‹ Éléments de l'art de la teinture. Avec une description du blanchiment par l'acide muriatique oxigéné (volume 2)Chapitre 11 sur 68 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

De ï action des différentes substances et particu - Itère ment de celles de b air et de la lumière sur les couleurs.

Nous n’avons considéré jusqu’ici les molécules colorantes que comme des substances qui peu^ vent former différentes combinaisons , et dont les propriétés sont modifiées par là; mais elles peuvent céder plus ou moins facilement à l’action d’autres substances qui détruisent la combinaison qu’elles ont formées, ou qui > par leur surcomposition , détériorent leurs propriétés : elles peuvent subir des altérations qui sont produites par des agents extérieurs , par l’action mutuelle de leurs principes , ou par celle des substances qui forment une combinaison avec elles.

'*3o DK LA TEirfTÜRB

La puissance de résister aux acides végétaux, aux alcalis ? au savon , et principalement à l’action de l’air et de la lumière , constitue la solidité d’une couleur ; mais cette propriété a une mesure très-inégale , selon la nature de la couleur et selon l’espèce de l’étoffe ; car l’on n’exige point dans quelques teintures de la soie , la même solidité que dans celles de la laine.

L’action de l’eau , des acides , des alcalis et du savon , n’a rien d’obscur ; c’est une dissolution qui s’opère par le moyen de ces agents , où une petite portion d’acide ou d’alcali s’unit à la combinaison qui forme la couleur , puisque celle-ci n’est pas détruite , mais seulement changée , et qu’on peut la rétablir en enlevant l’acide ou l’alcali.

Il n’en est pas de même de l’action de l’air et de celle de la lumière. Jusqu’à ces derniers tems , l’on a ignoré en quoi consistait cette action ; mais l’on est beaucoup plus avancé aujourd’hui sur cette théorie , que nous devons rappeler.

Scheele avait observé que l’acide muriatique oxigéné jaunissait les couleurs végétales , et il attribuait cet effet à la propriété qu’il avait de s’emparer du phiogistique qui entrait dans leur composition.

L’auteur des éléments prouva (i) que les pro-

(i) Mém» de l’acad. i'/85.

EN G ENERAL. j3r

priétës de l'acide muriatique oxigéné étaient dues à l’oxigène qu’il cédait facilement aux substances qui éprouvaient son action ; qu’il amenait ordinairement les parties colorantes au jaune; mais que , par une action continuée , il détruisait leur couleur , sans déterminer en quoi consistait cette action.

Fourcroy fit ensuite, sur l’action que l’oxigène exerce sur les parties colorantes, plusieurs observations qui jettent beaucoup de jour sur les changements quelles éprouvent , principalement lorsque lem dissolution aqueuse reste exposée à l’air, ou quon lui fait subir l’ébullition: il remarqua que , par l’action de 1 air , les décoctions végétales formaient des pellicules qui perdaient leur solubilité et qui changeaient de plus en plus de couleur : il suivit les gradations de couleur qu’on obtient par-là , et il conclut de ses observations que l’oxigène entrait dans la composition des parties colorantes : que lorsqu’il s’en combinait avec elles , leur nuance changeait ; que plus elles en prenaient, plus leur couleur devenait fixe ; et que le moyen d’obtenir des couleurs immuables pour la peinture , était de choisir celles qui avaient été soumises à l’action de l’acide muriatique oxigéné (i).

L’auteur des éléments chercha à déterminer

(1) Ann. de chi/n. tom 5.

ï3a DE LA I E I If T Ü R E

plus particulièrement en quoi consiste l’actioft de l’air , lorsqu’il se combine avec les parties* colorantes, sur-tout en analysant celle que l’acide muriatique oxigéné exerce sur elles (i).

Nous allons rapporter textuellement ce qui avait été exposé dans la première édition de ces éléments , parce que Bancroft , dont l’autorité est pour nous d'un grand poids , a prétendu réfuter la théorie qui y est établie , et que nous desirons de mettre en état de peser ses raisons et les motifs de notre opinion.

« Il faut distinguer, relativement aux effets de l’air, les couleurs des oxides métalliques de celles des parties colorantes. J’avais prouvé que les modifications des premières étaient entièrement dues aux différentes proportions d’oxigène ; mais j’ai été conduit par mes observations à une opinion différente sur les modifications des autres parties colorantes.

« J’ai observé que l’acide muriatique oxigéné, présentait différentes apparences avec les parties colorantes , que quelquefois il en effaçait la couleur et les rendait blanches , que le plus souvent il les faisait passer au jaune , au fauve , au brun et au noir , selon l’intensité de son action , et que lorsque leur couleur ne paraissait

(1) Ann. de cliim. tom. 6 , Méin. sur l’action que l’acid® muriatique oxigéné exerce sur les parties colorantes.

cpveffacée ou blanchie , la chaleur ou le laps de tems suffisaient pour les rendre jaunes.

