‹ Éléments de l'art de la teinture. Avec une description du blanchiment par l'acide muriatique oxigéné (volume 2)Chapitre 10 sur 68 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Des astringents en général et particuliérement d$ F acide gallique et du tannin .

Les astringents méritent une attention particulière , non-seulement parce qu’ils sont d’un grand usage dans la teinture , mais encore parce que l’on désigne , par ce nom , une propriété commune à un grand nombre de végétaux.

Il n’y a peut-être dans les végétaux aucune propriété sur laquelle on se soit d’abord contenté d’idées aussi vagues : souvent l’on s’en est tenu à un faible rapport dans la saveur , pour les comprendre dans la classe des astringents ; cependant on a regardé ordinairement comme astringent ou comme acerbe , toute substance qui change en noir une dissolution de fer ; on

a supposé que cet effet était dû à un principe identique , qui réside dans toutes les substances qui le produisent. L expérience a fait voir ensuite, qu il fallait admettre deux espèces d’astringents , savoir : le tannin et l’acide gallique; mais avant que de décrire les propriétés distinctes de ces deux substances , il convient de faire connaître la noix de galle qui les contient 1 une et 1 autre , dont on a principalement examiné les propriétés , et qui est d’un grand usage dans la teinture.

La noix de galle est une excroissance qu’on trouve sur les jeunes branches du chêne , principalement de 1 espèce qu’on appelle rouvre , qui croit dans le Levant l’Istrie et les départemens méridionaux de la France ; cette excroissance est produite par la piqûre d’un insecte, qui dépose ses œufs dans la petite incision qu’il fait au printemps ; le suc qui transsude de cette blessure s épaissit , s’accumule , et sert d’abri au jeune insecte , jusqu’à ce qu’il puisse s’échapper ; lorsqu il n y a point d’issue , on le trouve mort dans la noix de galle; quelquefois, après qu'il a quitté sa loge , d’autres insectes viennent l'occuper.

On distingue différentes espèces de noix de galle , il y en a qui tirent sur le blanc , le jaune , le vert , le brun , le rouge ; il y en a de cendrées et de noirâtres , et elles diffèrent beaucoup

EN GÉNÉRAL. q'I

par la grosseur : elles sont rondes ou irrégulières, légères ou pesantes, quelques-unes sont lisses et d’autres sont couvertes de protubérances : celles qui sont petites , noirâtres , grenues et pesantes sont les meilleures ; ce sont celles-là qu’on connaît sous le nom de noix de galle d'Alep , et qu’on nous apporte d’Alep , de Tripoli et de Smyrne ; on distingue le plus souvent en teinture les noix de galle en noires et blanches.

Les noix de galle se dissolvent presqu’en entier par une longue ébullition dans l’eau : seize gros, ont donné à Neumann quatorze gros d’extrait ; l’alcool n’a tiré que quatre grains du résidu , qui pesait deux gros.

La même quantité , traitée d’abord avec l’alcool et ensuite avec 1 eau , a donné douze gros deux scrupules d’extrait spiritueux et quatre scrupules d’extrait aqueux , le résidu pesait un demi - scrupule de plus que dans l’expérience précédente . 1 extrait spiritueux a une saveur plus forte et plus désagréable que l’autre (i).

Lewis, Macquer , Monnet , et les académiciens de Dijon , firent différentes expériences pour déterminer les propriétés de l’astringent qui est contenu dans la noix de galle ; ils observèrent

(ij The cliemical Works of Caspar Neumann , etc. by W illiam Lewis.

que la couleur noire quil donne aux dissolutions de fer , dépend d’une combinaison formée entre l’astringent et le fer : c’est à la suspension de ces molécules noires que sont dues les propriétés de l’encre ; si l’on étend de beaucoup d’eau la dissolution , ces molécules se précipitent sous la forme d’une poudre d’un bleu foncé ; ce sont elles qui se fixent sur l’étoffe que l’on teint en noir.

ïsfous nous arrêterons à ces résultats , parce que les propriétés que F astringent présente en différentes occasions et dans différentes circonstances , seront plus distinctes par la connaissance des deux substances que nous comprenons ici par le même nom,

C’est à Schécle qu’on doit la découverte de Facide gallique : nous allons rapporter la description que ce grand chimiste a donnée du moyen par lequel il Fa retiré , et des propriétés qu’il a trouvées dans cet acide.

« Je passai dans un tamis grossier une livre « de noix de galle , et je fis infuser cette poudre « avec une kanne ( deux pintes trois quarts) d’eau (i pure , dans un ballon de verre , je laissai ente suite reposer quatre jours , pendant lequel « temps on remua souvent avec une baguette de k verre: je filtrai la liqueur (i), qui était claire

(?) «: Si on emploie FçflU ebaude ou que l’on fasse

Ï’N & E îî E R A L. qQ

« et qui avait Ja couleur de vin de France ; je la « laissai à l’air libre dans le meme ballon de « verre, simplement couvert de papier gris : je « fis cette préparation au mois de juin. Un mois « après je revis celte infusion, et je Ja trouvai « couverte d’une pellicule épaisse de moisissure; « au reste , elle n’avait formé aucun précipité , « elle n’avait pas plus la saveur astringente qu’au- « paravant, mais plus acide ; je remis cette infu- « sion dans le meme ballon , également couvert « de papier. Cinq semaines après je l’examinai « de nouveau ; elle était bien à moitié évaporée; « j’y trouvai un précipité épais de deux doigts « et au-dessus une pellicule muqueuse ; elle avait « perdu toute saveur styptique , et colorait ce- « pendant encore le vitriol de mars en noir. Je « filtrai 1 infusion , et l’exposai encore une fois « a l’air libre : l’automne suivante , la plus « grande partie était évaporée ; mais ce qui restait « était mêlé de beaucoup de précipité. Je réunis « tous ces précipités , et je versai dessus de l’eau « froide ; après qu’ils se furent déposés, je dé- « cantai l’eau et j’y versai alors autant d’eau « chaude qu il était nécessaire pour leur dissolution : je filtrai le tout ; la liqueur était d'un

'er ce mélangé à la chaleur , fin IWon n’est pas claire ; c est ce qui m’a déterminé à employer l’eau froide et la digestion à froid ». Journ. de Phys. iySy.

