l'état de mollesse nécessaire pour se prêter aux phénomènes dont il s'agit; d'où il résulte que, tout en admettant que le terrain granitique est en général le résultat de la première coagulation de la croûte du globe, on n'est pas obligé de restreindre leurs soulèvements aux premières révolutions.
D'un autre côté, on peut aussi concilier avec l'hypothèse de la priorité
370 GEOGÉNIE.
des granités sur toutes les autres roches , deux circonstances qui, au premier abords semblent encore lui être opposées; c*est la liaison du terrain granitique avec deux groupes plus nouveaux que les terrains hémilysiens, c*està- dire , avec les terrains porphyrique et pénéen.
En effet, la première de ces circonstances n'est qu'une conséquence de la manière dont nous supposons que les porphyres ont été formés et de leur rapport de composition avec les granités; car, si les porphyres sont le résultat d*éjaculations qui, quoique postérieures à la coagulation du granité , ont quelquefois eu lieu avant que celui-ci soit passé à l'état de solidité sdérique , on sent que, quand la matière de ces porphyres a été poussée de bas en haut contre la masse granitique , elle aura été dans le cas de s'injecter dans cette dernière, plutôt que de la soulever, et que , vu l'état où se trouvait le granité et vu la presque identité de nature entre ces deux roches, il a dû se former une union intime entre la matière injectée et celle injectante.
Il est bon de faire remarquer, à cette occasion , que la grande ressemblance entre la nature chimique des roches des terrains porphyrique et granitique , ainsi que la différence de texture qui les distingue , sont aussi en rapport avec l'origine que nous leur supposons ; car, si le globe a été à l'état fluide, est bien probable que les matières qui composaient cette masse se sont disposées ^ jusqu'à un certain point, dans l'ordre de leurs densités , de sorte qu'il y aura eu peu de différences entre celles qui étaient voisines, ce qui explique pourquoi les dépôts porphyriques, qui paraissent les plus anciens, sont précisément ceux qui ressemblent le plus aux granités , et pourquoi les produits de nos volcans actuels sont , de toutes les roches plutoniennes, celles qui diffèrent le plus des granités *. D'un autre côté , on sent que si la matière des porphyres a été injectée dans des dépôts dont la température était déjà devenue assez basse , elle se sera refroidie plus rapidement que les matières qui se coagulaient en grandes masses , et qu'en conséquence la force de cristallisation n'aura pu s'y développer d'une manière aussi complète.
Quant à la liaison entre les granités et le terrain pénéen, elle annonce seu-
* Si Ton objectait contre Topinion de l^arrangement des matières qui composent le globe dans Toillre de leur densité, que les terrains plutoniens n*annoncent pas un accroissement de densité très-sensible dans Tordre de leurs éjaculations , on pourrait répondre que les corps , en changeant d'état , éprouvent presque toujours des changements dans leur densité; que ces matières, en traversant la croûte solide pour arriver au jour, ont dû éprouver des acUons susceptibles de modifier leurs propriétés originaires , et qu'enfin tt parait que rinterposition des maUères gazeuses a joué un grand rûle dans le phénomène de réjacnla- Uon lui-même. Au surplus, on pourrait dire aussi que les roches plutoniennes nouvelles annoncent qu'elles partent d'une masse plus dense que les roches anciennes; car celles-ci contiennent ordinairement plus de magnésie et moins de fer que celles-là : or on sait que les combinaisons du fer sont généralement plus denses que celles de la magnésie.
lement qaeles granités qjui présentent cette liaison ont été soulevés à l'époque de la formation du terrain pénéen; car on conçoit que Fagitation qui s'est établie dans une circonstance semblable , a dû désagréger et remanier la partie extérieure d'une masse aussi friable que celle que devaient former les granités avant que leur consolidation fût complète.