« J’ai comparé F effet produit par l’acide muriatique oxigéné , lorsque les parties colorantes sont rendues jaunes , fauves ou brunes , avec les effets d’une légère combustion , et j’ai fait voir qu ils étaient identiques , qu’ils étaient dus a la destruction de 1 hydrogène qui , se combinant avec l’oxigène plus facilement et à une température plus basse que le charbon , laisse celui-ci prédominant , de sorte que la couleur propre au charbon se mêle plus ou moins à celle qui préexistait.

« Cet effet est très-sensible lorsqu’on soumet du sucre , de l’indigo ou l’infusion de noix de galle et celle de sumac à l’action du gaz muriatique oxigéné ; le sucre et l’indigo prennent une couleur foncée ^ et donnent des indices non douteux d une légère combustion ; l’infusion de noix de galle et celle de sumac font un dépôt noir qui est du charbon presque pur.

« Ces phénomènes sont analogues à ceux que 1 on observe dans la distillation d’une substance organisée : à mesure que l’hydrogène en est dégagé sous la forme d’huile , ou dans l’état de gaz , la substance jaunit , et a la fin il ne reste* qu un charbon noir. Si Ion chasse l hydrogène

d une huile par la chaleur , elle brunit égale « ment.

1 ^4 ï> F LA T E T ]\T T TT R T,

« D autres expériences que j’avais faites sur 1 alcool et sur L’éther, m’avoient prouvé que 1 oxigène , uni à l’acide muriatique , avait la propriété de se combiner avec l’hydrogène , qui est abondant dans ces substances , en formant de l’eau.

« Lors donc que l’acide muriatique oxige'né rend une couleur jaune , fauve ou brune , cet effet provient de ce que la substance colorante a éprouvé une légère combustion dans laquelle une partie plus ou moins grande de son hydrogène a formé de l’eau ; et par là le charbon , devVenu prédominant , a communiqué la couleur qui lui est propre.

« J’ai fait voir que c’était sur cette altération des parties colorantes par l’oxigène de l’atmosphère , de la rosée et de l'acide muriatique oxigéné , qu’était fondé l’art du blanchiment des toiles. Les parties colorantes du lin deviennent solubles par l’alcali des lessives que l’on doit alterner avec l’action de l’oxigène. On peut ensuite précipiter de l’alcali ces parties colorantes , qui, étant séchées et rapprochées , sont noires , et qui prouvent la réalité de cette théorie, par la couleur qu’elles ont prise et par la quantité de charbon qu’elles donnent dans leur analyse.

« La dissolution alcaline des parties colorantes de la toile qui est d’un brun noir , perd presque toute sa couleur , si l’on y verse une certaine

quantité d’acide muriatique oxigéné , et l’on peut observer le meme effet sur plusieurs autres substances qui ont pris une couleur qui provenait d’un commencement de combustion.

« Une toile peut paraître blanche , et cependant jaunir par le laps de temps , et sur-tout si on lui fait éprouver un certain degré de chaleur , lorsqu’on n’a pas bté les parties oxigénées par une lessive assez efficace : de même les parties vertes des végétaux sont blanchies par l’acide muriatique oxigéné , mais elles deviennent jau* nés par l’ébullition.

a Ces faits prouvent que l’oxigène peut blanchir ou rendre plus pâles les parties colorantes avec lesquelles il se combine , soit qu’il ait commencé à y produire les effets de la combustion , soit qu’il n’y produise ensuite ces effets que lentement , et sur-tout lorsqu’on soumet cette combinaison à un certain degré de chaleur.

« U est très-probable que , dans tous les cas , une partie de l’oxigène s’unit avec les parties colorantes sans se combiner particulièrement avec l’hydrogène , et que de là vient que les parties colorantes du lin sont devenues , par l’action de l’oxigène , plus solubles par les alcalis qu’elles ne l’étaient.

« L’action de l’oxigène influe sans doute dans plusieurs autres circonstances sur les changements qui s’opèrent dans les parties colorantes

des végétaux : ces parties se forment principal lement dans les feuilles, dans les fleurs et dans la seconde écorce des arbres : peu à peu elles éprouvent une légère combustion , soit par faction de l’air atmosphérique qui les environne , soit par celle de l’air qui est porté dans l’intérieur des végétaux par des vaisseaux particuliers; de là vient que la plupart des arbres contiennent des parties colorantes fauves tirant plus ou yioms sur le jaune , le rouge, le brun , qui , par le moyen de cette combustion , s’épaississent, et finissent par ctre rejetées hors des fibres vasculaires de l’écorce , dont j’ai trouvé qu’elles formaient la plus grande partie.

« Ces observations nous apprennent de quelle manière l’air agit sur les substances colorantes d’une nature végétale ou animale : il se combine d’abord avec elles , il les affaiblit, les fait pâlir , et peu à peu il s’établit une légère combustion par laquelle l’hydrogène qui entrait dans leur composition est détruit; elles passent au jaune , au roux , au fauve ; leur affinité avec l’étoffeparaît diminuer ; elles s’en détachent ; elles sont entraînées par l’eau , et tous ces effets varient et s’opèrent plus ou moins promptement et plus ou moins complètement , selon la nature des parties colorantes ou plutôt selon les propriétés quelles ont dans l’état de combinaison où elles, se trouvent.