« brun jaune ; je la fis évaporer à une douce cha- « leur ; pendant l’évaporation , une partie se prête eipita comme un sable fin , et partie forma « au fond des cristaux disposés en soleil : ce sel « était gris , et malgré les dissolutions et crista- « lisations répétées , il me fut impossible de « l’ obtenir plus blanc.

Ce sel de noix de galle se comporte de la manière suivante :

<t i°. Il a un goût acide , il fait effervescence « avec la craie , et colore en rouge l’infusion de « tournesol ;

« a°. Pour dissoudre complètement une demi- « once de ce sel , il faut une once et demie d’eau « bouillante ; mais aussitôt que la dissolution se « réfroidit , le tout forme une masse concrète , « composée de petits cristaux. Une demi - once « exige douze onces d’eau froide pour sa dissoa lution ;

« 3°. Il se dissout très - aisément dans l’esprit- « de-vin : pour une demi-once de ce sel, il n’en « faut qu’une demie d’esprit-de-vin bouillant; « mais si l’on emploie l’esprit-de-vin froid , alors « il faut pour une demi-once deux onces d’esprit ;

« 4°. Dans un creuset à feu ouvert , il s’en- « flamme promptement , se fond en donnant une « odeur agréable , mais il donne ensuite un char- « bon oui se réduit difficilement en cendres :

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(c 5°. Distillé dans la cornue , il devient d’abord

« Fluide , et donne un phlegme acide ; il ne passe « point d’huile, mais à la lin il s’élève un sublimé « blanc qui s’attache au col de la cornue et qui « reste fluide aussi long- temps qu’il est chaud ; « mais ensuite il se cristallise: on trouve dans la « cornue beaucoup de charbon ; ce sublimé a « presque l’odeur et le goût de l’acide benzo- « nique ou sel de benjoin ; il se dissout aussi bien « dans l’eau , que dans l’esprit-de-vin ; il rougit * l’infusion de tournesol ; et ce qui est remar- « quable , il précipite les dissolutions métalli- « ques avec leurs différentes couleurs , et le « vitriol de mars en noir.

« 6°. La dissolution de sel de noix de galle , « versée dans la dissolution d’or , la rend d’un « vert sombre , et en précipite à la fin une « poudre qui est de l'or revivifié ;

« 70. La dissolution d’argent devient brune, « et dépose , à la chaleur , une poudre grise qui « est de l’argent revivifié ;

« 8<>. La dissolution de mercure est précipite tée en jaune orangé ;

« 9°. La dissolution de cuivre donne un prête cipité brun ;

tt io°. La dissolution vitriol ique de fer devient « noire ; plus l’eau en est chargée , plus la coûte leur est foncée ;

« n°. Le plomb dissous dans le vinaigre est « précipité en blanc ;

« 1 2°. Le bismuth donne un précipite d’un « jaune citron ;

« i3°. L’acide molybdique devient d’un jaune « obscur , sans qu’il y ait aucun précipité ;

« i4°. Le platine, le zinc , l’acide arsenical , « et l’étain , le cobolt et le manganèse n’éprou- « vent aucun changement ;

« i5°. Les dissolutions de chaux, de magné- « sie , d’alumine et de baryte , ne sont pas dé- « composées ; mais l’eau de chaux donne un « précipité gris abondant ;

« i6°. Le sel de noix de galle est changé en « acide oxalique , par 1 acide nitrique distillé « dessus , suivant le procédé ordinaire ;

« Le précipité blanc que l’on obtient lorsque « l’acétate de plomb est précipité par la noix de « galle , peut être de nouveau décomposé par « l’acide vitriolique , et on obtient le sel de noix « de galle dans sa plus grande pureté : mainte- « nant , comme l’infusion de noix de galle prétc cipite l’acétate de plomb , j’ai cru pouvoir me « procurer ce sel d’une manière encore plus ex- « péditive ; mais cela ne m’a pas réussi , car lors- « que j’eus décomposé ce précipité , par le « moyen de l’acide vitriolique , je retrouvai mon « infusion de galle avec son goût astringent or- « dinaire,

« Si on distille la noix de galle à un leu vio- « lent , on obtient un phlegme acidulé dont

Eîf GÉNÉRAL. Jo3

* l’odeur n’est pas désagréable ; il ne passe point « d’huile , mais à la fin il s’élève du sel volatil , « pareil à celui que l’on obtient du sel de noix « de galle distillé (n°. 5), et qui a les mêmes « propriétés. Il paraît , d’après cela , que ce sel « existe tout formé dans l’infusion de noix de « galle , quoiqu’on ne puisse pas l’obtenir « par la voie de cristallisation ordinaire, car « il est si intimement uni avec quelque principe « mucilagineux ou autre matière , quelle ne peut « en être séparée sans un mouvement intérieur « ou sans fermentation ».

Avant que de poursuivre l'examen des propriétés de l’acide gallique , auquel , depuis les expériences de Schéele , les chimistes attribuèrent exclusivement les effets des astringents, nous devons faire connaître l’autre substance qui a des propriétés communes avec lui , mais qui en diffère par quelques autres , le tannin.