763. Apparition des êtres vivants. — Lorsque nous avons parlé de l'absence des débris d'étrês vivants dans le terrain talqueux^ nous n'avons voulu que rappeler l'état actuel des observations ^ sans prétendre que la vie ne pût avoir paru sur la terre ^ lorsque les derniers termes du terrain talqueux se formaient, aussi bien que quand se déposait le terrain ardoisier, d'autant plus que l'on a vu qu'il n'y avait presque pas de différences entre ces deux groupes de terrains. Si l'on objectait qu'il est peu convenable de placer l'apparition des êtres vivants au milieu d'une série de dépôts qui se lient aussi intimement que les terrains hémilysiens, nous répondrions que nous ne voyons pas de motifs pour supposer que ce phénomène , quelque important qu'il soit pour l'histoire de la terre, ait dû opérer des changements dans les isirconstances qui donnaient naissance aux roches, ni même coïncider avec aucune des grandes catastrophes dont nous supposons que notre globe a été le théâtre; car ces révolutions , bien loin de développer le mouvement vital, devaient, au contraire, arrêter son développement. Du reste, on sent qu'il n'a pu exister d'êtres vivants sur la terre, qu'autant que la température de sa surface n'était pas trop élevée pour détruire les tissus organiques, et, quoiqu'il soit très-possible que les premiers êtres vivants aient pu supporter dés températures qui feraient mourir les animaux et les végétaux actuels , il est infiniment probable qu'il n'a pu en exister avant que le globe ait été entouré d'une écorce solide, et qu'il y ait eu sur cette écorce des amas d'eaux permanentes , de sorte que les trois premiers modes de formation des roches que la théorie et l'observation nous ont fait admettre , devaient exister avant l'apparition du mouvement vital. D'un autre cûté, il est inutile de dire quo. cette apparition n'a pas fait cesser ces fom^ations , puisqu'il en est qui (mt encore lieu , et qu'une grande partie de l'écorce du globe recèle des débris d'êtres vivants ; mais on ne voit même aucun motif pour que la présence de ces êtres ait apporté dans la nature et dans la texture des roches , d'autres changements que ceux qui pouvaient résulter du mélange de ces corps ou de leurs débris avec les masses qui se formaient, et on sent que ces changements ne devaient pas être très-importants, surtout dans les premiers moments, la vie n'ayant pas dû prendre , au premier instant, tout le développement qu'elle a eu quelque temps après. Il est à remarquer aussi que la diversité des phénomènes qui se passaient à la surface du globe , et les variations que présentent les diverses masses, par rapport à la transmission de la chaleur, rendent infiiiiment probable que le mouvement vital ne s'est pas établi sur toute la terre à la fois \
372 GÉOGéNIE.
car certaiiiis lieux devaient avoir déjà acquis une température très -propre au développement des êtres vivants , tandis que d'autres parties devaient être encore douées d'une température qui ne permettait pas à œs êtres d'y subsister.
Il résulte de ces considérations, que l'apparition des .êtres vivants n'a pas dû occasionner de grands changements dans la nature des roches qui se formaient , et que ces changements ne poyvaientêtre généraux, puisque certains lieux devaient déjà nourrir des êtres vivants, tandis que d'autres lieux coati' nuaientà se trouver sous les mêmes circonstances que celles qui avaient précédé le développement du mouvement vital. De sorte que des terrains formés après cet événement peuvent être absolument semblables à ceux qui ont été formés auparavant, ce qui est tout à fait d'accord avec l'opinion que les êtres vivants ont commencé à exister pendant la période où se formaient les terrains que nous avons appelés hémilysiens.
764. Une autre question qui se présente à ce siyet , c'est de savoir si les végétaux et les animaux ont paru en même temps ^ ou si l'un des deux règnes a précédé l'autre. La circonstance que les végétaux dominent dans le terrain houiller, tandis que les terrains anthraxifère et ardoisier ne présentent, en général, que des débris d'animaux, jointe à l'idée théorique qu'il ne devait pas y avoir de terres découvertes dans ces époques reculées , ont porté plusieurs naturalistes à penser que les animaux ont précédé les végétaux. Mais nous forons remarquer, en ce qui concerne le premier point, que l'on trouve aussi des végétaux dans le terrain anthraxifère, et que Tintime liaison qui existe entre ce terrain et le terrain ardoisier, ainsi que la grande ressemblance que l'on remarque entre les animaux de ces deux terrains, rendent infiniment problable que l'on y trouvera aussi des végétaux lorsque l'on aura mieux étudié ce terrain. D'un autre côté, l'hypothèse que nous avons adoptée pour expliquer la formation de Fécorce du globe , est loin de nous conduire à supposer que cette écorce ait jamais été entièrement couverte d'eau ; car nous avons vu que cette hypothèse nous conduit à supposer qu'il y avait déjà des inégaUiés à la surface de la terre , lorsque cette surface étaR encore trop duiude pour conserver des eaux permanentes. Or, quoiqu'ilsoit infiniment probablequ'iln'a pu exister de végétaux sur un sol trop échauffé pour conservwdes eaux permanentes, cette supposition répugnerait moins à l'imagination que celle de croire qu'il y avait des animaux aquatiques avant l'existence des eaux permanentes.