E3Y GÉNÉRAL. l3^

« Les changements qui arrivent dans les couleurs , qui sont dues à la combinaison des parties colorantes avec les oxides métalliques, sont un effet composé du changement qui s’opère dans les parties colorantes et de celui qu’éprouve l’oxide métallique.

« La lumière du soleil accélère beaucoup la destruction des couleurs ; elle doit donc (si la théorie que j’établis est fondée) favoriser la combinaison de l'oxigène et la combustion qui se produit par là.

« Senebier a donné un grand nombre d’observations intéressantes sur les effets que la lumière produit sur les différentes substances et particulièrement sur les couleurs ; il attribue ces effets à une combinaison directe de la lumière avec les substances (i).

« Il y a long-temps qu’on a remarqué l'influence de la lumière sur la couleur des bois , laquelle , dans l’obscurité , se conserve dans son état naturel , mais qui , exposée à la lumière , jaunit , brunit et passe à d’autres nuances. Se-

(v) Mena, physico-chimiques sur l’influence de la lumière solaire , etc. tomes 2 et 3. Ce savant , auquel la physique a de si grandes obligations , a adopté en grande partie , physiol. veget. tom, 5 , les idées qui sont rappelées ici , et dans lesquelles il faut distinguer les conséquences positives de l’observation des applications qui ne sont encore que conjecturales.

ï38 DE LA TEINTURE

nebier a observé les différences que présentent à cet égard plusieurs espèces de bois : il a trouvé que les changements étaient proportionnels à la vivacité de la lumière ; qu’ils avaient lieu , même sous l’eau ; que cependant les bois humectés éprouvaient des changements moins prompts que ceux qui étaient secs ; qu’il fallait plusieurs enveloppes de rubans pour préserver entièrement un bois ; qu’un papier noir suffisait , mais qu’avec d’autres couleurs l'altération n’était pas empêchée : une simple enveloppe de papier blanc a été insuffisante , mais deux ont intercepté l’action de la lumière.

« Ce savant physicien a étendu à un grand nombre de substances végétales ses expériences , qui pourront servir à éclaircir plusieurs phénomènes de la végétation dont je ne m’occupe point à présent. Mais pour prouver en quoi consiste l’action du soleil sur les couleurs , il suffirait d’examiner les phénomènes que présente la dissolution des parties vertes des végétaux dans l’alcool.

« Si l’on expose à la lumière du soleil cette dissolution qui est d’un beau vert , on la voit prendre promptement une couleur olivâtre et s’effacer dans quelques minutes. Si la lumière a peu de vivacité , l’effet est beaucoup plus lent ; mais , dans une obscurité parfaite , la couleur se conserve sans altération , ou du moins l’altéra*

en général. 109

tion est bien tardive. Senebier dit qu’un alcali rétablit la couleur verte ; mais si la liqueur a éprouvé toute la décoloration quelle doit subir, l’alcali n’y produit pas de changement. Il a remarqué que dans le gaz azote ou air phlogistiqué , la couleur n’était pas altérée , et qu’elle n’éprouvait aucun changement si le flacon était plein.

« J’ai renversé un flacon à moitié rempli de dissolution verte sur du mercure , et je l’ai exposé à la lumière du soleil ; lorsque la couleur a été détruite , le mercure s’est trouvé élevé dans le flacon , et par conséquent l’air vital avait été absorbé ; l’oxigène s’était combiné avec les parties colorantes. Je n’ai pas observé un dépôt dont parle Senebier ; la liqueur étoit restée transparente et colorée d’un jaune clair.

« J’ai fait évaporer cette liqueur : bientôt sa couleur s’est foncée et a bruni , et le résidu était noir et dans un état charbonneux.

« La lumière a donc agi en favorisant l’absorption de l’oxigène et la combustion de la partie colorante : d’abord les indices de la combustion ne se laissent pas apercevoir ; la liqueur ne conserve qu’une couleur d’un jaune faible ; mais bientôt la combustion se consomme par l’action de la chaleur; la liqueur devient brune et laisse un résidu noir. Si le vase dans lequel est contenue la liqueur , ne contient pas de gaz

*4° DE LA TEÏWTURE

oxigène , la lumière n’a pas d’action sur les parties colorantes : le gaz azote n’éprouve pas de diminution.

a Il faut faire attention à l’observation que j’ai rapportée : des rubans , un simple papier lalane, ne préservent pas de l’action de la lumière ; elle peut pénétrer à travers des enveloppes qui nous paraissent opaques , et porter plus ou moins profondément son énergie.

« Beccari , et après lui Senebier y ont comparé les effets que la lumière produit sur des rubans, de différentes couleurs ; mais les différences qu'ils ont observées doivent être attribuées à la nature des substances colorantes dont les rubans étaient teints , plutôt qu’à leurs couleurs ; car un ruban teint avec le bois de Brésil perdra beaucoup plus promptement sa couleur que celui qui sera teint avec la cochenille , encore que la nuance fût la même.