L’art du tannage était livré à une pratique aveugle , lorsque Seguin fit voir que les astringents contenaient une substance particulière qui , en se combinant avec la peau , lui donnait les propriétés du cuir tanné , et que c’est à cette combinaison qui se forme , qu’est dû le tannage : pour rendre cet art régulier , il n'eut plus qu’à déterminer les circonstances nécessaires pour former cette combinaison et lui don-

11er les qualités qu’on en exige (i). Il fit voir que la colle animale avait la propriété de former une combinaison pareille avec le tannin, de sorte qu’cn mêlant une dissolution de colle forte avec une infusion astringente , il se précipite une substance analogue au cuir tanné , et par cette épreuve on peut reconnaître la quantité et la qualité du tannin dans une substance astringente , en suivre et en mesurer les effets dans les opérations du tannage.

Dès-lors , les chimistes ont cherché les moyens de séparer le tannin de l’acide gaélique : Proust a indiqué , pour opérer cette séparation , le muriate d’étain , qui , quel que soit son état d’oxidation , est décomposé par le tannin , pendant qu’il ne l’est pas par l’acide gallique. Le tannate d’étain qui se précipite est ensuite décomposé par l’hydrogène sulfuré , de sorte que le tannin reste pur (a) ; mais ce savant chimiste a reconnu lui-même que ce procédé était imparfait , qu’une partie du tannin restait en dissolution , et qu’une portion de substance extractive acccompagnait la partie qui se précipitait (3).

Fiedler a prétendu séparer l’acide gallique du tannin par le moyen de l’alumine précipitée du

(1) Jour, de raanuf. et arts , tom. 3 ? annal, de cLini. tom. 20.

(2) Ann. de chim. tom. 26.

(3) Ibid. tom. 41,

EN général. io5

sulfate (i) ; mais, en répétant avec soin ce procédé , nous avons observé qne l’acide gallique se combinait aussi avec F alumine , et nous n’avons pu le séparer par ce moyen. Lorsque la gélatine précipite le tannin , l’acide gallique , qui reste liquide, en retient une partie ; car ces deux substances exercent une action mutuelle qui s’oppose à leur séparation , et nous avons tenté en vain différens procédés pour surmonter efficacement cet obstacle.

L’acide gallique et le tannin précipitent l’un et l’autre les dissolutions de fer ; Proust prétend qu'ils ne peuvent se combiner avec le fer que lorsqu'il est au dernier terme d’oxidation ; cette opinion a été discutée ailleurs (2) ; nous nous contenterons de remarquer ici , que le tannin et sur-tout l’acide gallique forment avec le fer même une dissolution d'un bleu noir , comme Délavai et Priestley l’ont observé avec l’infusion de noix de galle : il y a décomposition d’eau ; mais alors le fer ne peut être amené qu’au degré le plus bas d oxidation : la dissolution de fer par l’acide acétique la moins oxidée , est aussi rendue noire par le tannin ou l’acide gallique. Ces faits suffisent pour prouver que , si le sulfate et le mu* riate de fer peu oxidé ne produisent pas une

(1) Journ. de Van JVlons , tom. icr.

(a) Essais de statique cliim. tom. 2.

couleur noire avec le tannin ou l’acide gallique , cet effet ne dépend que de l’action trop forte que les acides exercent alors sur le fer peu oxide , et Proust indique lui-même cette cause ; mais quoi qu’il en soit , il n’en est pas moins vrai , comme il le pense , que ces sels métalliques ne servent à la teinture , qu’autant qu’ils sont trèsoxidés , ou que l’oxide de fer prend de l’oxigène , pendant qu’il est dans le bain de teinture et pendant l’évent que l’on donne aux étoffes qui sortent de ce bain.

Le même chimiste a fort bien observé la différence de la précipitation produite par le tannin et par l’acide gallique. « Le sulfate rouge « est précipité par le tannin en bleu un peu « sale : ce dépôt est abondant , grossier et noir « quand il est sec. Si on lui compare le préci- « pité que ce sulfate donne avec l’acède gallique , « on voit qu’il diffère beaucoup ; ce dernier est « d’une ténuité extrême et se soutient long-temps « dans l’eau ; il est parfaitement noir : le galate « de fer est soluble dans les acides ; le tannate de « fer s’y décompose ; il leur abandonne le fer , « et la partie tannante se précipite ».

Enfin il a observé que le tannin n’était point une substance uniforme ; mais il regarde celui qu’il a obtenu du cachou, du sang-dragon , du sumac et du bois jaune, comme ayant des propriétés assez tranchées pour en faire des espèces.

Vauquelin a egalement trouvé une différence entre le tannin de la gomme Lino , et celui du tan ordinaire (i) : il remarque qu’il précipite le fer en verd , comme celui du quinquina et de la rhubarbe.

Cette différence entre les tannins est facile à saisir, lorsqu’on fait des expériences comparatives sur le cachou et sur la noix de galle, ou sur 1 écorce de chêne : on peut même en remarquer une, en comparant les précipités qu’on obtient avec la gélatine et les astringents , dont les propriétés sont le plus rapprochées , telle que la noix de galle et le sumac : le tannate qui se produit avec le sumac , se précipite beaucoup moins promptement; il est moins friable et moins coloré que celui que donne la noix de galle.

S il se trouve, dans les astringents, une différence qui empêche de regarder leurs propriétés comme exactement les memes 5 il y en a aussi une entre les tannates, qui se forment avec les différentes substances animales et le même tannin ; car cette propriété de former une combinaison avec le tannin , n’appartient pas exclusivement à la gélatine ; l’albumine la possède aussi , mais les tannates qu’elle forme sont beaucoup plus friables et moins colorés que ceux qui sont dus à la gélatine.