Il est à remarquer aussi que l'étude des fossiles nous a montré qu'en général on trouvait dans les terrains hémilysiens presque tous les grands types d'organisation, mais seulement dans leurs formes les plus simples; or, le règne végétal présentant les types les plus simples de la nature oi^nique, il serait tout à fait contraire à ce que nous connaissons de sa marche , de supposer que les animaux aient paru avant les végétaux.
Nous sommes en conséquence porté à croire que la nature végétale et h
nature animale ont para en même temps ; mais que, s'il y ayait en qudque différence à cet égard , on devrait supposer que les végétaux ont précédé les animaux , plutôt que àt croire que ceux-ci auraient paru avant ceux-là.
765. Succession des êtres vivants. — D'un autre côté , les changements snocessils que Fétude de Fécorce du glcd)e nous a fait reconnaître dans la nature des êtres vivants qui Font habité , nous conduit à examiner la question de savoir s'il y a eu plusieurs créations, ou s'il y a eu simplement destraction partielle avec déplacements géographiques des espèces, ou , enfin, si la reproduction a pu produire cette succession de formes différentes que nous avons observées. L'idée d'une série de créations nouvelles est une hypothèse purement gratuite, qui n'est appuyée sur aucune analogie avec les phénomènes qui ont lieu depuis les temps historiques ; or , il semble que l'on ne doit recourir à de semblables hyp(^èses que quand il est absolument impossible d'exjdiquer autrement les faits, ce qui n'a point lieu dans le cas présent.
La destra^ion partielle a , sans contredit , eu lieu dans certains cas; ainsi, quand la mer a recouvert une lie ou un continent entier, tous les animaux terrestres ont dû être détruits et remplacés par des animaux marins ; de même, lorsqu'un fond de mer a été mis à sec, les animaux marins ont dû se retirer ou périr, ^les animaux terrestres sont venus ensuite s'emparer du sol mis à sec. On sent aussi que les changements survenus dans la température, la multiplication des animaux carnassiers et celle de l'homme, ont pu faire disparaître certaines espèces ; mais , si les changements de la nature vivante ne s'étaient passés que de cette manière, il faudrait un hasard bien singulier pour que nous n'eussions pas encore rencontré, dans le grand nombre de lieux où l'on a observé les terrains anciens , des restes d'espèces semblables à celles qui vivent actuellement ; il faudrait que, par un second hasard, les êtres vivants eussent été cantonnés sur la surface du globe, en groupes qui présentassent des systèmes d'organisation qui, quoique faits sur les mêmes types généraux, auraient tous été plus ou motais différents, et auraient offert une succession de formes analogues à ce que l'étude géognostique des terrains nous a présenté. Il faudrait, enfin, supposer que, par un troisième hasard, qui tombe encore moins sous les sens , la destraction eût successivement atteint les groupes les plus différents de la nature actuelle , et que les contrées où nous avons fait des observations n'aient été habitées que par ces divers groupes , qui seront venus successivement se remplacer dans l'ordre de leurs affinités organiques avec le groupe actuel, à tel point que le changement, quand la série des terrains n'est point interrompue , ou quand le changement des êtres vivants ne concorde pas avec une invasion ou une retraite de la mer , n'a heu que par des passages presque insensibles, et qu'à côté d'une forme nouvelle il se conserve , au moins pendant quelque temps , des formes anciennes qui disparaissent ensuite pour ne plus se représenter.