« Quoique la lumière accélère beaucoup la= combustion des parties colorantes et que sa présence même paraisse nécessaire pour la destruction de quelques-unes , cependant cet effet a lieu dans quelques autres sans le seoours de la lumière. Ayant mis dans l’obscurité différentesplantes en contact avec le gaz oxigène , j'ai observé que quelques-unes l’absorbaient. J’ai aussi observé que la rose changeait et prenait une teinte plus sombre sans le contact de l’air , sans.

cloute parce qu’elle contient un peu d’oxigène dont la combinaison devient ensuite plus intime ; mais plusieurs espèces de fleurs ont conserve parfaitement leur couleur dans le gaz azote.

« J’ai placé la teinture de tournesol en contact avec l’oxigène sur du mercure à l’obscurité et à la lumière du soleil ; la première s’est conservée fort long-temps sans altération et sans que le gaz ait éprouvé de diminution ; la seconde a beaucoup perdu de sa couleur , .elle a rougis, le gaz oxigène s’est absorbé en grande partie , et il s’est formé un peu d’acide carbonique qui a sans doute produit le changement de la couleur bleue en rouge.

« Cette observation peut donner une idée de quelques changements de couleurs qui se produisent par une disposition particulière des principes qui se trouvent dans une substance végétale , lorscju elle éprouve , par la combinaison de 1 oxigène, les effets d’une légère combustion, qui peuvent donner naissanse à quelque acide, dans les feuilles par exemple, qui rougissent en automne avant de devenir jaunes , et dans les panachures qui s’observent dans les fleurs dont la végétation devient languissante.

« Il est donc prouvé que la lumière favorise 1 absorption de l’oxigène par les parties colorantes , et que par là il s’opère une combustion

l/|l DE LA TEINTURE

dont l’effet ordinaire est la prédominance des parties charbonneuses.

« Il faut attribuer à la meme cause la destruction qu’on a remarquée dans les étoffes meme par l’action de la lumière. « Entre plusieurs « exemples que je pourrais citer , rapporte Du- « fay , je parlerai seulement d’un rideau de taf- « fêtas cramoisi faux , qui avait demeuré long- « temps étendu derrière une fenêtre ; toutes les êc parties qui étaient vis-à-vis les carreaux de •k verre étaient entièrement décolorées , tandis « que celles qui répondaient au bois du châssis a étaient beaucoup moins passées : il y avait ente core quelque chose de plus , c’est que la soie « même était presque détruite dans les parties « décolorées , et que le rideau se déchirait avec « la plus petite force en ces endroits-là, tandis « qu’on lui trouvait à-peu-près la force ordinaire « dans les autres endroits (i) ».

« Les substances colorantes résistent donc plus ou moins à l’action de l’air , selon qu’elles sont plus ou moins disposées à se combiner avec l’oxigène , et à subir par son action une combustion plus ou moins prompte , plus ou moins grande. La lumière favorise cet effet , et , dans plusieurs circonstances , il n’a pas lieu sans son concours ; mais les parties colorantes isolées sont beaucoup

(i) Mém. de i’acad. 1737.

El* GÉNÉRA t. l43

plus disposées à éprouver cette combustion que lorqu’elles sont combinées avec une substance telle que l’alumine , soit que celle-ci les défende par sa propre incombustibilité , soit que la force de l’affinité les resserre , pour ainsi dire , et affaiblisse leur action sur d’autres substances ; et c’est en quoi consiste principalement l’utilité des mordants : enfin cette dernière combinaison acquiert encore plus d’immutabilité , lorsqu’elle peut s’unir intimement avec l’étoffe.

« Ainsi la partie colorante de la cochenille se dissout facilement dans l’eau et sa couleur s’altère promptement à l’air : lorsqu’elle est combinée avec l’oxide d’étain , elle est bien plus vive et elle ne se dissout presque plus dans l’eau; mais elle est encore altérée facilement par l’air et par l’acide muriatique oxigéné ; elle résiste mieux à ces agents , lorsqu’elle forme une combinaison triple avec une étoffe de laine.

« Il ne faut pas conclure de ce qui précède , que toutes les couleurs jaunes sont dues à la partie charbonneuse des substances colorantes ; des compositions très-différentes peuvent donner une meme couleur : ainsi l’indigo est bien différent du bleu de nos fleurs , du bleu de l’oxide de cuivre et du bleu de Prusse.

« Je ne prétends point non plus que l’oxigène ne puisse s’unir en petite quantité à quelques parties colorantes sans en affaiblir la couleur ou

l44 T> E LA T E I N T U lt K

sans la faire passer au jaune. L’on verra au chapitre de l’indigo qu’il a une couleur verte lorsqu’il est combiné avec un alcali , avec la chaux ou avec un oxide métallique ; mais qu’il reprend sa couleur et se sépare de ces dissolvants en reprenant une petite portion d’oxigène qu’il avait perdue. La liqueur du buccin qui servait à teindre la pourpre , est naturellement jaunâtre ; étant exposée à l’air et sur tout au soleil , elle passe promptement par différentes nuances , et elle prend enfin cette couleur qui était si précieuse chez les anciens (i).