(0 Annal, de cliim. tom. 46.

On voit, par ce qui précède, que les astringents peuvent devoir la propriété de colorer en noir à deux substances distinctes , à l’acide gallique et au tannin , et que le dernier , loin d’être identique , a des propriétés qui diffèrent plus ou moins , peut-être , dans tous les végétaux qui le possèdent. Un moyen de distinguer les substances qui ne contiennent que le tannin , c est d examiner si le précipité que l’on obtient se forme promptement, en laissant le liquide qui surnage, sans couleur ; c’est ce qui arrive lorsqu’on précipite, par exemple , le tannin du cachou ; mais si l’on ajoute à la dissolution un peu d acide gallique , la liqueur qui surnage retient long-tems une couleur noire : différents astringents examinés de cette manière , et entre autres , l’écorce de chêne , nous ont paru ne point contenir d’acide gallique , il n’y a , après la noix de galle , que le sumac qui ait présenté par là des indices de cet acide ; cependant il doit en contenir peu, car l’ayant soumis au procédé de Schéele, nous n’en avons pas obtenu ; mais tous les astringents nous ont donné, avec le papier bleu , des indices d’acidité , qui sont meme assez considérables dans le cachou , quoiquon ne puisse y soupçonner l’existence de l’acide gallique ; de sorte que l’acidité n’est pas une preuve de 1 existence de l’acide gallique , mais qu elle peut appartenir au tannin , ou être due à un acide étranger.

La noix de galle blanche, soumise au procédé de Schéele , produit assez promptement un dépôt abondant et moins coloré que celui que donne la noix de galle noire : il n’en a pas non plus l’apparence cristalline ; cependant c’est l’acide gallique qui forme ce dépôt, et il n’est point dans un état de combinaison. Il nous paraît probable que cette noix de galle en contient une plus grande quantité ; cependant nos expériences ne nous mettent pas en état de l’affirmer. Nous avons comparé les quantités relatives de tannin que ces deux espèces de noix de galle donnent , lorsqu’on le précipite par la gélatine ; nous avons obtenu sensiblement la meme quantité de précipité de l une et de l’autre , ensorte que nous ne pouvons indiquer , jusqu’à présent , en quoi consiste la différence qui distingue ces noix de galle , et que l’on y trouve dans les usages de la teinture.

Une partie de l’acide gallique existe certaine* ment dans la noix de galle ; mais ne s’en forme* t-il point dans le long espace de temps qu’exige le procédé de Schéele? Nous ne saurions, jusqu’à présent , répondre à cette question ; mais nous sommes portés à croire que le tannin se détruit en grande partie , ou qu’il éprouve une altération qui permet à l’acide gallique , qui était dans un état de combinaison avec lui , de cristalliser; car Schéele remarque que l'infiision

de noix de galle perd toute sa saveur astringente ; cependant une partie du tannin est préservée de cette altération , par Faction même de l’acide gallique , et le retient avec lui dans sa précipitation et sa cristallisation.

C’est cette portion de tannin que retient l’acide gallique , obtenu par le procédé de Schéele , qui altère sa couleur et qui s’oppose à ce que l’on en puisse bien isoler les propriétés : des cristallisations répétées ne font que le rembrunir , par la décomposition que la chaleur y produit. Nous avons tenté différents moyens pour purifier cet acide ; celui qui nous a le mieux réussi consiste à le traiter avec l’oxide d’étain , récemment précipité de sa dissolution par un acide ; alors l’acide gallique perd sa couleur , l’oxide retient le tannin qui l’altérait , et il cristallise en aiguilles très-blanches : dans cet état , il est parfaitement semblable , par ses propriétés , à celui qu’on obtient par sublimation , on a pu voir que Schéele avait observé cette sublimation , mais Deyeux l’a fait connaître avec plus de détails : il a prescrit les ménagements qu’exige la distillation de la noix de galle , pour obtenir cet acide sublimé , et il a remarqué qu’une partie passait dans la liqueur, pendant qu’une autre se décomposait par le feu , en sorte que malgré les précautions que l’on prend , ou n’en obtient par-là qu’une petite quantité. Deyeux

EN GÉNÉRAL. 1IÏ

prétend que lorsqu’on soumet cet ncide à la distillation , ainsi que ses combinaisons avec les oxides , il s’en dégagé du gaz oxigène pur , et qu’il laisse beaucoup de charbon ; mais nous n’avons retiré en gaz . que de l’acide carbonique de cette distillation, que nous avons faite avec le plus grand soin , dans la vue de constater le résultat extraordinaire qui était annoncé.

L oxide d’étain , par le moyen duquel on purifie l’acide gallique, paraît en retenir une portion , et en diminuer un peu la quantité ; mais nous n avons pas observé cette décomposition dont parle Proust (i) , probablement parce quelle n’a lieu que dans la portion qui se combine avec 1 oxide d étain , dont nous avons négligé l’examen , et comme il a traité immédiatement 1 infusion de noix de galle avec l’oxide d étain , la quantité de tannin a pu déterminer la combinaison de tout 1 acide gallique qui se trouvait avec lui ; ce qui n’a. pas lieu lorsque 1 on traite ainsi 1 acide, gallique , qui n’a retenu quune petite portion de tannin.

On peut encore purifier l’acide gallique , par le mojen de 1 albumine , qui, en se coagulant par la chaleur , sépare le tannin avec elle, mais elle retient en même-temps de l’acide gallique , et une portion de l’albumine reste liquide avec

(0 Annal, de china, tom. 42.

l’acide gallique , que l’on a de la peine à en se*parer par la cristallisation , de sorte que le premier moyen est préférable.