766. L'hypothèse du changement successif des êtres vivants par b voie de la reproduction peut ^ de son côté, être attaquée par la considération que, dans l'état actuel des choses , les espèces ont une stabilité de formes qui ne permet pas de supposer des changements semblables à ceux offerts par la succession des corps organisés fossiles ; mais , quelque grande que soit cette stabilité, elle n'est cependant pas absolue^ et si nous examinons sous ce rapport l'histoire des êtres vivants actuels , nous verrons que différentes causes amè« nent encore des changements dans leurs formes. La principale de ces causes sont les soins de l'homme, qui, en augmentant, en diminuant, ou en variant la nourriture des êtres vivants , ainsi qu'en changeant la température du milieu où ils se trouvent, est parvenu à faire doubler les fleurs, à rendre les fruits plus gros et plus succulents , et à donner aux animaux domestiques des qualités et des formes tellement différentes, que les zoologistes sont obligés de laisser dans l'espèce chien, une collection d'animaux parmi lesquels il s'en trouve qui diffèrent bien plus entre eux , que le renard ne diflRère du loup.
Des changements de ce genre se passent aussi sans le concours des soins de l'homme, par suite du changement des circonstances sous lesquelles se trouvent les être vivants. C'est ainsi que les mêmes chevaux espagnols, abandonnés dans les pampas brûlantes , ou dans les pc^ram^os glacées de l'Amérique méridionale , ont donné naissance à deux races qui diffèrent autant que l'âne et le zèbre. Enfin , sans sortir de notre espèce, nous voyons que le régime diététique d'une nation , ou que la profession de certaines familles , donnent à cette nation ou à ces familles des formes particulières qui se propagent par la reproduction. Or , on concevra aisément que cette diversité de profession ou de régime , ainsi que les changements de température qui peuvent résulter du transport de certains êtres vivants à des hauteurs ou à des latitudes différentes , et les changements que l'homme peut opérer dans la nourriture ou dans la manière d'être des plantes ou des animatix , sont des causes bien feibles, en comparaison des grands phénomènes géologiques. Car la chaleur extérieure du globe , la diminution successive de cette chaleur, la nature de l'atmosphère dans les premiers temps, les nouveaux gaz qui venaient à chaque instant changer sa composition , la nature minérale des eaux, les changements que de nouvelles dissolutions et de nouvelles précipitations y occasionnaient sans cesse ; toutes ces causes réunies devaient incontestablement exercer sur le mouvement vital une influence dont nous ne pouvons bien déterminer l'énergie , mais que l'on peut considérer comme suffisante pour avoir donné lieu aux changements de formes que nous avcms remarqués dans la succession des êtres vivants '*'.
* U n*est pas hors de propos de faire remarquer ici que Ton ne peut tirer de ce qui vient d'être dit sur les cbangements de formes, ou si l'on veut sur le perfècUonnement survenu
767. Conchmon. — Si nous résumons maintenant les divers faits que nous avons passés en revue dans cet ouvrage ^ nous verrons que Tétude de la nature inorganique et ceOe de la nature vivante nous conduisent à reconnaître que les phénomènes qui ont eu lieu à la surfece du globe dans les temps anciens, sont analogues à ceux qui s'y passent maintenant , et qu'ils n'en diffèrent que par une énergie qui se conçoit aisément dès que Ton suppose que notre planète a été à l'état de fluidité ignée; hypothèse à laquelle nous conduit le concours uniforme des condusions tirées de la physique, de la chimie et de la physiologie.
768. Division des terrains en deux séries. — Nous avons vu également que dans cette hypothèse l'on peut distinguer deux séries de terrains : l'une que nous désignoits par l'épithète de neptunimney parce que les eaux ont joué un rôle important dans sa formation; l'autre que nous appelons phitomenne, parce que nous supposons qu'elle a été formée par la voie sèche. La première de ces séries s'est formée de bas en haut par l'addition de couches successives, dont la position relative est encore susceptible d'être reconnue, sauf quelques incertitudes dont les causes s'expliquent aisément ; mais la se-
dans la nature vivante , aucun argument contre TimmatériaUté de rftme de Thomme ; on doit éviter de confondre Tordre moral et Tordre physique; car, dç même que nos croyances religieuses ne doivent pas nous empêcher de voir les faits de la nature tels qu'ils sont, nous devons encore moins nous appuyer sur quelques observations faites avec nos sens grossiers^ pour attaquer des dogmes qui Uennent à un ordre de choses tout différent.