« L’on peut même regarder comme un fait général , que les couleurs prennent plus d’éclat en se combinant avec une petite portion d’oxigène : de là vient qu’il faut agiter dans l’air les étoffes qui sortent d’un bain de teinture , et quelquefois les tirer du bain par intervalles pour les exposer à l’air; mais la quantité d’oxigène qui se fixe et qui contribue ainsi à l’éclat de la couleur , est très-peu considérable pour quelquesunes , et bientôt la dégradation commence.

« L’action de l’air n’altère pas seulement les parties colorantes et l’étoffe ; elle se porte encore sur les oxides métalliques lorsqu’ils servent d’in-

(1) Découverte d’une nouvelle teinture de pourpre , etc. par Réaumur , Méin. de l’acad. îyn. Selon le témoignage d?.Eudocie , la pourpre ne prenait de l’éclat et ne parvenait à sa perfection qu’en l’exposant aux rayons du soleil.

terra ède entre elles ; parce que les oxides, qui d’abord sont prives d’une partie de leur oxigène par les parties colorantes , peuvent en reprendre. Ceux qui ont une couleur variable , selon la proportion d’oxigène , influent donc par là sur les changements qu'éprouve la couleur. Le changement qu’éprouvent les parties colorantes doit aussi contribuer à cet effet.

« J’ai dit que les parties colorantes qui étaient dans l’état de combinaison étaient moins disposées à être altérées par Faction de l’air que lorsqu’elles étaient isolées. C’est ce que l’on peut observer le plus ordinairement. Il y a cependant quelques exceptions : l’alcali produit un effet contraire. J’ai mis une infusion de cochenille dans un bocal que je n’ai rempli qu’à moitié et que j’ai exposé à la lumière sur le mercure ; un semblable bocal contenait une infusion de cochenille faite avec un peu de tartre; et , dans un troisième , j’avais ajouté à l’infusion un peu d’alcali. Le second bocal est celui qui a souffert le moins d’altération dans le même espace de temps , celui en même temps où il s’est fait le moins d’absorption.

« Dans le troisième, la liqueur a d’abord bruni , ensuite elle s’est détruite , et l’absorption de Fair , quoique peu considérable , a été plus grande que dans les deux autres. Je Fai fait eva- *• io

porer ; elle a pris une couleur brune , et le résidu a été d’un jaune brun.

« J’ai fait des expériences pareilles sur plusieurs substances colorantes; l’alcali a foncé leur couleur , qui s’est de plus en plus rembrunie , et il a favorisé l’absorption de l’air. La garance seule a paru faire une exception ; sa couleur , qui est d’abord devenue plus foncée , s’est mieux conservée que celle de l’infusion qui était sans alcali.

« L’effet ordinaire de l’alcali sur les parties colorantes est conforme à celui qu’il produit sur plusieurs autres substances telles que le soufre ; il favorise l’absorption de l’air , parce qu’il a une forte affinité avec le résultat de cette absorption.

ce J’explique par cette action de l’alcali une observation de M. Becker (i) ; c’est que , lorsque l’alcali a verdi une infusion végétale , on la voit peu à peu passer au jaune , si on la laisse exposée à l’air , et lorsque le jaune s’est établi , les acides ne peuvent plus ramener la couleur primitive : mais cet effet n’a pas lieu lorsqu’on abandonne de meme pendant quelques temps une couleur végétale qu’on a changée en rouge par le moyen d’un acide. Il faut cependant excepter les acides qui peuvent agir en cédant

(1) Specimen j etc.

leur oxigène ; car alors la couleur se détruit également ».

Bancroft oppose à ce que I 011 vient de rappeler , i°. que les substances colorantes éprouvent de l’action des acides et d’autres substances , une altération qui ne peut être comparée à la combustion ; mais il n’est question dans les explications précédentes que de l’espèce d’altération qui dépend de l’action de l’oxigène.

20. Que l’oxigène , loin de détruire les couleurs , leur est quelquefois nécessaire , par exemple à l’indigo. N’est-ce pas ce que l’on a dit? mais l’on a distingué les cas où il devient un élément de la couleur , et ceux où son action devient destructive.

3°. Que les changements de couleurs produits par l’air ne peuvent être attribués au charbon qui devient prédominant , parce que plusieurs substances contiennent beaucoup de charbon sans avoir une couleur semblable à celle que Fou attribue à son excès , et parce que la couleur du charbon n’est due elle-même qu’à une oxigénation.

On a prétendu établir que les changements produits par l’air , dont l’action est favorisée par la lumière , sont dus sur-tout à une combinison de l’hydrogène de la substance colorante avec l’oxigène , soit celui qui est absorbé de l’atmosphère , soit celui qui se trouvait en combinaison moins

ï48 DE LA teinture

intime dans la substance colorante même , ou dans un oxide qui est uni avec elle , et que l’effet était semblable à celui d une combustion lente dans laquelle se fait principalement une combinaison de l’hydrogène avec l’oxigène , de manière que le résidu conserve une plus grande proportion de charbon. Cette opinion nous paraît une conséquence immédiate des observations qui ont été rapportées et qui se lient à la décomposition graduelle de tous les corps qui contiennent de l’hydrogène , lorsqu’ils subissent l’action de l’oxigène.