L’acide gallique dans son état de pureté , fait effervescence avec les carbonates alcalins , et il prend , en se combinant avec la potasse et la soude , une couleur bleu - verdâtre , qui devient par la chaleur , si foncée , que le liquide paraît noir à un certain degré de condensation ; mais elle est verte , si on délaie le liquide , ou si on le met dans un tube de petit diamètre : il prend une couleur bleue avec la chaux , la baryte et la strontiane ; mais en ajoutant une plus grande quantité d’acide , la couleur devient rouge en passant par différentes nuances : il forme des précipités avec ces terres alcalines ; cependant le liquide reste coloré. Cet acide soutient difficilement l’ébullition , sans prendre une nuance brune , et sans éprouver un peu de décomposition.

Les observations que nous venons de présenter sur les propriétés de l’acide gallique , different de celles de Schéele , en ce que , selon lui , cet acide forme des sels solubles avec les alcalis terreux , excepté l’eau de chaux ; c’est que ses épreuves ont été faites avec des dissolutions par les acides , de sorte que l’acide qui était présent n’a pas permis aux sels , naturellement insolubles, de se précipiter. Il nous paraît qu’on peut affirmer

EN GÉNÉR AL. Il3

egalement que cet acide forme , avec tous les oxides , des sels insolubles , quand cette insolubilité n’est pas surmontée par l’action d’un acide ou d>un alcali.

Les affinités du tannin paraissent différer trèspeu de celles de 1 acide gallique , au moins dans les combinaisons qui ont rapport à l’art de la teinture : les différences que l’on remarque dans buis effets , nous jaaraissent s’expliquer naturellement par celles de leur solubilité.

foutes les espèces de tannin paraissent l’emporter sur l’acide gallique , par leur disposition a la solidité ; car, premièrement elles forment une substance insoluble avec la gélatine, pendant que l’acide gallique reste en combinaison liquide avec elle ; mais l’albumine , qui a plus de disposition à se coaguler que la gélatine, peut donner une combinaison insoluble avec l’acide gallique; 20. la combinaison du tannin avec les dissolutions de fer , forme un précipité qui se séparé et se dépose promptement , pendant que l’acide gallique ne produit qu’une liqueur transparente , dont les molécules colorantes se déposent lentement , et seulement au moyen de quelques circonstances. >. Proust a observé que les carbonates alcalins et la plupart des sels neutres très-solubles , ont la propriété de précipiter le tannm de ses dissolutions, par la plus grande affinité qu’ils ont pour l’eau , pourvu que la pro- *’ 8

ï 1 4 D E LA TEINTURE

portion de l’eau ne soit pas trop grande ( i ) ; l’acide sulfurique agit de même. 4°- Le même Chimiste a observe , et l’observation avait été faite dans la première édition de ces éléments , que , lorsque l'on fait plusieurs décoctions successives de la noix de galle , les dernières ne contiennent plus d’acide gallique.

Ce n’est même que par cette plus grande disposition à former des combinaisons solides , que les propriétés du tannin paraissent différer , relativement aux teintures , de celles de plusieurs substances colorantes , dans lesquelles on la trouve seulement à un moindre degré. Ainsi la dissolution de campêche et de fernambouc ne forme point de précipité avec la gélatine ; mais elle en produit un avec l’albumine , par le moyen de la chaleur : la dissolution du bois jaune , donne un précipité avec la gélatine , de sorte qu elle contient , selon l’observation de Chaptal , que Proust a également faite , une substance analogue au tannin (2) ; la portion qui n’est pas précipitée donne un jaune plus clair et plus vif ; mais cette portion-là même se sépare en se coagulant avec l’albumine. D’un côté, plusieurs substances employées comme astringentes, ont la propriété de teindre en différentes nuances de

(1) Ann. de chira, tom. 34»

(2) Mém. de l’Instit. tom. 2

fauve et de jaune ; d’autre part les substances colorantes, qui ont une couleur foncée , produisent aussi une couleur noire avec les dissolutions de fer , et les noirs que l’on donne aux toiles imprimées sont ordinairement dus à la garance.

Les astringents ne sont pas seulement employés pour faire des bains de teinture noire; mais ils servent encore à préparer les étoffes par l’opération qu'on appelé engallage , et qui consiste à imprégner les étoffes du principe astringent de la noix de galle , ainsi qu’on le dira.

Il fallait déterminer quelle part peuvent avoir dans cette opération l’acide gallique et le tain nin; pour éclaircir cet objet, nous avons imprégné d’acide gallique des échantillons de soie , de laine et de coton, et ensuite nous les avons passés dans une dissolution de fer : aucun de ces échantillons ne s’est coloré en noir , et même le coton n’a pris aucune teinte ; mais des échantillons semblables , imprégnés de la même manière d’infusion de noix de galle , ont pris une couleur noire avec la dissolution de fer : en fesant l’opération contraire , c’est-à-dire , en commençant par imprégner les étoffes de dissolution de fer , nous avons eu un résultat semblable ; après cela , nous nous sommes assurés qu’au moyen du tannin , l’acide gallique entrait aussi en combinaison avec les étoffes , de sorte que

dans l’engallage , l’étoffe s’unit aux deux substances qui peuvent donner du noir avec les dissolutions de fer ; lorsque l’on imprègne l’étoffe* du tannin seul , elle prend aussi une couleur noire. L’une et l’autre substance contribuent donc à la teinture noire, lorsqu’elles sont mêlées dans la noix de galle, et le tannin, non l’acide gallique , produit un effet analogue lorsqu’il se trouve seul. Il suit de là, que comme l’une et l’autre substance peuvent donner un précipité noir avec le sulfate de fer, l’on peut juger au moins par approximation de l’effet des différentes substances astringentes dans les teintures en noir.