Du reste , quoique je considère les êtres vivants d'aujourd'hui comme provenant, par la voie de reproduction , de ceux des temps anciens , je n'entends pas dire que l'homme doive reconnaître un polype comme la première souche de sa noble race. Mais , quand U serait vrai qne Tespèce humaine aurait subi les mêmes changements de formes que nous présente l'ensemble de la nature vivante, cette circonstance ne ferait rien à l'existence du principe immatériel dont la religion nous apprend que Dieu a doué l'homme , ce principe étant aussi compaUble avec d'autres formes qu'avec celles qui distinguent l'homme d'acgourd'hui. Mais il y a plus, c'est qu'aucun des ^aits constatés par les observations géognostiques , ne peut être considéré comme destrucUf de la relation contenue dans la Genèse; nous ne pouvons, par exemple, nous prévaloir de nos observations négatives pour dire que Tbomme n'a pat été créé le même jour que les animaux terrestres : la seule conclusion forcée qui résulterait de cette circonstance combinée avec les hypothèses admises dans ce volume, c'est que si l'homme existait au moment de la formation des terrains houillers, ses poumons étaient organisés d'une manière qui lui permettait de vivre dans une atmosphère contenant une quantité d'acide carbonique suffisante pour faire mourir les hommes d'aujourd'hui. Or, il y a deux choses à remarquer à cet égard : Tune, c'est que cette hypothèse de Tabondance de l'acide carbonique n'est qu'un accessoire du système général adopté pour Texplication des phénomènes géologiques ; l'autre , c'est que la Genèse nous conduit eUe-même à supposer que les premiers hommes étaient doués d'un système respiratoire différent de celui dont jouissent les hommes d'aujourd'hui ; car ce qu'elle nous rapporte de leur longévité, annonce un ordre de choses plus ressemblant à ce qui se passe maintenant chez les reptiles et chez les poissons, qu'à ce qui a lieu chez les hommes actuels.
o(mde, qui a dû 86 former dans le sens opposé, c'est^-dire, de haut en bas, est entiôrementhypothétique, ence sens que les dépdtsquenous considéronseomme sa iM*emière assise , pourraient bien appartenir à la série neptunienne , et que les dépôts que nous croyons provenir des assises inférieures pourraient, à la rigueur, n'être que des terrains neptuniens modifiés par les feux souterrains.
769. Du reste , c'est une circonstance trés-remarquable , et en même temps très*fevorable à la théorie que nous avons adoptée, de voir que, malgré la différence qui existe dans le mode de formation que nous attribuons aux terrains neptuniens et plutoniens, chacune de ces deux séries concourt également à confirmer l'âge relatif que, pour des motifs différents, nous avons attribué aux divers groupes qui composent l'écorce solide du globe.
On a vu , en effet, que l'ordre que nous attribuons aux terrains neptuniens est fondé sur les superpositions de ces terrains , et sur ce que les corps organisés qu'ils recèlent se rapprochent toujours plus de ceux de l'époque actuelle, à mesure que l'on s'avance dans la série; tandis que l'ordre atU^ibué aux terrains plutoniens est fondé sur leur rapprochement graduel avec les substances rejetées par nos volcans. Or, quoique ces deux séries présentent des roches qui deviennent toujours plus différentes , à mesure que l'on s'avance dans chacune, la liaison des membres d'une série avec ceux de l'autre se fait toujours de manière à confirmer l'ordre qui leur est attribué dans leurs séries respectives. C'est ainsi que le terrain granitique présente ses principales liaisons avec le terrain talqueux; que le terrain porphyrique se lie avec les terrains hémilysiens et ammonéens ; que les terrains basaltiques et trachytiques étendent leur relations jusqu'aux terrains tériaires, et que le terrain volcanique se lie avec les terrains modernes et se forme encore sous nos yeux.
770. Il résulte de ce qui précède , que l'ensemble de notre tableau de dassification des terrains exprime Vordre de stmcture de l'écorce du globe , en allant de l'extérieur à l'intérieur ; que cet ordre peut être considéré comme positif jusqu'aux terrains granitiques , mais qu'il est purement hypothétique pour les groupes suivants , à tégard desquels il exprime seulement la position où nous supposons que se trouvent les masses d'où ont été détachées les parcelles qui sont parvenues à nos yeux.
Pour que ce tableau exprimât l'ordre des consolidations ou des mises en place , il faudrait prendre, pour point de départ, la séparation entre les terrains hémilysiens et agalysiens, et aller d'un cdté de l>as en haut , et de l'autre de haut en bas.
DBS