Bancroft regarde le charbon comme un oxide qu’il compare à celui de manganèse. Nous ne croyons pas devoir nous arrêter ici à réfuter l'opinion qu’il a adoptée (i) sur la nature du charbon ; il s’agit seulement de savoir si , dans les circonstances dont il est question , le changement de couleur n’a pas de l’analogie avec celui que l’on observe , lorsque l’on distille une substance végétale. Il prétend qu’alors cette substance ne brunit que par l’accession de Foxigène de l’atmosphère : qu’il fasse une distillation sans aucun contact de l’air atmosphérique , et il observera que la même altération de couleur a lieu , soit en conséquence de la formation d’eau , soit par le dégagement d’une plus grande

(1) Essai tle Stat. Chim. tom. II.

EN GENERAL. 1 [\ÿ

proportion d’hydrogène , en sorte que les propriétés du charbon sont devenues prédominantes.

Bancroft prétend que la théorie qu’il combat n’a été fondée que sur l’observation des parties colorantes de la toile : le texte que l’on vient de rapporter prouve le contraire , et l’on pourrait facilement multiplier les exemples cités.

On a eu tort , selon lui , de confondre les effets de la combinaison du gaz oxigène avec ceux de l’acide muriatique oxigéné ; mais nous ne trouvons point dans son ouvrage les expériences qu il avait annoncées comme propres à prouver que l’acide muriatique oxigéné produit souvent des effets opposés à ceux qui sont dus à la combinaison de l’oxigène.

Sans doute , il faut dans la comparaison des effets de l’acide muriatique oxigéné et de l’absorption du gaz oxigène , prendre en considération la plus grande condensation de l’oxigène dans le premier , et l’action particulière de l’acide muriatique: il faut encore distinguer les elfets que l’acide muriatique oxigéné peut produire , lorsqu’il fait disparaître toute couleur , comme on l’a vu , et ceux qui sont dus à la combinaison de son oxigène avec l’hydrogène des parties colorantes, ainsi que ceux qui proviennent de la différence des couleurs , dont on parlera dans la suite.

fl5o DE LA TEINTURE

L’oxigénation , plus vive par l’action de l’acide muriatique oxigëné , empêche que l’on ne puisse obtenir facilement les gradations de couleur que peut produire l’action de l’air , et qui deviennent d’autant plus difficiles qu elles sont plus avancées , de sorte que , conformément à l’observation de Fourcroy , lorsqu’une substance colorante a éprouvé un changement par cette action , elle devient plus fixe dans les mêmes circonstances , mais dans ce premier effet une partie de son hydrogène a du subir une combinaison.

Si nous avons cru pouvoir réfuter les objections de Bancroft sur la cause au moins la plus ordinaire de la dégradation des couleurs par l’air et la lumière , nous convenons que les conséquences de l’opinion , que nous tâchons de maintenir , n’auraient pas dû être étendues aux phénomènes que nous allons examiner , quoiqu’on ne l’eût fait qu’avec beaucoup de réserve, et sans sortir des bornes d’une simple conjecture. L’acide nitrique , l’acide muriatique oxigéné et l’aeide sulfureux exercent sur les substances animales une action particulière qui mérite d’autant plus d’être examinée , qu’elle peut fournir quelques procédés à la teinture.

Brunwiser (» ) ayant observé que les bois pre-

(i) Versuche mit mineralischen sauern geistern , ausden holzera farben zu-ziehen. 1770. In abliandlungen der Baierischen akademie.

naient differentes couleurs par l’exposition à Pair , chercha à déterminer d’où provenaient ces couleurs , et à les produire artificiellement : il remarqua qu’en humectant d’acide nitrique la surface des bois , principalement des bois jeunes qui ne sont pas encore bien secs , ils prenaient une couleur jaune , et qu’en fesant la meme opération avec l’acide muriatique et l’acide sulfurique , ils prenaient une couleur violette , et il regarda ce violet comme composé d’une couleur bleue et d’une couleur rouge. De ces observations il conclut que toutes les couleurs étant produites par le mélange du jaune , du bleu et du rouge , celles que l’on observe dans les feuilles , les fruits et les fleurs , sont dues à des parties colorantes qui existent dans le bois et qui y sont déguisées par un alcali ; que les acides minéraux , en s’emparant de cet alcali, avaient mis les parties colorantes en liberté , et que l’air fixe , en pénétrant les feuilles , les fruits et les fleurs, produisait naturellement le meme effet , en se combinant avec l’alcali qui les tenait déguisées.

L’auteur a cherché à appliquer aux arts ses expériences et sa prétendue découverte (i). Après

( i ) Entdeknng verschiedener vegetabilisclien farbematerialen seiden und wollen zeuge schon und dauerliaffc gelb zu farben 177 1.

avoir arrosé des copeaux de bois avec l’acide nitrique, il a versé de l’eau dessus , a filtré la liqueur , et s’en est servi pour teindre les étoffes de laine , de soie et de poils de chèvre en un jaune durable , qui est dù , selon lui , aux parties colorantes jaunes qui étaient contenues dans, le bois et qui avaient été extraites ou mises en. liberté par l’acide nitrique.