Une discussion s’était élevée sur la propriété de l’écorce de chêne, que l’on prétendait pouvoir être substituée avec avantage à la noix de galle, dans toutes les teintures en noir, même à égalité de poids : on s’appuyait de ce qu on pouvait substituer cette écorce à la proportion ordinaire de noix de galle que les chapeliers de Paris fesaient entrer dans leurs bains de teinture ; mais cet effet est dû à ce que la teinture des chapeaux est particulièrement produite par le campêche , comme on peut s’en assurer en appliquant sur un chapeau , un acide , l’acide muriatique par exemple , qui le fait rougir aussitôt, comme il arrive à toutes les couleurs qui sont dérivées du campêche : il ne faut donc, dans

cette teinture , qu’un peu de substance astringente qui semble ne servir qu’à foncer la couleur donnée par le campêche, par une autre nuance; en effet, il n’entre qu’une très-petite quantité de noix de galle , dans le procédé dont on se sert ordinairement pour les chapeaux : nous avons vu un habile chapelier n’employer qu’un trentième de noix de galle sur la quantité de bois de Campêche.

La discussion dont nous venons de parler fut portée à l’académie des sciences. Le rapport de ses commissaires contient des détails qui peuvent être utiles , parce qu’ils donnent la proportion du principe astringent que l’on obtient de différentes substances et de l’effet comparatif qu’elles produisent dans les teintures en noir ; c’est ce qui nous engage à en donner l’extrait.

Les commissaires (Lavoisier , Vandermonde , Fourcroy et l’auteur des éléments) comparèrent r dans leurs expériences , la noix de galle , l’écorce' de chêne , la rapure du chêne prise dans l’intérieur du bois , la rapure d’aubier de chêne , le bois de campêche et le sumac , pour déterminer la proportion du principe teignant contenu dans ces substances : iis prirent successivement deux onces de chacune , qu’ils firent bouillir pendant une demi - heure dans trois livres d’eau ; à cette première eau , ils en firent succéder une seconde qui subit une même ébulii-

IlB DE LA TEINTURE

tion , et ils continuèrent jusqu’à ce que ces substances parussent épuisées , en mêlant ensemble les décoctions qu’ils avaient obtenues : ils se servirent d’une dissolution de fer bien claire , en déterminant exactement la proportion de l’eau et du sulfate, Ils jugèrent d’abord de la quantité du principe astringent par la quantité de sulfate que chaque liqueur pouvait décomposer , et ensuite par le poids du précipité noir qui se déposait plus ou moins promptement , en y ajoutant une quantité suffisante d’eau : pour s’arrêter précisément au point où l’addition du sulfate devient superflue , il faut procéder très-lentement à la précipitation , ne verser sur la fin la dissolution de sulfate que goutte à goutte , et s’arrêter au moment où une nouvelle addition de cette substance n’augmente plus l’intensité de la couleur noire. Quand la liqueur est trop opaque , et qu'on ne peut plus distinguer de changement de couleur , on en étend une petite portion dans beaucoup d’eau ; on y ajoute , au bout d’un tube de verre , un peu de la dissolution de sulfate de fer , et l’on reconnaît parla si I on a atteint le point de saturation ; lorsqu’on veut ensuite faire déposer le précipité pour le recueillir , il faut étendre la liqueur de beaucoup d’eau.

Cette opération mérite attention , par ce que c’est un moyen facile de déterminer dans les at-

en général. nrj

teliers les justes proportions des astringents et des dissolutions de 1er ; mais il faut faire attention que les dissolutions de fer doivent être trèsoxidées pour produire le plus grand eflet ; quoique l’on n’ait pas eu egard à cette considération dans les expériences dont nous rappelons les résultats , ils n’en méritent pas moins de confiance , parce que c’est le même sulfate de fer qui a servi à toutes les épreuves.

Pour saturer la décoction de deux onces de noix de galle, il fallut 3 gros 61 grains de sulfate de fer. Le précipité sec pesait 7 gros grains.

La décoction d’écorce de chêne était d’une couleur jaune foncé , une très-petite quantité de sidfate de fer lui donna une couleur rougeâtre sale ; une addition plus considérable la fit passer au brun noir: il fallut 18 grains de sulfate de fer pour saturer la décoction de deux onces de cette écorce : le précipité rassemblé et séché était en molécules plus grossières , plus difficiles à diviser et pesait 22 grains: le liber de chêne présentait , à très-peu de chose près , les mêmes résultats.

La décoction de la rapure du coeur de chêne exigea un gros grains de dissolution et donna un gros grains de précipité. La décoction de 1 aubier de chêne ne produisit que très-peu de précipité.

La décoction de sumac prit une couleur rouge-

violette , lorsqu on y ajouta un peu de dissolution de sulfate de fer, dont il fallut 2 gros 18 grains: le précipité ressemblait parfaitement à celui que donne la noix de galle , mais un accident empêcha d’en constater le poids.

La décoction de campêche se colora en bleu de saphir par l’addition du sulfate de fer : en excédant le point de saturation, le bleu devint verdâtre et se salit 5 la quantité nécessaire pour atteindre le point de saturation fut de 2 gros 12 grains. Les accidents de couleurs que nous venons de rapporter seraient différents selon l’état d’oxidation.

On fit ensuite des épreuves de teinture sur des échantillons de drap de laine : elles firent voir que les quantités d’astringents propres à donner à un poids égal du même drap , une couleur noire de pareille intensité , étaient proportionnelles aux quantités de principe astringent qui avaient été déterminées par les expériences dans chaque espèce ; mais le noir qu’on obtint avec les différentes parties du chêne 11e résista pas autant au débouilli que celui qu’on avait produit avec la noix de galle.