De la Folie rapporte (i) qu’ayant plongé un écheveau de soie blanche dans de l’acide nitrique ou eau-forte au degré de concentration où cet acide est vendu dans le commerce , dans trois ou quatre minutes l’écheveau prit une belle couleur jaune jonquille : il le lava à plusieurs eaux pour qu’il ne fut point altéré par l’acide qui aurait pu y rester adhérent. Cette couleur soutint plusieurs épreuves auxquelles il la soumit , et la soie conserva tout son lustre. Si on la trempe dans une dissolution alcaline, elle prend une belle couleur orangée.

L’on trouve plusieurs expériences sur ce procédé dans une dissertation publiée par Gmehn (2) : il dit qu’il a donné une belle couleur de soufre à la soie , en la tenant pendant un

(1) Journal de Phys. tom. IV , pag. 349»

(2) J. Frieder. Gmelin , prof. Gotiing , de tingendo per uitri acidum, sive nuduxn , sive terra aut métallo saturatum serico. Erfurti 1785.

jour dans l’acide nitrique froid , ou pendant quelques heures lorsque l’acide était chaud. L’ébullition avec l’eau de savon a diminué l’éclat de cette couleur. Elle a été changée en une belle couleur de citron en tenant la soie pendant douze heures dans une dissolution alcaline], et elle a pris une belle couleur d’or lorsque cette dissolution était chaude.

Toutes les dissolutions métalliques par l’acide nitrique , ont donné à la soie une couleur jaune plus ou moins foncée, de meme que la dissolution d’alumine par le même acide ; mais la dissolution de terre calcaire et celle de magnésie ne produisent aucun effet.

La dissolution mélée avec la dissolution d’or , donne , suivant la Folie (i) , une couleur pourpre qui se fixe sur la soie ; mais Gradin n’a obtenu , par ce procédé , que le jaune ordinaire. Il prouve aussi que les jaunes différents que Struve avait dit qu'on obtenait des différentes dissolutions métalliques (2) , ne dépendent que de l’acide de ces dissolutions : la seule exception que peut-être on doive faire , regarde la dissolution de mercure qui a donné à la soie une couleur de cuivre.

(1) Journ. de Phys. tom. VIII.

(1 2) hernerisches magazin (1er naturkunst und wissen sehaften , vol. 1 »

*$4 r>E LA TEINTURE

Baume décrit un procédé qui est propre à préserver la soie de toute altération (r) : « On fait un a mélange de deux gros d’acide nitreux et d'une « livre d’alcool , dans lequel on met quelques « onces de soie , montée , jaune ou déjà blanchie a auparavant , cela est absolument indifférent ; « on place ce vaisseau au bain marie à une cha- « leur de 3o à 4° degrés , pendant environ 24 « heures ; la soie devient d’un jaune brun terne ; « on la lave dans de l’eau à plusieurs reprises « pour enlever l’acide dont elle est imprégnée. « Alors on la fait décruer avec du savon, comme « à l’ordinaire ; on la lave ensuite pour la dé- « barrasser de l’eau de savon et on la fait sécher.

« Si l’on regarde cette soie au soleil , elle pa- « raît brillante comme des fils d’or. O11 peut , « par le meme procédé , donner à la soie la « même couleur sous différentes nuances , et <r faire ce que l’on nomme en teinture , dégra- « dation de couleur, depuis le blanc jusqu’à la « nuance pleine. Il suffit pour cela de laisser la soie « moins de tems en infusion : on se procure la « première nuance en une heure d’infusion , et « les autres à proportion de leur durée »,

Bergman connaissait déjà ce procédé lorsqu’il publia ses notes sur le Traité de Scheffer (2): il

(1) Ann. de Cliim. tom. XVII

(2) Essai sur l’Art de la Teinture.

EPC GÉNÉRAL. 1 55

dit que l’eau-forte ordinaire donne à la laine et à la soie , en trois ou quatre minutes , un jaune clair, beau et durable ; qu’il faut dans l’instant laver l une et l’autre , et que plus l’acide est déphlogistiqué , plus il produit d’effet.

Pour résumer, l’acide nitrique, délayé d’une certaine quantité d’eau , donne à la soie une couleur jaune plus ou moins foncée , selon la concentration de l’acide , la température et le tems de l’immersion ; il faut laver avec soin la soie au sortir de l’acide : cette couleur a assez d’éclat ; on peut la rendre foncée , sans altérer sensiblement la soie : ce procédé peut être appliqué utilement , non-seulement à la soie , mais aux autres substances animales. La couleur peut être modifiée par les alcalis.