Si les astringents , que l’on a essayés dans les épreuves précédentes , et dont les résultats s’accordent avec les expériences de Lewis et de Beunie , prouvent qu’ils 11e peuvent être comparés à poids égal de noix de galle ? et si le su-

en général.

mac seul approche de son effet , il ne faudrait pas en conclure qu’on ne peut s’en servir pour teindre en noir \ mais il nous parait qu il serait beaucoup plus avantageux de les employer dans l’engallage que dans le bain de teinture, parce que les molécules noires que le tannin forme avec l’oxide de fer , s’isolent et se précipitent trop promptement : nous avons fait un noir assez foncé en traitant ainsi avec le tannin de l'écorce de chêne , la laine et même la soie.

On dit dans les mémoires de Stockolm pour 1763 , qu’on peut substituer à la noix de galle Yuva ursi cueilli en automne et séché avec soin 9 afin que ses feuilles restent vertes.

Si l’acide gallique , les différentes espèces de tannin et plusieurs autres substances colorantes, telles que le campêche , le fernambouc et la garance , donnent , avec les dissolutions de fer , des noirs plus ou moins foncés , il doit y avoir quelque chose de commun dans la manière d’agir de ces substances, quelle que soit d’ailleurs la différence de leurs propriétés ; c’est ce qu’il s’agit à présent de déterminer.

Monnet et les académiciens de Dijon ont déjà remarqué que la dissolution de noix de galle réduisait le métal des dissolutions d’or et d’argent ; Scbéele a observé que l’acide gallique produisait cet effet , et Proust a non-seulement constaté cette propriété dans le tannin , mais encore dans

plusieurs autres substances colorantes : on peut déjà conclure de ces faits que les astringents et même les substances colorantes en général , ont la propriété d’enlever l’oxigène aux substances qui peuvent le céder facilement.

Une observation de Proust nous apprend que l’astringent produit un effet semblable sur les dissolutions de fer. Ce célèbre chimiste a fait évaporer une dissolution de fer très-oxidée, après l’avoir précipitée par la noix de galle , et d a remarqué que le liquide , après l évaporation , laissait cristalliser du sulfate verd ou peu oxidé. Il résulte de là que les molécules noires qui se précipitent ne contiennent le fer que dans le moindre degré d’oxidation , puisqu’elles laissent dans cet état, même celui qu elles ne peuvent enlever à l’acide.

Les molécules noires tiennent donc le fer dans un état où lui-même il est noir : d’un autre côté , l’astringent, en absorbant ainsi l’oxigène, doit éprouver les changements qu’il subit , lorsqu’il se combine avec l’oxigène ; or l’infusion d’un astringent se fonce en couleur et brunit par la simple exposition à l’air , et nous verrons dans le chapitre suivant qu’il éprouve les mêmes changements que produit une légère combustion , en prenant ce mot dans ce sens qu’il se fait une diminution de son hydrogène et de son oxigène , de manière que le charbon devient prédominant.

L’astringent doit éprouver cet effet à un liaut degré parce qu’il contient une grande proportion de charbon , car une partie de noix de galle laisse , lorsqu’on l’a distillée , plus de | de son poids de charbon ; mais lorsque l’on se sert d’un sulfate très-oxidé , il paraît par les expériences de Proust qu’une partie du tannin est dénaturée par une action trop forte de l’oxigène.

Nous voyons donc comment les molécules noires peuvent résulter d'une combinaison qui est formée d’oxide de fer noir et d’une substance qui doit prendre à-peu-près la meme couleur ; pourquoi les astringents , quoique différents parleurs autres propriétés , doivent produire un effet analogue , et pourquoi enfin des substances colorantes qui en diffèrent beaucoup , donnent cependant , avec des dissolutions de fer , des couleurs qui approchent plus ou moins de la nuance noire.

Nous observerons que l’acide gallique présente dans son action , sur les dissolutions de fer , une petite différence qui paraît annoncer qu’il possède à un moindre degré la propriété d’enlever loxigène au fer : le tannin peut produire une couleur noire dans un sulfate qui est assez peu oxidé pour que l’acide gallique n’en change pas la nuance , à moins qu’il ne reste exposé à l’air.

£n comparant toutes les observations que nous

I2/j DE LA TEINTÜRE

avons présentées sur les astringents, on peut en tirer les conclusions suivantes :

i°. L’acidc gallique ne peut lui seul servir à la teinture en noir , mais il peut contribuer à l’effet par le moyen du tannin , soit en se combinant avec l’étoffe , soit en se fixant dans le bain de teinture sur l’étoffe engallée.

2°. Le tannin peut servir sans le secours de l’acide gallique à la teinture noire ; les différentes espèces de tannin doivent avoir à cet égard des propriétés différentes pour la qualité du noir , lesquelles ne peuvent être déterminées que par des expériences directes. Les astringents , outre la qualité du noir qu’ils donnent , diffèrent aussi par la quantité ; ainsi , l’écorce de chêne et les autres parties de ce bois contiennent beaucoup moins d’astringent que la noix de galle.

3°. C’est sur-tout pour l’engallage que les astringents , qui ne contiennent pas de l’acide gallique , peuvent remplacer la noix de galle , parce que les molécules noires qu’ils forment se précipitent trop promptement , et que d’ailleurs la quantité qu’il faudrait employer pour remplacer la noix de galle serait trop considérable et embarrasserait le bain de teinture : le sumac est celui des astringents connus qui approche le plus de la noix de galle , et qui est le plus propre à la remplacer.

EN GÉNÉRAL. j 2 5'

' 4°. Pour l’encre dans laquelle on a besoin que les molécules colorantes ne se précipitent pas , aucun astringent connu ne peut être substitué à la noix de galle , pas même le sumac , ainsi que Lewis Fa éprouvé dans les excellentes observations qu’il a données sur cette préparation (1) qui mérite de nous arrêter.

Si 1 on met une trop grande proportion de sulfate de fer avec la noix de galle , l’encre brunit promptement , et passe au jaune , parce que l’astringent est détruit par Faction de l’oxigène que lui cède le sulfate de fer et que celui-ci continue d attirer de 1 atmosphère \ car nous verrons que Foxigène finit par détruire les substances colorantes avec lesquelles il se combine en trop grande quantité. Lorsque cet accident arrive par la vétusté , Lewis a éprouvé que l’infusion de noix de galle , passée sur les caractères alté- 1 1 s , les létablissait ? et Biagden a indiqué un moyen encore plus efficace , qui est le prussiated alcali. Lewis a trouvé que la meilleure proportion pour l’encre était de trois parties de noix de galle , contre une de sulfate de fer , que la gomme de cerisier et celle de prunier étaient aussi propres que la gomme arabique à donner la consistance nécessaire et à tenir en suspension les mo-

(0 Expér. phys. et dura, sur plusieurs matières znçrce et aux arts ; tom, 2.

au com-

lécules noires qui tendent à se précipiter , et que la décoction de bois de campêche , employée au lieu d’eau pour l’infusion de noix de galle , a augmenté la beauté de l’encre.

Nous avons remarqué que l’acide gallique et le tannin donnaient l’un et l’autre au fer la propriété de décomposer l’eau et de faire par ce moyen une dissolution de fer qui passe du bleu ou du violet au noir. Délavai dit (i) qu’il a produit avec la dissolution de ce métal , par une infusion de noix de galle , le noir le plus foncé et l’encre la plus indélébile ; il ajoute qu’ayant plongé dans cette teinture des soies et des étoffes en laine , sans y ajouter aucun acide , il les avait retirées du noir le plus foncé et le plus indestructible. Proust dit aussi qu’il préférerait , et pour la durée et pour la beauté , l’encre faite par la dissolution du fer dans l’infusion de noix de galle , à celle qui est préparée avec le sulfate de fer (2) ; il remarque au meme endroit que la combinaison de l’ acide gallique et du tannin avec le fer , n’est pas changée en prussiate de fer par le prussiate de potasse , observation qui avait déjà été faite par les académiciens de Dijon.

Nous avons rapporté que Lewis avait observé

(1) Recherches expérimentales.

(2) Ann. de chim. tom. 35.

qu’une décoction de campêche augmentait la beauté de l’encre ; l’on observe sur-tout dans les teintures en noir qu’une addition de campêche donne plus d’éclat au noir , et nous verrons qu’il est avantageux de fixer une couleur bleue sur l’étoffe que l’on veut teindre en noir : or , le campêche, fait avec l’oxide de cuivre, que l’on ajoute dans les teintures en noir , une couleur qui est bleue , et qui contribue à la beauté du noir par le mélange de cette couleur.

Nous remarquerons à cet égard que le noir des teintures n’est produit que par la condensation de molécules qui plus isolées jouissent d’une couleur particulière telle que le bleu , le fauve , le violet. Or , le mélange de deux substances , dont la couleur affaiblie est différente, donne un noir plus intense. Cet effet se remarque facilement dans le mélange de deux liqueurs d une couleur foncée , même lorsqu’il ne se fait aucune précipitation par l’action mutuelle. Nous rappellerons à cette occasion une observation de Hooke citée par Newton. « Si on prend deux « liqueurs colorées, l’une rouge , l’autre bleue, « en quantité suffisante pour qu’elles paraissent « bien foncées , quoique chacune à part soit « assez diaphane , elles cesseront de letre par « leur mélange ; car l’une ne transmettra que

* f^es ray°ns rouges , et l’autre ne transmettant

* cIue ^es rayons bleus, il n’en passera plus au-

« cun à travers les deux liqueurs mêlées en- « semble (i)».

Cependant le résultat n’est pas exactement tel que l’annonce Newton , pourvu que les deux liqueurs ne soient pas de nature à produire un précipité. La couleur transmise est différente des deux couleurs isolées et toujours beaucoup plus foncée ; mais si le mélange paraît opaque dans un vase d’une certaine dimension , il paraîtra encore transparent dans un autre vase d’un plus petit diamètre.

L’on voit donc qu’il doit être avantageux pour obtenir un noir intense de mêler différents astringents dont le noir dérive de différentes couleurs : peut-être l’acide gallique peut-il augmenter par-là le noir qui serait dû au tannin ; peutêtre serait-il avantageux d’employer un mélange de différents tannins dans l’engallage.

Nous n avons considéré le tannin que relativement aux teintures en noir ; ce n’est pas à cette espèce de teinture que se borne son usage ; il exerce sur plusieurs autres parties colorantes une affinité analogue à celle que nous avons remarquée entre lui et l’acide gallique , de sorte qu’il sert à les fixer sur les étoffes , et il leur communique de la stabilité. Sous ce rapport , il doit être comparé aux mordants , mais

(1) Opt. tom. i.

en général» J 29

comme il a lai-meme une couleur qui est une nuance de jaune ou de fauve, et comme l’effet d’une couleur différente doit être de modifier et de rendre plus foncée celle qui est propre à une autre substance colorante , l’usage de l’astringent comme mordant 11e peut convenir aux couleurs claires , sur-tout si elles n’ont pas. beaucoup d’intensité.

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