La dissolution de terre calcaire et celle de magnésie ne produisent aucun effet sur la soie , parce qu’elles ne conservent point d’excès d’acide; la dissolution d’alumine et celles de toutes les substances métalliques produisent au contraire une couleur jaune plus ou moins foncée , parce qu’elles conservent toutes un excès plus ou moins grand d’acide, et c’est l’acide qui est en excès , qui agit sur la soie de la même manière que l’acide libre ; c’est aussi l’acide seul qui a coloré les substances animales en jaune dans les expériences de Brunwiser , et non les parties» extraites du bois.

La couleur jaune n’est point due au fer > comme l’a prétendu de la Folie ; car l’acide nitrique le plus pur , qui , par conséquent ne contient point de fer , la produit aussi bien que celui dans lequel on pourrait soupçonner un peu de ce métal.

Si l’on met la soie dans l’acide nitrique concentré , elle prend promptement une couleur jaune foncée , elle perd toute sa force d’adhérence et elle se dissout ; pendant cette dissolution , l’azote qui entre dans la composition des substances animales , se dégage et forme une longue effervescence (i) : si l’on applique de la chaleur , il se forme beaucoup de gaz nitreux , et dans les commencements la liqueur prend une couleur foncée et se brunit. A. cette époque l’oxigèrie de l’acide nitrique se combine sur - tout avec l’hydrogène qui est abondant dans les substances animales , qui sert à former l’huile qu’on en retire par la distillation , et qui les rend si combustibles : une autre partie de l’oxigène entre dans une combinaison qui se forme et qui est de l’acide oxalique ; mais en même temps il se produit une autre substance qui est détonnante , jaune , amère , d’où vient que Welter l’a désignée par le nom d’amer (a)...

(1) Mém. de l’Acad. 1785.

(2) Ann. de Chiai. tom. XXIX.

Welter a retire cette substance non-seulement de la soie , mais d’autres substances animales , il a observé qu’elle communiquait à la soie blanche un beau jaune que les lavages à l’eau n’affaiblissaient pas.

Il serait à desirer que cet habile chimiste eût poursuivi ses tentatives pour mieux déterminer et la nature de cette substance, et les circonstances de sa production ; qu pourrait peut-être en déduire la cause de la couleur jaune que l’acide nitrique communique aux substances animales , lorsque l’action de cet acide est moins vive que celle que l’on vient de décrire ; peutêtre que lorsqu’elle se borne à la surface de la soie , la formation de cette substance y est déterminée par la tendance à la combinaison de la soie.

L’acide muriatique oxigéné donne aussi une couleur jaune aux substances animales; mais cet effet ne paraît pas général; nous avons vu des peaux blanchies par l’acide muriatique oxigéné, et cette couleur est toujours beaucoup moins intense que celle qui est due à l’acide nitrique ; en sorte quelle paraît en différer , et n’être due qu’à une faible combinaison de l’oxigène avec la substance animale , qui , lorsqu’elle est blanche , prend une teinte à-peu-près semblable, par une longue exposition à l’air atmosphérique. Il faut encore remarquer que l’action de l’acidç

l58 I)E LA TEINTURE

muriatique oxigëné affaiblit beaucoup plus facilement les substances animales que l’acide nitrique, quoique celui-ci soit plus condense'.

L’acide sulfureux exerce aussi une action particulière qui mérite d’autant plus d’être considérée, qu’elle entre dans les usages de la teinture.

Selon l’observation de la Folie (i) , les roses blanchies par la vapeur du soufre brûlé , verdissent dans une lessive alcaline , et rougissent dans les acides : l’acide sulfureux rougit la teinture de tournesol , qui a une couleur très-fugitive , et il n’agit que comme les autres acides , sur les infusions de bois jaune, de fernambouc et de campêche; mais sa vapeur est beaucoup plus active , et en cela il ressemble à l’acide muriatique oxigéné (2) , de sorte que l’on n’a pas été fondé à conseiller d’en substituer l’usage à celui de la vapeur du soufre.

Lorsque la soie a subi Faction du soufre qui doit en finir le blanchiment , on observe que l’acide sulfurique en dégage une odeur d’acide sulfureux , quoique cette odeur ne se laissât pas apercevoir auparavant.

On peut conclure de ces observations que l’acide sulfureux a la propriété de se combiner en petite quantité avec les substances animales,

(1) Journ. de Phys. 1774*

(2} Stat. Chim. tom. II.

F If GÉNÉRAL. I

sans éprouver de décomposition , et cju’alors il peut déguiser quelques couleurs , particulièrement celle qui est due à une combinaison d’oxigène ; mais il y a apparence que par le laps du tems , il se produit une combinaison plus intime entre le gaz sulfureux et l’oxigène.

Cette dernière action s’établit aussitôt, lorsqu’on oppose l’acide sulfureux à l’effet que produit l’acide muriatique oxigéné ; la soie devenue jaune est blanchie par l’acide sulfureux, et l’on peut alterner ces deux effets : nous aurons occasion de parler de l’usage qu’a fait Giobert de cette propriété.

Nous sommes obligés de nous borner à ces vues conjecturales , sur l’action que l’acide nitrique , l’acide muriatique oxigéné , et l’acide sulfureux exercent sur les substances animales , jusqu’à ce que l’expérience ait conduit à des résultats positifs.

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